Farrago

  • Pour Dewey, la politique est une " expérimentation ". Les pratiques expérimentales s'appliquent aussi bien à la délimitation du privé et du public qu'à la détermination des intérêts communs, aussi bien qu'à la décision politique, aux mesures ou aux lois qui en constituent le cadre. Le public et ses problèmes en apporte la confirmation. Destiné, non pas aux gouvernants, mais à cette instance intermédiaire entre la société et le gouvernement qu'on appelle le public, son but est de restituer à celui-ci le pouvoir et les compétences que la complexification croissante des relations interhumaines, autant que la " mondialisation " des liens d'interdépendance lui ont fait perdre. Sans une reconstruction permanente du public, les instances d'identification des domaines d'intérêts communs cessent d'opérer et la démocratie cesse d'exister. Aussi l'expérimentation doit-elle toujours supplanter l'absolutisme politique et ses innombrables variantes.

  • Le cri du sablier

    Chloé Delaume

    • Farrago
    • 4 Septembre 2001

    Le livre de Chloé Delaume est le récit d'une réminiscence.
    Il remonte le temps afin de faire voler en éclats un passé oppressant. Sa virulence a la puissance du cri. Véritable leitmotiv du roman, la métaphore du sablier se propage, se ramifie : elle dessine la figure centrale et traumatisante d'un père " sédimentaire " et d'une " enfant du limon ". Ni pathos ni complaisance. Mais la tentative, à l'âge adulte, de répondre au questionnement d'un enfant, tentative rendue possible par une certaine douceur de l'ironie.
    Tout passe par le prisme d'une langue singulière, débordante d'inventions. Le style est démesuré, tantôt lapidaire, tantôt abyssal. Les mots se bousculent, deviennent envahissants, contractant la phrase jusqu'à donner une impression de fusion. Dans ce chaos où leur nature et leur fonction se mélangent, s'inversent, ils révèlent comme un miroir le morcellement de l'identité. Le Cri du sablier est avant tout une reconquête de la langue; un plaisir inattendu jaillit de mots le plus souvent douloureux, de leur détournement, de l'épuisement du sens de chacun.

  • La reconstruction en philosophie, au sens que Dewey donne à ce terme, est aussi une reconstruction de la philosophie. Ecrit dans l'urgence d'une situation - aux lendemains de la Première Guerre Mondiale - que d'aucuns ont décrite comme une " crise " de la culture ou de la civilisation occidentale, ce livre procède d'un esprit qui, loin de s'en tenir aux diagnostics désenchantés qui en son parfois issus, s'attache à développer avec confiance la capacité de la philosophie à aborder réellement les problèmes du présent. A cette fin, sans en ignorer les limites ni la nécessité d'un renouvellement la reconstruction doit faire pour le développement de l'enquête dans le domaine de l'humain, et donc de l'éthique, ce que les philosophes des derniers siècles ont fait pour la promotion de l'enquête scientifique dans le domaine de la vie humaine, envisagé d'un point de vue physique et physiologique. Reconstruction en philosophie a été initialement publié en 1921. Il marque une étape importante dans l'oeuvre et dans les engagements de Dewey. De ses nombreux autres livres, il est peut-être le plus synthétique, et celui qui permet le mieux, comme le suggère Richard Rorty dans la préface qu'il a écrite pour cette édition, la place de Dewey dans le débat social et politique.

  • La mère juive

    Gertrud Kolmar

    • Farrago
    • 30 Septembre 2003

    Fin des années 1920 à Berlin.
    Martha Wolg, une jeune veuve juive, vit dans les faubourgs, au milieu des jardins ouvriers et des lotissements tristes. Un soir, sa fille de cinq ans, Ursa, a disparu. Après une nuit d'angoisse, la mère retrouve le corps inanimé de la fillette dans un terrain vague : l'enfant a été violée. Quelques jours plus tard, à l'hôpital, incapable de supporter la vision de ce corps terrorisé et prostré, Martha empoisonne Ursa.
    Puis, pour survivre aux souvenirs et surmonter l'immonde, elle va chercher à venger son enfant. Dans ce récit sobre et tragique se lit l'expérience d'une vie marquée par l'époque qui précède la Shoah. Le sacrifice humain est au coeur de l'intrigue, sacrifice qui annonce la folie meurtrière du régime nazi.

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  • Quant au livre

    Stéphane Mallarmé

    • Farrago
    • 1 Mars 2004

    Le lançage ou la diffusion annuels de la lecture, jadis l'hiver, avance maintenant jusqu'au seuil d'été: comme la vitre qui mettait, sur l'acquisition, un froid, a cessé; et l'édition en plein air crève ses ballots vers la main pour le lointain gantée, de l'acheteuse prompte à choisir une brochure, afin de la placer entre ses yeux et la mer...

