Les Presses de l'Université de Montréal

  • Rédigé dans l'urgence à l'été de 1932, ce petit traité accompagne l'échec de la première expérience démocratique allemande. Il jette un regard incisif sur la crise qui emporte la République de Weimar et évalue les chances de sauver le régime face aux extrémistes de droite et de gauche. Philosophie politique, commentaire juridique et raison d'État se conjuguent ici sous l'effet d'une rhétorique vigoureuse et rusée, digne des plus grands publicistes.

    Écrit dans un contexte tragique et marqué par la carrière sulfureuse de son auteur, l'ouvrage a connu des échos aussi multiples qu'inattendus dans les démocraties d'après-guerre. La démocratie est-elle foncièrement un régime sans défense ? Doit-elle accepter l'existence de partis politiques attachés à la renverser ? Les mesures d'exception et de sécurité sont-elles justifiables au nom du salut public ? Peut-on préserver l'esprit d'une constitution et en nier la lettre ? Les questions que pose cet ouvrage résonnent encore dans d'innombrables conflits politiques.
    Catholique et conservateur, Carl Schmitt (1888-1985) fut un analyste perspicace de la crise des démocraties d'entre-deux-guerres, avant d'adhérer au nazisme en 1933. Arrêté par les Alliés en 1945, il est libéré deux ans plus tard. Il est l'auteur d'une oeuvre imposante et controversée, croisant le droit, la pensée politique, la théologie et la critique culturelle.

    Première traduction française complète

  • En se penchant sur l'histoire des enfants handicapés physiques du Québec, ce livre éclaire un passé méconnu et rend compte des représentations sociales de ces enfants et de l'évolution des divers services qu'on leur a offerts pendant près d'un siècle, entre 1920 et 1990. L'autrice aborde les thèmes de l'assistance, de l'éducation et de la santé en s'appuyant sur un vaste corpus d'archives qui met au jour l'histoire de certaines associations philanthropiques jusqu'ici demeurées dans l'ombre. Des entrevues enrichissent la narration et brossent un portrait inédit de ces enfants dont le statut a été déterminé par une double tension : entre exclusion et intégration, d'une part, et entre médecine et éducation sociale, d'autre part. Ces dynamiques contradictoires révèlent, de façon nuancée et sensible, trois figures de l'enfance handicapée : la victime angélique, l'enfant-citoyen réadapté et le monstre. Comment se construit une norme ? Comment s'expriment les phénomènes de rejet, de ségrégation et d'exclusion dans une société ? De quelle façon les mouvements de défense des droits de « l'enfance irrégulière » se sont-ils organisés au Québec ? Autant de questions fondamentales qui intéresseront les étudiants, les professionnels et le grand public ouvert aux questions éthiques et sociales touchant l'enfance et le handicap.

  • La traduction a toujours joué un rôle important dans la communication humaine, dans tous les domaines. Elle continue de le faire, particulièrement dans l'émergence aujourd'hui d'une culture et de discours sur l'environnement, dans une perspective de durabilité, et ce, partout dans le monde. Ce livre explore les mots et les concepts liés à l'environnement dans plusieurs langues, et fournit un profil linguistique des éléments clés : dimensions et processus à l'oeuvre dans la traduction, diffusion, adaptation et évolution des cultures et des discours. Il met l'accent sur la temporalité, la spatialité, la spécificité culturelle et la comparabilité interculturelle des pratiques environnementales locales. La nature dynamique des différentes cultures environnementales y est mise de l'avant grâce à des recherches linguistiques empiriques, comme la modélisation statistique des données numériques multilingues relatives à l'environnement, recueillies dans les documents originaux et traduits.

  • Notre héritage culturel regorge d'idées à propos de l'économie et, aujourd'hui encore, les débats font rage sur le rôle et les mérites respectifs de l'argent et de la richesse, sur la justice et l'égalité des échanges, sur l'importance du travail, l'inéluctabilité de la pauvreté. On n'en finit pas de se questionner sur la nature du monde capitaliste, sur le pouvoir du système mondial, sur l'avenir de la croissance économique - ou sur la pertinence même du concept de croissance.

