• Un chaman de Sibérie trouve sous le permafrost la sépulture d'une reine datant de plus de dix mille ans. Stupéfaction : le corps momifié par les glaces a la peau noire. Décidé à utiliser sa découverte pour protéger un territoire menacé par l'exploitation gazière, le chaman contacte un ami scientifique français dans l'espoir qu'il mobilisera les écologistes du monde entier. Celui-ci monte une discrète expédition avec une docteure germano-japonaise et un ethnologue congolais. Deux mafieux qui tiennent à leurs projets industriels les attendent de pied ferme...
    On retrouve l'enthousiasme de Wilfried N'Sondé dans un roman d'aventures haletant qui parle d'écologie, d'harmonie avec le vivant, de partage entre les peuples et de communication entre mondes visible et invisible.

  • Le Ghetto intérieur racontait le silence en 1945 de celui qui deviendrait le grand-père de l'auteur, Vicente Rosenberg qui émigra à Buenos-Aires. Le Premier Exil s'ouvre sur la mort, vingt ans plus tard, dans cette même ville, de l'arrière-grand-père maternel, l'abuelo Zeide, un Juif originaire de Kiev. Mais la famille du narrateur a dû fuir l'Argentine pour l'Uruguay, et échapper à la dictature, après le coup d'État militaire en 1968 du général Juan Carlos Onganía. Santiago Amigorena avoue avoir mis des années à écrire ce livre parce qu'il raconte un âge plus mystérieux que tous les autres qui, pour lui, a commencé quand il avait six ans par un premier exil d'un pays, l'Argentine, dans un autre, l'Uruguay, et s'est achevé à douze ans par un second exil, en Europe cette fois, et d'une langue, l'espagnol, en une autre, le français. Avec un sens de l'autodérision et du drame, il fait l'histoire des origines de son propre silence, de sa relation tourmentée au langage, de ses traumas, de son apprentissage de la vie, et de l'intuition première de la puissance de la littérature dans une existence. Derrière ce récit d'une enfance inquiète, laconique, d'un destin bouleversé, le livre dresse aussi le portrait du continent sud-américain que recouvre peu à peu une nuit sanglante, où la torture et les disparitions deviennent routinières.

  • L'ouvrage met principalement en scène trois personnages dont les vies vont être amenées à se croiser : le narrateur, un écrivain, un criminel.
    Étudiant durant les années 1980, le narrateur vit dans un studio, que lui a acheté son père, situé passage de l'Union dans le VIIe arrondissement de Paris. Un soir, il se sent observé par quelqu'un dont on comprendra qu'il s'agit de Patrick Modiano. Il le croise à plusieurs reprises, lui parle et commence à lire ses livres. Sans se l'expliquer, il se reconnaît dans son imaginaire romanesque. Néanmoins les années passent, le narrateur devient avocat et les deux hommes se perdent de vue.
    Au cours d'un procès d'assises, le narrateur défend un homme dont le crime s'explique par un lointain passé : une soeur ayant disparu durant la seconde guerre mondiale dans les mêmes circonstances que la Dora Bruder de Modiano. Il se trouve que l'écrivain assiste au procès et accepte d'aider le narrateur à retrouver la trace de cette mystérieuse soeur...
    Cette quête commune amène les deux hommes à basculer dans le Paris les années 40. Ils sont reçus par des individus douteux dans un appartement situé près du studio du passage de l'Union, dont l'écrivain apprend au narrateur qu'il fut, durant la guerre, le siège des sombres trafics d'un ferrailleur de sinistre mémoire, le fameux « Monsieur Joseph »...
    Ce roman met en abîme la dette que nous contractons à l'égard d'un passé trouble et tu. Il constitue aussi un hommage à la littérature. Les écrivains ne sont-ils pas des passeurs dont les oeuvres nous permettent de répondre aux questions les plus intimes, et parfois les plus douloureuses, que nous nous posons ?

