Littérature sur zinc

À l'occasion de la réouverture des bistrots - et des comptoirs - la librairie Quilombo vous propose sa liste d'ouvrages consacrés aux troquets, espaces sociaux et lieux de rencontres par excellence...

  • Têtu comme une mule, aussi volage et libre que l'air, Brendan Behan, l'enfant terrible de Dublin, né en 1923, confesse dans cette autobiographie explosive ce qu'il a toujours été : un rebelle irlandais. Il a voué sa plume et son coeur à son île natale, à son peuple. Et sa révolte organique a constamment guidé ses pas. Chemin faisant, il n'a eu de cesse de concilier ivresse et allégresse, pour le meilleur comme pour le pire. Lorsqu'il n'est pas détenu en prison pour ses activités politiques - il se fait incarcérer pour la première fois à l'âge de 16 ans -, ce membre de l'IRA, conteur hors pair et collectionneur de chansons populaires, zigzague entre les innombrables pubs parsemant la verte Érin et raconte, avec toute la saveur d'une bonne pinte de bière, ses faits d'armes. À force d'avoir brûlé la chandelle par les deux bouts, il se consume à seulement 41 ans. Traduite dans le monde entier, son oeuvre est avant tout celle d'un irréductible, compagnon fidèle, écrivain irrévérencieux et buveur invétéré.

  • Les chevronnés adeptes du Pari Mutuel sont Urbains à un point que l'on n'imagine guère, d'une urbanité qui confine à l'intrusion voire touche à l'invasion. C'est ce qu'endure à la journée Anatole Bétancourt, héros de Fièvre de cheval, ancien consultant (en quoi ? Il a oublié) tourné maniaque du tapis vert pré, parieur compulsif et trinqueur frénétique. A peine a-t-il pénétré dans un café-turf, salué bas la tenancière et s'être mis, Bic en main, un oeil à l'écran, l'autre au carnet, en position de défricher la journée hippique que s'en viennent rôder puis le harceler pléthore de fâcheux en veine de confessions, de petites combines, de bons tuyaux ou de martingales infaillibles.
    Car notre homme raisonne, compute, déduit, pesant les chances au trébuchet des possibles. Un art de mettre le canasson en équation qui n'est pas toujours payant et l'oblige à quelques entorses avec la légalité. Et quand la patronne de l'hôtel pour une monte s'invitera dans son paddock et l'initiera à fouler le gazon et humer l'air des champs de courses, Anatole n'échappera pas à la sortie de piste.
    Monologue drolatique d'un turfiste stratège, Fièvre de cheval nous restitue avec brio le monde des bistrots attelés, le galop mental et les errances d'une vie sur terrain lourd. Rien ne me souciait plus dans une journée que ces quelques secondes, disséminées tous les quarts d'heure, à raison de quarante courses au quotidien cela représentait au final pas mal de minutes, ces quelques secondes donc, ces quelques secondes où le coeur palpitait, où un frisson me traversait quand le cheval sur lequel j'avais misé montait aux avant-postes et qu'il figurait dans les trois premiers aux abords de l'arrivée.
    Oui, un frisson. Un frisson enfin. En attendant celui qu'on appelle le dernier et que je ne redoutais même plus tant la vie avait cessé de me concerner.

  • Dans le Madrid des années 1930, Matilde cherche un emploi. La jeune femme enchaîne les entretiens infructueux : le travail se fait rare et elles sont nombreuses, comme elle, à essayer de joindre les deux bouts. C'est dans un salon de thé-pâtisserie que Matilde trouve finalement une place. Elle y est confrontée à la hiérarchie, aux bas salaires, à la peur de perdre son poste, mais aussi aux préoccupations, discussions politiques et conversations frivoles entre vendeuses et serveurs du salon.
    Quand les rues de Madrid s'emplissent d'ouvriers et ouvrières en colère, que la lutte des classes commence à faire rage, Matilde et ses collègues s'interrogent : faut-il rejoindre le mouvement ? Quel serait le prix à payer ? Peut-on se le permettre ? Qu'est-ce qu'être une femme dans cet univers ?

