Le Realgar

  • « C'est bien parce que le poème s'avère seul capable d'intégrer l'expression la plus subjective à l'exigence d'une pensée qui, jamais, ne se contentera « d'interpréter le monde », qu'Emmanuel Ruben n'a pas récusé la voix dont, toujours, essayiste, romancier, il écoute l'accent, disant ainsi très haut l'abjection d'une Europe en proie à des démons surgis des culs-de-basse-fosse de sa longue histoire. Terminus Schengen... Une telle errance, une aussi tragique pérégrination au bout de la honte comme de la détresse ne rend dès lors pas exclusivement compte du destin des « migrants » mais, haletante, escortée de cris, de murmures, contraint quiconque veut en parler à la dignité du chant. Le reste est affaire d'urgence. De crimes et de cynisme. De trains, de camions ou de piétinements. De mains lavées dans un seau où brillent les étranges reflets des étoiles que l'on cousait il n'y a pas si longtemps aux vêtements des voyageurs. » Lionel Bourg

  • Icecolor

    Emmanuel Ruben

    Cet homme est-il de la confrérie navrante des voyageurs plumitifs ? Cet homme pense-t-il qu'il suffit d'aller s'empoussiérer la semelle pour se ravauder la cervelle ? Non, la poussière est d'or qui le hante encore_; cet homme, que nous voudrions suivre ici, cet homme s'en va chaque année depuis ses vingt ans vers le Nord, carnet de croquis à la main, quêter de sa baguette divinatoire son Graal fantôme ; après quoi il rentre au pays, dessine, grave, sculpte et peint pour de bon ; sur ce, il paraphe en bas à droite PK. Per Kirkeby.

  • « Si je ferme les yeux, je retourne sans effort près de ce fleuve. Voici ses eaux, tranquilles sous la lune. Et parmi les gazelles venues s'abreuver, trois fois plus haut que leurs échines, te voici, Enkidu. Enkidu, je te devine dans la nuit, massif comme un roc, vif pourtant, ramassé dans un geste au milieu des roseaux, la chevelure hirsute tombée sur ton visage, ta bouche qui lampe à grand bruit l'eau du Tigre. Le jour, les bergers effrayés fuient ta silhouette immense, ton regard fauve, tes muscles couverts de pelage. Le soir, ils redoutent tes cris sauvages, ta folie, ton mystère. Tu chasses leur gibier, tu mènes ta harde, impunie, au milieu de leurs champs. Et contre toi, les chiens sont impuissants. »

  • La tendre indifference Nouv.

    À paraître
  • » Lassée des hommes / la pente a entrepris du raidissement / de partout / à des instants variés / il y a le trait hurlant des chutes / et un matin / comme on passe par-delà la verticale / c'est une page qui se tourne »

    Sur commande
  • Écrivain de la conscience et du non-dit, Isabelle Flaten met en scène les drames intimes qui secouent les membres d'une même famille dans une petite ville de Norvège. Poursuivant les chemins tracés avec Les Noces Incertaines (2014) et Se Taire ou Pas (2015), elle conjugue les questionnements du couple et des relations humaines avec l'usage de la parole. Quand cette dernière croit délivrer, elle cloître ; et lorsqu'elle semble fermer les portes de l'altérité, elle ouvre en réalité bien des possibilités. La force du langage face à la fragilité de nos consciences, c'est tout le propos de l'auteur dans ce roman ancré dans des territoires enneigés, théâtre des passions bouleversées de personnages semblant sortir tout droit des drames d'Ibsen. Bavards comme un fjord ou l'expression rêvée pour appréhender le mouvement du sentiment vers la parole.

    Un extrait : « Elle aurait dû s'arrêter. Elle ne pouvait pas deviner, ici ce sont toujours des bêtes qu'on retrouve sous les roues. Elle ausculte la voiture, en scrute les quatre ailes, les pare-chocs et le bas de caisse, mais rien, ni plus ni moins abîmée qu'auparavant. Une simple coïncidence. Elle aurait tout de même dû s'arrêter, le bruit ressemblait à celui d'un choc. Cela ne veut rien dire, les gens sont sacrément emmitouflés en cette saison. Il vaudrait mieux en reparler avec Dag. Un frisson la parcourt, elle défait son peignoir, se douche et file au travail. Dehors, tout est noir, le soleil pas encore levé, pas même un croissant de lune, l'air est saisissant. Moins quinze à coup sûr. À la cafétéria, sa collègue établit la liste des achats. Sigrid a à peine suspendu son manteau que le téléphone sonne. »

