Littérature générale

  • Fanfan et Petite-Fleur, inséparables frère et soeur. Leur enfance est un monde à part, magique et fragile comme une bulle de savon. Pour les consoler du deuil de la Babouchka, grand-mère tant aimée, la mère leur a raconté : Aux grandes marées, ceux qui n'ont pas oublié ceux qu'ils ont aimés, sont appelés par les sirènes. Cette nuit, Grand-Père est venu chercher Grand-Mère pour l'épouser pour l'éternité. Je te protégerai toujours, a dit Fanfan. On se quittera jamais, a promis Petite-Fleur. Un soir, tout bascule. Petite-Fleur rentre en retard. Chargé de la punir, Fanfan obéit et surtout il rit. Le coeur brisé, Petite-Fleur se sent étrangement vide et seule. Rejoindre sa Babouchka au pays des sirènes devient son but. Comment résister à l'appel des sirènes ? Dans la solitude, quel mât assez solide peut nous retenir à la vie ?

  • Comme chaque année, Lucile Séverac passe ses vacances dans la propriété de sa belle-famille. L'été, ici, est moite, oppressant, l'ordre des choses immuable, à peine ponctué par l'espoir, toujours déçu, de l'orage. Égarée dans cette vie de bourgeoise aisée, Lucile arrache au temps des bribes de vertige, vaines tentatives de reprendre possession d'elle-même. En un seul et bref été, elle recompose un monde, dont elle avait perdu la vérité, et se l'approprie par la grâce de Lorenzo, l'adolescent, dont la beauté viole son regard assoupi. Hallucinée dans son désir, Lucile Séverac fait le choix du plus fou des actes d'amour. La nuit fauve est le roman d'une passion, d'un assouvissement absolu, au-delà des limites où l'on peut encore continuer à vivre.

  • Dans la ville grise, couturée de chantiers, rôdent des bandes de chiens fous. Leur instinct les pousse à attaquer, de préférence, ceux-là même - passants égarés, mendiants de tous ordres - que leur solitude, leur innocence aussi, exposent à la sauvagerie de la horde. Ainsi en est-il de Thomas. Peintre raté, Thomas a décidé de représenter, sur une palissade de chantier, le Jardin des Délices de Jérôme Bosch, cette célébration païenne, colorée et joyeuse de la vie. Les événements le forcent à s'interrompre et à fuir... Dans ce qui devient une véritable descente aux Enfers, Thomas, cependant, n'est pas seul : une jeune Algérienne de dix-sept ans, Malika, l'accompagne, partagée entre cette folie qui l'emporte elle aussi, et la volonté de ne pas s'en laisser conter. Dans ce décor de cauchemar, où les chiens figureraient l'Esprit du mal, dans cette ville inhabitable, incompréhensible, surgit un enfant, Typhus. Lui veut sauver ce qui peut l'être des palissades, avant leur démolition. C'est d'ailleurs avec son regard, que l'auteur nous incite à voir dans le dénouement, tout autant que la promesse de l'aube, la fin d'un sortilège. D'une écriture tendue, dense et obsédante, ce roman singulier révèle un véritable écrivain.

  • La Palestine au temps de Jésus. Dans le vacarme de la Pâque, Jérusalem grouille de pèlerins, de marchands et de soldats. Emboîtant les pas du Christ dans les derniers jours de sa vie, ce roman nous fait pénétrer dans les méandres d'un plan secret tramé par Judas. La mort du crucifié bouleverse la ville. Ébranlée par un rêve prémonitoire, la femme de Ponce Pilate mène l'enquête dans l'entourage des disciples, et se retrouve face au linceul de celui qu'ils disent ressuscité... Vingt siècles plus tard, un vieux cardinal angoissé, doutant de la résurrection des morts, est, lui aussi, frappé par la vue du Saint Suaire. Bouleversé, il se lance, à son tour, dans une investigation qui le mènera beaucoup plus loin qu'il n'avait imaginé. Car, par-delà suspense et rebondissements, l'aventure scientifique du Suaire est déjà un roman en soi : de la science-fiction qui serait vraie. Orchestrée de main de maître par Hubert Monteilhet, l'intrigue de ce grand roman historique, entre épopée et enquête scientifique, est au service d'une confrontation féconde entre les Évangiles et la science.

