Presses Universitaires de France

  • Si le moment présent est le moment du soin, c'est-à-dire non pas seulement d'une vulnérabilité généralisée mais de l'activité humaine qui doit y répondre dans tous les domaines, il faut penser celle-ci dans sa spécificité, sa diversité et ses ruptures, de la technique à l'éthique, de la vie à la justice : c'est le but de ce livre qui en propose à la fois une étude synthétique et des applications ouvertes. Il fallait ressaisir l'unité du soin, ce par quoi il unifie non seulement un acte technique indispensable et une relation humaine fondamentale, et sa tension interne, la violation à laquelle il répond mais qui le menace aussi, et qui lui donne sa portée morale et politique. Il fallait ensuite approfondir cette étude sur des aspects précis qui posent chacun des problèmes singuliers et majeurs : la pandémie ou les soins palliatifs, les violations politiques et historiques. Il fallait enfin ouvrir les discussions sur les divers points et avec les diverses approches qui tissent conjointement le moment présent. C'est l'objet de ces chroniques, publiées deux années durant dans la revue Esprit, qui répondent à la question liant aujourd'hui notre fragilité et notre fermeté : à quoi tenons-nous ?

  • Le lien entre soin et politique est primordial aujourd'hui. Mais il ne faut pas s'y tromper. Il ne s'agit pas de réduire le politique à un aspect minimal du soin, ni de lui confier tout le soin, maximal, de nos vies ! En réalité, le soin a plusieurs dimensions - secours, mais aussi soutien, travail (social), solidarité (juste), souci (du monde) - et chacune appelle une politique. Ainsi, non seulement le soin ne peut se penser sans le politique, mais ses différents aspects redonnent tout leur sens aux différentes tâches de la politique aujourd'hui.
    Ce livre, bref et synthétique, vise à ouvrir un nouvel espace de travail théorique et pratique pour le moment présent.

  • Devant le cours inédit de Bergson au Collège de France, celui de Deleuze sur Bergson, ou le dossier issu des colloques de Prague et de Paris sur « Bergson et la phénoménologie », on peut presque éprouver le sentiment en partie illusoire, mais irrésistible, celui d'assister à l'histoire de la philosophie en train de se faire.
    Au printemps 1904 tout d'abord, Bergson enseigne donc l'histoire des théories de la mémoire. Loin d'un simple retour en arrière vers Matière et mémoire, il s'agit d'un effort sui generis : une critique de la métaphysique inconsciente des théories de la mémoire, qui annonce l'histoire de la métaphysique de L'évolution créatrice, un retour aussi aux textes eux-mêmes, entraînant une lecture surprenante, unique, d'Aristote ou de Descartes.
    Quant au cours prononcé par Deleuze en 1960 sur le chapitre III de L'évolution créatrice, c'est une étape de la lecture commencée dès 1956, poursuivie par le livre de 1966 (Le bergsonisme), continuée dans toute une oeuvre. Il s'agit moins d'une perspective d'un auteur sur un autre, que de deux mouvements singuliers qui se croisent, se séparent, s'éclairent l'un l'autre.
    Les études « Bergson et la phénoménologie » issues des colloques de Prague (2002) et Paris (2003) établissent une relation privilégiée, aussi bien à travers des problèmes communs et des solutions opposées (du mouvement et de la conscience jusqu'à la vie et la liberté), qu'à travers des rencontres, de Husserl à Levinas en passant par Scheler ou Ingarden, Sartre ou Merleau-Ponty. Le tout est complété par deux études sur des lettres inédites et sur la relation entre Canguilhem et Bergson, ainsi que des recensions d'ouvrages.
    « Bergson, Deleuze, la phénoménologie » : des relations parmi celles qui ne sont pas « dans » ou « pour » une histoire de la philosophie indépendante d'elles, mais qui sont et qui font en même temps la philosophie et son histoire. - F. Worms -

