Michel Bitbol

  • Il y a un paradoxe de la mécanique quantique : voilà une théorie considérable de la physique contemporaine dont on est bien en peine de dire sur quoi elle porte et ce qu'elle signifie, car cela même ne va pas de soi. Le but de ce livre est de tenter d'élucider ce paradoxe. Pour cela, il convient de refaire table rase. Dans un premier temps, l'auteur entend n'appuyer sa construction que sur les certitudes tacites et les normes qui conditionnent la vie, la communication, et le travail au laboratoire. Cette façon de reconduire l'oeuvre théorique aux gestes élémentaires du chercheur doit cependant éviter de n'aboutir qu'à un «empirisme dénué de sens» (Einstein). L'ouvrage apporte deux sortes de réponses à une telle critique. D'une part, on s'aperçoit que la forme de la théorie, loin d'être conditionnée par la seule nécessité de «sauver les phénomènes», reflète de manière contraignante les conditions de possibilités d'un certain mode très général d'anticipation et d'objectivation des résultats expérimentaux. La «quantification» et les effets ondulatoires apparaissent pouvoir découler de ces conditions. D'autre part, si la référence, l'acte de visée vers un au-delà des manipulations instrumentales, ont été bloqués d'abord, ce n'était que pour mieux dégager les critères du choix qui peut être effectué ensuite entre plusieurs représentations de l'objet supposé de la physique quantique.


  • Toute science, admet-on, commence par détacher un objet
    en le rendant indépendant des sujets et des situations. Mais
    cette conception étroite de la connaissance scientifique
    laisse subsister des zones d'ombre. La conscience n'est pas
    un objet. Elle est ce sans quoi rien ne pourrait être pris
    pour objet. La conscience n'est pas détachable des sujets,
    car elle s'identifie à ce qui est vécu par un sujet. De façon
    analogue, en physique quantique, un phénomène n'est pas
    dissociable de son contexte expérimental, car il s'identifie
    à ce qui se manifeste à grande échelle au laboratoire.
    Que faire pour ne pas laisser ces cas extrêmes de côté oe
    Généraliser la méthode scientifique. Ne plus la borner à
    définir et à caractériser des objets, mais l'étendre à la coordination
    directe des expériences. Telle est la révolution
    de pensée qu'il faut accomplir pour résoudre, ou plutôt dissoudre,
    deux questions-limites de la science : le problème
    de l'origine de la conscience et le paradoxe du «chat de
    Schrödinger» en physique quantique.


  • Depuis plusieurs années, les «nouveaux réalismes» sont au coeur d'un vif débat philosophique. Ce livre y prend part en faisant la critique de l'une de leurs principales variétés, le «matérialisme spéculatif» de Quentin Meillassoux (auteur, en 2006, de Après la finitude). Il s'oppose à cette doctrine sur trois points.
    Loin d'être un «étrange savoir» de philosophes ignorant les sciences, l'idée que les connaissances sont relatives au langage, à l'action et à la situation - voire à ce que l'on vit à présent - est la clé pour comprendre les théories physiques.
    Loin de valoir «indépendamment des chercheurs», les faits «ancestraux» dont aucun être humain n'a pu être le témoin (comme le Big Bang) n'acquièrent leur sens que relativement à la recherche actuelle de leurs traces.
    Loin d'être pensable, l'absolu demeure dans l'angle mort du savoir rationnel. L'absolu n'a d'ailleurs pas besoin d'être pensé pour être envisagé ; il se manifeste comme un saisissement silencieux, comme le choc de percevoir à l'instant la souveraine contingence de ce qu'il y a. En voulant réfuter le constat kantien de la finitude humaine, le matérialisme spéculatif débouche ainsi, contre son gré, sur une finitude plus extrême encore : celle de l'expérience présente singulière.
    Par sa critique épistémologique, Michel Bitbol rétablit la réflexion philosophique contemporaine sur des bases sûres. Il montre que nulle spéculation, métaphysique ou post-métaphysique, ne peut prétendre à la connaissance. Et il confie l'absolu à l'ouverture contemplative.

  • Quel est le sens des théories physiques ? Il fut une époque où le débat entre réalistes et anti-réalistes ne souffrait guère de nuances. Le réalisme scientifique était vide parce qu'il renvoyait à un ailleurs ou à un futur indéfinis : l'anti-réalisme était aveugle parce qu'il privait la recherche de but et de direction. Aujourd'hui, bien des réalistes ont appris à se défaire des équivalences rigides entre l'objectivité et la réalité, entre l'objet visé et la <> des phénomènes, entre l'invariant et l'en-soi, entre la pratique structurée de la recherche et la préexistence des structures. Et les anti-réalistes, qui adhéraient à la surface des <>, des opérations et des interactions sociales, n'ignorent plus les projets, les engagements et les valeurs. Ni les uns ni les autres ne se satisfont désormais d'un strict dualisme entre le donné et le construit.
    La voie s'en trouve dégagée pour une réappréciation des <<étrangetés>> de la mécanique quantique ; elles ne témoigneraient pas de la distance excessive qui nous sépare du réel ; elles ne nous contraindraient pas davantage à l'agnosticisme. Elles sont peut-être le signe ambigu mais récurrent de l'aveuglante proximité du réel.
    Reprenant en partie certains de ses propres travaux de recherche, Michel Bitbol appuie ces orientations sur des études de cas concernant l'atomisme, le <>, le hasard, la naissance des théories physiques du XXe siècle et le concept d'<<état relatif>>.