  • C'est une histoire simple. Sara, ma fille, avait 23 ans. Elle était la joie de vivre. Un soir, lorsque je suis rentrée à la maison, elle avait disparu. Cela se passait dans les premiers jours de novembre. Je n'ai pas compris... Fugue ou enlèvement : la disparition d'un enfant est le drame que redoutent tous les parents. Quand elle découvre, abasourdie, que sa fille est tombée dans les griffes d'une secte, Marie Joly réalise, soudainement, qu'un tel malheur n'arrive pas qu'aux autres. Refusant de baisser les bras, elle ne cesse de se répéter : Tout, je ferai tout pour sauver Sara ! La seule arme de cette mère bouleversée : l'entêtement de son amour. Elle décide de retrouver, coûte que coûte, l'esclave muette et résignée qu'est devenue sa fille. Commence alors une lutte acharnée contre l'emprise affective et morale que la secte exerce sur Sara, prisonnière volontaire. Torturée par la peur, et puisqu'on ne peut compter que sur soi-même, l'auteur monte l'opération Sara, point de départ d'une aventure pleine de dangers, destinée à sortir sa fille de l'enfer. Le combat de la mère de Sara contre l'impossible, est une véritable leçon de vie, qui ne laissera personne indifférent. Car l'amour est encore la plus efficace des armes.

  • Imaginez que Louis XVI soit mort d'une chute de cheval, survenue le 3 juillet 1789, lors d'une partie de chasse, au lieu d'avoir été guillotiné le 21 janvier 1793. Eh bien, l'Histoire de France, et même la face du monde, en eussent été changées ! À commencer par la suppression - ni plus ni moins - de la Révolution française ! Bernard Quilliet, historien et romancier, s'est donc amusé à reconstruire une Histoire de France, selon un scénario parfaitement vraisemblable, qui nous mène jusqu'à l'élection de Mitterrand en 1981, mais avec bien des changements, cocasses et inattendus, par rapport à l'histoire officielle. Le livre qui en découle, est d'une drôlerie rare. Rendez-vous compte : Robespierre devenu saint et docteur de l'Église, Napoléon passé aux oubliettes, Victor Hugo pas même conçu puisque, faute de guerre de Vendée, son père ne put rencontrer Sophie Trébuchet !... Quant à Hitler, il devient un peintre français contemporain de Picasso, et la France, le pays qui a récolté le plus de médailles d'or aux Jeux olympiques. Si l'on ajoute que la langue française se retrouve langue universelle, à la place de l'anglais, et que les trois premiers hommes à marcher sur la Lune s'appellent Dupont, Durand, Dubois, voilà de quoi faire rêver et s'interroger. Au-delà du gag, s'impose une réflexion sur la manière de faire, défaire et contrefaire l'Histoire.

  • Lorsque Jeanne, après vingt ans de vie citadine, revient au village de son enfance, les habitants veulent voir en elle l'héritière de sa mère, qui fut une guérisseuse réputée dans cette province conservatrice. À cette confrontation avec des souvenirs pesants et ambigus, s'ajoute l'énigme de Daniel. Avant de mourir, cet homme, qui fut son amant, lui a transmis un journal intime. Jour après jour, Jeanne cherche à déchiffrer le mystère enfoui au creux de ces pages brûlantes. La trame romanesque se tisse, au rythme d'une double quête d'identité, celle de Daniel, celle de Jeanne. Le jeu des personnages fait affleurer des parcelles d'un univers secret : Jeanne, Daniel, Ida, Paul, Anne-Marie, Louis, Belette, autant d'êtres différents, réunis un instant par le destin, mais au travers desquels s'énonce une tyrannie de la mémoire qui nous concerne tous. Meurtrie par le présent, prisonnière du passé, Jeanne réussira-t-elle à rompre cette emprise du temps sur sa vie ? De la réponse à cette question, dépendent sans doute son salut et sa survie...