  • Nombre de femmes et d'hommes qui cherchent l'épanouissement amoureux ensemble se retrouvent très démunis face au troisième protagoniste qui s'invite dans leur salon ou dans leur lit : le patriarcat. Sur une question qui hante les féministes depuis des décennies et qui revient aujourd'hui au premier plan de leurs préoccupations, celle de l'amour hétérosexuel, ce livre propose une série d'éclairages.
    Au coeur de nos comédies romantiques, de nos représentations du couple idéal, est souvent encodée une forme d'infériorité féminine, suggérant que les femmes devraient choisir entre la pleine expression d'elles-mêmes et le bonheur amoureux. Le conditionnement social, qui persuade les hommes que tout leur est dû, tout en valorisant chez les femmes l'abnégation et le dévouement, et en minant leur confiance en elles, produit des déséquilibres de pouvoir qui peuvent culminer en violences physiques et psychologiques. Même l'attitude que chacun est poussé à adopter à l'égard de l'amour, les femmes apprenant à le (sur ?) valoriser et les hommes à lui refuser une place centrale dans leur vie, prépare des relations qui ne peuvent qu'être malheureuses. Sur le plan sexuel, enfin, les fantasmes masculins continuent de saturer l'espace du désir : comment les femmes peuvent-elles retrouver un regard et une voix ?

  • A l'école, on dit de Kate qu'elle est la petite fille la plus moche. Mais ça, Kate, elle s'en moque ! Car quand elle se voit dans le miroir, elle voit une petite fille bourrée de talent et de bonnes idées ! Un joli album en forme de poésie, sur l'importance de s'aimer tel que l'on est et de ne pas écouter les moqueries...

  • Elles disent Nouv.

    « Rassembler des citations ne permet pas de saisir ce que disent les femmes. Evidemment. Ce que j'ai voulu faire ici, c'est en écouter quelques-unes, sur des sujets qui m'intéressent. Ça, c'était au début.
    Ensuite, mes vieilles manies ont eu raison de moi... Rattrapée par ma passion pour la structuration des textes, rêvant toujours de composition musicale, j'ai eu l'idée de monter une pièce vocale. Ces citations s'organiseraient alors en une sorte de conversation empruntant au jazz avec ses harmonies et ses dissonances, aux negro spirituals avec leur call and response, à l'emphase d'antiques prêtresses telle que je l'imagine, à diverses modalités du chant.
    Des femmes d'horizons différents, réunies en un lieu sans l'avoir décidé, parlent, se parlent. Parfois de manière frontale, parfois en se tournant le dos ou en se prenant par la main. A cet ensemble, chacune apporte sa vision, son souffle, le temps et l'espace de son énonciation.
    Celles dont les mots composent cette mélopée singulière sont spirituelles, politiques, cérébrales, sensuelles, visionnaires, enragées, mystiques, torturées, espiègles... Elles sont tout. Leur métier n'est pas forcément d'écrire des livres. Il arrive qu'elles n'existent qu'à travers la fiction, mais on l'ignore, ce n'est pas l'important. Elles disent, c'est ce qui compte, d'une manière ou d'une autre. Ce n'est donc pas le testament des femmes qui vous est proposé, mais une déambulation dans leurs paroles. Ce fut un grand plaisir d'en dessiner le parcours. ».
    Léonora Miano

  • L'autre langue des femmes Nouv.

