La souveraineté du Québec
Offrir cet ebook
 / 

La souveraineté du Québec

À propos

Extrait Introduction Au moment où je commence à écrire cette introduction, le président de la France, Nicolas Sarkozy, vient une fois de plus d'affirmer sa foi dans l'unité canadienne et son rejet de l'indépendance du Québec. Les deux chefs des partis souverainistes, le Parti québécois et le Bloc québécois, ont répondu par une longue lettre déposée à l'ambassade de France à Ottawa et au consulat général de France à Québec. On pourrait croire qu'il s'agit d'une sorte de dernier sursaut d'un mouvement, le Parti québécois, qui a reflété, un temps, les espoirs d'une génération mais qui après beaucoup de vicissitudes perd petit à petit sa pertinence et donc ses alliés. Et pourtant, on a l'impression, à écouter les commentaires et à lire les journaux, que les assauts récents venant d'Ottawa et de Paris ne font que renforcer l'intérêt qui entoure le mouvement souverainiste. Il y a eu une élection générale au Québec en 2007 et deux élections générales, au Québec et au Canada, en 2008. Au cours de la première des trois, le Parti québécois n'était plus que le troisième parti pour ce qui est du nombre de députés et son pourcentage des voix le ramenait à 1973. Au départ de la campagne électorale fédérale de 2008, on remettait en cause la pertinence du Bloc québécois et son avenir semblait compromis. Au bout du compte, à la fin de cette année périlleuse, le Parti québécois était redevenu l'opposition officielle et la moitié de tous les députés québécois, qu'ils soient élus à Ottawa ou à Québec, était indépendantiste. Plus encore, alors que la direction des deux partis avait abordé l'année avec beaucoup de circonspection quant à l'objectif de la réalisation de la souveraineté, les militants imposaient l'objectif traditionnel comme orientation fondamentale et un slogan (« On veut un pays ») bien plus volontariste que ceux que les communicateurs avaient élaborés. Manifestement, en dépit de plus de 40 ans d'aléas électoraux, de l'échec crève-coeur du référendum de 1995, où seulement 52 000 voix sur 5 millions séparaient les oui des non, malgré les tergiversations de certains des chefs, malgré les tentatives de manipulation de l'opinion publique et le recours à des moyens considérables, le soutien à l'objectif, la ferveur de l'idéal semblaient se maintenir avec une vigueur surprenante. Plus encore, le renouvellement du militantisme semblait s'opérer. Quant à l'idée que l'indépendance du Québec est celle d'une génération et qu'elle disparaîtra avec elle, notons que des 51 députés actuels du Parti québécois, 34, donc les deux tiers, ont été élus pour la première fois soit en 2007, soit en 2008. Cela étant dit, lorsque cet ouvrage paraîtra, il est possible qu'une élection générale aura été déclenchée à Ottawa. Comme chaque fois, le Bloc québécois devra démontrer à quel point ses députés défendent les intérêts du Québec. Renouveler les idées Si les personnes se sont renouvelées, on ne peut pas en dire autant des idées. Cela se comprend. Au cours des 32 dernières années, le Parti québécois a été au pouvoir 18 ans. Les affaires provinciales ont eu tendance à occuper toute la place. Ce ne sont pas des choses secondaires : l'éducation et la santé sont au centre des débats les plus importants des sociétés. Elles ont pris une grande place dans la vie québécoise. Les débats, les querelles, les crises qui ont marqué les rapports entre Québec et Ottawa ont drainé les énergies et désorganisé les politiques. Les exemples abondent, mais je n'en retiendrai qu'un. J'ai dirigé la délégation de fonctionnaires du Québec au Comité fédéral-provincial du régime fiscal en 1967. Après des mois de travail, on en est arrivés à la conclusion qu'en raison du partage des ressources fiscales et de la répartition des champs de dépenses, le gouvernement fédéral était systématiquement « menacé » par des surplus et les provinces, par des déficits. Les discussions sur le partage des ressources fiscales ont duré 30 ans. En 2002, la Commission Séguin chargée d'étudier le déséquilibre fiscal arrivait à la même conclusion. Rien n'avait changé. Les débats restaient les mêmes. Il était toujours aussi difficile de mettre au point des politiques