Jean-Jacques Wunenburger

  • Fantasme, souvenir, rêve, mythe, roman, fiction... Autant d'expressions de l'imaginaire de l'homme ou d'une culture. Individuel ou collectif, l'imaginaire est traité de manière ambivalente, soit comme une source de maux, soit comme le moyen d'un enrichissement. Qu'est-ce qui pousse une conscience à s'imaginer un monde autre ? L'imaginaire est-il appauvrissant, aliénant, libérateur ? À la croisée des disciplines - psychanalyse, littérature, anthropologie culturelle, sociologie des médias -, cet ouvrage propose une analyse philosophique de ce qui nous détache de l'immédiat, nous invite au ludique, nous permet de penser lorsque le savoir est défaillant, nous offre un horizon : l'imaginaire.

  • La télévision a progressivement envahi nos vies, transformant l'homme sur toute la planète en spectateur enchaîné à son écran. De nombreuses critiques, parfois inutilement angoissées, de psychologues et de moralistes ont été largement exprimées. Mais a-t-on vraiment évalué globalement les risques de ce branchement des esprits sur des défilés continus d'images et de sons qui mêlent vérité et mensonge, réalité et simulation, vie et mort, tragédie et rires ? La télévision ne peut-elle être accusée en dépit de ses promesses, de plonger dans une sorte d'hypnose qui menace le sens de la vérité, la liberté des corps et des esprits, en brouillant les critères de la culture vraie et en sapant les fondements d'une société réellement démocratique ?

  • L'imagination est-elle vraiment une expression instable, imprévisible, anarchique du psychisme ? Sa créativité est-elle rebelle à toutes règles et rationalité? Un large spectre de travaux (G. Bachelard, G. Durand, etc.) qui prennent leur source autant dans la psychanalyse que dans la mythographie structuraliste d'un Claude Lévi Strauss ont modélisé les imaginaires individuels et collectifs, permettant ainsi d'éclairer les fondements de toute imagination créatrice et de jeter les bases d'une science de l'imaginaire.

  • L'esthétique occidentale est dominée par le paradigme de l'imitation, issu de Platon et d'Aristote, souvent réduit à une interprétation stéréotypée. Mais loin d'être une simple copie, l'oeuvre d'art transforme son référent, par la création visuelle et le

  • Huit leçons destinées à familiariser l'étudiant en philosophie avec les concepts clés des différentes interprétations de la vie morale : le sens moral, la représentation du bien, l'accomplissement éthique, le vécu moral, les fins morales, la communauté morale, la valeur de justice, les débats contemporains.

  • Extrait
    L’imagination est la capacité psychique de déborder la représentation de la réalité, de la transformer, de la déformer, de la remplacer par de l’irréel, mais elle est aussi inséparable de notre mémoire du passé, de la représentation de l’avenir et même de notre relation au monde au présent qu’elle surcharge de valeurs personnelles et symboliques. En ce sens, par rapport à la seule adaptation au monde présent, l’imagination est une fonction psychique de nouveauté dans l’esprit, d’altérations et d’innovation en suscitant des possibles. Mais, en cela même, elle se révèle foncièrement ambiguë, car en ces fonctions elle peut nous entraîner aux facéties, leurres, voire aux délires et perturber la vie au lieu d’en accroître la puissance et la jouissance. Elle a, en effet, été accusée, dans le passé philosophique, d’être un important facteur de désorganisation et de pathologie de la vie du fait de la fantaisie propre aux images et de l’attrait qu’elles exercent sur le sujet. Mais on ne saurait manquer d’opposer à cette vision négative et parcellaire l’impressionnante capacité de l’imagination à nous doter aussi d’imaginaires substantiels et édifiants (arts, religions) et de nous aider à inventer de nouvelles idées (inventions techniques, création d‘œuvres d’art, simulation de l’invisible dans les religions, anticipation de mondes à venir, ou non réalisés encore, etc.).
    Comment rendre compte de cette créativité féconde, qui voisine toujours avec le risque d’une imagination déstructurée et délétère ? La tradition dominante a cru suffisant de décrire l’imagination comme résultant d’une perception, dont elle réutilise les images affaiblies selon des lois par association. Depuis plusieurs siècles, à la suite de la philosophie de Kant, l’imagination est dotée aussi de racines psychiques plus indépendantes et plus consistantes qui permettent mieux d’en expliquer les pouvoirs. De plus, les images qu’elle fait naître et qu’elle véhicule ne sont plus abordées seulement comme des représentations affaiblies et entraînées par des flux psychiques ou affectifs désordonnés ou conduits par le hasard. L’imaginaire est de plus en plus décrit comme un ensemble structuré, cohérent et pluriel, de réseaux d’images complexes, chargées de valeurs affectives et symboliques. Ces apports des philosophies et des sciences humaines du XXème siècle (psychanalyse, phénoménologie, herméneutique, symbologie, sémiotique) permettent sans doute de mieux comprendre les puissances de l’imagination, surtout dans leur dimension créatrice. Si l’imagination est, sans doute, toujours une menace et un risque, car elle accompagne les perturbations et les désordres de la conscience et des affects jusqu’à la folie, elle est aussi ce qui permet en permanence de renouveler les représentations et valeurs des hommes, à l’échelle individuelle et collective. Non seulement l’imagination créatrice permet d’engendrer de nouvelles images, icônes visuelles ou récits, à travers la narrativité, mais elle permet aussi de leur conférer une force de réalisation, de traduction, de concrétisation dans l’existence, en devant performatives, pragmatiques.