  • Xavier Lacroix s'est fichu dans un beau guêpier ! Chargé de procéder au contrôle financier d'une caisse de retraite guadeloupéenne, ce cadre métropolitain découvre rapidement de graves irrégularités. D'importantes sommes d'argent ont été détournées. À quoi et à qui ont-elles servi ? Lacroix enquête. Et il soulève de jolis lièvres. Des histoires politiques, des règlements de compte, des embrouilles. Il se retrouve, malgré lui, au centre d'un gigantesque imbroglio. Pire, pour les maîtres de l'île, il devient désormais une cible. L'homme à abattre... Aventure et action, sensualité et violence : dans la nuit créole, tous les coups sont permis. Un récit à couper le souffle, où les rebondissements les plus imprévisibles se succèdent à un rythme d'enfer. Le roman d'un homme. Le roman d'une île.

  • Lassés d'une guerre absurde, façon picrocholine, et de l'hypocrisie régnant dans leur petit village, quatre jeunes gens partent pour la capitale, à la recherche d'un destin. Zélie, Décembre, Ernest et le narrateur, tenteront de s'y découvrir par des moyens aussi différents que la médecine banale, la prostitution inspirée, la théologie appliquée, ou la poésie académique... Mais arrêtons-nous là, car un roman comme Le couteau court de Décembre n'est pas de ceux qui supportent d'être réduits à un résumé. Il faudrait, plutôt, parler de virtuosité stylistique, d'humour décapant, d'érudition même. Dans cette fable philosophique, ou ce conte surréaliste, comme on voudra, il s'agit, d'abord, de se fier à l'ironie qui, sous un propos d'apparence primesautière, titille de manière ravageuse certaines des préoccupations les plus aiguës de notre temps.

  • Cette histoire folle commence dans un lit. Situation banale : un monsieur vient de faire l'amour à son épouse. Il entend alors une voix. Une voix réprobatrice, surgie du centre de lui-même. Mi-griffe, mi-miel... Une voix unique, inoubliable. La voix de Zob qui lui dit : Plus jamais celle-là ! Embêtant, lorsque celle-là est votre femme ! Dès le lendemain, le monsieur quitte la dame. En Zob s'incarne son destin. Tout cela ne peut que mal finir... La chronique humoristique vire à la tragédie grecque, empruntant, chemin faisant, les allées buissonnières de la comédie de moeurs, du conte moral indécent à la Diderot, du récit biblique légèrement monstrueux ou monstrueusement léger, comme on voudra, du roman érotique moderne, où l'on retrouve l'ironie d'un Philip Roth ou la verve d'un Miller... En un mot, Le Livre de Zob est tout simplement de la littérature.

  • Roman d'aventures et roman d'une vie, fresque historique et politique, Souvenirs de guerres mortes est aussi l'une de ces oeuvres ambitieuses qui, au-delà de l'intrigue, donnent à réfléchir sur le sens de notre destinée, en ce XXe siècle de folie destructrice. De la guerre de Quatorze, aux ultimes guérillas d'Amérique latine, Jossef - héros né dans un shtetl des confins russo-polonais, orphelin victime d'un pogrom - traverse une époque déchirée entre les espérances en un monde meilleur, et les tourments de la violence. Il s'engage dans l'Armée Rouge, déserte, émigre en France, où il rencontre le grand amour, et milite en faveur du Front populaire, avant de partir pour l'Espagne défendre Madrid et la République. Jossef, devenu Pablo pendant la guerre d'Espagne, est loin d'en avoir terminé avec son existence errante, et ses rêves idéalistes qui le mèneront jusqu'au fin fond des Amériques. Attentif à tous les drames, à toutes les souffrances dont il est témoin, il continue, envers et contre tout, à prendre parti, à s'engager sans calcul ni réserve, afin de demeurer d'abord fidèle à lui-même. Dans cette démarche, sans cesse répétée, et jusqu'au dernier souffle, il reste lucide et refuse le leurre d'une quelconque vérité. Parfois seulement, il se sent emporté par l'ivresse de l'action... En ce sens, Jossef, alias Pablo, incarne, à la manière de certains personnages de Malraux, l'ambiguïté héroïque du XXe siècle.

