L'echappee

  • « Le brigand au grand coeur n'est pas au départ un criminel. Il débute sa carrière de hors-la-loi parce qu'il est victime d'une injustice. » Voici comment l'historien Eric Hobsbawm décrit dans son fameux livre Les Bandits, devenu la référence sur le sujet, l'origine de ces destins de justiciers et de redresseurs de tort, dont la figure la plus célèbre reste Robin des bois. Des communautés opprimées, paysannes pour la plupart, soutenaient ces vengeurs qui, par leurs coups d'éclat et la terreur qu'ils exerçaient sur les puissants, leur rendaient justice.
    Ces héros du petit peuple ont hanté de nombreuses contrées de par le monde, entre autres : Cartouche en France, Ned Kelly en Australie, Joaquín Murieta au Mexique, Phoolan Devi en Inde, Hend'U Merri en Algérie, Maria Bonita au Brésil, Rob Roy en Écosse, Sante Notarnicola en Italie...
    Dans cet ouvrage, des écrivains se sont emparés de chacune de ces figures du « banditisme social ». Ces textes littéraires redonnent vie à ces bandits et brigands, comme le faisaient autrefois les chansons et les balades qui, en exaltant leurs magnifiques actes de bravoure, donnaient l'espoir de se libérer un jour de l'oppression et de la misère.

  • « Méditerranée... Je crois que je m'évanouirai, ce matin prochain où mes yeux plongeront soudain dans son éblouissant infini. » Panaït Istrati Batelier fou sur le fleuve de la Passion, Adrien Zograffi - double littéraire de Panaït Istrati - s'embarque à bord du Dacia le 12 décembre 1906. De l'Égypte à la Grèce, en passant par la Syrie et le Liban, l'Orient lui ouvre les bras et dévoile les secrets de quelques-uns de ses habitants. Des visages, des figures... Au Caire, parmi les minarets qui s'étendent à perte de vue, on aperçoit à l'horizon Mikhaïl Kazansky, l'aristocrate russe devenu va-nu-pieds. À Alexandrie, Moussa, le Juif roumain parti chercher sa fille Sarah, tombée entre les griffes d'un infâme proxénète. À Damas, qui ne se révèle pas aussi douce que son jasmin, le cynique Solomon Kein, aux sombres desseins. Et tant d'autres ! Ni anges ni démons, ces compagnons d'un jour ou d'une vie sont simplement des êtres portés par les vagues de la destinée et les vents de la Méditerranée.

  • Résistant sous l'Occupation, vagabond céleste, sculpteur et dessinateur de talent, Jacques Yonnet est surtout connu pour son livre Rue des maléfices ;
    Un chef-d'oeuvre paru en 1954 et salué comme l'un des plus grands ouvrages consacrés à Paris.
    Quelques années plus tard, L'Auvergnat de Paris lui propose de tenir une chronique dans ses colonnes.
    Il y explorera pendant 15 ans bistrots et troquets, lieux magiques qui servent de fil conducteur à une déambulation littéraire et historique dans le Paris des marges. Ces récits ensorcèlent les lecteurs chaque semaine. S'y succèdent secrets des habitués du zinc, portraits de personnages hauts en couleur, légendes des différents quartiers de la ville, et contes empreints de sagesse populaire.
    Le meilleur cru de ces chroniques est réuni dans ce livre. On y trouve un zeste de la poésie de Prévert, la franche amitié de « Bob » Giraud, le style insolite de Queneau et l'oeil humaniste de Doisneau. Ce n'est pas un hasard si ceux-là - et bien d'autres encore ! - accompagnaient souvent Jacques Yonnet pour trinquer au bistrot du coin. Et tels des gamins émerveillés, ils l'écoutaient jusqu'au petit matin raconter ses mille et un enchantements de Paris.
    Alors, seul ou accompagné, tous au zinc ! Et, comme dirait l'ami Yonnet : « À la bonne vôtre ! »

  • Les haïdoucs, bandits d'honneur de Roumanie, viennent de subir une terrible défaite. Cosma, leur chef, n'est plus. Les balles de la Potéra, milice à la solde des grands propriétaires et des seigneurs cupides, l'ont terrassé et ont mis fi n à ses actions en faveur des opprimés et des misérables.
    Quelque part entre les plaines du Baragan et les eaux éternelles du Danube, dans la Grotte aux Ours, ses hommes, harassés de fatigue, tentent de se réorganiser pour surgir à nouveau et le venger. Il y a là, parmi eux, Ellie le Sage, et sa fl ûte enchanteresse, Spilca le moine, Jérémie le fi ls de la forêt, et Motila le vataf, grande brute au coeur pur. Et à leur tête une femme, Florea Codrilor, « l'amante de la forêt, l'amie de l'homme libre, justicière de l'injustice ». Tous vont alors nous raconter leur histoire...

