Fayard/Mille et une nuits

  • Alors que le capitalisme néolibéral multiplie ses ravages (crises économique, écologique, alimentaire...) et que la vie, soumise au travail abstrait, apparaît toujours plus fragmentée, privée de sens, toute critique radicale du monde existant a disparu.
     Face au marxisme - et avec lui à tous les restes de la gauche - qui réduit la pensée de Marx à une théorie apologétique du capitalisme interventionniste d'État, Moishe Postone débarrasse les concepts de Marx du ballast marxiste et réélabore une théorie critique qui s'attaque à l'essence même du capitalisme : la forme de travail spécifique à cette formation sociale.
    Le travail sous le capitalisme n'est pas une activité extérieure au capitalisme, et donc à libérer ; il est le fondement du capitalisme, et donc à abolir. Les marxistes de tout poil dénonceront comme abusive une telle lecture de Marx, et les divers marxologues y trouveront matière à faire vivre un peu leur spécialité sans emploi. Mais ce qui jugera vraiment le livre de Postone, ce sera s'il fournit, ou non, la base d'une critique du capitalisme adéquate à notre époque.
    Né au Canada en 1942, Moishe Postone est professeur au département d'Histoire et d'Études juives de l'université de Chicago. Il a publié Temps, travail et domination sociale en 1993. En plus de la présente version française, ce livre a été traduit en allemand et en espagnol. Un recueil de trois textes de Postone est paru aux Editions de L'Aube en 2003 sous le titre Marx est-il devenu muet ?.
    Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Galtier et Luc Mercier.

  • Aujourd'hui, en France, une grossesse sur trois n'est pas prévue ; parmi elles, une sur deux donne lieu à un avortement. Le nombre des interruptions volontaires de grossesse se révèle d'une étonnante stabilité : environ 215 000 par an. L'on pourrait croire qu'avec les améliorations apportées dernièrement par le texte de loi de Martine Aubry en 2001, qui rallongeait notamment le délai d'IVG de deux semaines, la question de l'avortement est enfin réglée. Or, il n'en est rien. Contre l'idée communément admise, la banalisation annoncée (et redoutée) de l'avortement n'a pas eu lieu. Le droit revendiqué par les femmes, dont il était question à l'origine de la lutte, bientôt acquis, s'est transformé en une tolérance, et la tolérance en faiblesse. Aujourd'hui, ce n'est plus la loi qui est remise en cause, mais sa pratique. Et lorsque la mise en oeuvre de la loi vacille, ce sont les femmes qui trinquent.
    Il existe désormais un écart entre la vision donnée par le texte juridique et sa mise en pratique sur le terrain. L'accès à l'avortement est de nos jours extrêmement difficile, les informations manquent, les mauvaises volontés font alliance avec des conditions d'accueil déplorables, les moyens attribués à l'activité d'IVG dans les hôpitaux se réduisent comme peau de chagrin, les médecins se détournent de la pratique, peu motivés par l'acte et sa rémunération. Les femmes d'aujourd'hui ont fort à faire lorsqu'elles décident d'avorter.
    Trente ans après le vote de la loi Veil en 1975, un état des lieux de la pratique de l'avortement s'imposait. L'auteur a recueilli les témoignages de celles qui ont décidé d'interrompre leur grossesse pour des raisons à chaque fois uniques et singulières afin de révéler la manière dont elles ont vécu l'acte médical et ce qu'il a changé à leur vie de femme. Elle a enquêté dans les plannings familiaux, dans les centres autonomes et les services hospitaliers où sont quotidiennement pratiqués des IVG ; elle a interrogé des médecins et leurs équipes sur cette question de santé publique qui souffre d'un abondon politique. Et dont l'avenir est plus qu'incertain : dans dix ans, qui fera encore des avortements ?