  • Quand sa mère eut disparu, Diego, un vague goût de culpabilité sur la langue, se retrouva seul maître de lui-même, adulte enfin et malheureux de l'être. Plein d'effroi devant l'existence, il considérait son écrasant héritage : une beauté fastueuse et la fortune inépuisable, amassée par son père austère et redouté. Dès les premières lignes, le malaise s'installe. Traumatisé par la mort d'une mère qui ne l'aimait pas, Diego devra, pour trouver le chemin de la vie, faire le détour par les abîmes. S'enfermant en lui-même, faisant retraite, il s'emploie à construire cette personnalité qui lui manque. Mais devenir soi-même, se révèle un projet illusoire et dangereux : d'étranges mutations physiologiques entraînent Diego toujours plus loin, au point de se dédoubler, de se réincarner sous les traits de Fausto, un personnage qui vise à la sainteté, ignore la notion d'individu, et se consacre à l'altruisme absolu. L'instinct de conservation du vrai Diego pourra-t-il reprendre ses droits ? Ce récit faustien montre comment l'homme d'aujourd'hui, conduit aux portes de la folie, peut et doit retrouver le moyen de continuer à vivre.

  • De 1870 à nos jours, la Picardie a connu trois guerres, trois occupations. À partir des souvenirs, des Mémoires de sa famille, l'auteur nous fait revivre, au quotidien, l'existence rude et pittoresque de trois générations de Français. À moins de cent kilomètres de Paris, du côté de Noyon et Chauny, où tir à l'arc et paillardise tiennent lieu d'art de vivre, on a toujours aimé les histoires de cocufiages, les rixes dans les estaminets et, surtout, le petit blanc sec de Soissons, au goût de pierre à fusil... Au coeur du livre, la guerre de Quatorze naturellement, avec Ernest, grand-père et merveilleux conteur, Manlaïde l'arrière-grand-mère qui, à la veillée, raconte aux enfants des contes abominables sur le Kaiser Guillaume. Une fois encore, les Picards résistent, à leur manière, à l'envahisseur. Leur arme principale : l'humour, la force décapante du rire... Et, à cet égard, les aventures de la famille Quilliet sont d'une drôlerie irrésistible. Écrit avec une verve pétillante, un rare sens de l'humain, Un goût de pierre à fusil fera date dans l'histoire de la France profonde.

  • Sans doute le personnage central de ce roman - le cinquième de Salvat Etchart - peut-il être considéré comme un fou. Mais, si folie il y a, sa folie est bien banale, et sans doute n'est-il pas seul au monde à connaître de telles souffrances. Tout au long du roman, nous voyons le héros accomplir, sans faille, les tâches qui lui sont imposées. Ravagé par une passion amoureuse comme on croyait qu'il n'en existait plus, chacun de ses gestes, chacune de ses obligations, chacun de ses devoirs, cet homme déjà vieillissant les accomplit sans faiblesse. Salvat Etchart (Prix Renaudot très controversé en 1967), a rendu sensible cet enfermement mental où, de nuit comme de jour, les incertitudes d'une pensée souffrante et d'une souffrance que le personnage tente de penser, tissent la trame d'une obsession douloureuse. Ce roman soulève, avec le plus grand naturel, le voile qui cache toujours le principal de notre vie : Comment pensons-nous nos amours ? Rien n'est expliqué, rien n'est analysé, rien même n'est narré ou montré. Cependant, non parfois sans une grande gêne, on voit tout.