    Comment les grands penseurs, d'Aristote à David Ricardo et à Karl Marx, ont-ils abordé ces idées ? Cet ouvrage - une analyse croisée entre économie et philosophie - veut donner au lecteur contemporain un accès à la pensée de ces auteurs. Cette riche introduction est une contribution importante à la vulgarisation et à la transmission des idées en histoire de la pensée économique et donne à tous l'occasion de réfléchir à notre sens commun économique. Elle offre notamment aux économistes les outils pour élaborer une conscience historique et un « intellectualisme » loin de toute technocratie.

  • Jacques Derrida est sans contredit le philosophe qui s'est le plus passionné pour la littérature, sous toutes ses formes (impossibles à formaliser) et en tous genres (impossibles à assigner). Dès les commencements de son oeuvre philosophique, il s'est non seulement engagé à penser la question de l'écriture en tant qu'elle avait toujours été marginalisée et abaissée dans la tradition occidentale, il s'est aussi inlassablement tourné vers la littérature pour élaborer ses propres questions touchant le secret, le témoignage, la promesse, le mensonge, le pardon et le parjure, pour en nommer quelques-unes.

    À la littérature, on ne saurait imposer, selon Derrida, des règles, des prescriptions ou des fonctions. Les essais réunis ici s'emploient à examiner plusieurs des propositions du philosophe au sujet de la « littérature sans condition », à commencer par celles qui concernent la souveraineté poétique et qui relient, de manière indissociable, la littérature comme « droit de tout dire » à la démocratie (à venir). Derrida insiste en effet sur la « puissance » du « principe » littéraire, qui permet à la littérature de s'affranchir en interrogeant ses propres règles, voire la loi même, dans une performativité sans précédent.

    L'expérience littéraire s'avère aussi le lieu par excellence pour expérimenter toutes les modalités de la représentation et de la délégation sur lesquelles se fonde la démocratie. La littérature est ainsi associée pour Derrida à une certaine (ir)responsabilité, à une manière singulière de penser la question de l'éthique en la dégageant de toute morale et de toute instrumentalisation et, il va sans dire, de tout préjugé. S'appuyant sur Kafka, Bartleby et Abraham, Derrida souligne avec force l'importance que cette question d'une éthique autre revêt pour lui et il n'hésite pas à donner une préséance - préférence encore - à la littérature en ce qu'elle s'avance vers la loi pour en comprendre l'origine. De manière significative, il place la question de l'invention poétique et du langage - de ce qu'il appelle l'idiome, irréductible à toute traduction - au coeur de sa réflexion au sujet de la différence sexuelle et de l'hospitalité.

    C'est à cette passion de Derrida pour la littérature que sont consacrés les essais réunis dans cet ouvrage.

  • Malgré l'abondance des travaux féministes et théologiques produits au Québec depuis plus de quarante ans, il n'existait toujours pas, avant ce livre, de synthèse sur le féminisme en regard de la spiritualité. Il était plus que temps de rassembler dans un ouvrage ses principales théoriciennes : voilà une lacune comblée.

    L'autrice fait ici un retour sur les idées fortes élaborées durant ses quelque trente années d'enseignement et de recherche dans le domaine. « Le personnel est politique... et théorique », dit le slogan féministe dont elle s'est inspirée. Sa démarche, qu'elle qualifie d'existentielle, l'a amenée à relire l'histoire de sa vie, ses engagements et ses postures théoriques pour poser des questions essentielles. Quelles intersections construire entre le féminisme et la spiritualité ? Comment vivre dans ce temps de transformations des relations ? Comment des féministes chrétiennes québécoises ont-elles relu le christianisme et parlé de la Dieue, de Christa, de la trinité et de Marie ? Comment se vivent les solidarités interspirituelles ? Et comment déconstruire le patriarcat néoconservateur religieux ? En parlant de l'ultime à travers l'intime, l'autrice dans cet ouvrage fondamental pose les jalons de la transformation du féminisme dans le domaine du religieux et du spirituel.