économiques ou sociales cohérentes. Le référendum de 1995 avait demandé une longue préparation qui s'était échelonnée sur quelques années : il fallait préparer la mise en place de la structure administrative d'un pays indépendant et l'élaboration de politiques nationales avec des objectifs clairs. L'échec impliquera forcément l'abandon de cette orientation. En 1996, le nouveau gouvernement se fixe comme objectif d'atteindre un déficit budgétaire nul, au moment même où le gouvernement fédéral coupe les transferts aux provinces pour lui aussi éliminer son déficit. Les questions budgétaires vont dominer les esprits pendant des années. Non sans arrière-pensées politiques, le gouvernement fédéral profite des compressions budgétaires à Québec pour fournir à des clientèles ciblées (les universitaires, par exemple) l'argent qui leur manque, et monte de formidables opérations publicitaires qui aboutiront à un scandale et à une enquête publique (la Commission Gomery). Pendant des années, on va cesser de réfléchir à la souveraineté du Québec, à préparer la suite des événements. Il n'y a guère qu'au Bloc québécois, où l'on n'a pas les mêmes préoccupations quotidiennes du pouvoir, que l'on va maintenir un certain effort de renouvellement. Et pourtant, un tel renouvellement s'impose. Les deux partis indépendantistes sont de centre gauche. Comme tous les partis progressistes d'Occident, ils doivent repenser leurs rapports avec le syndicalisme, avec le capitalisme d'État, bloquer les dérives vers la défense des droits acquis qui finissent par aboutir à des formes de corporatisme, accentuer la défense des plus fragiles, s'adapter à la mondialisation. Et la mondialisation, justement, modifie la façon de voir la souveraineté des nations. Lorsque, presque tout à coup, on s'est rendu compte que l'individu pouvait avoir accès à l'univers, que rien ne pouvait l'empêcher de communiquer avec ses semblables, que les États les plus puissants ne pouvaient empêcher l'internaute de communiquer avec qui il voulait, on a cru pendant quelque temps que la mondialisation, soit par la liberté des échanges, soit par la liberté des communications, réduirait de façon draconienne le rôle des États... Bien sûr, de par leur puissance financière et militaire, certains États continueraient d'exercer des effets de domination sur les autres. Mais leur rôle se réduirait graduellement, leurs citoyens se fondant dans le grand tout mondial. L'État dans la mondialisation Et pourtant, aussi séduisante pour l'esprit que soit cette thèse, ce n'est pas comme cela que ça s'est passé. On a constaté rapidement que la mondialisation ne présentait pas que des avantages pour l'individu assis devant son ordinateur et parlant au monde. Lorsque les barrières commerciales avec l'Asie sont tombées et qu'en Occident, des industries entières sont disparues, quand les entreprises ont délocalisé leurs installations pour profiter des bas salaires disponibles ailleurs, quand celles qui restaient sur place ont réduit leurs salaires pour faire face à la concurrence, quand pour résister au changement on s'est rendu compte que seules l'éducation, la recherche et l'innovation permettraient de maintenir un avenir acceptable, on s'est rendu compte que la règle ne serait plus qu'on occupe le même emploi jusqu'à sa retraite, qu'il n'était plus évident que les enfants vivraient aussi bien que leurs parents, que la précarité pourrait devenir endémique, que, sur les seuls critères de l'éducation et des diplômes, la société pourrait se casser en deux, que sur cette base une nouvelle discrimination sociale pourrait perdurer, s'accentuer même : on a compris que le monde changeait, et même très vite.

Avis des internautes

Avis général

(Cet ouvrage n'a pas encore d'avis)

Donnez votre avis

(De "Peu d'intérêt" à "Excellent")

Rayons : Sciences humaines & sociales > Sciences politiques & Politique > Sciences politiques généralités > Essais / Réflexions / Ecrits sur les sciences politiques

  • EAN

    9782894855584

  • Disponibilité

    Disponible

  • Action copier/coller

    Dans le cadre de la copie privée

  • Action imprimer

    Dans le cadre de la copie privée

  • Poids

    286 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

empty