Presses Universitaires de France

  • La Poétique d'Aristote est l'oeuvre fondatrice de toute réflexion sur la création épique et tragique. Elle n'a été invoquée, en fait, que par l'intermédiaire d'Horace et des théoriciens classiques français : à ce titre, elle a souffert récemment du mépris des modernes, puis a été récemment redécouverte. On s'est aperçu de son aspect étrangement moderne ; seuls les grands créateurs, même quand ils croyaient s'en affranchir, l'ont comprise et mise en pratique : Racine, malgré Boileau, les romantiques allemands, Hegel, les tragiques modernes, comme Giraudoux... La présente étude replace l'oeuvre dans son contexte historique littéraire, biographique, philosophique ; elle donne une synthèse des analyses aristotéliciennes, qui tient compte des avancées les plus récentes de la recherche ; enfin, elle retrace la fortune de l'oeuvre, depuis l'Antiquité romaine jusqu'à Barthes et Todorov.

  • De La Fontaine à Rameau, des "fêtes galantes" organisées à Versailles aux Fêtes galantes de Watteau, un large courant esthétique parcourt la France de l'Ancien Régime. Il construit l'idéal du galant homme à la fois homme d'honneur et compagnon agréable. Cette dynamique liée à l'essor de nouvelles élites domine alors la France et l'Europe. Présente dans tous les arts et tous les aspects des moeurs, elle érige en valeurs cruciales l'esthétique de la sensibilité tempérée et l'éthique du respect. Pour autant elle n'est pas exempte de contradictions et de querelles, les dévots la combattent tandis que certains galants la dévoient en libertinage. Cette enquête passionnante et originale revisite des pans entiers de l'histoire littéraire et culturelle, elle ressaisit les façons de penser et de sentir d'une époque, celle du temps où la France était galante et met en lumière la modernité d'un idéal dont les échos hantent toujours le devenir de notre culture.

  • Imitation canonique, parodies burlesques, supercheries littéraires..., ce livre définit la pratique du pastiche littéraire et retrace l'histoire foisonnante de ce mode d'écriture majeur mais trop souvent occulté. Celui-ci constitue avant tout une pratique fondamentale de formation, encore aujourd'hui dans les codes pédagogiques, et apparaît comme l'une des ressources essentielles de l'invention littéraire. Dans le parcours chronologique que dessine l'auteur, le rôle de ce travail des modèles est examiné autant dans les productions identifiées comme telles (les A la manière de...) que dans les emplois qu'en font certains grands auteurs (Proust étant l'un de ces exemples) ou dans les irruptions de faux et de supercheries littéraires.

  • Depuis une quinzaine d'années, les grandes pièces de Tchékhov, et plus particulièrement La Cerisaie, ont inspiré aux plus grands metteurs en scène européens des spectacles d'une profonde originalité, changeant totalement l'approche que le public pouvait avoir jusqu'ici de ce théâtre, à travers quelques poncifs comme celui de la petite musique tchékhovienne. Les nombreuses nouvelles traductions de La Cerisaie, les mises en scène de G. Strehler, P. Brook, P. Stein et, plus récemment, celles très inattendues de M. Langhoff et S. Braunschweig, ont projeté sur le texte un éclairage neuf et parfois brutal. Il n'est plus possible aujourd'hui de lire La Cerisaie sous l'angle de la seule nostalgie, ni même sous celui de l'histoire socio-politique ou de la psychanalyse : le texte est devenu cet objet changeant sur lequel se projettent les angoisses et les désirs des hommes de scène et dont le lecteur découvre, au détour de chaque traduction, qu'il lui est toujours plus intime et plus contemporain.