  • Surtout utilisée dans le monde des affaires, l'analyse du risque politique fait son entrée à l'université. À la fois une trousse à outils et un programme de recherche novateur, cet ouvrage unique en français se veut une référence pour ceux et celles qui souhaitent s'initier à cette pratique émergente. Il intéressera les étudiants, les chercheurs et les praticiens soucieux d'explorer la science politique de manière appliquée. Assorti d'études de cas que les professionnels de divers milieux (financier, sécuritaire, contre-terroriste, etc.) explicitent avec leurs grilles de lectures et leurs méthodes de travail, il inscrit l'analyse du risque politique dans une démarche rigoureuse, collaborative et interdisciplinaire. Conscients des limites et des effets des analyses, les auteurs repensent et mesurent les risques en fonction de l'évolution du monde en montrant comment, dans plusieurs domaines, les décisions de nature politique sont prises. Cet ouvrage entend ainsi appréhender l'incertitude et concevoir les futurs, tout en gardant une saine distance critique.

  • Les baby-boomers ont-ils jeté le religieux avec l'eau bénite ? Sont-ils vraiment athées ? Comment donnent-ils un sens aux grands événements du cycle de la vie ? Que cache l'invisibilité ou même le tabou du religieux au Québec après le déclin du catholicisme ? Bref : que reste-t-il de l'héritage du catholicisme auprès de la génération issue du baby-boom ?

    À partir de récits de vie recueillis auprès d'une centaine de Québécois nés catholiques dans les années 1950, les auteurs explorent la recherche de sens des expériences individuelles et collectives. En dépit de l'invisibilité du religieux sur la place publique, la plupart des personnes rencontrées affichent des croyances et des pratiques qui leur sont propres. Si ces dernières empruntent à divers registres religieux inspirés de la diversité culturelle, la mémoire et l'éducation catholiques restent présentes dans les récits comme dans les pratiques, parfois teintée du vocable de la spiritualité. Ce livre brosse un portrait de la modernité québécoise et de la sécularisation de la société en montrant notamment les débats identitaires qui animent l'imaginaire collectif et qui façonnent les consciences individuelles. Surtout, il vient combler un vide dans les écrits sur les comportements religieux au Québec.

  • Cet ouvrage, qui fait appel à une soixantaine de spécialistes canadiens et européens - médecins, psychiatres, psychoéducateurs, nutritionnistes, kinésiologues et professeurs-chercheurs -, décrit de façon approfondie les caractéristiques clés des troubles des conduites alimentaires (TCA) en s'appuyant sur les informations les plus récentes et les données les plus actuelles. Il dresse un panorama exhaustif des problèmes de santé mentale les plus fréquemment associés aux TCA, et passe en revue l'anxiété, les obsessions ou les compulsions en plus de s'intéresser à l'obésité, à l'anorexie et aux dépendances de toutes sortes.

    Qui sont les gens les plus à risque d'être atteints de TCA ? Les femmes, bien sûr, mais aussi les hommes, les enfants, les sportifs, les victimes de maltraitance durant l'enfance, ceux qui ont une déficience intellectuelle ou des troubles du spectre de l'autisme. Dans ce livre, on examine les particularités des évaluations médicales, nutritionnelles et psychosociales et on présente en détail des interventions efficaces, allant de la thérapie cognitive-comportementale à l'alimentation intuitive en passant par les thérapies corporelles ou familiales centrées sur les émotions. Enfin, l'accompagnement des personnes atteintes de TCA en hôpital de jour, en hospitalisation ou en externe est passé à la loupe pour offrir le portrait le plus complet à jour des ressources accessibles.

  • Avec la collaboration de Danica Djeric et Bob W. White.
    Sous la direction de Jorge Enrique Gonzalez.

  • Ce livre regroupe les réflexions sur l'islam menées par l'auteur dans différents contextes. Elles ont toutes comme ambition de donner une perspective historique à ce qui est souvent présenté comme des catégories indissociables ou des traits essentiels d'une religion sur laquelle l'histoire n'a pas de prise et qui est extérieure aux réalités des sociétés qui s'en réclament. Certains textes parlent de la période classique, des débuts de l'islam à la fin du fameux « âge d'or » de la civilisation arabo-musulmane ; d'autres portent sur la période contemporaine marquée par des rapports contradictoires avec les temps modernes. Sans être une étude exhaustive des faits islamiques, les questionnements particuliers de l'auteur sur des réalités passées et présentes de l'islam en dressent néanmoins un portait achevé. On suivra l'évolution et la maturation du penseur à la frontière de la recherche scientifique et d'un engagement intellectuel en faveur de l'universalité des droits de la personne.