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  • Cessant en ce point d'essayer de dire, parfois peut-être confusément, ce que Breton signifia pour lui, il préfére se souvenir que ce dernier aimait par dessus tout le vers de Rimbaud : Mais que salubre est le vent !

  • " L'épée dans la main droite, le leurre dans la main gauche, le coeur bien au milieu, face aux cornes, Manolete était sur le point de liquider la situation.
    Quelqu'un depuis la talanquère lui criait d'entrer vite, il entra lentement. Islero de Miura eut le temps de le voir venir. Il l'embrocha et le tint suspendu par la veine fémorale qui se rompit. Sur le sable de Linares la moitié du sang de Manolete fut perdue car dans l'affolement personne ne trouvait plus la porte de l'infirmerie. Quand le Calife recouvra la parole ce fut pour demander s'il avait obtenu l'oreille de ce Miura.
    - Oui, maestro, les deux oreilles et la queue ! Pendant la nuit on tenta une transfusion mais le sang s'écoulait de la blessure, traversait le matelas et tombait goutte à goutte sur le plancher de l'infirmerie. Le Calife devient aveugle puis ne sent plus ses jambes. Son corps lentement se sépare de lui. On empêche d'entrer la femme qu'il aime par crainte de troubler son âme après la confession. Il meurt le lendemain à cinq heures du matin.
    "

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  • Coeur espace (le)

    Yves Bonnefoy

    • Farrago
    • 9 Octobre 2001

    Poème inédit daté de 1945.

  • Peine perdue

    Jean-Paul Curnier

    • Farrago
    • 21 Mars 2002

    Fables, qui se répondent de loin en loin, comme en écho, traitant avec légèreté et par touches très fines aussi bien de l'amour, de la solitude et de l'absurdité, que de Dieu aux prises avec le Verbe et des tragédies intimes ordinairement vouées à l'insignifiance et au silence. Divagations par des chemins sans but qui croisent ceux de Sterne, de Lichtenberg, de Pessoa et de beaucoup d'autres. Moralités renversées, éloges du Rien et de l'idiotie dont les contes philosophiques orientaux et de la Chine ancienne étaient familiers. Ces méditations à mi-voix, où l'allégresse surgit du drame, de la désillusion et de l'attention d'un être solitaire à " tout ce qui arrive ", sont présentées selon trois périodes ou moments successifs : I - Avant que ça commence (Bribes et filaments pour une conduite sans destination) II - Moins que rien (Ressassements sur la tentation d'insignifiance) III - Sans nouvelles (Approximations et généralités sur le sens de l'inexistence).

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  • Rilke a écrit le cornette en 1899 - il a vingt-quatre ans -, au retour de son premier voyage en russie.
    Son lointain parent, christophe rilke, à l'occasion d'une mission militaire à la frontière de l'empire austro-hongrois contre l'empire ottoman, fait tragiquement en un court laps, une nuit et un jour, l'expérience de l'amour et de la mort.

  • Faut suivre

    Guglielmi Joseph

    • Farrago
    • 14 Février 2005

    Le titre de ce poème pourra surprendre. Il fait suite à une période de vacance d'écriture. Et, ouvre, peut-être une autre voie. Où ce ne sont plus les cotations plagiaires ni les langues autres qui servent de détonateurs, mais des références à des hors-textes prestigieux, dont, ici, le tissu, le corps poétique lacérés s'inventent... Joseph Julien Guglielmi


  • samuel tristan est né à quinze ans en quittant pour toujours sa famille.
    depuis il vit à contre-jour, aimant la nuit comme une renaissance. sous une nouvelle identité, il parcourt l'espace : sidi ifni, djerba, alexandrie, beyrouth, jérusalem, venise enfin. sur une île abandonnée, il débroussaille un sentier rongé de ronces hostiles, une façon de se retourner sur son passé, ses fuites, ses choix. dévoré d'absolu, son destin est à la hauteur du vertige noctambule qui le meut.


