Jean-Christophe Bailly

  • Écrits entre 1978 et 2011 et repris ici tels quels, les carnets que réunit ce livre donnent consistance à l'expérience que fut la découverte des États-Unis, et de New York en premier lieu, pour un auteur que l'on n'attendait pas forcément sur ce terrain, loin des « anciens parapets » de la vieille Europe. C'est donc la notation qui en est le principe actif - le pari étant que, par son côté brusque et spontané comme par son rapport distant à la volonté d'oeuvre, elle ait un pouvoir de résonance spécifique.

    Mais l'Amérique évoquée au long de ce film discontinu, qui fonctionne comme une sorte de planche-contact verbale, existe-t-elle encore ? Peut-être ou peut-être plus ; du moins est-elle ici au rendez-vous, vivante.

  • Jean-Christophe Bailly nous a confié les pages enchantées de ses carnets grecs écrits entre 1974 et 2016. Il écrit le pays comme il le regarde, avec clairvoyance, plaisir et émotion, s'interrogeant sur les raisons toujours mystérieuses qui font d'une terre une nation. Il sonde le passé et le présent en se laissant porter par les impressions les plus immédiates tout en variant les angles d'approche. Parfois il arpente les îles dans le vent, parfois il regarde Athènes de sa fenêtre et parfois depuis l'Iran.

    Les textes qui composent ce livre ( journaux de voyage, cartes postales, poèmes en prose et brefs essais) ont tous trait à la Grèce et donnent, comme les reflets de lumière sur la mer agitée, une image mobile, diffractée, vivante.

  • Qu'est-ce que la France ? Cette question, trop souvent laissée aux xénophobes, Jean-Christophe Bailly la reprend à sa manière. Avec une méthode particulière : sillonner le pays, et tenter à chaque étape, de saisir l'essence d'un lieu en quelques lignes. De Toulouse à Strasbourg, en passant par la Cité universitaire internationale ou le bordelais, il fait ressortir les histoires qui imprègnent les paysages de la France.

  • Caractériser la force avec laquelle une image, devant nous, se souvient et celle avec laquelle elle nous demande d'identifier ce dont elle est le souvenir : tel est le propos de ce livre - ce qui veut dire qu'il considère l'image, toute image, comme une énigme et comme l'espace incarné d'une expérience qu'il appartient à ceux qui la voient (regardeurs de Duchamp, regardants de Poussin !) de refaire. L'imagement nomme aussi bien les processus qui conduisent aux images que les chemins qu'elles suivent pour instiller dans la pensée la puissance de leur silence. « Toute image est une maison hantée, toute maison est hantée par les images ».

    Étoilée en treize chapitres, l'enquête traverse toutes les époques de l'art et parcourt les modes les plus variés de constitution de l'image.

  • En 2007 Jean-Christophe Bailly a publié aux éditions Bayard Le versant animal, un essai dans lequel il expliquait pourquoi la question animale était devenue absolument centrale - pour lui-même, bien sûr, mais aussi pour tous ceux que la diversité fascine et que les menaces qui pèsent sur elle inquiètent. L'influence exercée par cet essai l'a conduit à revenir sur la question à maintes reprises, en France, mais aussi aux États-Unis. C'est l'ensemble de ces interventions, ainsi que deux textes un peu plus anciens, que le livre réunit.
    Pourtant, même s'il s'agit en effet d'un recueil où la question animale est déclinée sous des angles d'approche différents, Le parti pris des animaux, dont le titre, clairement « cite » Le parti pris des choses de Francis Ponge, suit un seul et unique fil conducteur, celui de la singularité animale et de la façon dont elle s'adresse à nous : par des signes et des comportements qui écrivent sous nos yeux la respiration multiple et infinie des existences. Qu'il s'agisse de réfléchir sur la forme animale ou sur le vivant tout entier, le livre, philosophique sans doute, reste toujours au contact d'une dimension concrète et sensible. Une attention spéciale est portée au fait que les animaux n'ont pas de langage.
    Régulièrement décrite comme une infériorité marquant, à l'inverse, l'incontestable suprématie de l'homme, cette absence est ici envisagée comme une forme d'expérience et comme une relation au sens dont l'homme, justement, le beau parleur, aurait beaucoup à apprendre. « Les animaux sont des maîtres silencieux » dit l'un des chapitres du livre. Chaque animal est envisagé comme une piste, une ligne que la pensée peut suivre. Mais dans un monde en proie à une course effrénée à la croissance malmenant les espèces avec cynisme et violence, il est naturel qu'un plaidoyer pour les animaux, et pour l'attention qu'on devrait leur porter, prenne une signification politique. Loin d'être comme une ombre portée, cette dimension traverse tout le livre.

