Littérature traduite

  • Jackson est le gars le plus candide d'Harlem, pour ne pas dire demeuré. Et dans le coin, il y a un tas de dégourdis qui commencent par lui étouffer son pognon. Sa petite amie, Imabelle, une fille superbe à la peau couleur de banane, l'entube comme c'est pas permis. Enfin, son frère, qui est bonne soeur dans le civil, cherche aussi à le posséder. Seulement Jackson, lui, c'est un bon chrétien. Y a que la foi qui sauve et il a tout à fait raison de croire aux miracles.

  • C'est à la lance d'incendie que «Doux Prophète», le thaumaturge noir, baptise ses adeptes rassemblés dans une rue de Harlem.
    La fanfare joue quelques cantiques sur un rythme de rock and roll, et les fidèles assaillent alors le saint homme.
    Alberta, la cuisinière, lui fait bénir une bouteille d'eau et, après en avoir bu une bonne goulée, s'effondre raide morte.
    Panique, bousculade, enquête. Mais «Doux Prophète» a plus d'un tour dans son sac...

  • Cercueil et fossoyeur

    Chester Himes

    « - C'est ici à Harlem, parmi les gens de couleur, que le taux de criminalité est le plus élevé au monde. Et il n'y a que trois façons de procéder : ou bien on fait payer les malfaiteurs - et ça, vous n'en voulez pas ; ou bien on paie les gens suffisamment pour qu'ils aient une vie décente - et ça, vous ne le ferez pas ; si bien qu'il ne reste qu'à les laisser se bouffer entre eux. »
    Ainsi s'exprime l'inspecteur noir Jones, dit Fossoyeur, répondant à l'accusation du sergent Anderson, qui le soupçonne, lui et son collègue Ed Cercueil, d'avoir la gâchette un peu facile et une idée toute personnelle sur la manière de faire régner l'ordre à Harlem.
    Le génie de Chester Himes, dans ces huit romans où la brutalité le dispute au pittoresque, est de saisir Harlem au moment critique où les Noirs, excédés par la ségrégation, les brimades de la police, la misère et les bas salaires, vont basculer... Gangsters, dealers, charlatans, prophètes, proxénètes et patrons du jeu tiennent en otage la population du ghetto sur laquelle s'abattent tous les fléaux. Cercueil et Fossoyeur, qui appartiennent corps et âme à Harlem, ont un pied dans chaque camp : celui des Blancs qui usent et abusent de la loi, celui des Noirs où les deux justiciers se servent de la loi pour protéger les Noirs d'eux-mêmes et les empêcher de « se bouffer entre eux ».

  • Sur la façade d'une maison en ruine de Harlem, dangereuse pour les passants, où seules des bonnes soeurs noires aux cheveux courts passent régulièrement, au point de faire croire aux voisins qu'il s'agit de l'annexe d'un couvent, est apposée du jour au lendemain une pancarte demandant des «Femmes fertiles». Deux flics intrigués réagissent et vont voir. Tout est cassé. L'endroit qui semblait désert grouille de monde. Un révérend habite là. Il a cent ans, est mormon, black, et accumule femmes et enfants. La perquisition rapide dévoile dans la cave trois monticules suspects. Trois cadavres de femmes. John Fossoyeur et Ed Cercueil vont entrer dans la danse. Cette affaire s'ajoute aux autres dans un Harlem qui n'en finit pas de surprendre, où il est impossible de finir une ronde tranquille.

  • Les deux tomes de cette édition représentent la collection la plus complète à ce jour des nouvelles de Chester Himes.
    Sur les soixante-deux nouvelles, quatorze sont inédites. Les autres, parues dans diverses éditions françaises, ont été retraduites pour les présents volumes. Il manque quelques textes pour qu'il soit possible de parler de collection complète, mais les lecteurs auront la surprise de découvrir un Chester Himes différent de celui popularisé sur la fin de sa carrière par les romans de la Série Noire. Les années de prison qui ont marqué la jeunesse de Chester Himes y sont, en effet, plus présentes que dans le reste de son oeuvre.

  • Dans un parking de Harlem, le révérend O'Malley a réuni une centaine de familles pour leur prêcher le retour en Afrique contre un modeste pécule de 1000 dollars.
    Soudain, sorti de nulle part, un camion conduit par un Blanc fonce dans la foule et embarque le magot de 87000 dollars. Ed Cercueil et Fossoyeur Jones vont bien sûr courir après l'argent volé, mais dans Harlem, tout peut arriver : des escrocs déguisés en pasteurs, des prostituées en bonnes soeurs et, bien sûr, assez de cadavres pour saturer les services de la voirie.

  • En 1937, Chester Himes fraîchement libéré d'une peine de sept ans purgée au pénitencier d'Etat de l'Ohio pour vol à main armée, vient de terminer son premier roman.
    Yesterday Will Make You Cry. Tour à tour brutal et lyrique. mais toujours d'une honnêteté scrupuleuse, il y raconte l'histoire autobiographique du passage du jeune Jimmy Monroe dans un système carcéral qui poussa à bout les limites de sa santé mentale, de sa résistance à la souffrance et de sa conception de l'amour. Étonnamment candide sur tout ce qui touche au racisme, à l'homosexualité et à la corruption régnant dans les prisons, le livre demanda seize ans et quatre réécritures pour être enfin publié en 1952, dans une version considérablement altérée, sous le titre Cast The First Stone (Qu'on lui jette la première pierre).
    Même dans sa version chamboulée, il fut accueilli comme un chef-d'oeuvre sardonique d'avilissement et de transfiguration. Cette édition présente pour la première fois le roman tel que Chester Himes voulait qu'il soit lu, entièrement intact dans son honnêteté crue et son effrayante compassion.

  • Comme la plupart des romans américains contemporains, la croisade solitaire est écrit avec le plus absolu souci de réalisme, donnant une version cruelle des faits, sans excuses, ni concessions.
    J'affirme très nettement que ces pages sont les premières à donner une peinture d'une indubitable authenticité quant aux rapports entre les noirs, les communistes et les syndicats. l'attitude raciste du prolétariat américain choquera sans doute le lecteur français. mais il ne faut pas oublier que les syndicalistes américains sont des hommes comme les autres, qu'ils ont en partage les qualités et les défauts d'une nation jeune, mal dégrossie, violente et désordonnée qui n'a pas encore bien conscience d'elle-même et qui, à bien des égards, peut à peine être appelée "nation" tant sont vastes et diverses ses réalités sociales, raciales et géographiques.
    Dans la croisade solitaire, l'amérique ne nous est pas dépeinte par un propagandiste à la solde de l'état ni par un prophète inspiré de dieu, mais par un jeune artiste noir dont la seule passion est de dire la vérité telle qu'il la voit et la sent. ce livre [. ] n'est ni anti ni procapitaliste, il est tout simplement humain. j'en recommande vivement la lecture aux français qui désirent enfin être éclairés sur une phase cruciale de la vie américaine.
    (richard wright, 1952).

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