La rubrique poésie

Alexandre Bord (alias Barz) est libraire à la librairie de Paris. Il anime depuis 2017 une chronique audio nommée "Mort à la poésie" qui, contrairement à ce que peut laisser entendre son titre, met en lumière un genre littéraire parfois trop peu connu, à travers la (re)découverte de poètes.
Retrouvez le podcast de la première émission de la saison 2 consacrée à Éric Chevillard pour son texte Détartre et désinfecte (Fata Morgana), et la sélection des œuvres présentées dans les émissions de janvier, dévoilées tous les mardis sur le site d'Addict-Culture.

  • Est-elle vraiment morte, en somme, ou n'est-elle que patiente, incroyablement patiente ? Ne dirait-on pas qu'elle attend quelque chose - que quelque chose se passe. Son dossier pourrait constituer le départ d'une échelle ; comme un projet d'évasion. Empaillée et même rempaillée, elle présente encore un danger si on y regarde bien. Vous arrivez devant elle avec ce maintien que vous avez reçu de votre éducation, avec cette fierté que vous donnent à bon droit vos travaux, avec cette stature que vous avez acquise sur les stades, dans les salles de musculation.
    Puis vous faites l'erreur de lui tourner le dos et alors, en une seconde, elle vous casse en trois.
    Toujours d'une même plume, aussi hargneuse que brillante, Eric Chevillard défie le langage, met en garde la syntaxe, ridiculise le temps : la chaise est auscultée, le courage interrogé, le gredin réhabilité - ou pas -, les ennemis récompensés... Nous trépignons à nouveau pour que sous nos pieds se dérobent les sols les plus stables et vacillent les évidences les plus solides.

  • Cerise rouge sur un carrelage blanc... Le titre que Maram al-Masri a donné au livre qui l'a révélée au grand public ressemble à celui d'une nature-morte. Des lèvres peintes abandonnées à la froideur du quotidien.
    Une tache de sang que rien n'efface. Un fruit dans la neige. Une blessure. Les cent poèmes que rassemble ce recueil, publié pour la première fois en édition bilingue, ne disent pas autre chose. « Ma douleur sera /rouge /comme une cerise mûre écrasée /sur un carrelage /blanc ». Qu'elle rêve d'amours ardentes ou déplore sa solitude, une femme aspire à la liberté. Son cri étouffé porte une promesse. Et l'on comprend lisant ces vers d'une simplicité aussi désarmante que ceux d'Emily Dickinson, que l'érotisme est souvent le premier mode de libération des femmes. Un prélude à la poésie.

  • « Poésie/Gallimard » est une collection au format poche de recueils poétiques français ou traduits. Chaque volume rassemble des textes déjà parus en édition courante - tantôt du catalogue Gallimard, tantôt du fonds d'autres éditeurs -, souvent enrichis d'une préface et d'un dossier documentaire inédits. Élégant viatique pour les amateurs de poésie, la collection offre des éditions de référence, pratiques et bon marché, pour les étudiants en lettres. Aujourd'hui dirigée par André Velter, poète, voyageur et animateur de plusieurs émissions sur France Culture, la collection reste fidèle à sa triple vocation : édition commentée des « classiques », sensibilité à la création francophone contemporaine (Guy Goffette, Ghérasim Luca, Gérard Macé, Gaston Miron, Valère Novarina...) et ouverture à de nombreux domaines linguistiques (le Palestinien Mahmoud Darwich, le Libanais d'origine syrienne Adonis, le Tchèque Vladimír Holan, le Finnois Pentti Holappa, le Suédois Tomas Tranströmer et récemment l'Italien Mario Luzi, deux mois seulement après sa disparition...).

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