  • En janvier 1953, Roger Blin crée En attendant Godot devant les quelques spectateurs du théâtre de Babylone ; la pièce, qui devient aussitôt l'emblème du théâtre de l'absurde, fait en quelques années le tour du monde : elle est considérée aujourd'hui comme un classique du XXe siècle. En près de cinquante ans, le regard que nous portons sur elle a profondément changé : nous n'y cherchons plus de symboles, mais ne finissons pas d'en explorer les signes ; plus qu'à la hantise du vide et à la thématique de l'absence, nous sommes sensibles à la présence des corps et à la réalité des objets. Derrière le trop fameux dialogue de sourds, nous entendons aujourd'hui un mode subtil et musical de communication. Bref, l'absurdité a laissé la place à l'ambiguïté, et l'antithéâtre nous apparaît comme le théâtre par excellence, qui fait triompher le jeu, sous toutes ses formes. L'histoire des mises en scène le montre : les clochards métaphysiques intemporels et désincarnés n'ont cessé de se rapprocher de nous, pour devenir nos intimes et nos contemporains. Et ce qui nous frappe chez ces vagabonds qu'on disait à bout de souffle, c'est leur inépuisable énergie : à l'image de tout le théâtre de Beckett, En attendant Godot représente à sa façon le triomphe de la vie (Giorgio Strehler).

  • Inachevée, la dernière oeuvre de Chrétien de Troyes a suscité de nombreuses continuations. Leurs auteurs ont systématisé la dimension chrétienne du graal, que Chrétien n'avait fait que suggérer, et ont recentré le récit sur Perceval et sur sa quête. La tradition critique moderne, dans son ensemble, a suivi les traces des conteurs médiévaux, préférant Perceval à Gauvain et relisant Le Conte du Graal à la lumière de textes délibérément tournés vers une interprétation mystique du saint Graal et de ses secrets. Notre dette à l'égard de cet intertexte critique patiemment tissé depuis plus d'un siècle, est immense. Dans cette approche, nécessairement fragmentaire, d'un récit qui résiste à toute lecture univoque, nous avons cependant choisi de retrouver un équilibre, inscrit dans le texte, entre Perceval et Gauvain ; l'un, chevalier confirmé d'abord égaré, mais qui réactive, dans le temps retrouvé du château des reines, les valeurs fondatrices de l'utopie arthurienne ; l'autre, héros neuf, confronté à une violence qu'il s'épuise à maîtriser, et dont le destin était peut-être de revenir au val perdu de l'enfance pour y revivre la joie des commencements.

  • Le Cahier d'un retour au pays natal a été célébré, notamment aux Antilles, en Afrique et dans les pays du tiers monde, comme la charte de la négritude. Ainsi que l'observe André Breton, qui a contribué largement à la diffusion du poème, le Cahier est assurément une oeuvre à thèse, porteuse d'un message idéologique - politique, social, philosophique, mais ce message est consubstantiel à la poésie, et c'est précisément pourquoi l'oeuvre échappe à la poésie de circonstances, alors même que des voix se sont élevées, en Afrique même et aux Antilles, qui contestent l'idéologie de la négritude. Certes, il faut prendre acte de la vocation didactique - au sens le plus noble du terme - d'un poème qui s'inscrit dans la grande tradition pamphlétaire ; mais il faut encore, impérativement, le rapporter au genre épique qui le fonde. Autant dire que, au-delà du nécessaire rappel des sources idéologiques, des ethnologues (Delafosse, Frobenius) et des théoriciens de la négritude dans les années 20-30 (École de Harlem, Senghor, Damas), il faut lire le Cahier d'abord comme un poème, c'est-à-dire privilégier le formidable travail d'invention verbale, d'où surgit un monde, en une nouvelle genèse. Cette cosmogonie ressortit à une rhétorique et à une stylistique. La pensée de la négritude n'est nullement une théorie abstraite illustrée par le Cahier : elle naît, en quelque sorte, de l'acte poétique lui-même, à quoi le présent ouvrage voudrait s'attacher.

  • Les livres de chasse composés aux XIVe et XVe siècles par Gace de La Buigne, Henri de Ferrières et Gaston Febus, conservés dans des manuscrits somptueusement illustrés, donnent, dans toute sa complexité, l'image de ce qui était à la fois un divertissement, un rituel sophistiqué et un moment important de la parade aristocratique.

