Matthieu Letourneux

  • De Fantômas à James Bond, du récit policier à la science-fiction, d'Harlequin à la Série noire, la culture populaire moderne obéit à une dynamique sérielle : la production et la réception de l'œuvre sont ressaisies dans un ensemble plus vaste de textes qui en détermine la signification. Profondément liées à la culture médiatique et aux logiques de consommation culturelle, ces formes et ces pratiques fictionnelles sont au cœur de notre modernité, dont elles constituent l'une des expressions principales.
    C'est cette " poétique de la sérialité " que l'auteur étudie dans ce passionnant essai, suivant des axes théorique, historique, médiatique et culturel. Insistant sur les spécificités de la communication sérielle et leurs conséquences en termes de choix littéraires, de forme et de signification des œuvres, il montre aussi le rôle des pratiques éditoriales et médiatiques depuis le xixe siècle dans la littérature de masse et leur retentissement sur l'imaginaire fictionnel contemporain.
    Un ouvrage majeur, éclairé de nombreux exemples traités avec vivacité, qui ouvre le champ de la recherche en littérature à un nouveau questionnement à la fois sociologique, historique et esthétique.

  • Avec l'avènement de la démocratie, le rire apparaît comme un bien commun, partagé par tous et irriguant la totalité de l'espace public. Ce rire démocratique prend aussi appui sur la puissance de propagation et d'innovation des nouvelles industries médiatiques, qui acquièrent un poids économique et une force de frappe incomparables : acteur majeur de notre culture moderne du loisir et du divertissement, le rire s'est imposé à tous et constitue aujourd'hui l'un des moteurs de la société marchande et du consumérisme. Mais le rire répond aussi à un besoin anthropologique plus large : il soulage face aux angoisses de l'existence, et permet d'expérimenter le plaisir de la connivence sociale et celui de la fantaisie imaginative.

    Pour lui restituer toute sa richesse, cet ouvrage a choisi de multiplier les angles d'approche, en proposant à la fois une histoire culturelle du rire, une description de ses formes et des techniques utilisées, une réflexion théorique sur ses usages dans l'espace social.

    Tous les aspects du rire y sont envisagés de façon transdisciplinaire : des catégories du risible aux cibles du rire, de l'esthétique du rire à son usage au service des idéologies – à travers les beaux-arts, la littérature, la caricature, les arts de la scène, la télévision et les médias, la publicité, internet. Dans cette encyclopédie stéréoscopique du rire, abondamment illustrée, on aura encore plaisir à retrouver, au fil des pages et des images, toutes les grandes figures de l'humour depuis près de deux siècles. Il s'agira donc de prendre au sérieux la culture du rire, et de mesurer le rôle capital qu'elle a pu jouer dans l'histoire de notre modernité.

  • Le dossier préparé par François-Emmanuel Boucher, Sylvain David et Maxime Prévost est à la fois inquiétant et excitant. Espionnage, complots, secrets d'État sont à l'honneur de ce numéro d'Études littéraires, qui nous propose une exploration de « l'imaginaire de la terreur ». Très finement, les auteurs soulignent que cette terreur peut être aussi publique que privée : ainsi pour exemple le totalitarisme du quotidien et de l'espace familial dans le très célèbre 1984 de George Orwell, mais aussi au sein de la littérature argentine (qui fait écho à la dictature militaire), et dans plusieurs oeuvres à tendances paranoïaques de la production contemporaine. D'autres textes reviennent sur l'âge d'or du roman d'espionnage, de Paul Féval à Ian Fleming en passant par Jules Verne et la culture pop des années 1960. Un numéro qui tombe à point dans notre ère où les démocraties occidentales ont remplacé la raison d'État par la « raison de sécurité ».

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