  • Ni survol des oeuvres principales de Karl Lwith ni introduction à sa vision particulière de la condition humaine, cet ouvrage revalorise la pensée du philosophe de deux manières. D'abord, en proposant des essais jusqu'alors inédits en français, écrits principalement pendant sa période américaine et témoins du développement de sa réflexion sur la disposition philosophique et sur les sources qui l'alimentent - Pyrrhon, Pascal, Nietzsche. Ensuite, en analysant sa pratique philosophique et son évolution à travers des réflexions sur la question de l'histoire et du temps avec, notamment, Strauss, Voegelin, Koselleck et Hegel.
    Cet ouvrage offrant à la fois traductions et analyses originales s'adresse à un public intéressé par la philosophie allemande, mais aussi aux chercheurs et aux étudiants en théorie politique et à quiconque s'interroge sur les liens entre religion, philosophie, et histoire. C'est à une expérience de la philosophie que le lecteur est ici convié, une expérience qui, dans les mots de Lwith, commande la retenue, la mesure et «le charme plus doux, mais sans éclat, de l'équilibre».

  • Découlant de la tension entre l'accroissement de la demande pour les soins de santé et les contraintes financières des gouvernements, l'évaluation de la performance des organisations et des systèmes de santé est une condition essentielle à la survie de ceux-ci et constitue en soi un enjeu difficile. D'une part, ces systèmes complexes dépendent fortement de leur contexte : améliorer leur performance requiert la participation de nombreux acteurs aux intérêts souvent divergents. D'autre part, le concept de performance est loin de faire l'unanimité ; les modèles utilisés reflètent souvent des préoccupations et des objectifs contradictoires.

    Les auteurs exposent les perspectives d'acteurs clés provenant des pays lusophones et francophones des Amériques, de l'Europe et de l'Afrique dans le but d'engager les systèmes et les organisations de santé vers une amélioration continue de la performance. Pour ce faire, ils posent ici trois questions fondamentales : en quoi consiste la performance d'un système ou d'une organisation de santé ? Comment l'évaluer ? Et comment utiliser les résultats de l'évaluation de façon à constamment améliorer la performance ?

  • À la fois hybride, monstre, cyborg ou mutant, le posthumain est une figure pour le moins paradoxale ; annonciatrice bien souvent de la fin de l'Histoire, elle incarne pour l'homme la possibilité de transcender sa propre mortalité, tout en présentant, à l'instar des utopies, un état figé, final et abouti. Cependant, en replaçant le posthumain dans l'histoire de l'évolution, ne peut-on pas, justement, le faire évoluer ? Il ne serait plus l'idéal à atteindre ou le pire à éviter, mais la représentation des possibles, les branches fantasmées d'un futur arbre évolutif. Les ramifications en sont nombreuses et fertiles, largement irriguées sur le plan du discours et de la narration par les différentes théories de l'évolution des espèces et par celle de la cybernétique, science pluridisciplinaire à l'origine même du posthumanisme. Dans cet ouvrage, l'autrice se demande, en relisant des romans et des nouvelles de science-fiction publiés surtout entre 1948 et 2005, de quelle façon le posthumain littéraire s'inscrit dans la logique de ces théories et dans quelle mesure il en mobilise les signes et les savoirs.

  • Face à la complexité du monde du travail, la société doit pouvoir compter sur une discipline scientifique qui en étudie les différents aspects et qui forme des personnes aptes à comprendre et à solutionner les problèmes qui en découlent. Le champ des relations industrielles occupe cette fonction depuis près d'un siècle en Amérique du Nord. À l'occasion de son 75e anniversaire, l'École de Relations industrielles de l'Université de Montréal a demandé à ses professeurs et professeures de joindre leurs voix pour produire un ouvrage qui mettrait en évidence le riche savoir et l'excellence de la recherche de cette discipline. En acceptant l'invitation, ces spécialistes répondent ici, avec enthousiasme et rigueur, à des questions d'actualité concernant le monde du travail, notamment celles-ci :