  • Inspirée librement du personnage de Louis Jouvet et d'un épisode de sa vie, L'odyssée du crocodile nous fait pénétrer dans les coulisses du théâtre, nous révèle les passions vécues derrière le masque du comédien. Le crocodile, c'est le surnom affectueux que ses amis donnent à Laurent Guérin, la cinquantaine, star de cinéma, metteur en scène et comédien de théâtre, parvenu au faîte de la renommée internationale lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale. Pour échapper aux pressions qu'exercent sur lui les Allemands et le gouvernement de Vichy, et pour arracher sa maîtresse, Béatrice Valmont, aux assiduités amoureuses d'un célèbre cinéaste autrichien, le Crocodile va se lancer dans une odyssée peu banale. En 1941, il entraîne toute sa troupe dans un long périple en Amérique du Sud, exil riche en rebondissements tragiques ou cocasses, et qui durera presque cinq ans... Roman d'une aventure personnelle, portrait d'une star exceptionnelle, L'odyssée du crocodile dépeint aussi la saga de comédiens confrontés à des événements historiques, où Molière et Marivaux devraient paraître bien légers. La planète flambe autour d'eux mais le théâtre passe avant tout...

  • Je me présente : Sébastien Bonnace. La quarantaine. Métier : entrepreneur de pompes funèbres. En clair, rien pour faciliter les contacts quand on vient de perdre la femme de sa vie dans un stupide accident. Veuf, timide et inconsolable, je ne voyais pas bien, dans ces conditions, comment, ni pourquoi, refaire ma vie sentimentale. Car, le pire, c'est que, depuis la tombe, ma chère épouse Gaby ne cesse de m'inviter à secouer mon inertie. Ce qu'il te faudrait, Sébastien, c'est une femme. Alors, malgré tout, j'ai fini par me lancer. Tout ce qui est humainement possible de faire pour tenter ma chance, je l'ai fait. Depuis les petites annonces du Chasseur français jusqu'à celles de Libération, sans oublier bien sûr Le Nouvel Observateur, ni de m'inscrire dans une agence matrimoniale. Six mois de rencontres, aussi imprévues que variées, ça vous change la vie d'un homme. Parce que, à moins d'être un cas absolument désespéré, vous êtes bien obligé d'apprendre les premiers rudiments de l'art de séduire ! Et je dois avouer que, sans les conseils de Gaby, je ne serais jamais arrivé à rien de très sérieux. En tout cas, jusqu'au jour où j'ai croisé le regard de la veuve blonde. Elle était le portrait craché de Katharine Hepburn. C'est vous dire si elle m'intimidait...

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • C'est toujours les vieux qui racontent leur histoire et ça cloue le bec aux jeunes, qui n'ont pas le temps d'écrire dans le bon français des livres. Mon histoire à moi, elle aurait commencé comme ça : Je suis née le 17 février 1969, parce que Rodolphe voulait que je lui rappelle le bon temps qu'il avait vécu en mai 68. Moi, je dis que c'est incompréhensif de faire des enfants pour avoir de bons souvenirs historiques. Ainsi débute le récit d'Alice, onze ans. Selon elle les grosses bêtises qu'on impute généralement aux enfants, sont plutôt le fait des adultes. D'abord, celles de sa mère - Aline - qui l'abandonna pour aller chercher aux Indes le baume mythologique qui la guérirait de son mal de vivre. De son père, Rodolphe, ensuite, qui prend Sartre pour le bon Dieu, Mai 68 pour le paradis perdu et la bouteille de vin triste pour compagne des jours de déprime. Au monde instable et dépressif de la plupart des adultes qui l'entourent, Alice, soutenue par Héloïse (image d'une mère généreuse, lucide et baroque), oppose un monde parallèle, dans lequel se combinent le réalisme prosaïque d'une petite bonne femme, et les rêves d'une fillette qui aurait bien aimé avoir Lewis Carroll pour grand-oncle. Mais le drame final - qu'elle a toujours pressenti - met un terme définitif à l'enfance. Alice aura subi l'épreuve de ce qu'elle appelle son roman noir, comme la Salamandre celle du feu.