  • « La Micheline, dont voici la première édition, a pour but d'offrir au lecteur un guide pratique et sérieux, permettant de se désaltérer en toute convivialité et sans trop de frais dans les endroits les plus divers. Les établissements retenus et présentés dans ces pages ont été sélectionnés selon des critères rigoureusement subjectifs, à la faveur de déplacements aléatoires. Ils composent un chapelet dépareillé qui tient tout à la fois de la rivière de diamants et du collier de nouilles. ».

    Douze années d'enquête sur le terrain, neuf mille kilomètres parcourus, des enfilades de départementales et de chemins buissonniers, quatre verres cassés, une greffe de foie... Ce tableau des petits bistrots et cafés de France répertorie quatre-vingt-onze adresses à n'ébruiter sous aucun prétexte.

  • C'est l'histoire de Sundance, un Sioux qui sombre tre`s jeune dans l'alcoolisme et e ? cume pendant vingt-cinq ans les bars de l'Ouest ame ? ricain. Sans-abri, trimardeur, arnaqueur, rendu presque fou par l'alcool, coince ? entre la rue et la prison, son histoire aurait du^ s'arre^ter la`. Mais lasse ? du harce`lement policier, Sundance contre-attaque. Sa victoire lors d'un proce`s retentissant a` la fin des anne ? es soixante-dix met fin aux abus du syste`me judiciaire envers les alcooliques et entrai^ne une prise de conscience : l'alcoolisme n'est pas un de ? lit, c'est une maladie qui ne se soigne pas derrie`re des barreaux.
    Rares sont les te ? moignages de premie`re main de ceux qui vivent dans la rue. Celui de Sundance cristallise nombre de maux de la civilisation qui l'a recrache ? sur le bord du trottoir. Ivrogne, clochard, il est en outre un Indien dans une Ame ? rique qui s'est ba^tie sur la de ? pouille de son peuple. Des e ? meutes en prison aux rode ? os du Montana, de la Seconde Guerre mondiale aux champs de coton d'Arizona, en passant par les trottoirs de Los Angeles, la vie de Sundance nous raconte l'american way of life vu d'en bas.

  • « L'histoire d'un pays ne se limite pas à ses princes et ses batailles. Loin des palais royaux ou présidentiels, elle naît aussi dans les auberges, cafés, bistrots et brasseries. Véritables bouillons de culture, ces lieux de rencontres et d'échanges apportent boissons et idées nouvelles à ceux qui les fréquentent (...) Depuis les origines, dans les tavernes, bistrots et cafés, la parole s'exprime, se met en scène, se transmet. La perception du monde évolue au fur et à mesure des discussions, des clients qui entrent et sortent (...) Le bistrot révèle les mentalités d'une époque, les vestiges du passé et les tendances émergentes. Ce "Bistroscope" nous invite à mieux comprendre notre monde contemporain. »

  • De tout temps, à dire vrai, les artistes se sont donné rendez-vous au café et l'ont mêlé à leurs poèmes, romans et tableaux. Cet effet de miroir culmine entre Manet et Picasso, Forain et Otto Dix, Lautrec et Foujita, Masson et le jeune Rothko, mais il surgit avant et se prolonge bien après. Cafés, bistrots et cabarets, plus que tout autre espace urbain, constituent le coeur de notre civilisation : une certaine façon d'être au monde et de le représenter s'y concentre. L'exposition de la Cité du vin, qui saisit aussi bien le café français que les bars du reste de l'Europe et des États-Unis, confronte les médiums traditionnels que sont la peinture et la sculpture à la photographie, au cinéma, à la littérature, et se détourne résolument des récits courants de la modernité.
    Forte d'une centaine d'oeuvres, elle voudrait établir le rôle essentiel de ces espaces de rencontre, en tous sens, dans la création et la société occidentales.
    Périphérique au temps des Saint-Aubin, plus présent chez Daumier, le thème explose à partir des années 1860-1870, tant il colle aux attentes de la génération qui a lu Baudelaire. Établissements de luxe ou « assommoirs », chaque lieu possède son esprit et l'impose aux artistes, quand il ne tourne pas au cénacle festif. Les diverses sensibilités des xxe et xxie siècles se mesurent au sujet comme on boit à la source. Explorant le large éventail des situations que le café abrite et stimule, du buveur solitaire à la scène de drague, du retrait mélancolique à l'affirmation identitaire, de l'exclusivité masculine à la revendication féminine, l'exposition questionne enfin ce que les artistes ont cherché à dire d'eux et de leurs temps. Le visiteur, à son tour, s'y laisse entraîner vers lui-même.

