Ceci n'est pas un roman, c'est ma vie!
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Ceci n'est pas un roman, c'est ma vie!

À propos

Extrait En prélude Pour tout dire, sans rien cacher... Je suis un être favorisé. La chance, le hasard ou le destin, appelez cela comme vous voudrez, m'a déjà permis de vivre quatre vies bien remplies. J'ai vu le jour, une première fois, en Lituanie. Naissance empreinte de paix, d'affection et de douceur. Un remarquable débarquement bardé de peluche, dont je garde un souvenir inoxydable. Lors de ma deuxième naissance, qui eut lieu dans le terreau germanique, le ciel était couvert et menaçant. Des jours qui ont suivi mon douloureux accouchement, je ne retiens que de cruelles et accablantes images. À ma troisième naissance, qui s'est produite à Paris, les sombres et sinistres nuages s'étant dissipés, le nouvel horizon m'apparut engageant, et l'avenir, prometteur. Lorsque je suis venu au monde (au Nouveau Monde) la quatrième fois, j'eus nettement l'impression que mes vies précédentes m'avaient servi d'apprentissages. Cette quatrième vie, dont je jouis toujours avec une joie gourmande, fait l'objet des pages qui suivent. Ma vie privée et ma vie professionnelle étant étroitement liées, les mêler en les remémorant témoigne à quel point elles sont indissociables. Jusqu'à ce jour, la vie m'a procuré de merveilleuses découvertes et des exaltations remplies de lumineuses promesses. Bien que gorgée de joies, elle fut aussi nourrie parfois d'inapaisables chagrins. Le jour où cette vie-là prendra fin, je me sentirai... mortellement blessé. Seule une vie après la mort réussirait à m'en consoler. Malheureusement, l'inflexible sceptique que je suis entretient de sérieux doutes sur une hypothétique vie d'outre-tombe. Si jamais elle existait, elle serait alors ma cinquième. Entre-temps, comme je ne suis pas porté à croire à la réincarnation, je m'efforce d'« élastifier » le temps en meublant de mon mieux les jours qui me restent à vivre avec un maximum d'action, d'ardeur et d'enthousiasme. Je ne dis pas que, de ces vies passées, il ne me soit rien resté. Des souvenirs heureux, j'en ai gardé plein ma besace, en nombre suffisant, en tout cas, pour éteindre ceux du genre plus douloureux dont on ne m'a pas épargné. Toutes ces vies à travers lesquelles j'ai dû me diriger seul, sans boussole, je ne regrette pas de les avoir vécues. Elles m'ont donné l'occasion d'apprendre quantité de matières rarement enseignées à l'école. Elles m'ont appris, entre autres, que le rat n'avait pas si mauvais goût, particulièrement quand on n'a rien d'autre à se mettre sous la dent, et que le chat était plus savoureux à manger que le rat. J'ai aussi appris qu'il existait rarement au monde de joie plus simple et plus réjouissante que celle de porter des chaussures à sa pointure... Enfant, j'ai tremblé de froid et de peur. J'ai connu aussi la faim, dont je porte encore des séquelles. Alors que je n'avais que cinq ans, je suis passé à un cheveu de mourir devant un peloton d'exécution. Si je n'ai pas eu peur, c'est parce que, n'ayant jamais vu de fusil de ma vie, j'ignorais leur (in)utilité. Bien entendu, mes parents se sont chargés de m'expliquer, après coup, à quoi j'avais échappé pendant que j'avais le dos tourné. Depuis ce jour, je traîne une habitude profondément enracinée en moi, que seuls mes intimes connaissent. J'ai toujours beaucoup de difficulté à m'asseoir dos à une porte ou à une fenêtre... Quelque temps après mon initiation au peloton d'exécution, ma famille s'est retrouvée sur la liste de déportation pour la Sibérie. Au moment de venir nous arrêter, les bourreaux soviétiques ont frappé, par mégarde, à la maison de nos voisins d'à côté. Les malheureux sont morts à notre place. Adolescent, j'ai failli mourir, la gorge tranchée par un soldat allemand ; puis étouffé sous les décombres d'une maison détruite par les bombes américaines ; puis, à la suite d'un sabotage, déchiqueté sur une voie ferrée lors du déraillement d'un train ; puis, mis en lambeaux par la détonation d'un paquet de dynamite, qu'affamé, j'avais pris pour du riz ; puis, anéanti par une bombe à retardement. Je l'ai caressée quelques minutes juste avant qu'elle n'explose en détruisant un pâté de maisons en entier. J'avais cru qu'elle était défectueuse. J'ai également échappé de justesse à la mort par hypothermie. Est-ce pour cela que j'ai tellement horreur du froid ? Il se trouve que, pour mes onze ans, alors que j'étais en Allemagne, le destin m'avait inscrit sur une liste de cobayes sélectionnés pour une recherche pseudo-scientifique sur l'hypothermie. L'expérience consistait à immerger l'infortuné baigneur dans une piscine d'eau à la température polaire pendant que l'on notait scrupuleusement le temps qui s'écoulait avant que la mort glaciale ne l'emporte. En entrant dans le bain glacé, on était mort d'effroi. En le quittant, on était assuré d'être mort de... froid ! À ma plus grande joie (je ne trouve pas de meilleur mot) et au grand désespoir des chercheurs nazis, l'immonde étude fut interrompue brusquement par l'arrivée impromptue des soldats américains, nos sauveteurs. Cette ahurissante recherche était menée avec la collaboration de l'I.G. Farben, une éminente industrie qui entretenait les meilleures relations avec les S.S. L'abominable expérience à laquelle j'ai échappé, presque par un imprévisible miracle, est restée à jamais gravée dans ma mémoire. On n'a pas tort de dire que l'important dans la recherche, c'est... l'imprévisible ! Après la guerre, on a pu mettre la main sur une série de documents issus de l'I.G. Farben, comme cette lettre envoyée par ses dirigeants aux chefs des camps d'Auschwitz.

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  • EAN

    9782894855607

  • Disponibilité

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  • Poids

    7 782 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

Alain Stanké

  • Pays : Canada
  • Langue : Francais

Alain Stanké est né à Kaunas, en Lituanie, en 1934. Il a vécu en France après avoir dû fuir son pays. Arrivé au Québec en 1951 en tant que journaliste, il a été correspondant canadien du France-Soir et du Figaro Magazine. Il est également auteur, producteur et a été éditeur pendant plus de quarante ans.ÿÿAprès avoir dirigé les éditions de l'Homme, il a fondé les éditions La Presse puis les éditions internationales Alain Stanké. Grand humaniste, il est très engagé auprès de nombreux organismes à caractère philanthropique. Sa devise : Une vie n'est pas assez.

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