  • Lucile aimait à se cacher. Je lui ai fait une solitude dans mon coeur, d'où elle ne sortira que quand je cesserai de vivre et, alors, nous serons l'un et l'autre oubliés, mais tel est mon destin ! Ainsi Chateaubriand parle-t-il de sa soeur dans les Mémoires d'outre-tombe, enveloppant d'un nouveau mystère la personnalité d'une femme dont, jusqu'ici, nous ne savions rien, sinon la place qu'elle occupait dans le coeur et l'esprit de ce frère génial. Qui était donc Lucile de Chateaubriand ? Une victime, sans aucun doute. Une victime de sa caste (la noblesse de province), de l'Histoire (la Révolution), de sa condition de femme, de son caractère tourmenté, fragile et passionné... Trop amoureuse de son frère pour trouver le bonheur elle-même, elle préfère le pousser entre les bras de sa meilleure amie, Céleste Buisson, plutôt que le perdre tout à fait. Libérée des geôles de la Terreur, accablée par l'infortune, elle se résout à épouser un homme de trente-sept ans son aîné et qu'elle n'aime pas. Tandis que François-René devient célèbre avec le Génie du Christianisme, Lucile écrit, dans la solitude, des contes que la postérité oubliera. Une malheureuse aventure sentimentale achevant de mettre un comble à son désarroi, Lucile choisit de fuir la vie, au couvent... puis dans la mort, à quarante ans. S'appuyant sur une documentation sans faille, l'auteur a écrit ce roman de Lucile de Chateaubriand avec une sensibilité, une vérité étonnantes. L'entreprise tenait pourtant du tour de force : ressuscitée, Lucile nous est révélée de l'intérieur, dans un récit écrit à la première personne. Comme si, à son tour, elle nous avait laissé ses Mémoires d'outre-tombe, ultime revanche sur le destin...

  • Lors d'un séjour à Palerme, un jeune écrivain tente de retrouver l'inspiration qui lui fait momentanément défaut. Descendu au Grand Hôtel et des Palmes, il se heurte à certains personnages énigmatiques (le portier, la serveuse) qui lui livrent, sans qu'il le veuille, les pièces d'un puzzle dessinant la silhouette d'un individu étrange, dont on lui cache le nom : Raymond R. Au fil des jours, ce fantôme du Grand Hôtel et des Palmes, prend une épaisseur telle qu'il finit par hanter, jusqu'à l'obsession, la conscience du jeune écrivain. Peu à peu, ce dernier acquiert la certitude que ce Raymond R. est, en fait, le célèbre écrivain Raymond Roussel, l'excentrique auteur d'Impressions d'Afrique et de Locus Solus. Ce roman, particulièrement original, se présente à la fois comme une enquête sur un personnage fascinant, et comme la quête d'un auteur en mal de sujet. Le mystère Roussel - sa vie légendaire, sa mort tragique en 1933 dans un palace sicilien - n'est-il pas au centre des grandes interrogations de la littérature contemporaine ?

  • Pierre-Marie Lettrin est journaliste au service Informations générales d'un grand quotidien parisien, lorsque les gendarmes viennent le chercher, à son domicile, un matin de mai. Quarante-huit heures plus tard, il se retrouve incarcéré au quartier bas d'une des plus vétustes maisons d'arrêt de France, la Santé. Mais il veut croire encore à une simple erreur policière. Seulement, la machine est lancée. Il va alors découvrir et partager le sort de tous les hommes - ou femmes - innocentés chaque année après avoir subi, souvent par excès de zèle ou indifférence des magistrats, les irréversibles atteintes morales de la prison. Rythmé comme un polar, tour à tour effrayant, émouvant ou drôle, ce reportage authentique décrit, avec une précision saisissante, l'exaspération de l'attente, l'angoisse vertigineuse de l'incarcération absurde. Et tandis que défile, au jour le jour, la radiographie minutieuse de 2 661 heures d'enfermement, Un tunnel sous l'été tisse, en filigrane, autour de Catherine, passion omniprésente par-delà les murs, un vrai roman d'amour.

