Jean-Louis Bory

  • " Pas le moindre bruit; personne ne souffle ; pas de lumière.
    Le couvre-feu tient le village coincé ; il est oppressé, comme une poitrine sous un genou ; ça le serre. L'heure allemande... l'heure boche !" 1944, à la veille du débarquement allié, la vie d'un petit village aux confins de la Beauce et de l'Orléanais. Les habitants semblent s'être accommodés de l'Occupation, mais par leur vert langage, leurs plaisanteries et leurs peines, ils résistent, à leur manière...
    Premier roman de Jean-Louis Bory, qui obtint - avec l'appui de Colette - le prix Goncourt 1945, Mon village à l'heure allemande est devenu, plus qu'un succès, un classique.

  • " jean-louis bory écrivait avec une alacrité, mais aussi une rage, voire une férocité dont notre indifférence correcte a perdu le sel.
    Il appartenait à un temps où le papier était une mitraillette, où la liberté d'écrire était trop mal partagée pour qu'on n'en abusât pas sans réserve. bory, malgré sa bonne humeur, pensait que le cinéma est un combat. qu'on ne cherche pourtant pas ici ces éreintements de salon, ces assassinats au vitriol qu'ont toujours pratiqués les arrivistes instinctifs, lesquels savent que l'odeur du crime attire les promeneurs qui s'ennuient.
    Bory avait la lutte constructive. ses diatribes - rares -, il les réservait au cinéma commercial, à celui qui n'est fait que pour remplir les caisses, pour lequel il n'avait pas de mots assez durs. il ne supportait pas qu'on filmât sans passion. rectangle multiple apparaît comme un vivant et vivifiant témoignage d'histoire, une suite de coups de cour, de coups de force et de coups de sang reflétant l'état du monde il y a un quart de siècle et les moyens à mettre en oeuvre pour le changer radicalement.
    Dans la mutation de la société, le cinéma n'a pas pris toute la part, mais a joué tout de même un certain rôle : on devine à travers bory que les tyrannies morales et politiques sont alors en recul. je ne dis pas que de tels écrits ont suffi à jeter bas des forteresses dictatoriales. du moins ont-ils servi à faire comprendre à quel point l'oppression, la violence policière si répandues alors, et dans l'indifférence générale, constituent avant tout des grossièretés profondes.
    Et c'est ainsi qu'on change, en faisant courir les mots et les idées comme des fourmis dans une fourmilière, toute une façon de penser. il me semble aujourd'hui que bory n'aurait pas détesté les temps que nous vivons. peut-être qu'il les a quelque peu façonnés. il me semble qu'ils ont gagné en tolérance. hélas, tout en perdant en liberté de ton. ".

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  • Au Nouvel Observateur et au " Masque et la Plume", sur France-Inter, Jean-Louis Bory fut un ardent défenseur du nouveau cinéma.
    On retrouve dans chacune de ses phrases sa voix et son enthousiasme. Alors que tant de critiques hésitent à regrouper leurs articles qu'ils jugent trop liés à des événements déjà passés, ce livre démontre de façon évidente que la critique peut ne pas vieillir. Ces textes, publiés dans Le Nouvel Observateur de 1977 à 1979 et inédits en volume, rejoignent, à juste titre, l'oeuvre littéraire de Jean-Louis Bory.
    Même style, même jaillissement, même regard sur la société. De même que les critiques de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol sont déjà des créations, les articles de Jean-Louis Bory existent en eux-mêmes. Ils s'imposent à nous comme des " short stories ". Les " histoires " de Bory défient ainsi le temps en nous parlant de films majeurs: Providence de Resnais, Casanova de Fellini, L'Homme qui aimait les femmes de Truffaut, Padre Padrone des frères Taviani, Une journée particulière d'Ettore Scola, Un ami américain de Wim Wenders, Le Diable probablement de Bresson, L'oeuf du serpent de Bergman, La Petite de Malle, Le Goût du saké d'Ozu, Intérieurs d'Allen, Nosferatu de Herzog...
    " Une critique enthousiaste de Bory sur un film déclenchait automatiquement la venue dans les salles du Quartier latin d'un public qu'on pouvait évaluer à près de 50 000 personnes dans les années 70. Ce qui déterminait Bory, devant les films comme devant les gens, c'était la passion. La passion totale, incontrôlée ". YVES BOISSET