  • Dans son jus est un carnet de voyage dessiné qui emmène le lecteur à la découverte des vieux zincs parisiens, ceux que la modernité n'a pas touchés. Une soixantaine de ces troquets sont croqués et parfois accompagnés de textes de Patrick Bard, qui en évoque la mémoire jaunie.
    Nulle nostalgie dans l'évocation de ces lieux devenus singuliers ; les auteurs ont juste souhaité "rendre un hommage appuyé de la plume et du pinceau à ces ultimes refuges de l'herméneutique de comptoir et du brassage social qui sont comme autant de ports ouverts sur le monde et dont les clients parfois vacillants dans la houle et le ressac du blanc ou du petit jaune sont comme autant de navires à quai sur le point de lever l'ancre."

  • Au café

    Mohammed Dib

    " il était tard ; je me demandais si je ne devais pas m'en aller de ce café bruyant, sombre.
    Seul devant une table, je regardais autour de moi les groupes qui bavardaient et fumaient sans relâche. au fond d'une atmosphère obscurcie, les joueurs battaient leurs dominos avec des claquements de fouet qui, à la longue, portaient sur les nerfs ".
    Un homme simple, un chômeur, qu'une rencontre fortuite dans un café jette hors des sentiers battus de l'existence... des paysans pauvres dans des coins perdus faisant l'apprentissage des élections...
    Une vieille femme qui voit s'ouvrir les portes du paradis... un riche héritier qui vit, en raison de son enchantement, une étrange aventure...
    Gens d'algérie, qui peuvent être de tous pays, de tous les temps... les personnages émouvants et humains que l'on rencontre au détour de ces nouvelles sont étroitement liés à ceux des grands romans de mohammed dib.

  • Café nostalgia

    Zoé Valdés

    Marcela Roch vit à Paris dans une douloureuse nostalgie de Cuba qu'elle a quittée. Pour ses amis d'enfance, éparpillés maintenant à travers le globe, elle est la gardienne du temple de la mémoire, le point d'ancrage d'une bande dispersée dont chacun des membres cherche sa place dans le monde.
    Tour à tour photographe puis maquilleuse pour la télévision, la jeune femme semble vouée au succès le plus insolent ; mais il en va de la carrière comme de l'intimité : dans tous les territoires accostés, elle brûle ses vaisseaux. Portées de manière névrotique à leur paroxysme, ses sensations se mesurent toutes à l'aune d'un amour d'adolescence pour un homme d'âge mûr, auquel son épouse fit payer ses infidélités.
    Dans l'attente de l'accomplissement qui brisera ses entraves, elle attise avec ses amis la plaie profonde du souvenir et l'espoir d'un retour pour l'instant impossible.

  • Des chauffeurs de taxi, des héroïnes de faits divers, des amoureux traversent ces pages et croisent Colette, Roland Barthes, Patti Smith ou Corto Maltese, sans oublier quelques figures chères de mon enfance... On peut lire ces Chroniques en passant comme un journal de voyage, si l'on croit que chaque matin contient une occasion de départ et une chance d'aventure.

    J'ai écrit les textes ici réunis de 2014 à 2018 pour le journal Sud Ouest. Et à la fin, en me retournant, j'ai senti qu'ils formaient un livre. Le voici.

    C.T.