  • Dans les épreuves et les violences du monde contemporain. l'invivable est la pointe extrême de la souffrance, de l'injustice, et du soin qui peut et doit y répondre. Mais qu'est-ce qui est invivable ? Puisqu'il exige immédiatement une action et un soin, comment s'en prémunir et le réparer? Judith Butler critique les normes qui rendent des vies « précaires » et « invivables » (depuis Trouble dans le genre), mais sans pour autant la lier à une philosophie de « la vie » ou du « soin ». Frédéric Worms, de son côté revendique un « vitalisme critique », pour lequel tout ce qui cause la mort relève de la vie, mais d'une manière différenciée selon les vivants, de sorte que « l'invivable » qui tue quelque chose en nous, reste littéralement vital et révèle la spécificité des vivants humains. Mais tous les deux voient dans la différence entre le vivable et l'invivable le fondement critique pour une pratique contemporaine du soin. Pour l'un et pour l'autre, le soin complet rendra la vie humaine vivable, « plus que vivante ». Il faut s'appuyer pour cela sur les pratiques concrètes des humains confrontés à l'invivable, les réfugiés dans le monde contemporain, les témoins et les écrivains des violations du passé. Ce sont eux qui nous apprennent et nous transmettent ce qui dans l'invivable est insoutenable, mais aussi indubitable, et ce qui permet d'y résister. Un dialogue transcrit et traduit d'une séance tenue à l'Ecole normale supérieure.

  • Alors que le monde est secoué par les effets dévastateurs d'une pandémie, la question du soin est plus que jamais au coeur des enjeux de notre société.
    Les auteurs et interlocuteurs de la collection « Questions de soin » prennent la parole et proposent ici leur contribution à cette réflexion, comme autant de jalons pour l'avenir. Au-delà de l'intervention, sur le moment, il faut en effet reprendre et s'appuyer sur le temps de la recherche, de la pratique, de l'enseignement à tous niveaux, du débat public sur le long terme, qui sera aussi celui de cet événement hors-normes.

  • Cet ouvrage explore la complexité et la richesse de l'événement de la naissance, la diversité des approches sociales et culturelles, la force des enjeux qui en découlent, qu'ils soient psychiques ou politiques. Comment se déroule une naissance, quels soins l'entourent, la précèdent, la prolongent, l'accompagnent ? Quels sont ceux et celles, parents, soignants, figures médicales ou symboliques, mythologiques ou magiques, qui participent à la naissance ou à la renaissance d'un individu ? Autour du paradigme de la naissance, se croisent d'anciennes questions et de véritables défis contemporains autour de la conception et de la fabrication des enfants. Que nous apprennent ceux qui accueillent les nouveau-nés et secondent leurs parents, mais aussi ceux qui entendent dans la souffrance d'un adolescent ou d'un adulte la douleur d'une impossible naissance à soi ?

  • La philosophie du soin que ces journées voudraient esquisser ne vise ni à dénoncer la technique médicale pour elle-même, ni à attendre qu'elle résolve par son évolution les problèmes éthiques. Elle cherche à penser les manières dont les techniques peuvent, y compris dans leur matérialité, s'intégrer à la visée du soin. Elle ne vise pas à ajouter de l'extérieur une dimension soignante à la médecine technique existante, mais à penser le soin au coeur même de la technique et de la médecine.
    Contribuer à une philosophie du soin demande de faire converger différentes approches réflexives dans les divers champs de la médecine qui mobilisent de manière intense la question du soin. Ce projet rencontre aussi les problèmes soulevés par l'éthique du care. Il s'agit aussi de s'interroger sur la manière dont cette réflexion peut initier le soignant à se décentrer du point de vue de la technique médicale pour (re)connaître l'existence et la légitimité de celui du malade. Comment faire que la philosophie ne soit pas tant une initiation à l'éthique et à des principes fondamentaux extérieurs à la question du soin, qu'une formation éthique visant la rénovation du soin par l'attention au malade ?

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