  • La dénonciation du totalitarisme alimente aujourd'hui le procès de l'imagination utopique. Mais cette remise en cause salutaire demeure partielle tant qu'on ne démystifie pas la prétention de l'utopie à incarner la figure idéale du rêve et de l'espérance. Il est possible d'éclairer la lourde responsabilité de l'utopie dans la crise moderne de l'imaginaire : jouant sur tous les tableaux, investissant la littérature comme la praxis, elle a contribué à appauvrir, orienter, et finalement stériliser l'imagination individuelle et collective. C'est cet entrelacement subtil d'une écriture stéréotypée et d'un activisme messianique qui a permis à l'utopie occidentale de prendre en charge toute la dynamique sociale et culturelle, en enfermant l'imagination dans le carcan du modèle unique. La confrontation de l'utopie avec les données les plus récentes de l'anthropologie symbolique, de la pathologie culturelle et des sciences religieuses permet d'opérer une émancipation de l'image, confisquée et aliénée jusqu'alors par l'histoire à son usage exclusif, et d'ouvrir à l'imaginaire un champ nouveau. La critique des utopies ne se confond plus, dès lors, avec une simple indignation morale ou un repli sceptique, mais s'ouvre sur la réconciliation urgente de l'homme moderne avec le sens de la pluralité et de la profondeur, et sur la redécouverte d'une lecture mythique et poétique du monde.