  • L'oeuvre de Jean-Marc Cerino fait totalement écho aux préoccupations du directeur de collection et auteur de nombreux textes sur l'image. Dans La Reprise et l'Éveil. Essai sur l'oeuvre de Jean-Marc Cerino, Jean-Christophe Bailly explore différentes facettes de l'expérience de l'image.
    La force de son texte tient dans l'incessante circulation entre micro et macro observation : de la narration du travail d'un artiste spécifique à la place qu'occupe l'image tant dans nos quotidiens, dans l'histoire de leur utilisation, que dans l'histoire elle-même. Dépassant le cadre de la monographie, Jean-Christophe Bailly évoque la musique, le cinéma, l'histoire, les mouvements sociaux, la politique ou la mort, tout cela en partant des images de Cerino qui elles-mêmes traitent de ces thèmes. Faites de strates, ses peintures s'originent dans des photographies - la photographie comme archive, la photographie comme document. Les peintures de Jean-Marc Cerino sont en quelque sorte des réflexions sur la nature des images.

  • L'expérience troublante qui nous fait quelquefois croiser le regard d'un animal est au coeur de cet essai nourri de textes littéraires et de tableaux, écrit par le philosophe, poète, éditeur, homme de théâtre Jean-Christophe Bailly. Si les animaux, à proprement parler, ne pensent pas, ils sont doués d'une "pensivité" qui trouble les frontières, inquiète nos certitudes et notre suprématie. L'auteur explique dans ce livre très émouvant, très profond, pourquoi la question animale est devenue absolument centrale, pour lui-même, bien sûr, mais aussi pour tous ceux que la diversité fascine et que les menaces qui pèsent sur elle inquiètent.
    L'influence exercée par cet essai l'a conduit à revenir sur la question à maintes reprises, en France, mais aussi aux Etats-Unis. "Les animaux sont des maîtres silencieux" dit-il. Chaque animal est envisagé comme une piste, une ligne que la pensée peut suivre. Mais dans un monde en proie à une course effrénée à la croissance malmenant les espèces avec cynisme et violence, il est naturel qu'un plaidoyer pour les animaux, et pour l'attention qu'on devrait leur porter, prenne une signification politique.
    Jean-Christophe Bailly est philosophe et écrivain, et a longtemps enseigné à l'Ecole nationale du paysage de Blois. Il est l'auteur notamment du livre Le parti des animaux (Christian Bourgois), de plusieurs petites conférences aux éditions Bayard.

  • « Mai 68 fut une convergence, c'est comme si des milliers de petites rigoles avaient abouti au même point, formant un lac d'impatience qui ne pouvait que déborder ».

    En 2004, à la suite de la publication de Tuiles détachées qui était un récit autobiographique, Jean-Christophe Bailly avait commencé la rédaction d'un texte personnel sur les événements de mai 68 qu'il n'avait pas achevé alors. Il le reprend aujourd'hui, en ajoutant des notes, des précisions et une postface.

    On ne trouvera pas dans ce texte les réunions syndicales étudiantes, ni les AG dans les amphithéâtres, ni les bagarres, ni les distributions de tracts devant les usines, ni le calendrier précis des événements. Jean-Christophe Bailly nous propose plutôt un récit personnel presque à demi-rêvé, des images resurgies de sa mémoire, cinquante ans après : le regard d'un jeune étudiant de Nanterre sur ces événements qui ont marqué la France.

  • L'auteur livre ses impressions et dresse un portrait de la ville de Marseille.

