Littérature traduite

  • En 1945, George Orwell écrit La Ferme des animaux, une fable dans laquelle les animaux chassent leurs maîtres humains et instaurent dans leur ferme un nouveau régime politique qui tourne vite à la dictature.
    Entre les lignes, on comprend qu'il s'agit d'une charge contre le stalinisme.
    À l'aube de la guerre froide, cette critique de l'URSS sonne tellement juste que la CIA décide, en 1951, de la transposer en bande dessinée dans le cadre de ses opérations de propagande anticommuniste. Elle sera diffusée partout sur la planète, et prioritairement dans les pays du Tiers Monde, devenus l'enjeu des luttes entre grandes puissances. Et notamment en langue créole, version que nous avons traduite pour l'édition de ce document exceptionnel pour la première fois republié.
    Bien que cette BD démontre la puissance et l'originalité de la propagande américaine, elle reste extrêmement fidèle à l'oeuvre originale, de sorte que son contenu subversif finit par annuler sa visée contre-révolutionnaire.
    Car la leçon à tirer de La Ferme des animaux est que pour faire triompher une révolution, le peuple doit se débarrasser de ceux qui prétendent en prendre la direction.

  • La machine s'arrête

    E.M. Forster

    La Machine nous a volé le sens de l'espace et du toucher, elle a brouillé toute relation humaine, elle a paralysé nos corps et nos volontés, et maintenant, elle nous oblige à la vénérer. La Machine se développe - mais pas selon nos plans. La Machine agit - mais pas selon nos objectifs. Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères.

  • Très tôt engagé dans les luttes pour l'émancipation humaine, l'anarchiste russe Alexandre Berkman émigre en 1888 aux États-Unis. Il y rencontre celle qui sera sa complice d'une vie : Emma Goldman. Elle en fera l'un des personnages les plus attachants de sa formidable autobiographie Vivre ma vie, publiée à L'échappée en 2018.
    Le succès de ce livre a permis de (re)découvrir celui qui, un jour de juillet 1892, tenta d'assassiner le magnat de l'acier Henry Clay Frick.
    Malgré son échec, Berkman purge quatorze années de prison, où il survit grâce à son refus de céder devant l'ennemi et à la solidarité de ses codétenus. C'est eux qui lui décillent les yeux sur les amours masculines, sujet alors tabou qu'il n'hésitera pourtant pas à aborder.
    À sa sortie, il entreprend un long processus de reconstruction qu'il appelle sa « résurrection ». La rédaction de ses mémoires en constitue un passage obligé : son récit foisonnant mêle horreur du présent, rêveries du passé et espoir d'un avenir révolutionnaire.
    Cette première traduction intégrale en français constitue une fresque bouleversante où se côtoient lyrisme de la littérature russe et parlers populaires des bas-fonds américains, où se croisent des prolétaires opprimés et des révolutionnaires acharnés, où se combinent colère individuelle et grands desseins collectifs.

  • Vivre ma vie

    Emma Goldman

    Née en 1869 dans l'Empire russe, Emma Goldman s'exile aux États-Unis à 16 ans. Pauvreté, exploitation et désillusions l'y attendent. Elle plonge alors à corps perdu dans le chaudron politique et intellectuel. Activiste et conférencière anarchiste aussi célèbre que redoutée, elle sillonne au gré des luttes une Amérique en pleine ébullition. Expulsée en 1919 vers la Russie, accueillie chaleureusement par Lénine, elle découvre une réalité qu'elle ne cessera de dénoncer avec courage tout en poursuivant son inlassable combat pour l'émancipation.
    Son époustouflante épopée mêle morceaux de bravoure et moments d'intimité, grands affron­tements politiques et vie d'une femme hors du commun, poésie et quotidien, espoir et désenchantement. Ce texte magistral est à la fois une fresque historique qui donne le vertige, tant on y croise toutes les grandes figures révolutionnaires, une oeuvre puissante d'une rare sensibilité et l'un des plus beaux chants d'amour à la révolte et à la liberté. Un monument de la littérature anarchiste enfin traduit intégralement en français.

