L'echappee

  • Lire debord

    Le Bras L/Guy E

    Guy Debord n'a jamais laissé de répit à son objet d'étude, qui fut aussi son terrain de lutte : la société du spectacle. Suivant une trajectoire continue, ses oeuvres, les unes après les autres, ont mis au jour le canevas sur lequel se déploient, comme de la mauvaise herbe, les multiples avatars de la logique marchande : aliénation au travail, dépendance à la consommation, falsifi cation de la vie.
    De la même façon, Debord ne nous laisse, à nous lecteurs, aucun répit. On le savait déjà à travers les livres publiés de son vivant, qui montrent avec quelle ténacité il maintint jusqu'à la fi n le cap qu'il avait commencé à suivre au début des années 1950. Mais les notes inédites rédigées tout au long de sa vie pour des projets restés inaboutis incitent aussi à poursuivre sa réfl exion sur l'évolution des sociétés contemporaines, et sur les moyens d'enrayer son cours funeste. Ainsi faut-il décrypter ces documents rassemblés et publiés ici pour la première fois : notes préparatoires pour la poursuite de son oeuvre autobiographique et critique, défi nition des bases politiques de l'Internationale situationniste, ou encore un dictionnaire qu'il avait en projet dans les années 1980 en vue de critiquer la corruption du langage par le spectacle.
    Les commentaires et les mises au point qui accompagnent la publication de ces inédits permettent d'accéder à une meilleure compréhension de l'oeuvre de Debord. écrits par des auteurs de différents pays, ces textes abordent des moments précis de son parcours et traitent de thématiques variées et originales.
    Par leur richesse, leur clarté et leur érudition, ils entendent inviter à lire Debord - et le relire.
    Démarche plus que jamais nécessaire.

  • Cerné de toute part, le livre est sommé de rentrer dans l'ordre numérique. Laboratoires du futur plus innovants que jamais, multinationales du web, géants de l'électronique, pouvoirs publics et techno-enthousiastes oeuvrent de concert pour faire disparaître ce petit « cube de papier », qui fait fi gure de fossile à l'heure où la culture numérique s'impose partout. Bien que sa liquidation ne se fasse pas aussi vite que prévu - le marché de l'e-book peinant à s'imposer en France -, les acteurs de la chaine du livre sont de plus en plus fragilisés, même si certains croient pouvoir transférer leur métier dans un monde qui n'a pourtant pas besoin d'eux. Et ce, alors que les modes de lecture induits par le livre, au fondement de nos façons de penser et de nos manières d'être au monde, sont aujourd'hui en crise.
    Le livre, dans sa linéarité et sa fi nitude, dans sa matérialité et sa présence, constitue un espace silencieux qui met en échec le culte de la vitesse, permet de maintenir une cohérence au milieu du chaos. Point d'ancrage, objet d'inscription pour une pensée critique et articulée, hors des réseaux et des fl ux incessants d'informations et de sollicitations, il est peut-être l'un des derniers lieux de résistance.
    C'est ce que nous rappellent les libraires, bibliothécaires, éditeurs, auteurs, traducteurs et lecteurs, venus d'horizons divers, qui s'expriment dans cet ouvrage.
    Un peuple du livre, réfractaire aux illusions numériques, qui défend ce pourquoi il se bat au quotidien, à contrecourant des processus qui endommagent nos capacités de lecture, de contemplation, de réfl exion, d'écoute et d'abandon esthétique, pourtant si nécessaires à la construction de soi et au bien-être collectif.

  • Dans l'après 68, le mouvement Survivre et Vivre publie la plus importante revue d'écologie politique française. Qualifié de « laboratoire idéologique de la révolution écologique », il est initialement formé par un groupe de mathématiciens « objecteurs de recherche » rassemblés autour de la figure d'Alexandre Grothendieck dont les travaux sont alors reconnus dans le monde entier. À partir de la contestation de la militarisation de la recherche, Survivre et vivre va remettre en cause certains bienfaits du développement technoscientifique. Aux côtés de Pierre Fournier et des Amis de la Terre, il participe aussi de l'essor du mouvement antinucléaire tout en élaborant une critique inédite du scientisme. Le mouvement, constitué d'une vingtaine de groupes locaux, prône la subversion culturelle et rassemble, dans une ébullition tant pratique qu'intellectuelle, universitaires, lycéens, objecteurs de conscience, naturalistes...
    Introduit par une réflexion historique sur les apports des critiques de la technoscience au mouvement écologiste, ce livre regroupe les principaux textes de la revue Survivre et vivre parus entre 1970 et 1975. Il dresse aussi un panorama de la critique des sciences portée par d'autres scientifiques à la même époque. Enfin, des contributions d'anciens membres de Survivre et Vivre mettent en perspective cette expérience collective et ses cheminements d'hier à aujourd'hui.
    À l'heure du greenwashing et du capitalisme vert ce livre invite à renouer avec les racines critiques de l'écologie politique et à s'abreuver à sa joyeuse radicalité.

  • Alors que la révolution industrielle s'apprête à bouleverser tous les rapports sociaux, bris de machines, incendies et émeutes se multiplient dans les manufactures.
    Des artisans refusent de faire le deuil de leurs savoir-faire et de migrer vers les villes. Ils déclarent la guerre aux " machines préjudiciables à la communauté " qu'ils détruisent à coups de masse. Si les luddites anglais sont passés à la postérité, leurs homologues français briseurs de machines - " primitifs " selon les uns, " réactionnaires " selon les autres - ont été jetés aux oubliettes de l'histoire.
    Ce livre entend les réhabiliter et leur redonner une juste place dans une histoire du socialisme jalonnée de grandes batailles durant lesquelles ils se sont illustrés : de la Révolution française aux récentes résistances à la tyrannie technologique, en passant par les journées de juillet 1830, la révolution de 1848 ou encore les années 1980. Cette histoire méconnue du luddisme à la française nous révèle des mouvements souvent peu organisés et parfois spontanés, mais farouches défenseurs de l'égalité sociale et de la liberté quotidienne.
    Contrairement aux idées reçues, on arrête parfois le progrès...

  • Notre époque a la critique qu'elle mérite. Les pensées des intellectuels contestataires convoqués par les médias, révérés à l'université, considérés comme subversifs dans le monde militant - de Michel Foucault à Alain Badiou en passant par Toni Negri - participent au déploiement du capitalisme avancé. En s'acharnant à détruire les modes de vie et de production traditionnels, en stigmatisant tout lien avec le passé, en exaltant la mobilité, les processus de modernisation incessants et la puissance libératrice des nouvelles technologies, cette fausse dissidence produit les mutations culturelles et sociales exigées par le marché.
    Percevoir le libéralisme comme un système foncièrement conservateur, rétrograde, autoritaire et répressif, entretient le mythe d'une lutte entre les forces du Progrès et celles du passé.
    A contrario, d'autres penseurs conçoivent le capitalisme comme un fait social total qui développe l'esprit de calcul, la rationalité instrumentale, la réification, l'instantanéité, le productivisme, la dérégulation des rapports humains, la destruction des savoir-faire, du lien social et de la nature, et l'aliénation par la marchandise et la technologie. Ce livre nous présente, de manière simple et pédagogique, les réflexions de vingt d'entre eux. Il nous fournit ainsi les armes intellectuelles pour ne pas servir le capitalisme en croyant le combattre, et pour en faire une critique qui soit vraiment radicale.

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