Prix de la librairie théâtrale

La Librairie Théâtrale, librairie historique de l'édition théâtrale créée en 1852, vient de lancer son Prix de la Librairie Théâtrale, pour redire la nécessité de l’édition du texte dramatique, qui permet de diffuser et faire vivre une œuvre au-delà de sa création et de ses représentations. 

  • D'une prison haïtienne, une voix s'élève. Elle scande, dans une seule longue phrase, les malheurs du pays?: pauvreté, famine, catastrophes naturelles, pouvoir corrompu, église hypocrite.
    C'est un cri. Un poème dramatique qui ne cherche pas l'esthétisation de la misère et de la violence politique car le poète les vit, du fond de son cachot de Port-au-Prince. Sa parole emprisonnée résonne d'autant plus qu'on l'a bafouée, empêchée, retenue. Éminemment théâtral par son oralité et son rythme, un poème partition pour un homme au souffle long, comme pour un choeur puissant.
    Jean D'Amérique pousse ce cri en écho à d'autres confrères et consoeurs poètes emprisonnés d'hier et d'aujourd'hui : Federico García Lorca, Asli Erdogan, Nâzim Hikmet... et la force de son verbe rejoint la subversion de Jean Genet et l'allant d'Aimé Césaire. À lire à haute voix pour faire voler en éclats tous les murs dressés.

  • Ruptures

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    • Lansman
    • 30 Octobre 2020

    Eparpillés dans l'espace mais pourtant étrangement reliés, six couples se retrouvent, le temps d'une journée, à l'endroit de la rupture. Comme poussés par un vent de folie, mais animés par une grande lucidité, ils vont remettre en question leurs visions du monde. En contrepoint, un mystérieux treizième personnage, sorti de nulle part, tend à prouver que le pire n'est pas toujours certain. A travers l'exploration des ressorts des relations intimes, cette pièce creuse la sempiternelle question du devenir collectif et de l'engagement personnel face à la déroute du monde. Ça commence et ça se termine comme une comédie musicale hollywoodienne. Mais entre les deux, le destin des douze personnages bascule.

  • Diane

    Fabrice Melquiot

    Cet autoportrait est une traversée d'un itinéraire artistique hors du commun. Diane Arbus, née Nemerov en 1923 d'une famille juive newyorkaise, travaille dans la photographie de mode aux côtés de son mari, avant de s'en affranchir pour imposer sa propre vision. Dans l'Amérique des années 1960, dans la lignée d'un Walker Evans, elle descend dans la rue à la rencontre de ses modèles. Restée célèbre pour ses portraits d'inconnu.e.s pris au reflex 6x6 à deux objectifs, elle se distingue par sa fascination pour les personnages hors-normes. « Ce que j'essaie de décrire, c'est l'impossibilité de sortir de sa peau pour entrer dans celle d'un autre. » Personnes transgenres, handicapés mentaux, jumeaux, nains, prostituées offrent des visages et des corps de l'Amérique moderne dont elle tente de capter la vérité, à contre-courant de l'esthétique conventionnelle du portrait.