  • Vers une vie simple

    Edward Carpenter

    Publié en 1887, ce livre est un réquisitoire contre l'idéal qui prédomine alors en Angleterre : s'enrichir en fournissant le moins d'efforts possible. Toute une population rêve en effet de parvenir à l'état de consommateur passif qui vit aux crochets des autres.
    À l'économie politique bourgeoise qui détruit la fraternité, Carpenter oppose un tout autre idéal : que chacun se dépouille du superflu et se retrousse les manches pour répondre à ses besoins, tout en partageant et en s'entraidant avec ses prochains. S'appuyant à la manière d'un Henry David Thoreau sur sa propre expérience de retour à la terre, sur sa sensibilité à la nature et sur les principes de la simplicité volontaire qu'il expose ici, l'écrivain-maraîcher plaide pour un socialisme anti-industriel. Soit une production à petite échelle fondée sur le travail des paysans et des artisans, qui maîtrisent leurs moyens de subsistance.
    Non seulement une telle société décentralisée serait plus juste et égalitaire, mais elle permettrait aussi une plus grande liberté et un épanouissement des individus. Car l'homme n'est pas fait pour s'enfermer dans des villes fumantes, mais pour vivre au grand air et travailler avec ses mains. Voici l'une des leçons de ce magnifique traité de philosophie pratique.

  • Arthur Seaton a vingt ans, et sa vie à Nottingham semble déjà toute tracée dans cette Angleterre de l'après-guerre. Sa morne semaine est rythmée par les cadences infernales de l'usine. Arrive alors le week-end où il peut enfin se défouler et exprimer sa rage de vivre.
    Le samedi, en faisant la tournée de pubs où il noie sa détresse dans l'alcool. Le dimanche, en se réfugiant dans les bras de ses amantes et dans des parties de pêche en solitaire.
    OEuvre majeure du groupe des « Angry Young Men » et de la littérature anglaise, Samedi soir, dimanche matin raconte avec une extraordinaire justesse les ravages du capitalisme industriel au sein de la classe ouvrière et la révolte quotidienne de ces rebelles désormais sans cause. Un roman culte, adapté avec succès au cinéma, qui a inspiré quantité d'artistes aussi divers que John King, Ken Loach, Madness, The Smiths ou encore les Arctic Monkeys.

  • L'oeuvre-vie de Leonard Cohen racontée dans une biographie sans égale.

  • Raréfaction des ressources, extinction des espèces, dérèglement climatique : la nature est en crise. Le mouvement écologiste l'est tout autant : ses idées, privées de leur tranchant, ont été détournées par les gouvernements et les industriels pour tenter de retarder le désastre tout en générant de nouvelles sources de bénéfices.
    Dans un tel contexte, la pensée de Murray Bookchin, qui en appelle à un changement de vision globale, se révèle essentielle : on ne pourra pas faire disparaître la domination de l'humain sur la nature sans éliminer celle de l'humain sur l'humain. L'écologie doit donc se faire sociale si elle veut s'attaquer aux causes profondes des bouleversements actuels, que sont la production et l'échange pour le profit, le gigantisme urbain et technologique, et l'assimilation du progrès aux intérêts des entreprises.
    Les textes réunis ici, majeurs dans l'oeuvre de Bookchin, exposent son écologie sociale, dans sa théorie comme dans sa pratique « municipaliste libertaire », qui passe par la démocratie directe et la reprise en main de nos conditions d'existence. Ils déploient aussi toutes les implications éthiques et même esthétiques de ce projet politique, depuis la respiritualisation du travail jusqu'à l'établissement d'une nouvelle sensibilité et d'une nouvelle façon de vivre, un apprentissage continuel de la vertu et de la décence pour résister à la corruption sociale, morale et psychologique exercée par le marché et son égoïsme débridé.

  • « Dans ce livre, nous avançons l'idée que si des décennies de rébellion contre-culturelle n'ont rien changé, c'est parce que la théorie de la société sur laquelle elle repose est fausse. » À tel point que malgré tous ses efforts pour paraître subversive, la contre-culture n'a pas seulement été inefficace dans sa lutte contre le capitalisme, elle lui a fait faire ses plus grands bonds en avant : création de nouveaux segments de marché, triomphe de l'individualisme, dissolution des structures collectives, exaltation de toutes les formes de consumérisme, fabrication d'un conformisme rebelle... Les auteurs ébranlent de manière argumentée et précise, parfois provocatrice, nombre de certitudes sur la nature du capitalisme et le sens du combat contre celui-ci. Une lecture résolument à contre-courant.

