Gallimard

  • La " marque du père ", c'est naturellement celle qu'un père imprime à son fils. Mais, en l'occurrence, c'est aussi cette marque bleue à l'aisselle, ce petit tatouage du groupe sanguin que portaient obligatoirement les SS. Et que portait le père de l'auteur, engagé par conviction successivement dans la milice, puis dans la division Charlemagne, et envoyé combattre sur le front russe. Un engagement qui, à son retour, lui avait valu une condamnation à vingt ans de prison, assez vite amnistiée.
    Très tôt dans son enfance, Michel Séonnet avait perçu le pacte de silence qui régnait autour de ce père - d'autant plus que, comme il le découvrira plus tard, tous les hommes de la famille avaient été plus ou moins collaborateurs... Mais, à mille petits signes, il avait pour l'essentiel compris la nature de ce secret.
    Longtemps, il a renié ce père au point de refuser de signer ses écrits du nom de Séonnet, tout en devant assumer la ressemblance physique frappante qui lie les deux hommes. Aujourd'hui, il se délivre dans ce livre qui ressemble à une " coulée de l'âme ", où il tente, sinon de comprendre, du moins d'accepter, celui qui fut malgré tout un bon père et un brave homme.


  • Des vies, mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu'une passion les anime.
    Des récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle. L'un et l'autre : l'auteur et son héros secret, le peintre et son modèle. Entre eux, un lien intime et fort. Entre le portrait d'un autre et l'autoportrait, où placer la frontière ? Les uns et les autres : aussi bien ceux qui ont occupé avec éclat le devant de la scène que ceux qui ne sont présents que sur notre scène intérieure, personnes ou lieux, visages oubliés, noms effacés, profils perdus.

  • Il a toujours pensé que c'était au moment du carnaval de l'hiver 1954 que l'enfant avait failli mourir.
    Grand-père était concierge de l'Administration. Et toute la famille vivait à l'étroit dans la loge, attendant que l'enfant à peine né se décide entre vivre et mourir. " Est-ce qu'il est mort ? " demandaient les visiteurs. Et c'était comme si la réponse ne lui était jamais parvenue. C'est peut-être pour ça qu'il est revenu à Nice. Plus de quarante ans après.

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  • Ce pourrait n'être qu'une accumulation de faits divers misérables.
    Élise a quitté mari et enfants et erre sur les routes.
    Noël vit dans la rue et dort dans des containers à poubelles.
    Isabelle est une enfant malade qui meurt autant de solitude.
    Deux filles se pendent à la même poutre d'une usine désaffectée. Loâna abandonne dans la benne à ordures l'enfant sortie de son ventre.
    Hervé, handicapé mental, fugue.
    La vieille Marthe va mourir.
    Des vies de rien. De celles que l'on croise sans les voir au détour d'une rue, d'un article de journal.
    Mais ici, au lieu de se perdre dans l'oubli et l'indifférence, c'est comme si elles venaient se greffer les unes sur les autres. Elles s'éveillent mutuellement. Se poussent en avant un peu comme des boules. Habituellement, dans les romans, les vies se croisent. Ici elles s'ajoutent.
    «Ce n'était peut-être qu'un seul mouvement, répète Élise, un seul mouvement de vie à l'intérieur duquel tout pouvait se déplacer, se transformer, s'échanger.»
    Les ânes sont les artisans de ce mouvement en avant qui vient tirer les personnages de l'oubli. De la mort aussi. Qui les conduit les uns aux autres.
    Le «pas de l'âne», c'est le mouvement de l'écriture elle-même.

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