Littérature traduite

  • Ce n'est pas que sa vie à elle était mauvaise, non, se disait-elle sur le trajet qui lui restait à faire jusqu'à son poste matinal. Et elle pouvait alors aisément comparer la vie qu'elle avait menée depuis douze ans à celle de ses seize premières années, car, lorsqu'elle marchait, c'était comme si un pied était à Mexico, l'autre dans le Chiapas. Il lui semblait aussi respirer d'une narine la suffocante atmosphère de la ville, de l'autre celle de la forêt, entendre d'une oreille le tapage de la rue mexicaine, de l'autre la musique qui sortait des haut-parleurs de la Plaza principal de San Cristobal de las Casas, qui avait tout autant que le non-retour de l'oncle Pedro alimenté ses rêves, une musique inouïe dont elle savait mainetnant qu'elle était jouée par des instruments appelés piano, violon, violoncelle, alot, flûte, etc., mais qui lui avait semblé être une émanation des arbres de la place, comme les fumées qui filtraient par les interstices des tuiles de certaines maisons sans cheminée de San Cristobal semblaient être les pensées et les rêves mêmes des habitants.

  • DE ÇA, un des poèmes majeurs de Vladimir Maïakovski, paraît aujourd'hui dans une nouvelle traduction d'Henri Deluy. Écrit en 1923, DE ÇA est ici précédé d'une Adresse à Vladimir où Henri Deluy, écrivain et ancien directeur de la revue Action poétique, dénoue les fils de son attachement viscéral à la poésie de Maïakovski.
    Plus qu'une nouvelle traduction d'un des plus grands poètes du 20e siècle, ce livre est avant tout une forme d'adresse au poète russe, héraut de la Révolution. Dans ce texte, Henri Deluy, poète lui-même, traducteur, mais aussi écrivain très engagé, s'interroge sur ce qu'il reste aujourd'hui de cette oeuvre si marquante en son temps. Cette adresse à Vladimir est remarquable en ceci qu'elle expose les doutes et les interrogations de son auteur, Henri Deluy. C'est bien la relation de la littérature à l'engagement politique qui tout au long de ce livre résonne et nous questionne.

  • Topaze

    Ryû Murakami

    "[ Quelque chose d'indicible flottait dans l'atmosphère du hall de cet hôtel. Quelque chose dans le sol en marbre d'Ichimatsu, les fresques murales, les handeliers en cristal, entre les gens qui traversaient le hall et ceux qui attendaient. Etais-je la seule à ressentir cela ? C'est sûr que je suis un peu spéciale. Je ne fais pas partie
    du personnel de l'hôtel. Je ne suis pas non plus une cliente. Je n'ai pas été invitée à une réception. Je suis une sorte de parasite. Je suis une call-girl que les clients font monter discrètement et, qui plus est, pas pour de la baise ordinaire.]"

  • Ce recueil est une anthologie de la poésie de Mehdi Akhavan Sales, l'une des figures majeures de la nouvelle poésie persane. Né en 1927 à Machhad, la capitale du Khorasan, berceau de la renaissance de la langue et de la poésie classique persane, il se donne la tâche de rapprocher le Khorasan du Mazandéran, lieu de naissance de la nouvelle poésie persane fondée par Nima Youshidj. La poésie d'Akhavan est une synthèse sophistiquée et élaborée de ces deux courants. Cette anthologie comporte une cinquantaine de poèmes du poète tirés de plusieurs recueils de sa poésie publiés entre 1950 et 1990 à Téhéran. La plupart des poèmes sont pourtant choisis parmi seulement trois recueils qui sont considérés par tous les critiques littéraires iraniens comme trois chef-d'oeuvres du poète. Publié pour la première fois en France, Akhavan Sâlès jouit en Iran d'une immense popularité et d'une grande notoriété et sa poésie a été une source d'inspiration pour des écrivains, des musiciens et des cinéastes. Ses compatriotes le décrivent comme le Ferdowsi des temps modernes, car il a joué un rôle fondamental dans le renouveau de la poésie persane, et une génération entière de jeunes poètes l'a suivi sur ce chemin. Il est décédé des suites d'une longue maladie à Téhéran en 1990 et est enterré dans la ville de Tous à côté du mausolée de Ferdowsi.

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