  • En s'appuyant sur de très nombreuses recherches et études scientifiques internationales, le grand psychiatre et spécialiste du cerveau Manfred Spitzer montre à quel point notre dépendance aux technologies numériques menace notre santé, tant mentale que physique.
    Elles provoquent chez les enfants et adolescents comme chez les adultes de nouvelles maladies et en rendent plus fréquentes d'autres :
    Baisse des performances cognitives, troubles du sommeil, dégradation des capacités d'attention et de concentration, tendance à l'isolement et au repli sur soi, dépression, disparition du sentiment d'empathie, etc. Et même, chez les plus jeunes, baisse de la motricité et des capacités de perception.
    Ce vaste tableau des connaissances scientifiques sur les effets des écrans, enfin traduit en français, a rencontré un immense écho en Allemagne et dans le monde entier où il a provoqué nombre de débats et de prises de conscience. Cette synthèse majeure s'articule à une réflexion critique profonde qui ne se contente pas de lancer l'alerte sur les cyberpathologies. Elle nous apprend aussi à nous en protéger et à agir à titre préventif. Une contribution absolument cruciale pour tenter d'éviter un désastre psychologique et social.

  • Le grand penseur critique américain de la communication Neil Postman montre que la soumission de la culture à la technologie menace de détruire les sources vitales de notre humanité.

  • La substance du capital

    Robert Kurz

    À partir d'une réactualisation de Marx, Robert Kurz propose une théorie critique de la société actuelle qui ne s'arrête pas à son écorce, mais l'attaque dans son noyau substantiel.

  • L'histoire de la révolution syrienne par celles et ceux qui l'ont vécue. Un document exceptionnel.
    Burning country donne la parole à ces Syriens et Syriennes qui, dès 2011, ont mené une véritable révolution, construite au jour le jour, dans chaque quartier, dans chaque village, repris au régime de Bachar Al-Assad. Omar Aziz, inspirateur des premiers comités locaux syriens, ferments de ce mouvement, déclarait déjà en 2012 : « Nous avons fait mieux que la Commune de Paris, qui a résisté 70 jours. Cela fait un an et demi et nous tenons toujours bon. » Et ce soulèvement populaire exceptionnel a continué malgré la guerre contre-insurrectionnelle totale menée par le régime syrien et ses alliés : stratégie de militarisation forcée, instrumentalisation des antagonismes religieux et communautaires, politique du viol organisé, remplacement des populations, tortures systématiques...
    Huit ans après ses prémices, la révolution syrienne, abandonnée par la communauté internationale et ignorée par la gauche arabe et occidentale, a été noyée dans la sang ou dispersée dans l'exil. C'est son histoire que nous découvrons ici. Nourri d'un grand nombre d'entretiens et de témoignages directs relatant l'origine, les différentes phases du soulèvement, les formes d'organisation sociale mises en place... Burning country est un magnifique hommage à ces révolutionnaires ordinaires.

  • Censés alléger le travail des ouvriers et accroître les gains de productivité, les systèmes automatisés ont été introduits dans les manufactures pendant la révolution industrielle et n'ont cessé, avec l'essor de la robotique et de l'informatique, de se développer par la suite.
    Tout d'abord dans l'industrie puis dans tous les domaines : de l'aviation civile à la médecine, en passant par l'enseignement, l'architecture, la finance, ou encore les ressources humaines.
    Mais l'automatisation s'est aussi immiscée dans notre quotidien via le développement des applications pour smartphone, des GPS, des robots ou drones domestiques - et bientôt des voitures sans chauffeur. Ces technologies, de plus en plus puissantes, se proposent de soulager notre esprit, de nous épargner des efforts inutiles et de supprimer frictions et ralentissements dans nos vies.
    En s'appuyant sur des études en psychologie, neuroscience, ergonomie, sociologie... et sur de nombreux exemples concrets, Nicolas Carr montre comment, à force de trop dépendre des systèmes automatisés et des technologies numériques, nous perdons notre autonomie, nos savoir-faire et notre pouvoir de décision, et faisons de moins en moins appel à nos sens, à notre expérience et à nos facultés intellectuelles. Il nous invite à remettre en question le primat de la technologie sur l'humain, et à nous opposer à l'automatisation intégrale de la société.

