Prix Hors Concours

Le prix Hors Concours récompense chaque année un auteur issu de l'édition indépendante. Il propose aux professionnels du livre et aux lecteurs une découverte de la littérature de création, contemporaine et francophone. Il sera décerné en novembre 2020.

  • L'oeil chafouin, le poil hirsute, Paul Cézanne crapahute dans la garrigue, suant sous son melon, le chevalet harnaché sur le dos comme à un baudet. Apparaît la bottine d'une femme gisant sur un talus, et c'est le drame.
    Trois jours dans la vie de Paul Cézanne suffisent à Mika Biermann pour faire sauter les écailles de peinture, gratter la trame, ajourer jusqu'à l'os le portraitiste de la Sainte- Victoire.
    Il transforme un thriller sordide en une Odyssée sur une mer de peinture, dans des pinèdes et des sous bois aux nuances fauves, sur les traces du peintre bourru, vaniteux et obsédé par des chimères grotesques qui n'engendrent pas la mélancolie.
    On en termine la lecture avec les doigts maculés de couleurs vives et l'oeil fringant.

  • Issu d'une famille de pêcheurs, Liesse doit quitter son village natal à la mort de son père. Fruste mais malin, il parvient à faire son chemin dans le comptoir commercial où il a été placé. Au point d'être pris comme secrétaire par Malvine Zélina de Félarasie, ambassadrice impériale dans l'Archipel, aristocrate promise aux plus grandes destinées politiques. Dans le sillage de la jeune femme, Liesse va s'embarquer pour un grand voyage loin de ses îles et devenir, au fil des ans, le témoin privilégié de la fin d'un Empire.

    Dans ce conte merveilleux, relatant une vie entière avec un art consommé du suspense, et un talent inouï pour mêler humour et lyrisme, naît une nouvelle voix majeure de la fantasy.

    Claire Duvivier est née en 1981. Un long voyage est son premier roman.

  • « Sur les photos, les personnes en keffieh, ce sont des Palestiniens ? - Non, ma famille. - Votre famille, ce sont des Palestiniens ? - Non, des Libanais. - Pourquoi alors les avoir couverts d'un keffieh palestinien ? » Il est interdit à un citoyen libanais de se rendre en Israël. Le narrateur, un jeune photographe franco-libanais, décide d'enfreindre la loi de son pays. Arrivé à l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, il subit un interrogatoire de plusieurs heures. Les questions fusent et se répètent. « Comment s appelle votre mère ? Comment s appelle votre père ? Comment vous appelez-vous ? » Des questions qui reviennent comme une berceuse et qui voudraient obliger le narrateur à se définir de manière définitive. Lui qui avait pensé faire ce voyage pour mettre Beyrouth entre parenthèses...

  • Dans l'Irak rural d'aujourd'hui, alors que des combats sévissent, la narratrice a, en cachette, une relation amoureuse avec Mohammed. Celui-ci meurt sous les obus, elle est enceinte. Destin inéluctable : elle sera tuée par Amir, le frère aîné, dépositaire de l'autorité masculine depuis le décès du père. Un crime pour laver l'honneur de la famille, laquelle approuve en pleurs et en silence : la belle-soeur, épouse soumise ; le jeune Hassan qui aimerait fuir le pays ; la mère qui a bâti pour ses filles la même prison que pour elle ; Ali, tolérant mais lâche ; et la petite soeur, Layla, celle pour qui on tue, afin que cela serve d'exemple.
    Résonnent en contrepoint la présence tutélaire de Gilgamesh et la poésie du Tigre, fleuve qui porte en lui la mémoire du pays et la perdition des hommes.

  • Une famille a trouvé refuge en pleine montagne, où elle tue les oiseaux et les brûle au lance-flammes : ils seraient à l'origine d'un mal ayant conduit l'humanité à son extinction. Tandis que la mère pleure et chante son existence passée, le père seul s'aventure aux confins de leur « sanctuaire », d'où il rapporte tout ce qu'il trouve pour assurer la survie des siens. Mais le monde est-il vraiment devenu ce qu'il en dit ? Est-il jonché de cadavres qui pourrissent le long des chemins ? Comment être certain des motifs qui le conduisent à cloîtrer sa famille, à dispenser à ses filles un entraînement quasi militaire et à se montrer chaque jour plus imprévisible et brutal ?
    Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du « sanctuaire » - et avec elles, la loi de ce père qu'elle admire plus que tout. Ce sera pour tomber entre d'autres griffes: celles d'un vieil homme sauvage, menaçant et lubrique qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l'enfant...
    Écrit en 2019, bien avant qu'une pandémie de coronavirus conduise au confinement de la moitié de l'humanité, Le Sanctuaire déploie et sublime ce qui faisait déjà la puissance d'Une immense sensation de calme : une ode à la souveraineté de la nature et une compassion pour nous autres, humains, qui devons sans cesse lutter pour notre survie. À mi-chemin entre David Vann et Antoine Volodine, le deuxième roman de Laurine Roux confirme la singularité et l'universalité de sa voix.

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