  • Un siècle après sa naissance, il est temps de faire le bilan des relations du jazz avec la littérature. Le lecteur de cette histoire jazzée de la littérature (à moins qu'il ne s'agisse d'une histoire littéraire du jazz) découvrira par exemple comment Mazie Mullins a successivement appris l'orgue à Fats Waller, la danse à Philippe Soupault et l'harmonie à Maurice Ravel, dans quelles circonstances Jean Vilar et Duke Ellington ont fait connaissance et quelle musique a procédé de cette rencontre. Il apprendra comment le jazz a failli tuer Aragon, pourquoi Beckett et Bechet se sont côtoyés dans le Paris des années 1920 et comment c'est en France que Cocteau et Reverdy inventent un genre de la jazz poetry que la beat generation devait faire fleurir trente années plus tard en Californie.

  • Une minutieuse analyse stylistique des textes de Perrault, et une comparaison avec les récits parallèles de la tradition orale.

  • Il est d'usage que la biographie escorte la littérature, ne serait-ce que par le récit des vies d'écrivains. Mais l'idée qu'elle pourrait agir sur la conception même du littéraire a sans doute de quoi surprendre. Et pourtant, depuis qu'au XVIIIe siècle sont apparues et la notion moderne de « littérature » et le mot même de « biographie », leur relation a été on ne peut plus étroite : la pratique biographique a sans cesse remis en question, infléchi et transformé les façons d'envisager la littérature. Sous ses formes multiples, des « vitae » aux dictionnaires biographiques, de l'histoire littéraire à la presse, de la critique aux vies romancées, de l'autobiographie aux innovations d'aujourd'hui, la biographie est intervenue au coeur de tous les débats littéraires. Héritière de la tradition antique et médiévale de l'exemplarité, elle a redoublé l'incessant « qu'est-ce que la littérature ? », en lançant à celle-ci le défi permanent pour contester et réinventer ce qui la fonde et la justifie.
    Ce livre propose l'histoire de cette relation complexe par l'analyse des textes où la conjonction de ces usages d'écriture est particulièrement intense, de l'autobiographie de Rousseau aux « vies » de Pierre Michon, de la biographie inscrite en poésie chez Hugo et Baudelaire à l'écriture de soi chez Roubaud.

  • Les «Fables» de La Fontaine ne se réduisent pas à leur statut d'oeuvre littéraire, et singulièrement pas à un simple jeu de variations sur l'apologue antique, doublé d'une esthétique de la métamorphose. Elles sont un exercice culturel d'ascèse humaniste

  • En créant Ah Q, héros à rebours, à la fois ridicule et pitoyable, Luxun entendait dénoncer le caractère chinois passé et présent et éclairer ses compatriotes sur les origines des défauts qui, jusque-là, avaient toujours fait d'eux des victimes.

  • Des artistes du XXe choisissent de s'inspirer de récits médiévaux pour ranimer des mythes, ressusciter des figures, réactualiser des formes anciennes. D'Ezra Pound à Michel Rio, de Julien Gracq à Edward Bond, de Robert Bresson à John Boorman, en écoutant Yves Bonnefoy et Florence Delay, il s'agit de suivre cette trace médiévale qui désigne notre rapport poétique au Moyen Age.

  • Entre histoire des idées, étude des métaphores littéraires, analyse des inventions esthétiques réelles, cet essai est un questionnement sur les méthodes de l'histoire littéraire. SOMMAIREIntroduction : encore un regard sur l'avant-garde -- questions de méthode -- l'idée de littérature -- pour une histoire paradoxale de la littératureI -- Symbolisme et expression de la pensée1 -- Les contradictions théoriques du symbolisme 2 -- Méconnaissance du monologue intérieur 3 -- Le vers libre ou la spatialité manquée 4 -- Mallarmé, musique, espace, penséeII -- Modernisme esthétique et conquête de l'extériorité1 -- Le moment pré-moderniste 2 -- Les "Fenêtres" et la critique de l'intériorité de Mallarmé à Apollinaire 3 -- D'un modernisme en littératureIII -- Surréalisme et espace psychique1 -- La formation de la doctrine surréaliste 2 -- Expression surréaliste et "révélation". Conclusion

  • A la Renaissance, époque joyeuse, s'élabore une théorie du rire, oeuvre surtout des médecins. Aidés par les philosophes, ils découvrent sa complexité. Mais le rire possède pour eux quelque chose de démesuré, lié à certaines formes de culture populaire. Rire, oui, mais à condition que la raison puisse se servir du rire.