  • Propose une nouvelle approche de la relation entre l'esprit et le corps. L'auteur s'interroge sur le fait de réduire la conscience à un processus neuronal. Il en appelle au lecteur lui-même et l'invite à devenir le protagoniste de l'enquête en tant que sujet rationnel et acteur capable de s'apercevoir de son propre état de conscience à chaque étape de l'argumentation.

  • Michel Bitbol repense dans ce livre la théorie de la connaissance pour l'adapter aux découvertes de la science du XXe siècle.
    La physique contemporaine rend cette démarche nécessaire: elle porte de moins en moins sur des choses et de plus en plus sur des relations. Si bien que l'image baroque de relations flottant en l'air sans appui sur les choses, d'un "sourire de chat sans chat" pour paraphraser Lewis Carroll, se fait jour de manière insistante. Comment comprendre des relations qui préexistent aux objets ou aux propriétés qu'elles unissent? Une analogie est mobilisée pour élucider ce mystère: si la droite et la gauche se définissent par leur relation mutuelle, c'est que cette relation est orientée à son tour relativement à notre corps.
    Ici, comme en physique quantique, seul un supplément de philosophie relationnelle permet de résoudre les énigmes des relations. Seule la reconnaissance de notre situation à l'intérieur du réseau interconnecté du monde lève les paradoxes nés du rêve de le voir comme de l'extérieur. Le problème est qu'une résistance culturelle, dont le fil est retracé de Platon jusqu'à Russell, fait obstacle à l'indispensable radicalité de la pensée des relations.
    Une thérapie de cette résistance est cherchée dans la philosophie de Nâgârjuna, penseur indien du 11e siècle, auteur de référence de l'école bouddhique de la "voie moyenne". Car cette philosophie, loin de minimiser la corelativité des phénomènes et leur absence (ou vacuité) de nature propre, la prend pour prémisse de sa tension éthique vers une manière d'être ouverte et disponible. Une réflexion originale permettant de comprendre comment une épistémologie peut avoir partie liée avec la quête existentielle.

  • Mecanique quantique

    Michel Bitbol

    Il y a un paradoxe de la mécanique quantique : voilà une théorie considérable de la physique contemporaine dont on est bien en peine de dire sur quoi elle porte et ce qu'elle signifie, car cela même ne va pas de soi. Le but de ce livre est de tenter d'élucider ce paradoxe.
    Pour cela, il convient de refaire table rase. Dans un premier temps, l'auteur entend n'appuyer sa construction que sur les certitudes tacites et les normes qui conditionnent la vie, la communication, et le travail au laboratoire. Car, remarque Wittgenstein, <>.
    Cette façon de reconduire l'oeuvre théorique aux gestes élémentaires du chercheur doit cependant éviter de n'aboutir qu'à un <> (Einstein). L'ouvrage apporte deux sortes de réponses à une telle critique. D'une part, on s'aperçoit que la forme de la théorie, loin d'être conditionnée par la seule nécessité de <>, reflète de manière contraignante les conditions de possibilité d'un certain mode très général d'anticipation et d'objectivation des résultats expérimentaux. La <> et les effets ondulatoires apparaissent pouvoir découler de ces conditions. D'autre part, si la référence, l'acte de visée vers un au-delà des manipulations instrumentales, ont été bloqués dans un premier temps, ce n'était que pour mieux dégager les critères du choix qui peut être effectué dans un deuxième temps entre plusieurs représentations de l'objet supposé de la physique quantique.

  • La collection "Science, histoire et société", dirigée par Dominique Lecourt, professeur à l'Université de Paris VII, a pour objectif de rassembler des travaux originaux portant sur le destin social de la pensée scientifique : provenance sociale des problèmes et des concepts scientifiques, incidences économiques, politiques, religieuses, éthiques, voire esthétiques des progrès de la science, sans exclure les questions posées par l'organisation sociale de la recherche et les applications technologiques des résultats obtenus

  • Donner un sens à la mécanique quantique exige de remonter à l'origine de la connaissance. Cela exige de revenir tout près de l'expérience incertaine, limitée et fugace à partir de laquelle nous cherchons à évaluer les possibilités futures. En ces commencements, rien ne doit être considéré comme allant de soi, pas même que des choses stables existent ou que des événements sont réellement arrivés. Dès que ces deux « évidences » du sens commun ont été mises à l'épreuve, la plupart des paradoxes quantiques se dissolvent. C'est le cas des énigmes de la non-localité, ou du paradoxe du chat de Schrödinger mi-mort mi-vif. L'idée même d'une « pluralité de mondes », souvent invoquée dans l'interprétation de la mécanique quantique, est reconduite aux situations élémentaires de la vie humaine où s'opposent l'actualité collectivement reconnue et les possibilités intellectuellement envisagées.

