Christine Ollier

  • Durant ces quatre dernières décennies, le sujet « Paysage » est devenu une des problématiques majeures de la photographie contemporaine. Christine Ollier livre ici un important essai d'histoire de l'art autour de cette problématique. Outre cette étude, ce livre laisse une grande part aux reproductions avec plus de 200 oeuvres de plus de 70 artistes français et étrangers. Cette tentative de synthèse a été réalisée à partir des nombreuses oeuvres présentes dans les collections publiques françaises. Le paysage est devenu un des creusets de la pensée artistique contemporaine. La théorie de Pline de cosa mentale peut être considérée comme le fondement de cette pensée. La cosa mentale est reprise comme titre générique de cet ouvrage car il pointe idéalement à la fois le caractère objectal du sujet et la dimension culturelle de notre perception qui induit indubitablement une mise en forme conceptuelle et esthétique. Bien entendu, les notions philosophiques qui structurent le paysage aujourd'hui se sont complexifiées et les différents courants esthétiques de notre modernité et les apports des technologies de l'image en ont élargi la vision. Cet ouvrage donnera à voir un certain nombre de démarches artistiques exemplaires mettant en avant la complexité et la richesse de ce courant photographique contemporain se découpant en quatre grandes parties : paysage document, paysage critique, nouvelles subjectivités et le nouveau pittoresque.

  • «SMITH est artiste « depuis son plus jeune âge », comme l'énonce si justement cette expression. Nous nous sommes rencontré(e)s peu de temps après son diplôme de l'Ecole nationale de photographie d'Arles. C'était son deuxième diplôme, pas le dernier. Il y avait déjà eu Hypocagne, puis un Master en Philosophie, et il y aurait celui du Fresnoy les années suivantes. C'est d'ailleurs au cours de ces dernières que SMITH fit son entrée à la galerie Les filles du calvaire, dont j'ai été la DA pendant plus de vingt ans.
    Je découvrais SMITH lors d'une exposition personnelle qui mettait en évidence une approche sensible de son entourage. Les portraits et les paysages de divers formats, associés dans l'accrochage offraient une délicate ouverture sur un monde jeune et fragile d'êtres humains en devenir de leur genre et de leur identité. C'était personnellement la première fois que je faisais face à un travail aussi juste, porté par une véritable complicité, tout en étant associé à une mise à distance.
    Ce sujet est habituellement traité avec provocation et une relative démesure, comme si ce « milieu » ne pouvait vivre que dans une atmosphère brutale et uniquement selon un mode protestataire. Chez SMITH c'était tout le contraire. Du coup, le message passait selon un mode humaniste et le geste devenait poétique. J'ai adoré cela. Sans doute, il y avait-il correspondance avec mon propre cheminement.
    On me dit souvent punk, féministe et militante, alors que je suis certes un peu rock'n roll mais surtout éthiquement engagée, généreuse et humaniste, selon l'ancien sens renaissance de ce terme. J'ai dépassé il y a bien longtemps mon désespoir vitupérant d'anarchiste utopiste adolescente. Mais ce passé ainsi que douceur humaniste ont pu éventuellement nous rapprocher.
    Ce soir-là nous discutâmes longtemps derrières les étagères. SMITH était incroyablement timide et pourtant si présent(e) lors de ce discret face à face. J'eus une tendre attirance intellectuelle pour cette jeune et fragile personne dont le cerveau semblait tourner à cent à l'heure.
    Cet(te) artiste capte ce qu'il/elle voit à travers son prisme de vie, sans jugement ni hiérarchie, juste sa propre distance au réel - parfois avec beaucoup d'innocence. L'intime de sa vie se mêlait totalement à son travail à l'époque. Aujourd'hui c'est un peu différent, car si ses modèles sont toujours ses muses, elle a tendance de plus en plus à les choisir, à les séduire plutôt qu'à les recruter, pour qu'ils adoptent et s'immergent dans son univers fictionnel. Celui-ci peut alors prendre alors le pas sur la réalité de leur être, comme si l'artiste leur offrait une vie parallèle... Nous en reparlerons».
    Christine Ollier (extrait de la préface).

  • A l'instar des carnets de voyages de l'anglais Bruce Chatwin qui nous ont livré une vision incroyablement sensible et humaniste d'un monde aujourd'hui à jamais perdu, l'errance photographique de Matt Wilson, lui aussi globe - trotter anglo - saxon, produit par fois quelques images des différents pays qu'il parcourt sans à priori, et selon l'humeur et les rencontres.
    Peu nombreuses certes, mais si particulières, ces photographies modestes, voire anodines, dans leur sujet sont, de plus, présentées - à l'encontre des tendances actuelles de la photographie contemporaine - , dans de si petites dimensions que nous sommes obligés de nous arrêter pour les scruter de plus près. L'image est la plupart du temps quelque peu endommagée à cause des films parfois hors d'usage que l'artiste utilise. Le résultat visuel est opalescent avec un grain très présent et une lumière décadente provoquant des zones d'ombres intimistes dans les scènes nocturnes ou un rendu charbonneux et embrumé dans les paysages diurnes. Cette technique de prise de vue « aléatoire », qui intègre l'accidentel à la vision photographique, fonde le langage de Matt Wilson. Tout ceci finit par nous troubler la vue pour, petit à petit, nous aimanter et nous faire basculer dans un univers poétique et hors du temps.
    Au fur et à mesure, cette écriture structure l'ensemble par une trame visuelle, vaguement narrative, qui nous mène dans des contrées fictionnelles à la limite d'un rêve éveillé.

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