  • Martine Verdier, jeune interne en médecine, fait l'apprentissage de la vie, à travers les servitudes et les grandeurs de sa profession. Confrontée aux réalités journalières de l'hôpital - urgences, gardes de nuit harassantes, médecine quotidienne, ou utilisation des techniques de pointe, folklore des salles de garde, etc. -, elle va apprendre, à ses dépens, qu'il est encore difficile d'être une femme, dans un monde où la suprématie masculine triomphe. Une série de portraits de grands patrons, tantôt odieux et arrivistes, tantôt humains et passionnés par leur métier, vient compléter cette peinture du monde hospitalier parisien. Martine découvrira, avec surprise, un autre visage de son travail, en remplaçant pendant trois semaines son père, médecin de campagne. Mais Docteur Martine Verdier, ce n'est pas seulement la description fouillée d'un milieu, c'est également une riche fresque humaine, avec son poids de bonheur et de larmes. Martine, tendre, amoureuse, fera, par deux fois, les frais de l'ambition professionnelle des hommes qu'elle a choisis. Docteur Martine Verdier : un roman chaleureux, émouvant, avec pour toile de fond la médecine. Le roman aussi d'une femme d'aujourd'hui, qui parvient à trouver son équilibre sentimental et professionnel, mûrie par ses expériences successives.

  • Un soir de vent et de pluie, on découvre, à l'embouchure du Rhône, le corps de Louis Pergolletti, dit Pergo, député communiste et membre du Comité central du Parti. Le jeune secrétaire d'un maire communiste enquête sur cette mort dérangeante. Remontent alors à la surface des pans entiers de la vie du disparu, de son itinéraire politique et sentimental... Autour du drame, évolue tout un monde étrange et finalement méconnu, celui des militants. Si Un hiver de notre histoire parle de politique, ce n'est pas, pour autant, un livre politique. Il y a, certes, une évocation des crises auxquelles est confronté le PC depuis quelques années mais, ce qui séduit davantage ici, c'est le portrait d'hommes et de femmes confrontés à un vécu quotidien, où désirs et sentiments finissent par l'emporter sur l'idéologie. Roman autobiographique, Un hiver de notre histoire ne se livre à aucune espèce d'apologie ou de réquisitoire. Simple constat, traversé d'une émotion blessée mais intacte, ce livre pourrait être le manifeste de toute une génération. Comme si les enfants de Mai 68 demandaient des comptes à leurs pères, sur leurs rendez-vous manqués avec l'Histoire...

  • Tlapallán, quelque part en Amérique centrale, entre jungle et océan. Tlapallán - souvenez-vous -, dans la mythologie indienne, c'est le lieu où mourait Quetzalcoatl, le dieu-serpent à la peau blanche. Tlapallán, la ville où se joue aujourd'hui le destin de trois hommes et d'une femme. Il y a George-Luis Conors, un ingénieur anglais, travaillant sur les plates-formes pétrolières installées au large de la petite cité. Il y a Jesus Cruz, alias Julián Martinez, une étrange figure de poète subversif, recherché et pourchassé par la police politique de la junte militaire. Il y a Jean dit l'Albinos. À la recherche des racines profondes de son peuple, cet Indien à moitié clochard joue le rôle du bouffonshakespearien, celui qui dit la vérité. Mais il incarne aussi l'image révolutionnaire d'un Quetzalcoalt ressuscité. Enfin, il y a Josepha, la femme, une métisse, star du bordel local, et qui va servir de détonateur à toute l'histoire, provoquer haines et passions, espoirs et insurrections.

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