    La gestion des ressources humaines est-elle « humaine » ?
    Quel rôle joue l'éthique dans ce domaine ?
    Comment améliorer l'image du syndicalisme auprès des jeunes ?
    Existe-t-il des différences de valeurs entre les générations dans une même organisation ?
    Les programmes d'accès à l'égalité au Québec fonctionnent-ils vraiment ?
    Les entreprises transnationales ont-elles une responsabilité sociale ?
    Que sait-on de la santé et de la sécurité des jeunes au travail ?
    Pourquoi avons-nous besoin de recherches comparatives transnationales en relations industrielles ?
    Comment devenir un négociateur compétent ?
    Les relations industrielles en questions

  • Voici un petit livre assez différent de ceux que les amateurs de vin peuvent consulter habituellement. Il répond à des questions simples, en apparence seulement, au-delà du snobisme, des anecdotes, des notes de dégustations subjectives ou des arguments de marketing.

    Le professeur Albert Adam se place dans la perspective du vulgarisateur scientifique pour nous faire découvrir, entre autres, les apports de la chimie et de la microbiologie à la culture de la vigne et l'élaboration du vin, les rendant moins hasardeuses et moins dépendantes des caprices de la nature. Il s'intéresse aussi bien aux processus de la fermentation qu'aux aspects physiologiques de la dégustation ou aux effets bénéfiques d'une consommation modérée sur la santé. Mieux connaître le vin, nous dit-il, c'est aussi mieux l'apprécier à sa juste valeur.

  • Existe-t-il une culture pédagogique partagée par les enseignants en management au-delà des particularités des contenus à enseigner, des formations disciplinaires et des contextes institutionnels? L'auteur de ce livre croit que oui, et il en retrace les fondements épistémologiques par une synthèse interprétative critique des livres et des articles les plus cités du domaine. Il propose des «conversations pédagogiques» novatrices et riches de possibilités en ce qui concerne l'enseignement et l'apprentissage de la gestion. De la nature des savoirs en passant par les modèles éducatifs de référence et les transformations des écoles de gestion, il met méthodiquement au jour une expertise particulière au management. Sa rigueur intellectuelle et la capacité qu'il a d'offrir une vision d'ensemble apportent à ce livre très bien documenté un éclairage nuancé sur une question somme toute assez peu analysée.

    Ces conversations s'adressent aux étudiants, aux enseignants et aux chercheurs en sciences de la gestion et de l'éducation, mais aussi aux conseillers et aux ingénieurs pédagogiques, directeurs de départements et de programmes et, enfin, aux gestionnaires universitaires ou en entreprise.

  • Les touristes qui visitent la Cité interdite à Pékin sont souvent surpris d'y trouver un observatoire équipé de sextants, de théodolites, de sphères armillaires et d'autres instruments de l'ancienne astronomie occidentale. Malgré leur facture indéniablement chinoise, ces instruments de bronze ont en effet été exécutés sous la supervision d'un jésuite flamand, à la demande d'un empereur Qing qui espérait trouver dans la science occidentale un appui à son pouvoir. Les sextants de Pékin témoignent ainsi de l'intérêt et de la curiosité que les Chinois ont pu manifester à l'égard d'une culture pourtant bien éloignée de la leur, et ce, il y a déjà plus de trois cents ans, à une époque où l'Occident ne montrait pas tant d'ouverture d'esprit.

    /> C'est au mythe d'une Chine monolithique, refermée sur elle-même, immobile et figée dans sa grandeur antique, que s'attaque ici Joanna Waley-Cohen. Cette idée reçue ne résiste pas à l'analyse. Toute l'histoire de l'Empire du milieu montre au contraire que les Chinois ont toujours accueilli avec intérêt les produits, les techniques, les idées, et même les religions des autres cultures, dans la mesure où l'on ne tentait pas de les leur imposer par la force. En s'appuyant sur les résultats les plus récents de la recherche historique, l'auteur montre les relations fructueuses que les Chinois ont su entretenir avec leurs voisins asiatiques et avec les Occidentaux, depuis les temps anciens de la Route de la soie jusqu'à nos jours. Joanna Waley-Cohen est professeur à l'Université de New York, où elle enseigne au département d'histoire et au centre d'études asiatiques.