  • Vous êtes accros à la salle de sport ? Vous ne comptez plus les moutons mais vos calories pour vous endormir ?
    Vous vous sentez coupables de ne pas être suffisamment heureux, et ce malgré tous vos efforts ? Alors vous souffrez sûrement du syndrome du bien-être. Tel est le diagnostic établi par Carl Cederström et André Spicer.
    Ils montrent dans ce livre comment la recherche du bien-être optimal, loin de produire les effets bénéfiques vantés tous azimuts, provoque un sentiment de mal-être et participe du repli sur soi. Ils analysent de multiples cas symptomatiques comme ceux des fanatiques de la santé en quête du régime alimentaire idéal, des employés qui débutent leur journée par un footing ou par une séance de fitness, des adeptes du « quantified self » qui mesurent - gadgets et applications à l'appui - chacun de leurs faits et gestes, y compris les plus intimes. Dans ce monde inquiétant, la bonne santé devient un impératif moral, le désir de transformation de soi remplace la volonté de changement social, la culpabilisation des récalcitrants est un des grands axes des politiques publiques, et la pensée positive empêche tout véritable discours critique d'exister.
    Résolument à contre-courant, ce livre démonte avec une grande lucidité, en s'appuyant sur de nombreux exemples, les fondements du culte du corps et de cette quête désespérée du bien-être et de la santé parfaite.

  • Nous connaissons tous l'histoire des sciences telle que nous l'avons apprise dans les manuels scolaires : comment, grâce à son télescope, Galilée démontra que la Terre n'est pas au centre de l'univers ; comment Newton découvrit l'existence de la gravité en voyant tomber une pomme ; comment Einstein résolut les mystères de l'espace et du temps grâce à une simple équation... Le récit traditionnel de cette épopée attribue à une poignée de grands hommes aux grandes idées l'intégralité de ces découvertes. Pourtant les sciences sont depuis toujours une oeuvre collective. Ce livre raconte l'histoire des savoirs établis par les chasseurs-cueilleurs, les petits paysans, les marins, les mineurs, les forgerons, les guérisseuses et tant d'autres gens qui devaient assurer leur subsistance au contact quotidien de la nature. La médecine trouve son origine dans la découverte par les peuples préhistoriques des propriétés thérapeutiques des plantes. La chimie et la métallurgie se développent à partir des savoirs produits par les mineurs, les forgerons et les potiers de l'Antiquité. Les mathématiques doivent leur existence aux topographes, aux marchands et aux comptables. Au XIXe siècle, l'alliance du capital et de la science marque le coup d'envoi de la civilisation de la technoscience, dominée par les experts et obsédée par la puissance, l'efficacité, la rationalisation, l'accumulation et le profit. Comprendre ce basculement nous permet de saisir la nature de la tyrannie technologique qui nous aliène aujourd'hui.

  • En 1905, alors que le régime tsariste se désagrège et que les soulèvements se multiplient en Russie, la voix de Léon Tolstoï s'élève au-dessus de la mêlée. Ce chrétien excommunié, constamment en butte à la censure, ne s'en prend pas seulement à l'autocratie ; il critique aussi les desseins des révolutionnaires, libéraux ou socialistes.
    Il accuse les meneurs urbains de tromper le peuple, de conduire les masses paysannes dans une impasse :
    Celle de la modernisation du pays, de son industrialisation et de son occidentalisation rampante. Peu importe la forme du gouvernement, qu'il s'agisse d'une monarchie absolue ou d'une république sociale-démocrate, puisque celui-ci est fondé sur la violence et l'oppression, il doit être combattu en tant que tel.
    Dans la lignée de Thoreau et de La Boétie, Tolstoï appelle à l'insoumission. Le pouvoir d'une minorité reposant sur la servitude volontaire de chacun, il s'agit de refuser d'obéir, de ne plus participer à un régime tyrannique, quel qu'il soit. L'affranchissement des travailleurs ne pourra venir que d'eux-mêmes, quand ils décideront de ne plus servir les puissants, quand ils choisiront le perfectionnement moral, l'entraide et la vie des champs, enracinés sur un sol soustrait à la propriété foncière. La terre et la liberté, l'autodétermination des paysans dans les communes rurales :
    Tel est l'horizon que défend l'anarchiste russe.