    Au déterminisme occidental qui a élaboré une ontologie féminine essentiellement victimaire, résumant la condition des femmes à un assujettissement par les hommes, Léonora Miano répond en proposant « l'autre langue des femmes », qui expose les accomplissements des femmes du continent africain. L'Afrique seule a enfanté des dynasties de « grandes royales », qui contredisent le postulat occidental selon lequel le récit traditionnel évacue la mémoire des femmes.
    S'appuyant sur l'histoire, les mythes, spiritualités et pratiques sociales des Subsahariennes, l'auteur montre que l'Afrique au sud du Sahara est dépositaire d'un riche matrimoine permettant de comprendre et de célébrer la force du féminin. Il n'est pas question ici de diviniser les personnalités présentées, mais de révéler la variété des profils que l'Afrique offre au monde. Sur ce continent, les femmes s'illustrèrent dans tous les domaines. La conception subsaharienne du genre ne les éloigna pas des champs de bataille : les guerrières subsahariennes ne sont pas du « deuxième sexe » !
    Les Subsahariennes régnèrent sur des sociétés patriarcales, donnèrent une terre à leur peuple en exil, firent du plaisir sexuel un droit, ne révérèrent pas la virginité. Elles s'engagèrent dans les luttes anticoloniales qu'elles financèrent souvent grâce à leur fortune personnelle. Ces femmes, dont les parcours restent méconnus, créèrent des sociétés non-mixtes dont certaines furent très influentes. Parce qu'elles surent inventer leurs propres espaces sans tenter de prendre d'assaut les fiefs masculins, elles se donnèrent du pouvoir. Aujourd'hui encore, dans des environnements déstructurés par le colonialisme qui leur fit perdre leurs anciennes prérogatives, les Subsahariennes se caractérisent par leur dynamisme et leur autorité. Sans avoir eu besoin d'élaborer de théorie, elles parlèrent cette autre langue qu'il leur faut redécouvrir et transmettre. L'autre langue des femmes, c'est la parole particulière qui émerge lorsque l'on se définir en soi et pour soi, et non « en creux » à partir de l'action négative de l'autre sur soi.
    En dépit de la richesse et de la diversité de leur contribution à l'Histoire mondiale des femmes, l'expérience des Africaines subsahariennes reste marginalisée. On ne s'identifie pas à elles, mais on prétend leur dicter la marche à suivre pour s'émanciper. À travers une critique de l'hégémonie des Occidentales, l'ouvrage réfléchit aux relations entre femmes. La « sororité » dont on espère l'avènement à l'échelle du monde est pour l'heure compromise : l'histoire a doté les unes d'un pouvoir symbolique, politique et économique dont les autres ne jouissent pas. Tandis que l'on se plaint de la domination masculine, on omet d'évoquer cette dissymétrie qui fait de certaines des oppresseurs, volontaires ou non. Cette situation justifie que les Subsahariennes se déterminent en toute autonomie, élaborent un discours tenant compte de leurs parcours, de leurs réalités, de leurs aspirations.

  • Imaginez que Jane Austen vit et écrit aujourd'hui dans un village de la Drôme. Son installation bouleverse la vie de la communauté, d'autant que chouchou des médias, elle intègre très rapidement la liste des best sellers ! Fable irrésistible sur les coulisses de la presse et de l'édition, ce récit assume son anachronisme, tout en soulevant quelques problématiques : comment serait reçue l'oeuvre d'Austen si elle avait été écrite aujourd'hui ? Son message féministe est-il toujours d'actualité ?

  • Parias

    Beyrouk

    Tout ramène le père et le fils, dont les récits alternent dans cet envoûtant roman, au drame qui a fait éclater leur famille.
    Le père est en prison. Dans une longe mélopée adressée à la femme qu'il est parvenu à épouser et qu'il aime encore aveuglément, il convoque les prémices enchantées de leur histoire et les souvenirs des jours heureux, mais également l'engrenage des mensonges et de la jalousie. Pour elle, le jeune étudiant issu d'une tribu nomade était prêt à tout : s'inventer un passé, rompre avec les siens, vendre son cheptel et, grâce à cet argent, lui offrir l'avenir chimérique dont elle rêvait. Maintenant que tout est perdu, il se remémore ce monde du désert qu'elle méprisait, la vie d'errance à laquelle il a renoncé, au rythme du soleil, des étoiles et des bêtes.
    Leur fils, enfant des quartiers pauvres, n'a pas supporté le silence des dunes, l'école coranique, l'eau qu'il fallait aller puiser. Il s'est vite réfugié chez des amis de ses parents. Les batailles rangées entre bandes rivales, les soirs à regarder le foot à la télévision, les menus larcins, l'empêchent de trop penser à sa mère qu'il adorait. Parfois, il traîne aux alentours de la prison. Et aussi près de la maison de sa petite soeur, Malika, qui lui manque mais qu'on lui interdit de voir.
    En écho à la voix puissante et désespérée de son père, celle naïve et bouleversante du garçon vient ancrer la tragédie intime qu'ils partagent dans un saisissant contraste entre croissance urbaine et habitudes ancestrales des Bédouins. Ce n'est pas la moindre qualité de Parias que d'inscrire dans l'universel ces destins si singuliers avec une telle force d'émotion.