  • Qui a jamais persuadé son prochain à force d'arguments ? Au cours d'une vie, rares sont les moments où l'on se laisse convaincre et où l'on parvient à emporter l'adhésion de notre interlocuteur, préalablement fortement attaché à une opinion autre que la nôtre.
    La rhétorique, traditionnellement définie comme l'art de persuader par le discours, se révèle être une science qui ne remplit pas l'objectif qu'elle se donne. Si l'on s'arrête à cette définition, les premières objections se font jour.
    Les hommes argumentent constamment, et en toute circonstance, mais à l'évidence ils se persuadent assez peu mutuellement. Du débat politique à la querelle de ménage, de la dispute amicale à la polémique philosophique, c'est l'expérience constante que l'on en a. Peut-être du temps d'Aristote et des sophistes le rhéteur persuadait-il ses concitoyens à coups de sorites, d'enthymèmes et d'épichérèmes ? Il semblerait qu'aujourd'hui cela ne marche plus.
    Ce constat pose une question dirimante à cette science séculaire : qu'en est-il d'une science aussi faillible ? Puis d'autres questions viennent à l'esprit. Pourquoi, se persuadant rarement, les hommes persévèrent-ils à argumenter ? Non seulement ils échouent dans leur stratégie de persuasion, mais rien ne saurait les décourager. Ils persistent à soutenir des controverses interminables, faites d'échecs répétés. Pourquoi ces échecs ? Qu'est-ce qui ne va pas dans le raisonnement mis en discours ? Alors que dans les situations de communication, le message parvient à son destinataire, et qu'il est entendu ? Pourquoi lorsque l'on argumente le message passe-t-il si mal ? Toutes ces questions ont longtemps été laissées de côté par la philosophie, empêtrée dans une succession de controverses qui opposèrent la plupart de ses grandes figures.
    Marc Angenot nous propose d'explorer l'univers de la mécompréhension dans la volonté de persuader, d'en analyser les mécanismes, de répertorier les formes du raisonnement logique et celles des errements illogiques, et de nous éclairer quelques cas de dialogues de sourds qui marquèrent l'histoire de la philosophie. Cet ouvrage en vient à poser, in fine, la question de l'universalité de la raison raisonnante et à en dessiner les limites.
    L'auteur traverse de nombreux types de discours - du juridique au judiciaire, en passant par le politique et l'historique (question du discours négationniste) - pour illustrer son propos.

  • Il était le candidat de « l'État modeste ». L'homme qui allait faire baisser les impôts des Français et gérer nos finances en bon père de famille. Les 53 % d'électeurs qui ont cru que Nicolas Sarkozy allait remettre les finances publiques du pays d'aplomb n'en ont pas eu pour leur argent, c'est le moins qu'on puisse dire. Jamais le pays n'a été aussi endetté. Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, la France ne s'est appauvrie aussi rapidement qu'au cours des quatre dernières années. La faute de la crise ? Non, celle d'un Président qui, après s'être augmenté lui-même - une première dans la Ve République -, a multiplié les dépenses inutiles et les cadeaux aux plus riches. 
    Détails de l'ardoise record de 450 milliards laissée par Nicolas Sarkozy aux Français.
    Deux journalistes ont compilé les chiffres. Leur tableau donne une image inédite du bilan financier 2007-2011. 

  • « La note de dictée, c'est le QI à la française ! » François de Closets ne risque pas de l'oublier. À l'âge de quatorze ans, il était jugé inapte à poursuivre des études supérieures en raison de sa mauvaise orthographe. Aujourd'hui, il s'interroge. Pourquoi notre orthographe est-elle si difficile ? Objet de vénération et instrument de ségrégation, pourquoi suscite-t-elle tant de passions ? Au terme d'une enquête menée auprès des meilleurs connaisseurs de notre langue, François de Closets retrace l'extraordinaire roman du français, nous en raconte les épisodes les plus surprenants et montre comment l'orthographe est devenue une véritable religion d'État. Il révèle surtout la révolution en cours. Le XXIe siècle sera celui de l'écrit. Internet, SMS, blogs, courriels : notre environnement technique repose sur une nouvelle écriture, électronique, fluide. Mais les jeunes accros du clavier connaissent de moins en moins bien l'orthographe. Cette évolution est-elle irrémédiable ? Annonce-t-elle une anarchie graphique généralisée ? Certainement pas. L'imprimerie avait fixé l'orthographe, l'informatique va la libérer. Pour peu que nous apprenions à bien utiliser les correcteurs électroniques, nous pourrons mieux connaître notre langue et faire moins de fautes. Il faut aimer le français avec passion et l'orthographe avec raison.François de Closets est journaliste et écrivain. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont Toujours plus (1982), Le Compte à rebours (1998), Ne dites pas à Dieu ce qu'il doit faire (2004), Plus encore ! (2006) et Le Divorce français (2008).