  • ' Faisons la guerre chez nous ! ' est le mot d'ordre lancé par le Weather Underground à la fin des années 1960. Ce groupe d'étudiants issus de la middlè class américaine, révoltés par la guerre du Vietnam et galvanisés par les luttes des Black Panthers décide de prendre les armes pour renverser le gouvernement. Leurs attentats contre le Capitole, le Pentagone, le département d'Etat, le FBI et leur spectaculaire libération de prison de Timothy Leary, le pape du LSD, les placent en tête des ennemis de l'Etat. Clandestins, pourchassés de toute part durant dix ans, la plupart de ses membres finiront par se rendre - certains sont encore en prison aujourd'hui. Ce livre, fruit d'un travail de recherche minutieux et inédit et de nombreux entretiens avec d'anciens Weathermen, nous plonge dans l'histoire tumultueuse de ce groupe armé révolutionnaire. Il retrace la vie de ses membres, nous décrit leur quotidien de clandestins, détaille leurs objectifs politiques et dévoile leur stratégie militaire. Il porte un regard distancié et parfois critique sur leur action et sur ces années de feu où tout paraissait possible, y compris qu'une poignée d'activistes déterminés attaque l'impérialisme là où il se croyait invulnérable.

  • Le nazisme est trop souvent présenté comme un mouvement profondément antimoderne, obsédé par un passé mythique et exaltant la communauté du sang et de la tradition culturelle. Dans ce livre, qui a fait date par son approche radicalement nouvelle, Jeffrey Herf montre au contraire qu'il a voué un culte délirant à la technologie la plus avancée.
    Pour ce faire, le grand historien américain s'est livré à une enquête approfondie sur les origines idéologiques du IIIe Reich, mettant en lumière une nébuleuse originale d'intellectuels, dont plusieurs ont marqué l'histoire des idées, comme Oswald Spengler, Ernst Jünger, Werner Sombart ou Carl Schmitt. Le point commun de ces « modernistes réactionnaires » est d'avoir fusionné certaines dimensions de la société industrielle - son mode de production et sa technologie, la rationalité instrumentale -, avec la culture du nationalisme allemand, caractérisée par sa haine de la raison et de la démocratie.
    Les conclusions qui se dégagent de cette passionnante enquête, qui a renouvelé l'interprétation du phénomène nazi, et jusqu'ici étonnamment restée inédite en français, sont les suivantes : d'une part, la modernité n'est pas un phénomène monolithique, qu'il faudrait accepter ou rejeter en bloc ; d'autre part, l'adhésion à la modernité technique n'est pas en soi un gage d'émancipation.

  • « Ce n'est qu'un début, continuons le combat ! » Après Mai 68, et malgré la répression policière, les groupuscules gauchistes se recomposent et tentent de poursuivre l'aventure révolutionnaire. Parmi eux, les étudiants de Vive la Révolution détonnent. Ces maoïstes tendance libertaire, ou « mao spontex » comme on les qualifiera, militent auprès des ouvriers, notamment immigrés, tout en étant fortement influencés par les mouvements radicaux américains.
    Leur journal, rebaptisé Tout !, quinzomadaire grand format aux couleurs vives ayant Jean-Paul Sartre pour Directeur de publication, cherche à fomenter une révolution à la fois politique et culturelle. Il ouvre ses colonnes aux mouvements et luttes antiautoritaires qui foisonnent :
    Libération des femmes, antipsychiatrie, combats des homosexuels, jeunes en colère...
    Bien qu'éphémère, cette extraordinaire expérience d'un journal foutraque se trouve au carrefour de trois courants : gauchisme, nouveaux mouvements sociaux et contre-culture. Pour la première fois racontée, cette histoire montre comment Tout ! a concentré de façon explosive ces influences, qu'il a agrémentées de slogans percutants et d'un graphisme éclatant, pour devenir le fer de lance de la presse alternative.