  • Depuis le scandale que leur publication a provoqué en 1782, jusqu'aux plus récentes adaptations cinématographiques, Les Liaisons dangereuses fascinent et suscitent des interprétations contradictoires. Il s'agit donc d'étudier comment la perfection formelle et l'ironie d'un roman par lettres, font jouer l'un contre l'autre l'optimisme encyclopédique et l'inquiétude de la fin du siècle, voire l'attirance pour le mal. L'exigence rationnelle se concilie de plus en plus difficilement avec les besoins du coeur, la langue des géomètres avec les élans lyriques.

  • La folie médiévale n'est pas encore l'objet d'un discours spécifique, mais elle est l'objet potentiel de tous les discours, ceux de la littérature, du droit, de la médecine et de la théologie. Le fou, figure marginale, est paradoxalement à la croisée des discours.

  • Les Géorgiques, roman-somme paru en 1981, est fondé sur un principe analogique généralisé ; les relations qui se tissent entre les personnages, comme celles qui unissent les espaces qu'ils parcourent et les époques qu'ils habitent, sont ici analysées. Approcher ainsi l'économie narrative et la logique du récit des Géorgiques, c'est faire apparaître une conception de l'Histoire, et une pensée du temps, propres à Claude Simon.

  • Suites de la piété filiale ou révolte contre le père, tragédie de la réflexion paralysante ou du désir de l'action irraisonnée, drame d'une inquiétante étrangeté dont le metteur en scène semble être un spectre au statut incertain, chef-d'oeuvre d'une exceptionnelle cohérence verbale, Hamlet interpelle les lecteurs et les spectateurs depuis plus de trois cents ans. Notre étude propose une lecture suivie de cette histoire tragique. Elle met en valeur le caractère essentiellement ambigu et théâtral de la pièce, où les tréteaux sont comme posés sur l'estrade pour multiplier l'illusion de la scène et exalter l'art du comédien. Reflet de la crise de conscience européenne au XVIe siècle, le microcosme d'Elseneur fait partie de ce grand théâtre du monde qui rappelle à l'homme son existence éphémère pareille à celle de l'acteur quittant les planches.

  • Polyvalente, protéiforme, la figure du pèlerin constitue le vecteur d'une analyse conduite à travers plus de quatre-vingts oeuvres de la chanson de geste. Le pèlerin, caution du poète, représentant et modèle du récepteur, se porte garant de la vérité de la matière épique, dont il assure l'impact sur le public. L'importance de son rôle structurel dévoile les enjeux profonds de l'épopée médiévale.

  • À l'heure de la chute du Mur de Berlin, un préjugé tenace voudrait que l'engagement de Sartre, type même de l'intellectuel inauguré par Zola, n'eût été qu'une comédie des erreurs. La lecture de Les Mains sales permet de bousculer cette image d'Épinal trop commode. L'un des ressorts de la pièce est, en effet, la distinction entre situation simple et situation complexe. Le choix alors (sous l'Occupation allemande) était facile - même s'il fallait beaucoup de force et de courage pour s'y tenir. On était pour ou contre les Allemands. Aujourd'hui (1959) - et depuis 1945 - la situation s'est compliquée. Il faut moins de courage, peut-être, pour choisir, mais les choix sont beaucoup plus difficiles. Ici, Sartre plonge ses personnages, Hoederer, Hugo et Jessica, dans une situation où les jeux ne sont pas faits, celle de la Guerre froide. À cette complexité, a succédé celle, plus inextricable encore, de notre présent, qui ne semble pas même requérir le choix. Hugo, Jessica surtout, personnages en mouvement autour d'un Hoederer immuable, représentent sur la scène une complexité qui est devenue celle des années quatre-vingt-dix, et avec laquelle ils nous invitent à nous colleter.

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