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  • Nonne alferez (la)

    Catalina De Erauso

    • Farrago
    • 8 Février 2002

    Fait le truchement, autrement dit le porte-parole, sans traduire toutefois le grade qu'elle acquit dans le Nouveau Monde - alferez sonnant mieux à ses oreilles que porte-enseigne.
    Ce qui plaît dans notre héroïne est sa réalité. Qu'elle ne soit issue d'aucune imagination virile, d'aucun Roland furieux, d'aucune Jérusalem délivrée. Shakespeare ne l'a pas mise au monde, telle Rosalinde, ni Calderon ni Marivaux ne l'ont embellie, telles Rosaura ou Silvia. Fille d'un simple capitaine et de sa pieuse épouse, tous deux natifs de Saint-Sébastien, tôt destinée à la vie religieuse, elle fut seule à décider que non.
    R D.

  • En voyage dans la Cordillère des Andes, quatre personnages, Leminhac du barreau parisien, le docteur Tramier, la Russe Marie Erikow et Robert Helven un jeune peintre anglais, viennent de manquer le bateau qui devait les conduire à Sydney. Le marchand de cotonnade Van der Brooks propose de les y amener à bord de son yacht, Le Cormoran...

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  • Aggravation, parce que tel est le double projet de ce livre : celui de rendre mieux visible l'état de dégradation continuée des conditions faites à l'existence commune; celui également d'en perturber le cours en rendant plus incertain et plus contrarié l'assentiment aveugle qui partout le permet.
    Que la face cachée de ce qui se montre soit aujourd'hui la chose la moins supportée, cela méritait qu'on s'emploie à l'aggraver. C'est assez dire qu'on ne trouvera pas ici de quoi ajouter à cette forme d'apathie consentante, de résignation euphorisée, qui se présente volontiers comme un progrès de civilisation et dont la généralisation assure l'actuel succès des formes les plus grossièrement cyniques du pouvoir et l'abandon de tous à la férocité sans limites de la loi du marché.
    On y trouvera au contraire de quoi entamer la volonté d'innocence et d'ignorance mêlées qui accompagnent cet abandon : par le tracé de ses plus accablantes perspectives, par le relevé de son inavouable contrepartie, par le retournement de ses valeurs proclamées. Et cela, sans autre motif que celui de donner en partage, face à la vanité de ce pitoyable triomphe, le goût d'un écart inconciliable, d'un rire déplacé.
    J.-P C.

  • Philisterburg

    Jacques Decour

    • Farrago
    • 9 Octobre 2003
  • Chloé Delaume n'est pas un personnage de fiction ordinaire.
    Elle est pire. Refusant de finir ses jours dans un livre à l'instar de ses congénères, elle a erré longuement dans les limbes de la Somnambulie. De là, elle a guetté le " médiateur " dans lequel s'incarner : un corps vivant, qui péchait par vacuité. Une fois les lieux investis, nul ne pourra l'en déloger, sauf le corps lui-même, s'il peut trouver assez de force ou de subterfuges pour lutter. Les personnages de fiction sont des tumeurs beaucoup plus malignes qu'on ne le croit, qui savent assiéger chaque organe avec méthode.
    Pour que le corps puisse avoir le dernier mot, il lui faudra préserver sa langue propre, en dépit du pillage perpétré. A travers les voix alternées du " ténia narratif " et du corps " piraté ", La Vanité des Somnambules met en scène la conquête d'un territoire identitaire, les assauts successifs d'un cancernénuphar face à un corps coupable d'avoir trop usé du mensonge. Un combat polyphonique aux frontières de l'autofiction.

  • Né en 1935 à Paris, Claude Esteban est le poète d'un partage des mots aux multiples aspects : une vingtaine de recueils de poésie et des proses, la revue Argile et les publications qui lui furent associées, la collection poétique qu'il dirigea aux éditions Flammarion, les études attentives et serrées qu'il consacre peintres de son temps comme aux images du passé. C'est cependant un veilleur aux confins qui paraîtra ici dans sa conjoncture singulière et la solitude essentielle qui accompagne jusque dans le partage le Traducteur de Virgile, Paz ou Gongora, le lecteur attentif des poètes et des peintres. Du recueil au tableau, de la page au paysage, ce livre collectif varie les modes d'approche selon la nature des attentions, des dettes ou des regards : ainsi des images répondent à des poèmes, des études à des lettres et des souvenirs à des traductions. En écho à ceux, depuis quarante ans, consacrés par Claude Esteban à ce vide qui vient, dans le visible comme dans le lisible, ouvrir le sensible au défaut des langues et aux méditations de l'oeil. On y distingue trois directions parallèles, qui se rejoignent à l'infini comme chacun sait : l'attention portée aux livres et aux tableaux, la volonté opiniâtre de traduire là même où se réfléchit l'impossible traduction, enfin et surtout le poème, depuis la dévastation originelle jusqu'aux fragments aigus d'un ciel inachevé.

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