  • Depuis la mort d'Houphouët-Boigny en 1993, la Côte d'Ivoire, fer de lance de l'Afrique de l'Ouest, se déchire. La guerre des successeurs potentiels, ponctuée de coups d'Etat, d'assassinats, de massacres, de réconciliations factices et de corruption, a transformé ce pays en désastre. Point d'orgue de ces drames, l'élection présidentielle de novembre 2010. Qui fut vraiment le vainqueur du scrutin ? Pourquoi l'ONU a-t-elle certifié un vote si peu démocratique ? Les Etats-Unis et la France ont choisi la guerre pour résoudre un conflit électoral et installer Alassane Ouattara au pouvoir. Cet ouvrage révèlera les coups tordus, les mensonges et les graves entorses aux lois internationales commis par la France, les Etats-Unis et l'ONU dans ce conflit. Ce livre n'est pas seulement un document d'actualité, il raconte aussi l'histoire des habitants de l'immense quartier pauvre d'Abobo, à Abidjan, où vit une majorité de "nordistes" pro-Ouattara. Leslie Varenne a vécu auprès d'eux la crise puis la guerre. Elle décrypte le jeu des chefs de guerre, les manoeuvres, les trahisons, les manipulations de la population, utilisée par toutes les parties comme de la chair à canon. Quel bilan tiré de l'intervention de la "communauté internationale " ? Les Ivoiriens ont-ils enfin obtenu la démocratie et la paix ?

  • Ce livre est la première biographie d'un responsable du génocide rwandais. Selon le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Nahimana est l'intellectuel du génocide, celui qui en a organisé la propagande, celui qui pourrait passer pour le « Goebbels rwandais ». Cette enquête éclaire l'étonnant parcours du personnage qui fonda la Radio Télévision Mille Collines (RTLM). Nahimana est né au Rwanda en 1950. Etudiant brillant, il soutient sa thèse d'histoire à Paris en 1986 et devient professeur d'université. Le président Habyarimana fait de lui son chargé de communication en 1990, au moment où la guerre éclate avec le FPR. Accusé d'incitation à la haine ethnique contre les Tutsis, Nahimana est contraint à la démission en 1992. Chassé du pouvoir, il fonde et dirige la RTLM. Le 7 avril 1994, le génocide des Tutsis commence : la RTLM galvanise les tueurs. Nahimana rejoint le Gouvernement intérimaire et devient conseiller politique du président par intérim, Théodore Sindikubwabo. Le 13 juillet, il fuit l'avancée du FPR et se réfugie au Zaïre, puis au Cameroun. Arrêté et jugé par le TPIR, il est condamné à la prison à vie pour crime de génocide et crimes contre l'humanité. Mais en 2007, la Cour d'appel de La Haye casse ce jugement et réduit sa peine à trente ans. Il a subi un procès injuste et tire parti de cette situation qui pourrait l'exonérer de ses responsabilités morales, intellectuelles et politiques. Car Nahimana est un ambitieux habile, qui a su jouer des ambiguïtés rwandaises pour se hisser au sommet du pouvoir. Préface de Stephen Smith

  • Qu'y a-t-il de commun entre les romans à énigmes de Dan Brown, thrillers ésotérico-religieux devenus best-sellers internationaux, et la masse des pamphlets d'extrême droite dénonçant des complots organisés par des puissances occultes ou semi-occultes visant à installer un « gouvernement mondial » ? Quelles croyances et quelles passions partagent les amateurs de la série télévisée X-Files, les fans de films, de BD ou de jeux vidéo mettant en scène des sociétés secrètes ou des invasions d'extraterrestres, les consommateurs immodérés de nourritures « ésotériques » en tout genre, et les demi-savants peuplant le monde des « historiens alternatifs », dénonciateurs fanatiques du « complot mondial » ?
    En fournissant des éléments de réponse à ces questions, Pierre-André Taguieff nous invite à explorer la nouvelle culture populaire massivement diffusée sur Internet, ce qu'il faut bien appeler le bazar de l'ésotérisme. Il part d'un constat : les fictions signées Dan Brown, parmi de nombreuses autres n'ayant pas rencontré un succès comparable, puisent dans le même fonds symbolique qu'une multitude de pamphlets conspirationnistes publiés depuis le début des années 1980. Ce stock de rumeurs, de légendes et de croyances - nées parfois il y a plus de deux siècles, comme la légende des Illuminati - ne cesse d'être exploité par des entrepreneurs culturels spécialisés dans « l'ésotérisme » au sens ordinairement vague et attrape-tout du terme, renvoyant à « tout ce qui exhale un parfum de mystère ».
    La Foire aux « Illuminés » porte sur la production, la circulation et la réception de ces produits culturels ésotéro-complotistes ordinairement négligés ou méprisés par les travaux universitaires. Ce livre constitue une réflexion exigeante sur les formes contemporaines du croire hors des frontières strictes du religieux institutionnel non moins que du champs idéologico-politique. Il s'inscrit dans la série des ouvrages publiés par Pierre-André Taguieff depuis La Force du préjugé (1988), dont l'ambition commune est d'élaborer une anthropologie historique de la modernité, à travers l'analyse des représentations, des valeurs et des croyances saisies dans leurs origines et leurs métamorphoses.

