Renaud Garcia

  • Des feux ravageant des milliers d'espèces animales et végétales aux pandémies, en passant par le dérèglement climatique, tout conspire à signer la faillite du projet moderne de contrôle intégral de la nature par l'ingénierie humaine. L'effondrement des sociétés industrielles deviendrait sinon certain, du moins probable. À l'ombre de ce curieux futur sans avenir, les nouvelles consciences politiques sont façonnées par un discours écologiste effondriste, qui ne cesse de s'étendre.
    Voilà qui paraît encourageant. À ceci près que cette collapsologie, autrement dit l'étude des effondrements passés, présents et à venir, et des moyens de s'y préparer, pourrait bien n'être qu'une énième recomposition du Spectacle. Cet ensemble de constats scientifiques, de grandes orientations éthiques et de conseils pratiques de survie participe de l'occultation d'une part de l'écologie politique. Celle qui a pourtant mené la critique la plus pertinente du capitalisme industriel, et a proposé les voies les plus sûres pour en sortir. En ce sens, la collapsologie est l'écologie mutilée.

  • Pourquoi l'entraide est-elle notre unique chance de survie?

    Géographe, naturaliste, explorateur, militant et théoricien du communisme anarchiste, Pierre Kropotkine (1842-1921) s'est insurgé contre la vision d'une société régie par la compétition et la concurrence. Réfutant les théories darwiniennes, il montre que la coopération et la solidarité sont des facteurs essentiels de la survie des espèces.

    Il trace les contours d'une économie par l'entraide qui garantit la satisfaction des besoins, évite le gaspillage et engendre une organisation collective maîtrisable par les individus.

    Renaud Garcia rappelle que les propositions du "princes des anarchistes" restent des pistes d'actualités pour contrer l'idéologie compétitive et le productivisme.

  • Face à la marche en avant du capital, voué à conquérir des territoires toujours plus reculés au dehors comme en dedans de nous-même, des voix s'élèvent et en appellent à prendre en compte les limites.
    Mais leur nature reste encore à définir : tel est l'objet de ce livre.
    Les limites sont constitutives de notre être-au-monde, elles lui donnent sa densité et sa saveur. Dans chaque moment de la vie quotidienne, nous évoluons dans un lieu précis du vaste monde, situé autour de notre corps et imprégné de nos manières d'être personnelles.
    Or le capitalisme s'attaque à cette dimension fondamentale, en sapant toujours davantage les possibilités de contact direct avec notre environnement.
    Aliments privés de goût par l'industrie, technologies nous donnant l'illusion d'être partout sans jamais être vraiment quelque part, transformation du travail en activité absurde et désincarnée, obsession de la santé nous poussant à gérer notre corps et notre « mental » comme un système performant : nous nous retrouvons en fait privés de monde, et par là de culture. Toutes ces formes de dépossession nourrissent un même mouvement d'abstraction de la vie.
    Alliant philosophie, sociologie et littérature, ce livre tente de déterminer où se situent désormais les résistances à opposer à la dynamique du capital, en redonnant à notre sensibilité une puissance politique.

  • L'économiste agraire Alexandre Chayanov (1888-1937), loyal soutien de la transition vers le socialisme fusillé pour ses idées par la police politique soviétique en 1937, a jeté les bases d'une étude rigoureuse de l'économie paysanne familiale. Encore largement à l'oeuvre dans l'agriculture de subsistance des pays du Sud, celle-ci figure aussi dans les déclarations de nombreux paysans en lutte contre le développement des grandes exploitations agro-industrielles.
    En présentant le fonctionnement d'une économie dénuée des catégories de base du capitalisme (salaire, intérêt, rente, profit) et fondée sur le sens populaire des équilibres, des échelles pertinentes de production et de l'autonomie locale, l'oeuvre de Chayanov permet de combattre l'imaginaire de l'homo economicus. Sa réflexion sur l'extension coopérative de cette économie offre en outre de solides points d'appui à la réorganisation de la production agricole dans les sociétés de l'après-croissance.