    « Le portrait urbain que j'ai tenté puise d'abord sa raison d'être dans le plaisir que j'ai eu à divaguer dans les rues de cette ville à la fois imprévisible et fidèle à ses clichés, qui jamais en tout cas ne m'a déçu, même s'il a pu arriver qu'elle me soit hostile, chaque arrivée à la gare Saint-Charles ayant toujours eu le sens - peut-être parce qu'alors, du haut des escaliers qui rejoignent le boulevard d'Athènes, on domine la ville - d'un atterrissage dans la réalité : comme si à Marseille, la réalité ou l'épaisseur qui s'y attache, via les choses et les êtres, était un peu plus réelle ou plus dense qu'ailleurs. »

  • Élargir, c'est agrandir, mais c'est aussi libérer ce qui était détenu. À partir de la « poésie élargie » de Novalis, ce livre forme une boucle dont le poème est le noeud. Ce qu'il envisage, c'est une sortie hors des limites, non seulement du poème et de la littérature, mais aussi des hommes, confinés dans les enclos qu'ils se sont donnés. L'indice et l'écho, le ricochet, la connexion, la résonance et l'évasion - tels sont les mots clés de cet élargissement proposé ici comme méthode.

  • Quatre pistes distinctes, ayant toutes à voir avec le Pays de Galles, forment la matière de ce livre. Chacune d'entre elles est ici dénommée aventure. La première reconstitue l'incroyable histoire de Thomas Jones, ce peintre qui en 1782, à Naples, inventa l'art moderne avant de se retirer incompris dans sa ferme du Radnorshire. La deuxième tente d'identifier le geste poétique que formèrent l'oeuvre et la vie de Dylan Thomas, le génial enfant de Swansea, le « Rimbaud de Cwmdonkin Drive ». La troisième suit les pas de W.G. Sebald, dont le livre Austerlitz comprend un pan gallois sur lequel se projettent, au sein même de l'exil qu'il raconte, les images d'un séjour transfiguré. La quatrième et dernière se déroule dans les vallées du sud, parmi les vestiges d'un monde qui fut celui des mineurs de charbon et que de parfaites images (dues à Robert Frank ou Eugene W. Smith) fixèrent en son temps.

    Ainsi peinture, poésie, récit et photographie, réunis par une identique volonté de saisie et de vérité, permettent-ils d'aborder de l'intérieur cet ouest absolu qu'est le Pays de Galles. Chemin faisant, le livre est aussi une réflexion sur le rapport entre réalité et fiction, sur la nature des souvenirs et des traces, et sur ce que peut être l'identité d'une contrée.

  • « Voilà, oui, ce sont des nappes, et je les tire vers moi, il n'y a pas à se forcer beaucoup, elles viennent d'elles-mêmes, c'est comme un tuilage, une glissade. Étrange récolte à vrai dire, qui ne fourre dans mon sac que des fantômes : là où ni la conscience de soi ni la naissance ne fournissaient de points fixes auxquels se raccrocher, les souvenirs viennent en masses fractionnées, c'est la phrase qui tourne avec eux : il y a une hélice, un mouvement, un sillage, mais nous sommes en pleine mécanique des fluides, c'est comme une sorte de ralenti discontinu ou comme un fondu enchaîné parfois flou, un paysage de turbulences et de surimpressions ou encore, et plus exactement si l'on doit garder la métaphore du cinéma, ce sont des rushes qui défilent, sans montage, mais comme portés par des courants. » Dans cet autoportrait vagabond, Jean-Christophe Bailly, poète, philosophe, dramaturge, parvient à dessiner ce qui serait le coeur de sa fabrique artistique et son livre devient peu à peu un véritable voyage non seulement vers l'origine mais aussi vers la littérature et le théâtre. Vers tout ce qui est bâti dans le mouvement. Et surtout vers tous les lieux qui l'ont formé. Barcelone, Berlin, Strasbourg, Paris, la Bretagne, la Russie, la Chine ou encore Olonne, la ville imaginaire. Le livre devient alors ouverture. Les images se cognent, rebondissent, en engendrent d'autres et prennent alors une vraie liberté. On traverse les années, on enjambe les villes, il y a une véritable euphorie de la mémoire qui contamine le lecteur. Une peinture « résolument moderne », un poème-toupie, un chant.

