Soeurs de sang v. 03, donner sans compter
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Soeurs de sang v. 03, donner sans compter

À propos

Extrait Prologue Tich, Scynao, 22 décembre Pui jubilait. Une semaine entière, deux avec de la chance, sans devoir affronter quotidiennement l'arrogance tout occidentale du docteur Moreau : sans le savoir, sans même s'en soucier, le médecin avait offert à son assistante naotienne le plus beau cadeau de Noël, et elle n'était même pas chrétienne ! Depuis qu'il était parti précipitamment en vacances quelques jours plus tôt, l'infirmière gérait seule le petit dispensaire de Tich. Elle reportait les suivis de routine jusqu'au retour de Moreau, dirigeait les cas les plus graves vers l'hôpital de Junianne et traitait, avec entrain et compétence, urgences mineures et maladies courantes. Après le départ de son dernier patient, Pui entreprit de s'acquitter des tâches ménagères qui lui incombaient. Elle ne se retirerait dans sa chambre, adjacente au bureau, que lorsqu'elle aurait fini de nettoyer les flaques laissées sur le carrelage par les bottes enneigées. Quand les deux jeeps militaires naotiennes s'arrêtèrent abruptement devant la clinique, Pui mit aussitôt de côté sa vadrouille. Si un soldat avait été blessé par balle dans un guet-apens, sa formation ne lui permettait pas de soigner ses blessures. Le campement de l'ONU, au village voisin d'Aldjanin, devrait le prendre en charge. Quatre hommes descendirent de voiture. L'un se posta à la porte, les autres entrèrent brusquement dans la salle d'attente. Quand Pui vit les trois militaires armés fondre sur elle, une décharge de pure panique la fouetta. Elle courut vers sa chambre pour tenter de s'y enfermer, mais ils la rattrapèrent et la plaquèrent brutalement au sol. L'un d'eux lui assena quelques coups de botte pour s'assurer qu'elle y reste. Un autre tira sur sa longue tresse de cheveux noirs pour lui relever la tête. - Alors, comme ça, tu aides les prisonniers à s'enfuir ? - Quels prisonniers ? Je ne comprends pas ! cria-t-elle. - Ne mens pas, chienne ! Nous savons que c'est grâce à toi si Saint-Germain a survécu ! - C'est un membre de l'ONU ! Comment pouvais-je savoir que l'armée le détenait comme prisonnier ? ! - Tais-toi ! L'homme lui cogna violemment la tête contre le plancher de bois. Pui, étourdie, le nez en sang, se mit à gémir. - J'étais toute seule, je n'ai pu lui être d'aucune aide ! Demandez au journaliste bronchitique, il ne m'a jamais quittée depuis le moment où il a amené Saint-Germain. Je ne l'ai pas aidé à s'enfuir... Je... je l'ai envoyé à Junianne, se lamenta-t-elle. - Tu verras ce que cela donne de trahir son pays, la menaça l'homme d'une voix douce, à son oreille. - Attendez ! Je..., balbutia l'infirmière en s'étouffant dans son sang. Je veux me racheter ! Je... J'ai un renseignement pour le général Kar Phan ! Pitié !... termina-t-elle en une supplique pitoyable. - Parle ! - Non ! Non ! Je ne le dirai qu'au général ! protesta-t-elle, terrorisée à l'idée que le militaire l'achève en prenant tout le mérite de ses révélations. L'homme tira plus fort sur la tresse de Pui, tout en lui écrasant les omoplates au sol de sa botte couverte de neige. - Parle, ou il faudra que tu embauches quelqu'un pour te gratter le nez s'il te démange, la nargua le soldat d'un ton doucereux. Le général ne t'apprécie pas beaucoup ces temps-ci. Je crois que, pour ton mieux-être, il serait préférable de limiter les contacts entre vous. - Gan Noc Stevanodilak, bredouilla-t-elle. - Qui est-ce ? - Un ingénieur de la compagnie HEEI. Il est venu ici, un peu avant que monsieur Saint-Germain arrive. Il a demandé au docteur de lui implanter quelque chose sous la peau. - Quoi ? - Je ne sais pas. C'était..., ajouta-t-elle aussitôt en sentant le soldat raffermir sa poigne, c'était tout petit. En plastique. - Où le lui a-t-il implanté ? - Je ne sais pas. Gan Noc a refusé que j'assiste à l'opération. - Et en quoi cela nous concerne-t-il ? - Gan Noc menaçait Moreau avec un pistolet et le docteur a décampé après ! Pourquoi un ingénieur de HEEI aurait-il agi ainsi, sinon parce qu'il complote quelque chose, quelque chose de grave ? - Contre le Terre et Eau ? - Je pense que oui ! Son fils est mort empoisonné par les toxines. Les yeux noirs du militaire ne trahissaient aucune émotion tandis qu'il pesait la pertinence de cette information. - Très bien. Nous allons questionner ce Gan Noc. Mais toi, tu as une très, très grosse dette envers le général. Tu comprends ? Pui hocha faiblement la tête. Le soldat lui cracha dessus, puis ses hommes et lui quittèrent la clinique dans un ordre parfait, laissant la porte ouverte. Le froid cinglant empêcha Pui de s'évanouir. Hôpital international de Bangkok, Thaïlande, 24 décembre, 23 h 30, heure locale Laurent Saint-Germain était allongé sur son lit d'hôpital, l'esprit ailleurs. Son ami de longue date, le gouverneur général du Canada, Terrence Conti, venait de lui téléphoner pour prendre de ses nouvelles. Conti avait jadis eu à affronter une guérilla dans le cadre d'une mission diplomatique : il savait que son compatriote était chanceux de s'en être tiré. Le gouverneur, très ému, lui avait juré que chacun recevrait son dû, les coupables comme les héros. Ces promesses avaient laissé profondément indifférent Saint-Germain. D'une oreille distraite, il écouta sa femme qui lui lisait les nouvelles internationales sur Internet. Bientôt, il le savait, ses obligations d'avocate la rappelleraient au pays. Même s'il avait pris du mieux depuis que l'agent Alex O'Neal et le reporter Frank Pageau l'avaient délivré des malfaiteurs qui l'avaient détenu pendant quarante jours, il appréhendait les semaines de convalescence qu'il devrait passer seul avant d'obtenir son congé. Depuis son enlèvement et sa séquestration, il peinait à maîtriser la sourde angoisse qui l'habitait, comme vissée dans le ventre vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La sonnerie du téléphone le fit sursauter. Tant bien que mal, il saisit le combiné de ses mains bandées.

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  • EAN

    9782894855485

  • Disponibilité

    Disponible

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  • Poids

    440 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

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