  • Gabrielle s'apprête à monter l'escalier qui mène à son appartement. Elle est professeure de français à Royan. Elle sait que les parents de Daniella l'attendent sur le palier de son appartement, comme chaque jour, pour lui demander des comptes. Daniella était une de ses élèves, elle s'est jetée par une fenêtre du lycée. Au fil d'un monologue exalté et vindicatif, Gabrielle s'adresse aux parents de la jeune morte, repousse la culpabilité qui la ronge. Daniella lui écrivait sans cesse des lettres pour la prévenir de sa situation, lui dire que c'est pendant ses cours tout particulièrement que la cruauté des élèves se déchaînait contre elle alors que la professeure faisait mine de ne rien voir, continuant imperturbablement de jeter en pâture aux adolescents indifférents des vers sublimes de Marceline Desbordes-Valmore. Gabrielle s'emporte contre les parents, responsables selon elle d'avoir donné une éducation trop libre à leur fille ; elle s'en prend à Daniella, « sauvage, âpre et véhémente », « très éprise de son âme insolente », qui a selon elle forgé son propre malheur - elle vitupère, plaide sa cause : n'a-t-elle pas dû se battre elle-même contre sa propre mère ? n'a-t-elle pas été une jeune fille autrement plus courageuse que cette adolescente qui par certains aspects lui ressemblait tant ? « Sauvage, âpre et véhément » : tel est, à l'image de l'adolescente défenestrée, le ton de ce monologue enragé, où plane le sentiment d'une faute inexpiable, dont la narratrice se sent à la fois accablée et innocente. Comme toujours chez Marie NDiaye, une violence métaphysique se dégage des êtres et des situations, venue de si loin qu'il est impossible d'en déterminer la cause, qui n'a rien de la violence atrabilaire d'un Thomas Bernhardt car elle n'exclut aucunement l'amour, n'a rien de grinçant ni de ricanant - elle s'élève contre une injustice originelle indissociable, semble-t-il, de la condition humaine.

  • Les tondues

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    Les Tondues raconte cette part d'histoire méconnue qui a vu tondre publiquement pas moins de 20 000 femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il évoque de quelle(s) manière(s) et pour quelles raisons, le souvenir de cet acte expiatoire a été étouffé au sein des familles et occulté dans la société française.
    Le récit, alerte et sensible, est porté par cinq personnages. Il révèle peu à peu les secrets enfouis et questionne une pratique punitive d'humiliation révélatrice des droits que s'octroie le politique sur le corps des femmes. Le texte de la pièce, plein de gravité et de fantaisie, de sororité et d'émotion, est porteur tout à la fois d'une certaine rage et d'une grande résilience. Il fait écho à notre mémoire collective.
    La forme de théâtre déambulatoire, choisie par Périne Faivre et sa compagnie pour mettre en scène Les Tondues, raconte cette histoire là où elle s'est déroulée, dans l'espace public. La scénographie et la dramaturgie d'un genre propre au théâtre de rue sont décryptées en fin d'ouvrage par Stéphanie Ruffier, critique de théâtre. L'historien Fabrice Virgili signe la préface et complète la publication par un éclairage qui donnera au lecteur les clefs d'un fait longtemps refoulé dans l'histoire de France.

  • Elise

    Elise Noiraud

    C'est quoi, devenir adulte ? Dans cette épopée auto-fictionnelle en trois "chapitres", Élise Noiraud s'intéresse successivement à l'enfance, l'adolescence et l'âge adulte. Avec humour et sensibilité, elle retranscrit les espoirs et désillusions de ces différentes périodes de vie où chaque lecteur reconnaîtra sa propre histoire.

  • Dans ces deux partitions drolatiques et ludiques, le théâtre de Claire Rengade se profère, se projette et se partage.

    Dans C'est comme Flash Gordon au début, le tout premier texte de Claire Rengade, on devient insecte sous une loupe d'entomologiste, on est inspecté de ses vêtements à ses entrailles. L'autrice analyse désirs et stratégies humaines pour cacher sous une enveloppe avenante un intérieur tout biologique. On est tour à tour poisson ou acrobate, jusqu'à l'accident qui nous renvoie à notre condition d'être de chair et d'os. À moins qu'on ne soit une sorte de super-héros...

    La figure du coq irrigue Je me fais peur rien que de parler de moi. Dans cette farce, le mal peut prendre n'importe quelle forme pour jouer avec les humains. Il est là sans l'être, pas besoin d'ailleurs pour ficher la trouille à l'humanité qui s'en réclame ou le rejette, mais toujours le côtoie. Un peu comme le théâtre, métaphore de la vie, qui nous pousse à endosser des rôles. C'est le jeu et ce n'est pas si grave...

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