  • Les rivières et les fleuves séparent et relient, ils sont là et pourtant sans fin ils s'en vont. Que se passe-t-il entre le moment où l'eau jaillit et celui où elle finit par se jeter dans la mer ? Quel est le destin des gouttes d'eau ? Des grands fleuves du monde aux plus petits cours d'eau, des chutes les plus impressionnantes aux méandres les plus calmes, Jean-Christophe Bailly fait le récit de ces façonneurs de paysage et propose au lecteur un voyage de géographie passionnée.
    Il parle de paysage, de territoire, de nature et d'habitants avec érudition, pertinence et poésie. Jean-Christophe Bailly est philosophe et écrivain et enseigne à l'Ecole nationale du paysage de Blois. Il est l'auteur notamment du livre Le parti pris des animaux (Seuil, 2013). Aux éditions Bayard ont paru Le versant animal (2007, nouvelle édition 2018) et plusieurs petites conférences.

  • Depuis longtemps, Jean-Christophe Bailly s'intéresse à la ville. Il s'y promène, y rêve, l'observe et l'analyse. Il en a le souci, et le désir. L'avenir de la cité lui importe. L'ensemble des textes ici réunis en un parcours chronologique vont de l'approche théorique - définition, par exemple, de ce qu'est une " phrase urbaine ", ou un phrasé, ou encore tentative d'élucidation de ce que l'auteur appelle " le mystère de la tonalité locale " - à des considérations plus concrètes, notamment sur la politique de la ville et la question des banlieues. Mais sans que jamais ne soit abandonnée une approche plus sensible faisant la part belle à la promenade comme méthode, soit cela même à quoi les lecteurs du Dépaysement ont été familiarisés.
    Au long des chapitres, ce n'est pas une image donnée une fois pour toutes de la ville qui se dégage : défini comme un devenir illimité, aux bords de plus en plus imprécis, le phénomène urbain est abordé comme un énorme puzzle dont toutes les pièces ne coïncident pas toujours forcément entre elles, ne serait-ce qu'à cause de l'écart et de la séparation entre les " pièces montées " de l'architecture et le buissonnement bricolé de la ville s'inventant et se réécrivant sans fin.

  • Publiée en 1976 dans la collection 10/18 (alors dirigée par Christian Bourgois), La Légende dispersée a été rééditée en 2000 aux éditions Christian Bourgois. Avec cette sortie dans la collection « Titres » il s'agira donc de sa troisième édition. Le choix et l'ordre des textes choisis sont inchangés, la préface d'origine est maintenue, seul un nouvel avant-propos a été ajouté. Il revient sur la nécessité qu'il y eut de réunir ces textes à une époque où le romantisme allemand était fort mal connu en France, et il explique comment aujourd'hui, malgré un travail de traduction et d'interprétation souvent remarquable, l'énergie de ce mouvement philosophique et littéraire reste trop peu utilisée et sa véritable nature occultée.
    Des extraits de 27 auteurs, certains très connus comme Kleist, Hoffmann ou Novalis, d'autres moins, se répartissent en quatre parties, tendant un arc historique allant des prémisses du mouvement à ses dernières lueurs. Nombreux sont les textes qui ont été ici traduits pour la première fois en français (par Henri-Alexis Baatsch, également traducteur des deux volumes de Büchner paraissant également dans la collection « Titres » cette année). Le livre ne se propose pas comme un travail savant mais comme une traversée du romantisme allemand, comme un voyage à travers un mouvement profus qui voulut embrasser la littérature tout entière et entraîner les genres (poésie, drame, roman, essai) au-delà d'eux-mêmes. Venant à la suite des Lumières, le romantisme allemand, surtout celui de la période d'Iéna, dès la fin du XVIIIe siècle et le tout début du XIXe, chercha à en émanciper la leçon, en faisant porter l'accent sur une nouvelle idée de la Nature, non plus considérée comme un simple objet d'étude et de conquête mais comme un tissu vivant et hypersensible, directement perçu par l'esprit.
    Une science du fragment, un sens aigu de la formule et de l'axiome, une philosophie de la nature intuitive et non dogmatique, un art du récit et du merveilleux - tels sont les éléments que le lecteur retrouvera dans ce livre, ouvert par une introduction qui restitue la fièvre dans laquelle s'inventa ce que beaucoup considèrent aujourd'hui comme le berceau de l'idée moderne de littérature.