  • À juste titre, le grand public connaît et admire en Léon Tolstoï l'immense écrivain, maître de la littérature mondiale et auteur des chefs d'oeuvre Guerre et Paix (1869) et Anna Karénine (1877). Dans les années qui suivirent la parution de son second grand roman, au terme d'un pénible retour sur soi, il renoua avec un christianisme purifié de ses mystères et de ses superstitions, pour en extraire les principes de la non-résistance au mal par la violence qui influencèrent grandement Gandhi.
    Écrivain et sage au rayonnement international, Tolstoï révèle cependant encore un autre visage, méconnu. À travers ses très nombreux pamphlets consacrés à la question sociale, qui occupent une très large part de ses écrits à partir du milieu des années 1880, on peut en effet largement l'envisager comme un précurseur de la décroissance. Sur des questions qui sont au coeur de la pensée sociale de la décroissance, telles que le sens du travail, l'utilité de la production, la satisfaction des besoins, la marchandisation des biens communs - et, au premier chef, de la terre -, la place des innovations techniques dans la société, la définition de la culture, le rapport entre la ville et la campagne, et enfin la notion de progrès, Tolstoï a en effet une vision cohérente. Si son discours verse parfois dans la déploration, sa défense d'un socialisme agrarien à égale distance du productivisme aveugle des libéraux et des marxistes demeure précieuse et mérite d'être redécouverte.

  • La nature humaine ? Fiction dangereuse. La raison analytique ? Instrument d'uniformisation culturelle. La vérité ? Objet relatif masquant les dispositifs de pouvoir.
    Le langage ? Geôlier de la créativité. L'universalisme ?
    Alibi de l'Occident pour dominer le monde. Le corps ?
    Pâte à modeler au gré des innovations technologiques.
    Tels sont les lieux, devenus communs, de la pensée de la déconstruction.
    Déconstruire. D'un concept plutôt ésotérique, les gauches « radicales » ont fait un programme systématique consistant à suspecter un rapport de domination sous chaque idée ou comportement. Si elles permettent de redoubler de subtilité sur les questions de moeurs - le domaine « sociétal » -, les théories de la déconstruction rendent les armes devant la marchandisation généralisée, l'emprise des industries culturelles et l'artifi cialisation du monde. Qui évoque la nécessité d'une décélération, parle d'aliénation, remet au coeur de l'analyse le corps vécu dans un environnement limité, commet dès lors le crime ultime : réintégrer un moment conservateur dans la critique.
    Occupées à déconstruire et à se déconstruire à l'infi ni, les gauches « radicales » ont négligé le terrain du social, qu'une extrême droite opportuniste a investi en exploitant la détresse des perdants de l'histoire. Cet ouvrage tente de comprendre comment nous en sommes arrivés là, de donner les raisons de ce sabordage intellectuel et politique, en analysant l'infl uence de la déconstruction sur la critique sociale contemporaine. Il en appelle par là même à un renouveau de la lutte contre le capitalisme sur de tout autres fondements théoriques.

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  • Amis racistes, cet album n'est pas fait pour vous. Vous seriez déçus, car ici on dénonce justement les boulets et leurs vannes plus ou moins lourdes qui mettent en cause l'identité de l'autre.
    Voici des témoignages aussi véridiques que comiques, collectés sur le site Viedemerde.fr.
    Qu'on soit noir, blanc, jaune ou rouge, certains nous en font voir de toutes les couleurs !

    Extraits :

    Aujourd'hui, je suis prof d'éducation physique et je divise ma classe en trois équipes. « Benjamin, tu seras les bleus, Michael, les verts, et Éric, tu seras blanc. » Tous les élèves éclatent de rire. Éric est mon seul élève noir. VDM.

    Aujourd'hui, comme depuis toujours, je suis noire. À chaque soirée, chez des amis ou en boîte, quand une chanson des Magic System passe, tous mes amis se tournent vers moi, le sourire insistant, comme si je devais faire honneur à ma tribu. VDM.

    Aujourd'hui, première nuit chez moi pour ma copine asiatique. Au réveil, mon père a cru bon de lui dire, tout en s'esclaffant : « On a des petits yeux, ce matin ! » VDM.

    Aujourd'hui, je suisrusse et je dîne pour la première fois avec les parents de ma copine. Quand j'ai dit ma nationalité à son père, il s'est levé, a sorti unebouteille de cinq litres de vodka et l'a posée devant moi en disant : « Prouve-le. » VDM.

    Aujourd'hui, à la piscine, les places au soleil sont rares. Une jeune femme m'a ordonné de lui laisser la mienne car, je la cite : « Vous n'en avez pas besoin, moi oui. » Je suis noire. VDM.

  • Nous sommes en 1630, sous le règne de Louis XIII.
    Une troupe de comédiens est accueillie au château du baron de Sigognac qui, pour tenter d'échapper à sa miséreuse solitude, décide de suivre la troupe.
    Il devient « le capitaine Fracasse ».
    La pièce semble être en vers sans l'être tout à fait.
    Elle est construite en rythme comme une partition.
    Elle raconte les combats de nobles personnages À coups de mots et à coups de rapières contre la médisance, la fourberie, le mensonge...
    Le capitaine Fracasse défend la grandeur d'âme, Il magnifie le comportement humain, le courage, le dépassement de soi, La volonté qui renverse tous les obstacles...

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