  • Résistant sous l'Occupation, vagabond céleste, sculpteur et dessinateur de talent, Jacques Yonnet est surtout connu pour son livre Rue des maléfices ;
    Un chef-d'oeuvre paru en 1954 et salué comme l'un des plus grands ouvrages consacrés à Paris.
    Quelques années plus tard, L'Auvergnat de Paris lui propose de tenir une chronique dans ses colonnes.
    Il y explorera pendant 15 ans bistrots et troquets, lieux magiques qui servent de fil conducteur à une déambulation littéraire et historique dans le Paris des marges. Ces récits ensorcèlent les lecteurs chaque semaine. S'y succèdent secrets des habitués du zinc, portraits de personnages hauts en couleur, légendes des différents quartiers de la ville, et contes empreints de sagesse populaire.
    Le meilleur cru de ces chroniques est réuni dans ce livre. On y trouve un zeste de la poésie de Prévert, la franche amitié de « Bob » Giraud, le style insolite de Queneau et l'oeil humaniste de Doisneau. Ce n'est pas un hasard si ceux-là - et bien d'autres encore ! - accompagnaient souvent Jacques Yonnet pour trinquer au bistrot du coin. Et tels des gamins émerveillés, ils l'écoutaient jusqu'au petit matin raconter ses mille et un enchantements de Paris.
    Alors, seul ou accompagné, tous au zinc ! Et, comme dirait l'ami Yonnet : « À la bonne vôtre ! »

  • Le vin des rues

    Robert Giraud

    Giraud vous raconte des histoires sur le ton d'une simple conversation, exactement comme si vous étiez avec lui au comptoir devant un bon beaujolais Chez Fraysse ou bien Chez Paulo qui verse l'Algérie dans des demis. (...) En traînant la savate sur les quais, en reniflant l'odeur de céleri des Halles, en perdant ses nuits dans les bistrots de Maubert, Giraud peut vous raconter un Paris que vous ne pouvez pas connaître. Mais ne vous y trompez pas, Giraud n'est pas un montreur de monstres. L'essentiel, le merveilleux de ce livre, c'est que des acteurs écorchés par la nuit jouent sur des motifs vieux comme le beau monde : l'amour, l'argent, l'honneur. Il y a là-dedans un monde fou qui rêve tout haut ; et savez-vous que tout cela est vrai ? Un personnage principal : le vin qui coule dans tous les figurants et surtout, sérum de vérité, qui délie les langues. Robert Doisneau, dédicataire du Vin des rues, évoque ainsi son complice dans la préface à ce livre. Ensemble ces deux-là, baptisés « la paire de Robert » par des esprits facétieux, ont exploré ce Paris inconnu et aujourd'hui disparu. Nul mieux que Doisneau ne pouvait présenter ce fleuron de la littérature parisienne des souvenirs et de l'amitié. Le Vin des rues a paru pour la première fois en 1955 aux éditions Denoël, amputé du chapitre Carrefour Buci (publié par Le Dilettante en 1987), qui retrouve sa place légitime dans la présente édition.

    Précédé de : Robert Doisneau

  • Et puis, le gamay, on le voit vieillir. Il est vif et piquant au départ. Il vous raconte un paquet de trucs car il a de la gueule. Et, petit à petit, il se fait plus discret. Quand il l'ouvre, c'est pour les bonnes raisons. D'ailleurs, on est comme lui : moins il la ramène, moins on cause. On se regarde en général, et on sourit. Parfois il vous déçoit. Il pue le poulailler, ou il est plein de gaz, ou il a le goût de vinaigre. Comme on l'aime bien, on lui trouve toutes les excuses.
    La Part de l'orage célèbre l'amitié et le vin.
    Les cépages sont l'occasion de petites histoires où se mêlent fiction et réalité, jolis termes techniques et amour du vin. On est au milieu de la vigne à la rencontre des vignerons, on est dans la cave, on déguste au comptoir.

  • À Saint-Saturnin, le bistrot d'Émile, populaire et familier, fait la joie des habitués et des clients de passage. On ne connaît pas patron plus enjoué, plus dévoué! Jusqu'à ce qu'un jour il décide de vendre et de quitter le village. C'est une banque qui remplace bientôt le fameux bistrot, au grand dam des villageois... Pour sûr, un mystère plane sur cette affaire. Une chronique de moeurs qui fleure bon l'enquête policière. Irrésistible !

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