    Traduit de l'anglais par Clémence Ma

  • Cet ouvrage propose un panorama des littératures francophones d'Afrique, de la Caraïbe et du Maghreb dans une nouvelle perspective qui fait apparaître toute leur singularité et leur dynamisme. La production littéraire de ces trois régions est systématiquement abordée à partir d'un survol de l'ensemble des littératures francophones qui permet de mieux en saisir les enjeux sociohistoriques et esthétiques.

    Loin d'être des annexes régionales ou exotiques de la littérature française, ces littératures d'Afrique, de la Caraïbe et du Maghreb en sont devenues des lieux de renouvellement à bien des égards. C'est ce que montre cette introduction, par une approche souple qui tient compte à la fois des générations d'écrivains, des mouvements littéraires, des textes essentiels et des dates importantes. De plus, les oeuvres et les auteurs sont présentés dans le cadre des principaux genres que sont le roman, la poésie, le théâtre et l'essai.

    Cet ouvrage s'adresse tout autant aux étudiants et aux lecteurs qui abordent ces champs littéraires pour la première fois, qu'à ceux qui voudront en connaître davantage. Il constitue une référence indispensable et fournit des pistes de lecture judicieuses.

    Christiane Ndiaye est professeure au Département d'études françaises de l'Université de Montréal.

  • Qui peut dire ce que sera le paysage universitaire de demain ? Une chose est certaine : les Massive Online Open Courses, ou MOOCs, en feront partie. Encensés ou décriés, les cours en ligne ouverts et massifs - cette petite révolution dans le contexte en pleine ébullition de la transformation des universités - participent d'ores et déjà à la nouvelle configuration de l'enseignement supérieur.
    En replaçant ces cours dans l'histoire de l'enseignement, l'auteur évalue leur influence actuelle, future ou probable, sur les universités. Il montre en particulier que, loin d'étouffer les formations en présence d'un professeur en chair et en os, ils peuvent au contraire s'articuler avec celles-ci afin de les rendre plus personnalisées, plus séduisantes et surtout plus efficaces. Si ce phénomène touche avant tout l'enseignement, il est de plus en plus souvent associé à de nouvelles formes de recherche, dont la science participative n'est sans doute qu'une des illustrations.

    Après un doctorat en physique des particules au CERN et à l'Université de Genève (UNI GE), puis cinq années de recherche en neurosciences computationnelles en France, en Belgique et aux États-Unis, Pablo Achard est revenu à l'UNI GE en 2008. Au rectorat depuis 2009, il a successivement été responsable de plusieurs domaines dont la planification stratégique et prospective, l'évaluation de la recherche et la mise en place des MOOCs.

  • Derrida, quel diable d'homme ! Preux de la pensée, partant en guerre contre tous et contre lui-même, chevalier de l'idéal comme Don Quichotte et politicien pragmatique comme Sancho Pança, il n'aura cessé de bouleverser de fond en comble nos idées reçues pour les relancer, accroître leur vélocité et en faire des armes concep­tuelles redoutables.
    Ce livre s'attache à suivre certaines de ses campagnes, retraçant une trajectoire qui va de son enfance et adolescence algériennes vers un avenir messianique ouvert à l'Autre. Au passage, il lui aura fallu en découdre avec un ami trop proche de certains thèmes éthiques, Emmanuel Levinas, ainsi qu'avec un ennemi plus vulnérable, Giorgio Agamben. À travers leurs méditations croisées, Derrida insiste sur le fait que la lutte polémique est préférable à la paix, car elle en fonde la possibilité tout en mettant en question les théologies guerrières. Le roman récent de J. M. Coetzee, Une enfance de Jésus, et les poésies de Stéphane Mallarmé vont servir à illustrer ces attentes et ces tensions entre chien et chat, entre futur et avenir, entre drôles de trêves et drôles de guerres : entre hospitalité et hostilité.
    Jean-Michel Rabaté est professeur au Département d'anglais et de littérature comparée à l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie. Cofondateur de la Fondation Slought, coéditeur du JournalofModernLiteratureet membre de l'American Academy of Arts and Sciences, il est spécialiste de Joyce, Pound, Bernhard, Lacan et Beckett. Auteur ou directeur d'une quarantaine de publications sur la modernité, la psychanalyse et la philosophie, il dirige également le collectif After Derrida (Cambridge University Press).