  • Au printemps 1994, le monde est stupéfié par les images du déchaînement de fureur et de violence qui s'est emparé d'un petit pays africain, au coeur de la région des Grands Lacs, le Rwanda: les corps d'hommes, de femmes et d'enfants tués à la machette, les charniers dans des villages vidés de leurs habitants, les figures des rescapés horriblement mutilés et traumatisés, les populations fuyant vers l'ouest... Jamais le continent noir n'avait connu des massacres d'une telle ampleur.
    Très vite, les médias opposent victimes, les Tutsis, et bourreaux, les Hutus; et ils désignent les coupables de cette folie meurtrière sans précédent, qualifiée de génocide : la communauté internationale, qui n'a rien fait, dont la mission (Minuar) a même réduit ses effectifs à la veille de l'embrasement général du pays; et, en premier lieu, la France, soutien du président Habyarimana, qui aurait formé les milices Interahamwe qui ont traqué systématiquement les Tutsis. Son opération militaire (Turquoise), décidée tardivement, n'aurait servi qu'à masquer sa compromission « néo-colonialiste » avec le régime génocidaire. Ainsi l'histoire se fige-t-elle dans une version voulue et imposée par le vainqueur: Paul Kagame, le « libérateur », chef des rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR).
    Cependant, cette thèse présente une faille : le déclenchement des massacres, au lendemain de l'attentat du 6 avril 1994, au cours duquel l'avion du président rwandais fut abattu. Qui a tué Juvénal Habyarimana, président du Rwanda ? La question resurgit aujourd'hui, plus de dix ans après les faits, mais cette fois-ci elle trouve une réponse : des mercenaires à la solde du FPR de Kagame, selon le juge Bruguière, qui s'apprête à clore son instruction. Ce ne sont donc pas les extrémistes hutus du régime Habyarimana qui ont prémédité ce coup d'État et ses monstrueuses conséquences.
    Ainsi toute l'histoire du génocide serait-elle à reconsidérer, et Paul Kagame, aujourd'hui président du Rwanda, apparaîtrait-il comme le plus grand criminel de guerre en vie. Pierre Péan démontre que le génocide de 1994 ne fut qu'un épisode dans une guerre civile et régionale ignorée, plus meurtrière encore, voulue depuis octobre 1990. Le FPR était prêt à tout pour conquérir le pouvoir à Kigali, y compris à sacrifier Hutus et Tutsis.

  • 3 octobre 1980. Une bombe explose en plein coeur de Paris, devant la synagogue de la rue Copernic : quatre morts, quarante-six blessés. 
    13 novembre 2008. La gendarmerie royale canadienne arrête un professeur de sociologie de l'université d'Ottawa visé par un mandat d'arrêt international émis par un juge antiterroriste parisien. L'homme, Canadien d'origine libanaise, est soupçonné d'être le poseur de bombe de la rue Copernic. Le juge souhaiterait l'entendre. 
    Vingt-huit années séparent ces deux événements, durant lesquelles l'enquête et la traque menées par des policiers, des juges, des barbouzes et des journalistes n'a jamais vraiment cessé. C'est que l'attentat a marqué les mémoires et qu'il fut le premier d'une sinistre série d'actes sanglants commis à Paris. 
    De Beyrouth à Ottawa, d'Oslo à San Francisco en passant par Damas, Bagdad, Anvers et Paris, l'enquête retrace le parcours des jeunes militants pro-palestiniens, en rupture avec leur organisation et jusqu'au-boutistes, bientôt reconvertis en honorables cadres supérieurs en Amérique du Nord et au Liban...
     Au-delà de l'élucidation du crime, la justice passera-t-elle ?Jean Chichizola est journaliste au Figaro.
    Hervé Deguine est historien et journaliste.

  • Les auteurs dressent un constat sans concession de l'état de leur métier de journaliste et de son devenir. Sur la forme le métier semble en crise, partagé entre une élite qui truste les places disponibles à la télévision et la grande majorité qui tente de percer ou de se maintenir dans le métier. Sur le fond les auteurs s'interrogent sur la fonction de leur profession au sein de la société et sur son évolution par rapport à la formidable croissance des médias et des contenus qu'ils véhiculent. Doit-on continuer à privilégier l'émotion au détriment de l'information ? Le journaliste est-il toujours au service de l'information et de ses auditeurs ou se sert-il de sa fonction pour s'assurer une position sociale bien en vue ?
    Autant de questions qui soulèvent les difficultés de la mutation du métier de journaliste face à la croissance du « média-monde ».