  • Un jeune Mauritanien a commis un meurtre. Dévoré par la culpabilité, il fuit retrouver son ami Sidi, parti accompagner des touristes dans le Sahara. Parcourant l'immensité brûlante, de Chinguetti à Néma, le narrateur ressasse la pulsion de violence qui s'est emparée de lui. En présence des enfants étrangers, il se fait pourtant conteur, les initiant aux légendes des djinns de son pays. Il retrouve un peu de paix dans la transmission de ces récits ancestraux, mais le souvenir cuisant de son acte le rattrape sans cesse.
    Par le biais de son introspection, s'éclairent peu à peu les raisons qui l'ont poussé au crime. Est-il un meurtrier sordide comme son père, ou un innocent guidé par une main invisible ? Comment distinguer le monstre du jeune homme fragile, et le fou du poète ?

  • « Elle ne se contente plus d'habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n'aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C'est elle qui envoie le garçon, c'est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c'est elle qui me fait danser nue. » Il n'y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C'est la résurgence d'une histoire qu'elle croyait étouffée, c'est la réapparition de celle qu'elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l'éternelle enfance jusqu'à ce qu'elle soit rattrapée par les démons de son pays.
    À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

  • "Beryl Markham, Adrienne Bolland, Hélène Boucher, Maryse Hilsz, Bessie Coleman, Maryse Bastié : six noms d'aviatrices exceptionnelles parmi une centaine qui, entre les deux guerres mondiales, occupèrent une place de premier plan dans ce que l'on appela plus tard "l'époque héroïque de l'aviation" - une époque correspondant, et ce n'est pas un hasard, aux années folles et aux premiers mouvements d'émancipation des femmes.

    Katell Faria nous livre ici les portraits saisissants de ces héroïnes des temps modernes, nous contant leurs exploits inouïs, leurs peines et leurs joies, mais aussi leurs amours et leur fin parfois tragique, les faisant exister à nouveau devant nous par la grâce de l'écriture." Patrice Franceschi

  • 369. C'est le nombre de Photomatons que Jacob B'rebi a pris de lui-même entre 1973 et 1974. À quoi pouvaient bien servir ces selfies d'avant l'heure qui montrent tantôt un visage troublé, tantôt un rire forcé, qui paraissent si familiers et lointains en même temps ? Sont-ils l'expression d'une coquetterie, d'un humour solitaire ou la clé d'un mystère ?

    Lorsque Christophe Boltanski ouvre cet album ramassé aux puces, il est aussitôt aspiré par ces figures sorties d'un conte de Lewis Carroll. L'homme s'est réinventé en de multiples personnages, l'un barbu, l'autre glabre, l'un en uniforme, l'autre en chemisette décontractée. Acteur, steward, espion ? Les détails pourraient devenir des indices - ou des trompe-l'oeil. Au dos des clichés, des adresses nourrissent encore l'énigme, de Rome à Bâle, de Marseille à Barbès ; quant aux prénoms ou diminutifs, ils ressemblent à des alias.

    Christophe Boltanski veut comprendre qui fut cet homme. Son besoin de savoir le conduit dans des échoppes à l'abandon, des terrains vagues, des docks déserts, des lieux ultra-sécurisés, puis dans les cimetières de Djerba, et enfin en Israël, aux confins du désert du Néguev ou au pied du mont Hermon. Patiemment, l'auteur reconstitue les vies vécues et rêvées de Jacob, où se mêlent paradis perdu, exil, désirs de vengeance, guerres et ambitions artistiques. Peu à peu, la quête s'approche du mythe, celui d'un homme qui recherche une terre pour oublier les arrachements de l'enfance, mêle instinct de fuite et de liberté, dans l'espoir de se réconcilier avec la mort et avec la vie.

    Après La Cache qui a reçu le prix Femina et Le Guetteur, Christophe Boltanski élargit son exploration littéraire à un anonyme, si représentatif d'une France prise par les violences de l'Histoire, où l'existence individuelle oscille entre goût du secret et quête de sens. Une épopée contemporaine, où l'émotion saisit le lecteur page à page.

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