  • De Maurice Sand, l'histoire culturelle et littéraire n'a en général retenu que son état de fils bien-aimé de la plus célèbre écrivaine du 19 e siècle. Pourtant, son oeuvre - qui allie peinture, dessin, illustration, théâtre, histoire de l'art et sciences naturelles - porte la marque d'un créateur original et cohérent.
    Dans cette première étude exhaustive et magnifiquement illustrée, Lise Bissonnette présente l'oeuvre de Maurice Sand enfin vue comme un ensemble et explore les mécanismes de sa méconnaissance historique. Elle en dévoile une cause déterminante : sa transversalité, irrecevable en un siècle qui n'y voyait que de la dispersion, mais qui est paradoxalement un signe de qualité dans le domaine actuel des arts. Elle montre enfin toute la richesse et la finesse des travaux de cet artiste qui cherchait constamment à réinventer le passé, sous un mode fantastique tempéré par l'étude scientifique, notamment celle des métamorphoses qu'il traqua en histoire, en ethnogénie et en entomologie. De nombreux fils le relient ainsi aux thèmes centraux de notre temps.

    Titulaire de neuf doctorats honoris causa et docteure en lettres de l'Université de Montréal, Lise Bissonnette est journaliste, administratrice et écrivaine. Elle a dirigé le quotidien Le Devoir de 1990 à 1998 et a été présidente de Bibliothèque et Archives nationales du Québec jusqu'en 2009.

  • Année après année, Giuseppe Verdi reste le compositeur d'opéras le plus joué dans le monde. Pourtant, peu d'études musicologiques sur son style ont été publiées à ce jour, et encore moins en français. En fait, ce livre, véritable guide d'analyse opératique, est le premier dans toutes les langues qui traite de façon systématique du langage musical du compositeur. En s'appuyant sur les 23 opéras en italien et en mettant en lumière leurs conventions et leurs principes sous-jacents, l'auteur examine méthodiquement les personnages et leurs intrigues au regard de l'écriture musicale et brosse ainsi le portrait d'une oeuvre grandiose. À l'aide de plusieurs exemples, il décrit avec brio la forme musico-dramatique d'un compositeur dont le style unique est, ultimement, au service de la théâtralité.

    Steven Huebner est musicologue à l'école de musique Schulich de l'Université McGill et titulaire de la chaire James McGill.

  • oute personne originaire du Machrek, de la région historique de la Grande Syrie ou du mont Liban, a une histoire migratoire à raconter. Dès la fin du XIXe siècle, ils ont été nombreux à quitter leur pays natal pour s'installer partout dans le monde - notamment au Canada -, et jusqu'à maintenant cette chaîne n'a jamais réellement été rompue. La population arabe d'ici est issue de cette histoire, de ces strates d'immigration qui se sont superposées, de ces générations qui se sont croisées et se sont parfois unies dans une volonté de préserver leur patrimoine, de s'entraider ou de se défendre contre la discrimination.
    Si les « Arabes » sont aujourd'hui l'objet d'une grande attention, aussi bien des médias, des États que des recherches sociologiques, leur histoire reste cependant peu connue. Des origines de leur migration à la fin des années 1970, ce livre fait renaître la voix de ceux qui ont choisi de se faire entendre, de s'organiser et d'exister collectivement sur la scène publique canadienne. Quelles sont les institutions que ces migrants et leurs descendants ont créées et comment ont-ils exprimé leur identité et organisé leur vie religieuse, sociale et politique ? C'est ce que révèle cet ouvrage admirablement documenté.

    Houda Asal est titulaire d'un doctorat d'histoire soutenu en 2011 à l'École des hautes études en sciences sociales (EHSS). Elle a poursuivi ses recherches à l'Université McGill et travaille depuis sur le racisme, l'islamophobie et les discriminations.

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