  • L'une des 24 planches du Pencil of nature de W. H. Fox Talbot, le premier livre de photographies jamais publié montre une meule de foin contre laquelle est posée une échelle dont l'ombre se découpe avec netteté. De cette photographie émane une force singulière, qui permet d'interroger l'apparition de l'image, et ce qu'elle garde du temps qui s'écoule. L'ombre portée est, dans ce cadre, l'objet d'un vertige tout particulier. Qu'est-ce qu'une prise photographique, qu'est-ce qui s'y dépose ?

    À partir des images de Talbot, mais aussi de celles de Hiroshima et de l'homme soufflé, l'auteur élabore un véritable récit de formation qui interroge la puissance fictionnelle de ces apparitions. Entre la paix de la campagne anglaise et la violence anéantissante de la bombe atomique, c'est tout le destin de la photographie qui se joue.

  • L'hymne ne désigne pas dans ce livre une forme poétique particulière mais l'ensemble des dispositifs que la modernité a dû abandonner pour se tendre. Le mouvement des essais qui le composent est celui d'une généalogie, moins au sens d'une perspective proprement historique qu'à celui d'une récapitulation faisant la part au caractère dispersé des indices. Les noms qui jalonnent cette recherche - Hölderlin, Büchner, Baudelaire, Leopardi, Stendhal ou, plus près de nous, Benjamin et Mandelstam - définissent le réseau de sens où ces indices prennent consistance en se relançant les uns les autres.



    La Fin de l'hymne a précédemment paru dans la collection « Détroits » en 1991.

  • Pourquoi fabriquons-nous encore des livres ? Pour répondre à cette question très contemporaine, puisque le livre numérique ne cesse de prendre de la place, Jean-Christophe Bailly fait une déclaration d'amour aux livres. Il leur reconnaît cette capacité formidable pour des objets relativement petits et d'usage si simple, de contenir tout un monde. Et il leur attribue des pouvoirs : à chaque fois qu'on ouvre un livre, quelque chose apparaît : une histoire, un poème, une réflexion, une explication...

  • Partout, dans toutes les langues, les hommes s'orientent en nommant ce qui les environne. Les noms légendent la Terre et comme tels sont déjà tout entiers des récits.

    Dans ce livre, qui n'appartient à aucun genre, Jean-Christophe Bailly explore les puissances du langage - et ce que les noms communs veulent dire. En chaque nom, une vérité éloignée est détenue. Le nom est tout à la fois fiction et vestige : en chaque nom, en chaque nom commun, s'ébruite l'histoire du langage.

    Dans ce livre, construit comme un labyrinthe où l'on se retrouve grâce à l'ordre de l'alphabet, l'auteur s'efforce de comprendre le bonheur qui traverse le langage. Dans cet univers où chaque nom est un toucher, le lecteur est confronté pas à pas au propre du langage.

  • Ce petit livre a une double personnalité et une longue histoire.
    S'il résulte bien d'une conférence faite à la cité de l'architecture en 2012, il est composé de plusieurs strates.
    Tout d'abord une rencontre, celle d'un grand architecte paysagiste, Alexandre Chemetoff, habité par la question de « la souvenance » (ses plans pour Rennes, pour l'Île de Nantes font référence aux paysages humains et sociaux, il a obtenu, en l'an 2000, le Grand Prix national de l'urbanisme) et d'un grand écrivain Jean-Christophe Bailly, curieux de tout ce qui surgit, de toutes formes de vie pour peu qu'elles relèvent du langage ou du paysage.
    La deuxième strate est celle du voyage à Saint-Etienne, en décembre 2011 qui devint le matériau commun et la trame de la conférence.
    La troisième est la conférence elle-même et ce qui en revint, c'est-à-dire ce livre mûri dans la douceur de l'été 2014, à la campagne, en Saône-et-Loire - une des héroïnes de ce livre, nous diront les auteurs.
    Ces changements à vue sont donc un nouveau dépaysement et une nouvelle approche du territoire au sens le plus large, celui de l'inscription des traits urbains dans une géographie entière, dominée dans ce cas par la présence (même cachée) de l'eau.

