Isabelle Alfandary

  • La littérature occupe dans le champ du savoir et l'institution universitaire une place instable et singulière. Elle n'est pas réductible à un discours, son rapport à la science et à la vérité est difficilement tenable. Depuis l'Antiquité, elle est un sujet de débat pour une autre discipline - autre discipline justement née de la séparation épineuse d'avec elle : la philosophie. La littérature brouille les frontières ontologiques et catégorielles, rend indécidables les identités.
    Toute sauf intemporelle, la transmission de la littérature est aujourd'hui en question à l'heure où les enseignements de littérature diminuent, où des départements de lettres ferment dans le mouvement plus général de recul des sciences humaines. Même dans les lieux où elle continue d'être enseignée dans des cadres institutionnels, sa lecture et sa valeur posent problème. Comment aborder la littérature ?
    Peut-on tout donner à lire ? Quelle est son exemplarité documentaire, culturelle ou historique ?
    L'enjeu du présent ouvrage collectif qui réunit d'éminents lecteurs et des enseignants de littérature et de philosophie sera d'interroger l'hypothèse d'une littérature entendue dans son inconditionnalité. C'est de l'exceptionnalité de la littérature, de la singularité de son geste, de l'énigme de son impouvoir qu'il est ici question.

  • Jacques Derrida et Jacques Lacan se seront peu fréquentés, auront peu échangé, si l'on s'en tient du moins à la stricte biographie. Une relation pourtant les lie qui intéresse dans leurs oeuvres respectives le statut singulier et fondateur de la trace et de la lettre. La psychanalyse n'a pas cessé de hanter la pensée de Derrida, la figure de Lacan y étant fréquemment convoquée. Lacan quant à lui a croisé le fer tout au long de son enseignement avec l'histoire de la philosophie, se gardant de prononcer le nom de Derrida qu'incontestablement il avait lu : entre psychanalyse et déconstruction des intuitions communes, des pratiques affines, des liens intimes et complexes méritent d'être examinés au prisme de la question de l'écriture et à la lumière de la pensée freudienne, dont la lecture inspire et informe l'oeuvre de Lacan comme celle de Derrida, les partage et les oppose irréductiblement.

  • Certaines oeuvres du modernisme américain se définissent par leur "parti pris de la lettre".
    La langue est affrontée en leur sein au risque de l'écriture. En effet, si la littérature moderne est écrite, si les oeuvres postérieures à l'invention de l'imprimerie sont faites d'encre et de papier, toutes n'ont pourtant pas l'écriture pour objet. Conscientes de leur caractère matériel, de leur aliénation à la lettre, les oeuvres de Gertrude Stein, E E Cummings et John Cage jouent et se jouent essentiellement de leur condition.
    L'usage non transitif qu'elles font de l'écriture est l'occasion d'une mise en scène édifiante sur la page. Elles démasquent chemin faisant le réel d'une activité qui n'a rien d'évident : ni purement formalistes, ni simplement expérimentales, elles interrogent radicalement ce que lire et écrire veulent dire et mettent la littérature au pied du mur et en demeure de répondre.

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  • Science et fiction chez freud - quelle epistemologie pour la psychanalyse ? Nouv.

  • Une réévaluation collective du rapport de Gertrude Stein aux arts, qui permet de complexifier les rapports entre écriture et arts visuels dans son oeuvre.

    De profondes affinités lient Gertrude Stein aux arts, qu'ils soient visuels, plastiques, vivants. La sensibilité esthétique de Gertrude Stein a fait d'elle non seulement l'amie et la mécène des plus grands artistes du XXe siècle, mais également l'auteur d'une écriture qui répondait, dialoguait continûment avec les arts de son temps et l'histoire de l'art. Même si c'était la volonté de Stein de créer des liens entre écriture et arts, ce rapport ne serait qu'imparfaitement relaté si on s'en tenait à l'évidente sur-présence de la peinture et de la sculpture dans sa vie. Outre les études novatrices sur la relation de Stein à Duchamp et Picabia, outre les études sur la construction du mythe de Stein en peinture et la réception de ses écrits par les artistes, ce volume cherche à couvrir un terrain plus étendu, qui va de la photographie au cinéma. Ainsi, cet ensemble d'études cherche à réévaluer le rapport de Gertrude Stein aux arts et à complexifier les rapports entre écriture et arts visuels dans son oeuvre.

  • Où est passée la pensée de Nietzsche aujourd'hui, qu'est-elle devenue? Le siècle entamé semble si peu «nietzschéen», aux antipodes de ses avancées et de ses audaces, que l'inactualité de sa pensée peut être le signe d'une promesse d'avenir.
    Dans cet ouvrage, nous entendons interroger l'héritage nietzschéen ou la pluralité contradictoire des lectures que Nietzsche a suscitées au long du XXe siècle: qu'il s'agisse d'influences explicitement reconnues ou de «l'angoisse d'influence», pour reprendre l'expression d'Harold Bloom, qui s'est manifestée dans de nombreuses oeuvres postérieures.
    Le rapport inédit que le texte nietzschéen inaugure entre la pensée et la vie, la critique et le soupçon qu'il insinue irrémédiablement dans l'édifice métaphysique et ses concepts cardinaux d'Etre, de Vérité, de Morale et de Conscience ne sont pas restés sans effets sur les générations de penseurs et de créateurs qui l'ont suivi.
    Pour inventer une tout autre philosophie, libérée des erreurs et du mépris de la chair, de l'ignorance de la musique et de la littérature, Nietzsche a mis son corps, sa vie et sa pensée en scène et à l'épreuve de la folie d'un athéisme radical. Il représente à plus d'un titre, aujourd'hui comme hier, une énigme porteuse d'avenir.

  • La littérature brouille, bouscule et affole les catégories aussi bien sexuelles que littéraires, répand la différence dans le genre et dans les genres, déjouant les binarités et les identités, compliquant les termes de la différence. Ces catégories que l'on tient pour atemporelles et intangibles sont soumises à l'épreuve de variations historiques, de renversements, de complications multiples et discontinues.
    Les articles de ce volume, qui vont de la période élisabéthaine à la période contemporaine, interrogent les relations qui unissent genres et genre pour les travestir, les subvertir, les épuiser, en mésuser, les faire devenir toujours autres.

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