  • Extrait
    Avant-propos
    Notre époque aime changer, innover, transformer, dépasser une limite jusqu’à participer avec jubilation à la « course au changement », ou à la course à l’innovation, célébrées par les slogans économiques, publicitaires voire politiques. Cette gamme de vocables positifs s’applique à des données quantitatives (« toujours plus ») comme qualitatives (« toujours mieux »), qui sont censés refléter une amélioration des choses. Nous sommes à la recherche des dernières améliorations techniques de transport, de soin, de formation, de communication, de divertissement, etc. D’où l’adage « On n’arrête pas le progrès », qui fait de cette course ou fuite en avant, à la fois un puissant désir subjectif de perfectionnement, contrastant avec tout conservatisme stérilisant, et une impérieuse nécessité historique et morale de rendre meilleurs le monde et l’humanité. Entraînés par la ronde des changements, impulsée par une économie capitaliste qui a besoin de renouveler son offre, nous sommes sensibles à toute justification fondée sur l’amélioration, qui nous conforte dans l’idée d’un progrès. Pour les modernes, le changement est devenu résolument positif, connotant la nouveauté, l’innovation, l’amélioration des choses. Nous sommes d’ailleurs toujours en quête de signes, de critères, d’indicateurs des changements, qui sont d’emblée associés, par synonymie voire par tautologie, à de « bons » changements, car les mauvais sont généralement nommés autrement, catastrophe, décadence, crise, régression, recul, etc.
    Pourtant depuis la fin du XXème siècle cette croyance commence à s’affaiblir, à susciter le doute, voire à être traitée d’illusion dangereuse. Pour une grande partie de l’opinion publique du monde développé le monde va plutôt mal : violence, injustice, catastrophes naturelles et industrielles, démesure scientifique s’amoncellent, se multiplient, semant l’inquiétude voire l’angoisse. Alors que l’on annonçait que l’humanité allait continuer à progresser, des signes de plus en plus nombreux font croire que le prix à payer est trop lourd, que les résultats ne sont pas toujours conformes aux espérances, que le développement engagé est devenu aberrant ou insupportable. Au point que certains annoncent la «fin de l’histoire», voire même l’abolition du futur (no future, slogan des Années 1980). Le désenchantement entraîné par les grandes catastrophes du XXème siècle (totalitarismes, génocides, bombe atomique, etc.) nous a certes ouvert un peu les yeux. Nombreux sont nos contemporains qui ne croient plus au « Progrès », aux lendemains qui chantent, qui ne croient même plus que toute transformation aboutisse à une amélioration des choses.
    À vrai dire, notre croyance au progrès, aujourd’hui en crise, qui a traversé les derniers siècles du développement de l’Occident n’est ni si ancienne, ni vraiment universelle. Dans les sociétés traditionnelles, précolombiennes, égyptiennes pharaoniques, gréco-latines, le terme de changement a été tenu plutôt pour négatif, péjoratif, car seul ce qui se maintient en place, en ordre, est digne d’éloge. Les sociétés asiatiques n’ont jamais, avant le contact avec l’Occident, pensé le monde comme une histoire en progrès, mais plutôt comme fait de cycles de dysharmonie et d’harmonie. Pour les anciens grecs, comme Platon, le devenir du monde et des sociétés les condamnait à une décadence, de sorte que tout projet de réforme comme celui de La République de Platon, devait porter sur les moyens de freiner ou de stabiliser cette chute.
    À la réflexion, nous savons bien nous-mêmes que tout changement n’est pas forcément positif, bénéfique, salutaire. Changer pour changer n’est pas toujours source d’effets heureux, n’est pas toujours une progression ni surtout un progrès. Ce hiatus entre un changement dû aux modifications aléatoires et ce qui est un progrès véritable est souvent difficile à établir, à comprendre et à accepter. Notre modernité a espéré, en se référant à quelque sens de l’histoire cachée, à quelque Providence laïcisée, d’inspiration biblique, que l’évolution des choses la menait inéluctablement vers un état meilleur, peut-être continuellement meilleur, jusqu’à une perfection ultime attendue. Le monothéisme juif et chrétien avait commencé à appréhender l’Histoire comme une chute suivie d’un salut. Les philosophies européennes de l’Histoire, culminant avec Hegel et Marx, se représentent le temps de l’Histoire comme une irrésistible marche en avant destinée à actualiser à la fin une rationalité absolue.