  • Dans son livre, qui nous éclaire sur l'acte de naissance de l'esthétique occidental, Jean-Christophe Bailly tente de penser l'unité et la cohérence des diverses opérations qui, dans le monde grec ancien, ont bouleversé la relation des hommes à leur espace. Le livre montre non seulement qu'entre les actes de représentation (sculpture, peinture, danse, théâtre) et l'espace même qui organise la cité il y a interdépendance, mais que c'est un seul et même dispositif qui se met en place. La distance, qui fonde la possibilité même de l'image, est la clé qui ouvre ce dispositif. C'est donc à l'idée d'une politique de la mimésis que cet essai introduit, au croisement de la réflexion philosophique et de l'histoire de l'art.

  • Livre, enfance, pays, langue, époque : les cinq parties de ce livre d'essais désignent cinq formes d'expériences du temps. Par-delà l'étude des oeuvres (Benjamin, Eisenstein, Platonov, Baudelaire, Büchner ou Lucile Desmoulins) ou des lieux (la Russie) ou des pratiques (la lecture, les arts), il s'est agi de configurer un temps ne serait ni celui des horloges, ni celui du souvenir, ni celui de la prophétie, mais celui d'un éveil qui les confondrait en un seul cours. Retracer les chemins et les signes d'un éveil, en repérer l'émotion dans différents champs, tel est le propos de ce livre.

  • Jean-Christophe Bailly traverse la collection de l'IMEC. L'Ineffacé, exposition inaugurale du nouvel espace de l'abbaye d'Ardenne, propose un parcours original de Jean-Christophe Bailly à travers la collection exceptionnelle réunie par l'IMEC.


    En compagnie d'Artaud ou de Derrida, de Duras, de Satie, de Barthes, de Celan et d'une cinquantaine d'autres écrivains, artistes et penseurs dont l'IMEC abrite les archives, l'écrivain, poète, philosophe, édi- teur et dramaturge, Jean-Christophe Bailly, s'est promené dans la collection pour construire, autour de plus de 200 documents, une grande poétique de l'archive faite d'histoires, de savoirs et d'émotions.

    « On pourrait envisager l'écriture comme une danse, comme le pas de deux d'un sujet avec la vérité qu'il côtoie mais qui le fuit », note Jean-Christophe Bailly dans le catalogue de l'exposition. « Tous ces carnets et feuilles volantes sur lesquels ces phrases sont venues s'inscrire, tous ces matériaux préparatoires et toute cette archive, il est impossible de se les représenter comme une masse (...)»,« Leur rumeur n'est pas celle d'un empilement inerte, mais celle d'une volière traversée en tous sens. » Pourquoi demander à un écrivain de traverser ces millions de feuillets raturés, des objets, des sons et des images ? Parce que la collection de l'IMEC n'a de sens qu'à la condition d'être ouverte, lue, interprétée - c'est bien le sens du mot « contemporain » inscrit dans son nom. Nulle idée de trésor ici, ou de pièces magistrales qu'on exhiberait : l'Ineffacé, c'est la confiance faite dans ce qu'il y a de plus menu, de plus discret et pourtant de plus entêté : une idée a surgi, elle s'est inscrite dans l'écriture ; elle signe une intention créatrice et la force d'une oeuvre.

    L'Ineffacé est aussi une réponse à ceux qui pensent que les archives n'ont pas leur place dans les salles d'exposition. Est-il donc si fou de vouloir protéger et partager le plus fragile de l'écriture, comme on le ferait d'une flamme, lorsque l'obscurité gagne ?

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