Annick Bouleau - Passage du cinéma, 4992

  • Passage du cinéma, 4992

    Annick Bouleau

    Une forme s'est mise à apparaître.
    Une forme composée, au bout du compte, de 4992 fragments d'écriture travaillés chacun comme un plan de cinéma à la table de montage : la délicate opération de la coupe (cut) in et de la coupe out pour construire le film. Ici, le livre.
    Pendant une dizaine d'années j'ai lu un grand nombre de revues - consacrées au - ou concernées par - le cinéma, depuis son acte de naissance (1895) jusqu'à l'aube du nouveau siècle (2000). Lecture qui s'est faite écoute : jetant mon dévolu sur les propos notés, rapportés ou enregistrés (au gré des époques) et finalement imprimés, de représentants du monde professionnel cinématographique (techniciens, industriels, producteurs, exploitants, cinéastes, acteurs.) De ces flux de paroles devenus blocs d'écriture, j'ai élu, retenu 4992 fragments retranscrits et numérotés, méticuleusement.
    La lectrice se fait scribe.
    Une autre décennie a été nécessaire pour assembler, ordonner, relier, modeler, façonner-fictionner ces fragments tout autour d'un abécédaire personnel. Une volumineuse matière plastique devenue un unique long ruban plié en double colonne sur les pages de ce livre.
    Scribe, je me fais monteuse et plasticienne.
    Suivant quel(s) récit(s) ? Au service de quelle(s) histoire(s) ?
    Depuis le lieu de la lecture, Passage du cinéma, 4992 donne à imaginer ces voix singulières, ces corps uniques, initiateurs de récits, de savoirs et d'histoires qui nourrissent l'Histoire, échafaudant ainsi une grande pièce montée anachronique.
    Chaque fois qu'il ouvrira le livre, en tournant les pages vers l'avant comme vers l'arrière, le lecteur activera la cadence : pour d'autres montages, d'autres formes, d'autres rythmes. À lui de deviner sa propre guise.

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