Sciences humaines & sociales

  • Cent vingt ans après qu'elle a éclaté et divisé la France, l'affaire Dreyfus a encore beaucoup à nous apprendre.
    De 1898 à 2018, les leçons de l'histoire n'ont pas été tirées. Alors que le camp des ennemis de Dreyfus est paresseusement réduit à celui des nostalgiques de l'ordre ancien et d'une France révolue, beaucoup passent à côté de l'essentiel : l'inquiétante modernité des idées dont se sont réclamés les antidreyfusards, Édouard Drumont et Charles Maurras en tête.
    La portée et l'influence de leurs positions ont en effet marqué durablement notre vie politique et idéologique : une judéophobie viscérale, l'antiélitisme et une défiance envers le cosmopolitisme.
    Bien sûr, la mobilisation de Zola avec son célèbre « J'accuse... ! », l'engagement de Clemenceau, directeur de L'Aurore, et la détermination de tous les dreyfusards, ont permis, in extremis, de réhabiliter le capitaine. Mais cette « gigantesque répétition générale du XXe siècle » a signé la naissance d'un monstre français : l'antisémitisme populiste, foudroyant le partage entre gauche et droite. Un monstre dont Alexis Lacroix pointe la prospérité, les mutations et les résurgences, jusqu'aux fièvres actuelles de l'islamo-gauchisme.

    Journaliste et éditorialiste, Alexis Lacroix est directeur de rédaction délégué de L'Express, après avoir été directeur adjoint de Marianne. Collaborateur régulier de La Règle du jeu, de France Culture, de BFM-TV et de i24news, il est également l'auteur du Socialisme des imbéciles, quand l'antisémitisme redevient de gauche (Éditions de la Table ronde).

  • Etat ou société civile ? République ou Empire ? Le progrès par le social ou par le droit ? Les droits de l'Homme ou la loi des Etats ? « Nature est un doux guide » ou « Devenir maître et possesseur de la nature » ? Les querelles françaises les plus actuelles sont aussi les plus anciennes, et elles n'ont pas fini d'animer notre opinion publique. En répondant aux interrogations sans concession du journaliste Alexis Lacroix, la philosophe Blandine Kriegel, faisant retour sur son propre parcours, tâche d'éclairer la généalogie de ces querelles et de clarifier ses principales réponses. Au début des temps modernes, émerge dans la construction de l'Etat souverain, l'idée de République. Pourtant, malgré ses triomphes déjà anciens, la République connaît plusieurs dérives impériales et semble incertaine de sa durée et de ses concepts. N'existe-t-il pas « un reste impérial » au coeur de la souveraineté ? Comment interpréter les conflits de l'histoire du droit qui rappochent ou écartent la République moderne du droit ancien ? Comment expliquer que le droit soit devenu le parent pauvre du social, alors que la recherche de la justice est une grande cause nationale, sinon par un approfondissement des conflits philosophiques qui séparent les deux grandes voies de la modernité dans leur rapport à la Révolution ? Les idées peuvent avoir un droit de suite en politique. Blandine Kriegel les associe librement à l'histoire récente, en montrant comment sa génération s'est efforcée, dans l'immédiate après-guerre, jusqu'en 1968, de procéder à ses risques et périls, à une nouvelle invention de la liberté.

empty