    Sur commande
  • « Voici, offerte à notre fréquentation contemplative, une oeuvre - une présence, pourrait-on dire - de Pierre Soulages : Peinture, 56 cm x 39 cm, 08/07/2013. Cette petite peinture outrenoire vit, bouge, s'immobilise un instant, souveraine, s'éclaire et s'assombrit, croise en elle, de mille façons au fil du temps, diverses panoplies de l'obscur, du noir, du gris et de la clarté ; elle se fait hypnotique, navette ensorcelante du rien et de la plénitude, de l'intégrale matière et d'une dimension sacrale ; elle est émettrice de déclinaisons rythmiques de maintes variétés de son noir lumière. Présence, présences... qui nous convient à une aventure silencieuse en contrée d'inconnu ».

  • « Rongé par le doute, et déterminé comme pas un, Julien Bosc n'a cessé de se vouloir poète. Il a payé le prix fort et il s'est fait poète. Et non pas comme d'innombrables semblants, mais poète très rare. André Bernold avait su déceler à la lecture d'un dialogue écrit sur le fil d'une tragédie sans nom, De la poussière sur vos cils, un texte unique. On peut en dire autant de cette geste murmurée par des gorges inactuelles : Le coucou chante contre mon coeur. Loin des discours engagés, des proclamations stériles, c'est à un exercice d'intériorisation que s'est livré un homme de ce monde, un homme désemparé, savant et sensible. Hanté par une sienne mémoire des vagues d'exil dans une Europe déchirée par la haine, né juif et redevenu juif par obligation morale dans une époque marchandant si volontiers toute dignité, redevenu errant, étranger démuni dans un pays de possédants marqués par le racisme toujours là et instrumentalisé à outrance, Julien Bosc a repris sans plaisir un rôle délaissé, celui du veilleur dans la nuit. Pour que l'humanité ne s'oublie pas tout à fait. »

  • Avec « Les deux mariages de Lenka », Isabelle Flaten emmène le lecteur à Prague à la rencontre d'une galerie de personnages dont la vie vient d'être bousculée par la révolution de Velours. À l'ombre tutélaire de la capitale tchèque et de ses intellectuels - Milos Forman, Vaclav Havel - Lenka, veuve d'un sympathisant du régime communiste se défait des compromissions du passé et découvre les affres d'un monde nouveau. Dépossédée de ses repères, contrainte à de nouveaux accommodements, Lenka trouve en Paolo un nouvel amour qui, peut-être, la libérera des petits arrangements conclus avec sa conscience et lui fera oublier la cruelle vérité d'une époque que les retournements de l'Histoire ont mise au grand jour.

  • Un homme venu d'ailleurs vit au fond d'un bois reculé. La découverte inopinée d'un étrange animal lui permet de trouver l'amour, de se confronter à la sauvagerie des hommes et de retrouver le rire.

  • En route

    Pierre Bergounioux

    Sur commande
  • « Tombeau de Johnny Panic (Sylvia Plath).

    Merveille silencieuse du faible orphelin Le jeu de vivre n'est que la démence d'un intime défunt Tout s'enfonce dans la nuit C'est comme cela que tu aimais Comme les veuves de marin disloquées de lumières orphelines Qui agitent leur mouchoir sur la rivière Dans un quartier triste de Londres Tu appelles et nul ne répond Tu meurs de ne pas rêver avec lui sur ce même oreiller Tu rêves Et un arbre d'oiseaux chanteurs devance Le miel du retour Des flammes d'ombre Le jeu de vivre révèle un cimetière Je ne dois pas croire pour ne pas mille fois mourir Les prodiges ont l'effet de me dire que les étoiles diaphanes n'arrivent jamais Tandis que quelqu'un disserte sur ta jeunesse et les poètes morts »

    Sur commande
  • Lendemain de l'indépendance de l'Algérie. Il faut tout apprendre de la métropole pour les centaines de milliers de familles pied-noir rapatriées aux quatre coins de la France. Dans le travail mémoriel qui est celui de l'auteure, comment accorder ce monde d'hier à un quotidien ancré dans le présent, où la nostalgie n'a plus sa place ? Interrogeant avec obstination la destinée familiale, c'est aussi l'empreinte de l'Histoire, la transmission et la notion même de racines que celle-ci remet en question. « Ce n'est pas un travail scientifique ou historique que j'ai entrepris, mais une opération alchimique sur une matière rétive » écrit Frédérique Germanaud. Dans un récit documenté que balisent les traversées successives de la Méditerranée, ce sont lieux de vie, douleur de l'exil et Algérie d'aujourd'hui qui se mêlent dans la quête d'une vérité émancipatrice du passé.