  • Comment les nouvelles technologies ont-elles redessiné le paysage de nos vies affectives et de notre intimité ?
    Telle est la question centrale de Seuls ensemble.
    Pour y répondre, l'anthropologue Sherry Turkle a étudié pendant quinze ans nos relations avec les objets technologiques.
    Elle a observé chez les utilisateurs de robots de compagnie une tendance à les considérer comme vivants et à se laisser duper par leurs réactions préprogrammées.
    Un nouveau fantasme est ainsi en train d'émerger, où des substituts technologiques, sûrs et sans surprises, pourraient bientôt remplacer les relations interpersonnelles, éprouvantes et imparfaites.
    Elle a constaté qu'une dynamique similaire était à l'oeuvre dans nos rapports aux nouvelles technologies en général. L'ultra-connectivité s'accompagne de comportements compulsifs qui mettent en péril les bienfaits d'une certaine solitude, nécessaire à la construction de soi. Ses enquêtes sur les adolescents révèlent leur dépendance accrue aux smartphones et leur tendance à préférer les interactions médiatisées à celles en tête-à-tête - considérées comme trop risquées et trop exigeantes.
    Ce livre captivant a eu un grand retentissement aux États-Unis, car il montre, preuves à l'appui, comment nous nous coupons de ce qui est au fondement de toute relation humaine : l'altérité et sa part d'imprévisibilité, de risques et de plaisirs, à jamais inaccessibles à des systèmes informatiques.

  • « La théorie de l'échec. Ne possédant rien, tu n'as strictement rien à perdre. » Nul autre homme n'a consumé sa vie avec autant d'ardeur qu'Emmett Grogan. Et ne l'a contée avec autant de talent.
    Né à New York en 1942, ce personnage flamboyant a grandi à Brooklyn entre pauvreté et parties de Ringolevio.
    Héroïnomane à 13 ans, cambrioleur à 15, exilé en Europe à 17 après quelques mois de prison, Grogan découvre Paris en pleine guerre d'Algérie, les Alpes et la montagne, la dolce vita en Italie. Puis direction Dublin où il s'engage dans l'IRA et renoue avec ses racines irlandaises. De retour dans son pays natal, il s'installe à San Francisco.
    Là, dans le quartier hippie de Haight Ashbury, avec quelques amis survoltés venus du théâtre, ils fondent en 1966 le légendaire groupe des Diggers. Ces jeunes révoltés vont être de tous les combats politiques, distribuer des vivres et des vêtements et faire de la rue un terrain de fête et d'expérimentation sociale.
    Dix ans plus tard, en 1978, après des années d'errance, Emmett Grogan meurt d'une overdose. Il n'y avait pour lui pas de temps à perdre car « aujourd'hui est le premier jour du reste de ta vie ». Le jeu. La lutte. La vie. Ringolevio.
    Au détour des pages de cette extraordinaire autobiographie, on croise les grandes figures de la contre-culture américaine des années 1960 : Angela Davis, Bob Dylan, Allen Ginsberg, William Burroughs, Jack Kerouac, Neal Cassady, les Hell's Angels, les Panthères Noires. et l'on sent le souffle, comme nulle part ailleurs, d'une époque explosive.

  • Sociétés secrètes et anarchisme rural en Andalousie (1870-1888). 1878, la révolte s'étend à toute la campagne de l'Andalousie occidentale : les fermes et les oliveraies sont incendiées, le bétail massacré, les vignes arrachées, les boulangeries pillées, les maisons de maîtres occupées... A l'origine de ces actions, la FRE (fédération régionale espagnole), section ibérique de l'AIT (Association internationale des travailleurs) compte alors plus de 30 000 affiliés dans cette région. En 1883, toute une série de délits est attribuée à une organisation secrète appelée Mano negra, dans les provinces andalouses de Séville et Cadix. Accusés de vouloir renverser le gouvernement et éliminer l'aristocratie des grands propriétaires terriens en recourrant aux moyens les plus extrêmes et les plus violents comme "le fer, le feu et la calomnie", une répression féroce s'abat sur les militants paysans et internationalistes. Ce livre raconte les prémisses du mouvement anarchiste à la fin du XIXe siècle en Espagne et le rôle essentiel joué par les mouvements paysans. Il décrit aussi une manipulation de l'Etat, qui, appuyé par l'oligarchie andalouse et la presse, n'hésite pas à utiliser tortures, agents provocateurs, arrestations massives et terreur pour criminaliser un mouvement de révolte. Sept ouvriers agricoles accusés d'appartenir à la Mano Negra sont garrottés en juin 1884. Cette exécution suscite l'effroi dans toute l'Europe et marquera profondément le mouvement libertaire espagnol.

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