  • Les 27 et 28 novembre 2007 s'est tenue au centre Pompidou à Paris la première édition des Entretiens du nouveau monde industriel. Cette manifestation, unique en France, a pour objectif d'analyser les tendances caractéristiques de notre époque, par où se transforme très profondément une société industrielle confrontée à de nouvelles limites, mais aussi portée par d'autres dynamiques - situation complexe et contradictoire au sein de laquelle il s'agit d'ouvrir des perspectives. 
    Les Entretiens ont porté sur les enjeux aussi bien de ce que l'on appelle l'innovation ascendante que du façonnage de nos existences par les transformations industrielles à l'heure des technologies numériques (comme technologies cognitives et comme technologies culturelles), et à l'aube des technologies que l'on dit « transformationnelles » (qui sont les biotechnologies et nanotechnologies). 
    Les mutations en cours et les contradictions qu'elles génèrent imposent de repenser les pratiques de la recherche & développement et du design - terme entendu ici dans un sens élargi, et qui s'applique désormais à tous les aspects de nos existences. Quelles en sont les implications politiques, sociales et économiques ? En quoi le modèle industriel lui-même s'en trouve-t-il transformé ? 
    Celui-ci, forgé au XIXe siècle, a conduit après la Seconde Guerre mondiale à la planétarisation de la société de consommation. Or, il semble de nos jours à la fois rencontrer ses limites et ouvrir de nouvelles possibilités en renversant l'opposition producteur/consommateur (en particulier, dans le domaine du numérique) et en conférant à la matière aussi bien qu'au vivant une plasticité jusqu'alors inconcevable. Le design devient de fait une activité de sculpture de l'individu et de la société qui lui ouvre et lui assigne des perspectives et des responsabilités sans précédent - aussi exaltantes qu'écrasantes. 
    Une nouvelle relation entre conception industrielle et pratiques quotidiennes de l'existence est en cours de définition.

  • En Afghanistan, l'opium a financé les guerres au cours des trois dernières décennies. L'opium sera-t-il un obstacle à la paix ou y contribuera-t-il ?
    La réussite de la reconstruction du pays dépend d'un défi économique et politique unique. L'économie de la drogue représente, en effet, environ 60 % du PIB - chiffre qui n'a été égalé par aucun autre pays, pas même par la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, dont la part n'excéda jamais les 7%. La situation inédite de l'Afghanistan invite donc à s interroger non seulement sur le rôle que la production et le commerce de l'opium jouent dans une économie de post-conflit dévastée, mais aussi sur l'influence qu'ils peuvent avoir dans le processus complexe de reconstruction de l'Etat.
    Plusieurs responsables de gouvernements occidentaux et d'organisations internationales s'accordent à dire qu'il ne faut pas négliger le risque réel que l'Afghanistan, premier producteur mondial d'opiacés depuis une dizaine d'années, devienne un « narco-État ». D'autres observateurs estiment que cette situation n'a pas que des effets négatifs, du moins à court terme. Dans la mesure où les campagnes anti-drogue se révéleraient efficaces, une baisse très sensible de cette ressource ne risquerait-elle pas de déstabiliser le pays ? Le président Hamid Karzaï s'est engagé devant la communauté internationale à lutter contre la culture du pavot, mais le niveau de la production reste fies élevé.
    Alain Labrousse revient sur l'histoire récente de la production d'opium à laquelle prirent part les seigneurs de guerre et les taliban aujourd'hui acteurs sur le nouvel échiquier politique - pour mieux éclairer les enjeux tant nationaux qu'internationaux devant lesquels le pays est placé. Car, pour de nombreux pays occidentaux, la « guerre à la drogue » est une justification supplémentaire pour intervenir en Afghanistan.

  • En décembre 2008, Roland Gori et Stefan Chedri, tous deux psychanalystes et professeurs de psychopathologie, se rendent compte qu'ils sont sans cesse sollicités pour signer des pétitions qui vont se multipliant : psychanalystes, enseignants, médecins, psychologues, chercheurs, dénoncent la casse que provoquent les réformes dans leur secteur et leur métier... Les deux hommes décident de rédiger un appel qui traduirait la vive inquiétude qui s'est emparée des professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l'éducation, de la recherche, de l'information et de la culture, et donnerait à partir de chaque coeur de métier une analyse globale de « ce grand corps malade qu'est la société française ». C'est l'Appel des appels, suivi de son manifeste. « Nous avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social et affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris. Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l'argent et la peur de l'autre, Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses, Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles, Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures

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