    Rendus méfiants par l’expérience, devenus plus critiques dans nos représentations et jugements, nous sommes peut-être à nouveau en position de nous demander vraiment quelles sont les conditions d’une amélioration de l’humanité, qui n’est plus garantie à l’avance parce qu’écrite dans un plan de l’Histoire, et qui ne passe plus par une course frénétique et inconditionnelle vers la nouveauté. La question devient incontournable. Le monde va-t-il continuer sa frénétique course en avant, avec son cortège d’aventures, d’excès, de méfaits, à côté d’innovations impressionnantes ou au contraire stagner, régresser, disparaître ? Comment dès lors penser et agir dans un monde qui ne serait plus voué à progresser ?
    Nous nous voyons donc contraints dans l’urgence à reconsidérer notre socle de croyances en l’histoire de l’humanité, à vérifier si la promesse de changements destinés à améliorer la vie des hommes sur terre est vraiment réalisée et correspond de fait aux énoncés proférés. D’où vient d’ailleurs cette croyance ? Que renferme-t-elle authentiquement comme contenus ? Est-elle vraiment source d’améliorations et en quoi ? Que signifie le « méliorisme », cette conviction que les choses doivent être toujours meilleures qualitativement, moralement, qu’auparavant ?
    Une fois établie l’intelligence de la notion de progrès, quels sont de nos jours les arguments précis pour le soutenir, le contester, le dénoncer ? Si tout n’est pas voué à s’améliorer, faut-il renoncer à l’idée de progrès ? Quelles distinctions faudrait-il faire pour mieux discriminer amélioration et progrès ? Faut-il même y renoncer, mais par quoi le remplacer ?
    Les débats sur l’écologie, la paix internationale, les avancées des techniques constituent des points critiques qui permettent d’engager l’évaluation. Les débats actuels montrent de plus en plus un affrontement entre une tendance pessimiste, voire désespérée, et une autre qui réinvestit à nouveaux frais la perspective du progrès. Comment s’orienter dans ces antagonismes souvent vifs et radicaux ? Faut-il vraiment choisir entre un camp ou l’autre ?
    Il s’agit donc de se demander : que tenons-nous pour vraiment meilleur que ce qui est ? Comment valider et concrétiser notre représentation du meilleur, voire du parfait ? Et si le projet d’amélioration de la condition humaine rencontre d’abord la question des moyens, elle ne peut échapper à celle des fins. Qu’est-ce qui peut être tenu pour un idéal souhaitable à réaliser ? Ne confondons-nous pas souvent ce qui est bien en soi et bien pour nous, ce qui rend meilleur et ce qui seulement nous comble de plaisirs et de bonheur ? Sur quels modèles, étalons, prototypes nous régler pour changer l’homme en bien, en mieux ?
    S’il existe incontestablement des progrès, sériels et localisés, dans un domaine donné (par exemple, dans le domaine des communications par transport physique ou par télécommunication ou de l’alimentation diversifiée et conditionnée), chaque progrès est-il vraiment une amélioration, ne cache-t-il pas des effets néfastes, pervers et entraîne-t-il avec lui un perfectionnement d’ensemble ?
    D’ailleurs, toutes choses peuvent-elles progresser, l’humanité en elle-même peut-elle être perfectionnée et pas seulement ses milieux et ses techniques ? En d’autres termes, y a-t-il en fin de compte un progrès matériel et moral, peut-on extrapoler de certaines avancées partielles et souvent intermittentes l’avènement d’un « nouvel homme » ? On le voit, sous l’évidence d’un désir indiscutable, celui d’améliorer notre sort et notre nature, se cachent des questions complexes, aux enjeux redoutables.