  • Nestor Makhno, protagoniste légendaire et damné de la guerre civile qui suivit la révolution russe de 1917, a déclenché un mouvement insurrectionnel autonome en organisant des paysans d'Ukraine et brandissant bien haut le drapeau noir de l'anarchie. La « Makhnovchtchina » comptera jusqu'à 50 000 partisans et la fulgurance de son action n'aura d'égal que son courage à livrer bataille : contre les Armées blanches, contre les nationalistes ukrainiens et finalement contre l'Armée Rouge. C'est cette épopée grandiose qui nous est racontée ici.
    Mais ce livre est aussi l'évocation d'un destin hors du commun, aussi tragique que celui du mouvement auquel il a donné son nom. Celui d'un homme, fils de paysans plongé au coeur de l'un des plus grands bouleversements de l'histoire, obligé de s'exiler loin des steppes qu'il a parcourues avec tant d'ardeur, et qui, après bien des aventures dans divers pays, devint ouvrier chez Renault et mourut dans une misère noire.
    Voici l'un des épisodes les plus glorieux, et pourtant méconnu, de la mémoire des vaincus.

  • Entre Amsterdam et Bruxelles, la petite Keetje raconte le quotidien d'une famille pauvre de neuf enfants. Dans ce conte cruel, digne de ceux des frères Grimm ou de Perrault, aucun prince charmant ne vient lui demander sa main - c'est plutôt la prostitution qui l'attend. Pas de monde enchanté chez Neel Doff, mais un récit par petites touches réalistes de son enfance, qui se transforme au fil des pages en peinture de la misère au xixe siècle.
    Elle nous fait sentir, dans un style dépouillé mais doté d'une grande puissance d'évocation, sa détresse quotidienne, ainsi que les rares moments de bonheur partagés avec les siens. On a parfois comparé ses écrits à ceux de Zola, qu'elle jugeait pourtant trop « inventés » et « superficiels » pour décrire avec justesse le vécu du peuple. Sans doute qu'éprouver la misère au plus profond de soi est une condition nécessaire pour créer une oeuvre aussi forte que la sienne ?
    Après avoir manqué de justesse le Goncourt en 1911 avec ce premier livre, Neel Doff, l'une des premières femme à avoir été en lice pour ce prestigieux prix, n'aura de cesse, le restant de son existence, de témoigner de ses malheurs d'enfant pour en préserver ses semblables.

  • De retour chez lui, un employé sans histoire trouve son appartement occupé, sa femme évaporée et finalement son existence complètement niée par une administration toute puissante. S'ensuit le récit insolite et angoissant d'une descente aux enfers, celle d'un réfractaire sur qui l'étau d'une gigantesque bureaucratie va se refermer.
    D'une rare noirceur, ce roman à la dimension étonnamment prophétique ne pouvait être écrit que par un franc-tireur de la littérature, doublé d'un authentique révolutionnaire.
    Il constitue un réquisitoire implacable contre le conformisme, la dissolution de l'identité, les réseaux de communication, la mutilation de la conscience.
    Quelque part entre Le Procès de Kafka, 1984 d'Orwell, et le film Brazil de Terry Gilliam, Le Gaffeur est l'une des grandes oeuvres qui décrivent un monde imaginaire pour nous aider à ne pas accepter le nôtre.

  • « La théorie de l'échec. Ne possédant rien, tu n'as strictement rien à perdre. » Nul autre homme n'a consumé sa vie avec autant d'ardeur qu'Emmett Grogan. Et ne l'a contée avec autant de talent.
    Né à New York en 1942, ce personnage flamboyant a grandi à Brooklyn entre pauvreté et parties de Ringolevio.
    Héroïnomane à 13 ans, cambrioleur à 15, exilé en Europe à 17 après quelques mois de prison, Grogan découvre Paris en pleine guerre d'Algérie, les Alpes et la montagne, la dolce vita en Italie. Puis direction Dublin où il s'engage dans l'IRA et renoue avec ses racines irlandaises. De retour dans son pays natal, il s'installe à San Francisco.
    Là, dans le quartier hippie de Haight Ashbury, avec quelques amis survoltés venus du théâtre, ils fondent en 1966 le légendaire groupe des Diggers. Ces jeunes révoltés vont être de tous les combats politiques, distribuer des vivres et des vêtements et faire de la rue un terrain de fête et d'expérimentation sociale.
    Dix ans plus tard, en 1978, après des années d'errance, Emmett Grogan meurt d'une overdose. Il n'y avait pour lui pas de temps à perdre car « aujourd'hui est le premier jour du reste de ta vie ». Le jeu. La lutte. La vie. Ringolevio.
    Au détour des pages de cette extraordinaire autobiographie, on croise les grandes figures de la contre-culture américaine des années 1960 : Angela Davis, Bob Dylan, Allen Ginsberg, William Burroughs, Jack Kerouac, Neal Cassady, les Hell's Angels, les Panthères Noires. et l'on sent le souffle, comme nulle part ailleurs, d'une époque explosive.

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