    Sur commande
  • Cristina

    Herminia Caloniz

    « Sainte, enluminée d'un lilas, Maman pique un baiser dans l'échancrure d'une chemise, en fait voler les manches. À nos pieds, les corolles, pressées les unes aux autres, grenues, glacées, font étinceler, autour de pétales en plein ciel, la fraîcheur du couchant. Rives rassérénées d'orage, d'un pourpre achevé. Sur de petits étangs, des champs de nymphéas, lis, nénufars, filent où les prend le courant. Les carillons sonnent l'heure du goûter. Pointes, tiges effrangées du soleil reparu. Maman, criblée de lunes d'eau, en auvent à la pluie, croque un gâteau. Dans ses poches : cigares au miel, à l'amande concassée - éclats d'Orient. Un liseron de lumière court. Les lotus en peau d'ange se creusent. À la dérive, rougis comme des sexes, des nélombos au coeur écrevisse ; plus avant, jaunets en guirlandes dénouées, pâmoison des plantes ».

    On n'explique pas la douleur. Ne raconte ni l'enfance, ni l'adolescence, ni la jeunesse, ni la vie que le sang teinte d'émois parfois tumultueux et que le seringa, le lilas ou les grappes de fruits mûrs parfument comme s'ils s'épanouissaient à l'orée même des songes. C'est là. Cela naît par bouffées, chaque séquence du livre ravivant les souvenirs de l'auteure qui, sachant que l'on ne sépare pas le sentiment de sa gangue charnelle, ressent jusqu'à les désirer plus intensément encore les instants où, dans la langue, au sein des mots et des gestes quotidiens, tout tremble, tout vacille. (Lionel Bourg)

  • Récit de Jacques Josse.
    Reproduction des gravures de Scanreigh.

    « S'ensuit un grand silence. Durant lequel elle se recueille, immobile, ne perdant pas le moindre détail d'une scène d'accident qui se fiche dans sa mémoire avant de se déplacer vers celle de ceux qui vont devoir inventer ce qu'ils n'ont pas vu. »

    Sur commande
  • Dans un style plein de pointes et de surprises, les personnages de ce roman prennent leur place au fil des pages comme dans un effet de poupées gigognes. Au centre : ce thème tabou. L'argent ! Source d'empêchements, pas les mêmes pour tous évidemment, traité avec cruauté et amusement mais sans caricature.

  • « Sept. Il existe toute une mystique autour de ce chiffre. Les sept archanges de l'apocalypse, les sept couleurs de l'arc-en-ciel, les sept péchés capitaux, les sept merveilles du monde, les sept notes de musique, et bien sûr les sept mercenaires. Pour tout vous avouer, je m'en fous, j'ai jamais cru à ces conneries de chiffres sacrés. Mais c'est vrai que si on cherche on trouve, c'est ça qui est beau dans le grand bordel magique de la vie. Parce qu'en y réfléchissant bien, les sept gaillards à qui je rends hommage dans ce livre, sont un beau mélange de tout ça à la fois : Les sept archanges de l'apocalypse, les sept couleurs de l'arc-en-ciel, les sept péchés capitaux, les sept merveilles du monde, les sept notes de musique, et bien sûr les sept mercenaires. Mais ce sont surtout sept chiens magiques, sept étoiles noires et tordues du drapeau américain, sept moudjahidines de la bibine, sept poilus sacrés, sept sauvages du mot de l'art et de l'amour, bref sept grands poètes. Sept bonhommes que j'aime, même s'ils m'ont bercé trop près du mur. Voilà donc sept hommages pour sept artistes. Dans l'ordre d'apparition : J. D. Sallinger, Richard Brautigan, Charles Bukowski, Henri Miller, John Fante, Jim Harrison et Raymond Carver. Comme dit Al Pacino dans Donnie Brasco : « Je te raconte pas ! » En plus on m'informe que Daniel Damart, le joyeux éditeur aurait éternellement sept ans et que Régis Gonzalez le grand qui crayonne avec mes mots aurait sept doigts. Moi-même il me reste sept dents. La vie est dingue. C'est merveilleux non ? »

    Sur commande
  • Sur commande
  • Mathieu Simonet soumet à quatre auteurs la photographie d'une peinture de Juliette Lemontey Ainsi, Olivier Jouan, David Arnaiz, Philippe Lumbroso et Jonas écrivent chacun une nouvelle, confrontés à un personnage sans visage.

empty