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  • Et si la science physique la plus récente sortait de son domaine d'application traditionnel ?
    Le livre
    Transfuge, explorateur, Michel Bitbol et son équipe font fi des frontières traditionnelles et confrontent la physique quantique, développée par Planck, Bohr et Einstein au début du XXe siècle, aux sciences dites humaines.
    Quelles affinités peuvent partager ces deux types de science ? Quels rôles y jouent l'homme ? Parmi les thèmes choisis pour cette confrontation citons : la prise de décision, la théorie du comportement, la recherche de l'utilité.

  • Erwin Schrödinger est universellement connu comme l'un des fondateurs de la théorie quantique. Sa position unique dans l'histoire de la pensée du XXe siècle reste en revanche largement ignorée. L'Esprit et la Matière, publié en 1958, témoigne d'une pensée philosophique et d'options métaphysiques en avance sur son temps. Authentiquement philosophe, et scientifique brillant, Schrödinger était bien placé pour mesurer tout à la fois la nécessité et le coût exorbitant de l'acte fondateur des savoirs objectifs : le retrait ou, plus précisément, l'« Élision » du sujet connaissant. Que cette tension nous paraisse, aujourd'hui, essentielle - comme en témoigne l'essai de Michel Bitbol - montre que la rencontre avec la conception du monde de Schrödinger est désormais possible.

  • Ce livre d'Erwin Schrödinger, co-créateur de la théorie quantique, porte sur les débuts de la science et de la philosophie grecques. Son objectif est de prendre un recul historique suffisant pour apercevoir la source de l'impasse dans laquelle la pensée moderne s'est engagée à son corps défendant. La crise d'intelligibilité de la physique contemporaine, en particulier, est rapportée à une occultation persistante de l'assise métaphysique léguée par la pensée grecque. Elle est attribuée à son incapacité à interroger deux des principes les plus décisifs posés par les penseurs présocratiques : que la nature peut être pleinement capturée dans les filets de la raison, et que la seule connaissance valable est celle du « monde commun à tous » de l'objectivité. À force d'oublier qu'il s'agit là d'un héritage culturel et non pas d'un donné indiscutable, les scientifiques semblent condamnés à laisser proliférer les tensions « paradoxales » entre leurs présupposés devenus intouchables et leurs plus audacieuses avancées expérimentales ou formelles. Schrödinger établit ainsi un dialogue, par dessus deux millénaires, entre les fondements et les fruits du rêve grec de l'épistémè.
    Erwin Schrödinger (1887-1961) est né à Vienne (Autriche). Ses recherches en physique aboutissent en 1926 à l'« équation de Schrödinger », élément central de la théorie quantique. Il obtient le prix Nobel en 1933, et est également connu pour avoir formulé le « paradoxe du chat de Schrödinger » qui affecte la théorie quantique de la mesure.
    Michel Bitbol, directeur de recherche au CNRS (Archives Husserl, École Normale Supérieure), a reçu une formation en médecine, en physique et en philosophie. Ses travaux portent sur la philosophie de l'esprit, la philosophie de la physique quantique, et la philosophie générale des sciences.Il a notamment publié : Mécanique quantique : une introduction philosophique, 1996 ; L'aveuglante proximité du réel : anti-réalisme et quasi-réalisme en physique, 1998 ; Physique et philosophie de l'esprit, 2000 ; De l'intérieur du monde : pour une philosophie et une science des relations, 2010 ; La conscience a-t-elle une origine ?, 2014.

  • Épistémologie française, cela peut signifier deux choses. C'est d'une part une entité géographique (l'ensemble des épistémologues de langue et de culture française), d'autre part le nom d'une forme de pensée spécifique, qui affirme la solidarité de problèmes (allant de la théorie des fondements de la connaissance à la philosophie des sciences) que d'autres traditions tendent à dissocier.
    Les études rassemblées ici ont un double objectif. Le premier est d'identifier les écoles de pensée et les institutions. L'attitude adoptée par des penseurs français tels que Pierre Duhem, Henri Poincaré, Louis Rougier relativement au positivisme est étudiée, mais aussi l'influence d'auteurs tels que ce même Duhem et Emile Meyerson sur la philosophie américaine des sciences (Quine, Kuhn). Sont aussi examinés les auteurs qui ont établi un dialogue entre épistémologie et histoire des sciences, et les institutions qui ont favorisé ce dialogue.
    Le second objectif a trait aux grandes figures de la philosophie des sciences en France. On examine d'abord les auteurs qui ont présenté des vues générales sur la science, avant et après l'apparition du mot « ?épistémologie » : Auguste Comte, Antoine-Augustin Cournot, Claude Bernard, Gaston Bachelard. Puis sont considérées les contributions à la philosophie des sciences spéciales? : logique et mathématiques (Jacques Herbrand, Jean Nicod, Jean Cavaillès), sciences physiques et chimiques (Henri Poincaré, Emile Meyerson, Alexandre Kojève, Jean-Louis Destouches), biologie et médecine (Félix Ravaisson, Georges Canguilhem), enfin le droit (Charles Eisenman).

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