  • La médecine scientifique connaît à la fois un spectaculaire développement de ses performances, dues aux innovations biotechnologiques, et une contestation sans précédents. À l'heure du rêve de « santé parfaite », les médecines alternatives, ou des pratiques candidates au titre de « médecine », se multiplient, rencontrent un succès croissant, faisant même figure de thérapies complémentaires dans les pays développés, quand elles ne servent pas parfois, hors d'Europe, à réactiver des médecines traditionnelles.
    L'ouvrage vise à comprendre ces phénomènes en commençant par reconstituer le contexte de la médecine dominante, qui n'a jamais pu se réduire à une science parce qu'elle a affaire avant tout à des hommes malades et pas seulement à des maladies. Il s'agit ensuite de restituer la complexité de ces médecines alternatives, leurs thèmes de prédilection, le portrait de leurs adeptes, le mélange d'imaginaires et de rationalité qui traverse leurs discours et leurs pratiques.
    Ces analyses autorisent-elles à les rejeter comme des leurres, voire comme des impostures, ou, au contraire, encouragent-elles, sous certaines conditions, à plaider en faveur de leur réévaluation dans nos systèmes de santé ? La question est abordée en fonction des grands défis de notre époque et des mutations générales de la rationalité contemporaine.

  • Sommes-nous vraiment entrés, aujourd'hui dans une crise de la raison, comme le prétendent tant de bons esprit ? Faut-il pour autant se résigner à un retour en force de l'irrationnel, devant lequel n'existeraient plus que des savoirs éclatés dont chacun serait soumis à un principe de relativité ? Ou n'existe-t-il pas au contraire un nouveau type de raison qui permettrait de mieux saisir la complexité du réel, sans renoncer pour autant à en rendre compte d'une façon intelligible et réglée ?
    Ce livre tend précisément à faire revenir au jour des procédures intellectuelles qui privilégient une pensée du pluriel, des principes d'antagonisme et des logiques de la contradiction et du paradoxe.
    Cette raison contradictoire, souvent refoulée par le mode de rationalité dominant, a pourtant été la marque des pensées présocratique et néo-platonicienne, de la révolution de la Renaissance et de la philosophie de la nature romantique.
    En se réappropriant cet héritage, dont on sera frappé par l'extrême modernité, la rationalité contemporaine peut renouveler sa propre vitalité, prendre un nouveau départ et découvrir un point de vue à partir duquel on peut à la fois unifier et différencier sciences et philosophie.
    Jean-Jacques Wunenburger est professeur de philosophie à l'université de Bourgogne et directeur du Centre de recherche sur l'image, le symbole et le mythe. Spécialiste des rapports entre la raison et l'imaginaire, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont L'Utopie ou la crise de l'imaginaire et La Fête, le jeu et le sacré.

  • Voici un état des lieux de la formation et de la recherche dans une discipline de sciences humaines, la philosophie, mais il aborde aussi des questions aussi décisives que la place de la philosophie dans la culture, les contenus et les méthodes de la philosophie, et au-delà de la discipline, les questions relatives aux pratiques nationales de la recherche. Il constitue à la fois un livre blanc des réformes en cours en Europe, et une contribution aux débats publics sur les questions universitaires fondamentales.

  • Et si les oeuvres d'art n'avaient ni lieu, ni date de naissance ? Si elles étaient résurgences, retour d'images primordiales, matricielles, fondatrices ? Telle est la vérité paradoxale qui se dégage ici d'une confrontation entre théoriciens de l'art et artistes, dont réflexions et témoignages éclairent subtilement le passage obscur à l'OEuvre. À ces images, à un réel indéfini, à définir ou à décrire, l'artiste appose ses altérations, transfigurations ou régénérations, qui renouvellent leur faculté à imposer et imprimer les mythes. Au moment où il croit les libérer, il les fait siennes - ou l'inverse. Son acte créateur les capte, les capture et les restitue dans la forme de l'OEuvre. Ainsi, l'art est en même temps réappropriation de l'histoire aux origines et sa perpétuelle métamorphose, refonte du mythe, et son mime, décliné à l'infini.

  • Voici un livre singulier, dont l'intérêt déborde de beaucoup l'objectif déclaré. Ses maîtres d'oeuvre avaient décidé de procéder à un recensement systématique de toutes les traductions des ouvrages de Gaston Bachelard. Ils ont demandé, de surcroît, que les résultats de cette enquête bibliographique soient accompagnés d'une analyse du contexte philosophique et culturel qui, dans chaque cas, a pu décider du choix de tel ou tel titre, qui a pu déterminer l'accueil réservé à ces textes et orienter les effets qu'ils ont produits. Immense travail, à la mesure du retentissement de la pensée bachelardienne, qui a touché au fil de quelques décennies une quarantaine de pays, dont seize ont été ici retenus - du Japon aux pays arabes en passant par les États-Unis et la Russie. On aurait pu craindre de n'obtenir, au bout du compte, qu'un document informatif, précieux sans aucun doute pour les spécialistes, mais dénué par lui-même de portée philosophique. Il n'en va pas du tout ainsi. Et le bénéfice du rigoureux parti pris méthodique adopté se révèle vraiment surprenant. [...] Ce livre, non content de nous éclairer sur les deux versants - épistémologique et poétique - de l'oeuvre de Bachelard, nous offre un tableau vivant de la philosophie mondiale et de son histoire au XXe siècle. Au prisme de Bachelard, c'est en effet tout le spectre de cette philosophie qui se dessine et s'anime. Dominique Lecourt

  • Critiqué voire rejeté longtemps par un courant dominant des sciences de la nature, le concept de finalité retrouve de nos jours une actualité certaine. Débarrassé de certains usages naïfs ou idéologisés, il permet de mieux penser la complexité des phénomènes naturels. Les auteurs restituent ici quelques interprétations historiques et contemporaines de la finalité, qui en restaurent au moins un usage " modéré ", qui évite aussi bien les séductions du mécanisme aveugle que le refuge dans le providentialisme.

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