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  • « L'obstacle, c'est l'écran. Et il fait obstacle à la gerbe qu'est le faisceau lumineux jailli de l'appareil de projection. Le film naît de la re n c o n t re de cette gerbe avec cet obstacle», dit Jean-Louis Bory. Grande période que ces années 1973- 1974. Le recueil s'ouvre avec un a rticle intitulé « Gil Blas sur le tro tto i r » et consacré à Flesh de Paul M o r i s s e y. Il s'achève avec un texte titré « Rumeur des âmes, grondement du m o n d e » et centré sur Les Hautes Solitudes de Philippe Garrel et Chinatown de Roman Polanski. Au cours de cette période, Jean-Louis B o ry visionne également État de siège de Costa-Gavras, Français, si vous saviez de Harris et Sédouy, La Maman et la Putain d'Eustache, Le Limier d e Mankiewicz, Cris et Chuchotemendt es B e rgman, Nathalie Granger d e M a rguerite Duras, Lucky Lucianod e Rosi, Lacombe Luciedne Malle, Portier de nuit de Cavani, A m a rc o rd de Fellini, Les Mille et Une Nuidtse Pasolini, Sw e e t Movie de Makavejev, Contes immoraux de Borowczyk, Le Fantôme de la libt éer de Bunuel, Lancelot du ladc e Bres s o n , Céline et Julie vont en batedaeu R ivette, Vincent, François, Paul et les autrde es Sautet. Au passage, le critique salue des classiques : Murnau, René Clair, Laurel et Hardy... L'humeur batailleuse, Bory dénonce a l l è g rement le cinéma commerc i a l , renchérit sur les provocations qui naissent au festival de Cannes, il raconte la bataille de La Grande Bouffseu r la C roisette, prend la défense d'autre s cinématographies (Le Moineau d e Youssef Chahine le passionne), d é c o u v re des jeunes (Ve c c h i a l i , Doillon), s'amuse de la nouvelle audace du cinéma vis-à-vis de la sexualité -« le catéchisme du sexe », dit-il à propos du film de Borowczyk -, nous parle autant de la société que du cinéma. Avec le brio que lui donne sa fureur contre « l'art vautré».

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  • Vivre à midi

    Jean-Louis Bory

    • H&o
    • 10 Octobre 2006

    Vivre à midi fut écrit en 1977, quatre ans après la parution de Ma moitié d'orange. Jean-Louis Bory y dénonce les préjugés et les hypocrisies d'un système encore largement marqué par l'interdit et répond point par point aux sempiternels arguments des détracteurs de la reconnaissance sociale de l'homosexualité. " La force de ce texte se nourrit d'une écriture nette, limpide, sauvée de tout sentimentalisme, délivrée des tabous, précise et ciselée d'humour. Pas la moindre tentative de quémander l'absolution ou la compassion. Bory se démarque de la littérature qui le précède par son attitude sereine : le bonheur est d'abord individuel, ne perdons pas notre vie à nous soumettre aux ukases défensifs d'une société hypocrite et masochiste. Si lire Jean-Louis Bory est salutaire et tonique, c'est parce qu'il aborde toutes les questions suscitées par l'homophobie. " Hugo Marsan

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  • Second personnage de l'Etat français sous le Consulat puis sous l'Empire, Jean-Jacques Régis de Cambacérès fut l'un des plus proches collaborateurs de Napoléon.
    Homosexuel, il sut faire accepter sa différence, qu'on appelait alors " le petit défaut ". Grand juriste - on lui doit le Code civil ou Code Napoléon -, il fut, politiquement, d'une souplesse extrême : il servit la Royauté, la Révolution, l'Empire, la Royauté à nouveau, l'Empire le temps des Cent-Jours, puis une nouvelle fois la monarchie. Une girouette ? Non. Cinq maîtres du retournement de veste à l'intérieur d'un même personnage, selon Jean-Louis Bory qui a composé son livre en cinq temps : Première girouette : A comme Ancien (régime).
    Deuxième girouette : B comme Bouleversement, Barras, Bonaparte, Brumaire. Troisième girouette : C comme (second) Consul, Code civil, Couronnement. Quatrième girouette : D comme Désastre. Cinquième girouette : E comme Exil, Exit. Autour de cet " a-héros ", l'écrivain revisite l'Histoire loin des images d'Epinal. Son ironie fait feu des quatre fers. Au gré d'une liberté insolente de poète polémiste, le portrait de Cambacérès éclate et se dissout dans un éblouissant tableau de l'Empire et des moeurs politiques d'hier et de demain.
    Paru en 1978, Les Cinq Girouettes est le dernier livre que Jean-Louis Bory publia de son vivant.

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  • Une belle réédition illustrée de dessins originaux, de ce texte toujours aussi vif de Jean-Louis Bory.
    Paris, juste ciel ! ce n'est pas seulement les cafés-terrasses où les consommateurs assis se mêlent aux passants qui passent, ni les cabarets de Montmartre. Paris est comme Hercule - que la légende compte d'ailleurs au premier rang des fondateurs de la ville. Il a sa tunique de Nessus. C'est sa réputation. Tout se passe comme si Paris était une création du Second Empire et que son histoire se soit bloquée, figée, gelée, lac bleu du pôle, avant la Grande Guerre, celle du 1914-1918. Paris a pris la pose, attention ! le petit oiseau va sortir, c'est Napoléon III et Offenbach, clac ! le petit oiseau est sorti, c'est la Belle Époque. L'ennui est que Paris a gardé la pose.
    Jean-Louis Bory (1919-1979) était écrivain, journaliste et scénariste. Son roman Mon village à l'heure allemande a été couronné par le prix Goncourt en 1945.
    Né en 1960, Damien Chavanat est dessinateur de presse et auteur de plusieurs carnets de voyage et albums jeunesse.

  • Dans les années 1960-1970‚ Jean-Louis Bory et Georges Charensol s'illustrèrent dans l'émission radiophonique « Le Masque et la Plume »‚ sur France Inter. Deux approches différentes des films critiqués mais une semblable sincérité jusque dans la mauvaise foi. Une verve‚ un humour‚ un goût certain pour les mots et la théâtralité mais surtout une passion commune pour le cinéma rendirent leurs échanges inoubliables. Une véritable complicité fondée sur une mésentente parfaite.
    François Morel

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