Seuil

  • Florian Pennanech, Arnaud Welfringer : Vérité et motivation.

    Christine Noille : Le montage dramatique.

    Philippe Dufour : Du style descriptif. La réponse de Flaubert à Lessing.

    Christian Michel : Paroles gelées, paroles dégelées, paroles en l'air. Pluralité des signes et poétique du sens dans le Quart Livre.

    Maxime Cartron : Description de la fameuse Fontaine de Vaucluse en douze sonnets.

    Franc Schuerewegen : Astyanax, je pense à vous.

    Emilie Ieven : Que peut-on savoir d'un homme aujourd'hui? Le cas d'Emile Zatopek, par Jean Echenoz.

    Maxime Pierre : D'un récit à l'autre. Retour sur la notion de diègèsis de Platon à Aristote.

  • Dès lors qu'elle traite de la voix comme catégorie du récit, l'analyse narratologique paraît poursuivre une chimère. Car enfin, soyons sérieux, lorsqu'on lit, on n'entend rien : la « voix » n'est jamais autre chose que le signe d'un travail d'imagination sonore enclenché par la lecture silencieuse. Or l'effet est insistant : le récit semble parler tout de même, et rarement d'une manière unique et homogène ; la construction de ces « voix », de toute évidence, fait partie de l'attirail rhétorique de tout écrivain digne de ce nom.

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  • Du premier numéro de Poétique, en février 1970, au numéro 186, en novembre 2019, cinquante ans ont passé. En termes éditoriaux, ce sont environ 25 000 pages, 1 500 articles écrits par 800 auteurs. On se risquera à parler d'une somme. Aussi, pour en faciliter l'usage, comme cela avait été fait en novembre 1994, à l'occasion du numéro 100 et du vingt-cinquième anniversaire de la revue, c'est par l'établissement d'un instrument de recherche, de lecture ou de relecture qu'est marqué cet anniversaire. On trouvera en ligne et en libre accès sur le site CAIRN de la revue (https://www.cairn.info/revue-poetique.htm) et sur celui du Seuil un document intitulé Cinquante ans de Poétique. 1970-2019. Il comprend des tables et index des numéros 1 à 186 : table des articles, table des numéros et des dossiers thématiques, index des auteurs traités, index thématique.

    En 1970, il s'agissait de promouvoir la réflexion théorique contre « le quasi-monopole des disciplines historiques ». Projet scientifique et politique, donc. Cinquante ans après, l'apaisement est indéniable. La théorie se porte plutôt bien et chacun a fait les efforts nécessaires : passons sur quelques résistances amères et quelques préjugés tenaces (il en reste), et reconnaissons l'acceptation par l'institution de travaux relevant de la poétique ; de l'autre côté, soulignons une meilleure prise en compte de l'histoire par la poétique, un élargissement des corpus, la redécouverte de la tradition rhétorique, un travail critique considérable. Ainsi une évolution a-t-elle eu lieu, discrète, silencieuse, mais bien réelle. La réflexion théorique peut se poursuivre dans la sérénité et l'on ne va pas s'inventer des guerres pour la pimenter. En tout cas, il suffit d'un coup d'oeil sur ces cinquante années de Poétique pour mesurer l'ampleur du travail effectué et si nul ne peut prédire l'avenir d'une revue, il est raisonnable de penser que la discipline du même nom, qui a plus de vingt-cinq siècles, qui est, en toute rigueur, beaucoup plus vieille que la littérature elle-même, survivra quoi qu'il arrive et poursuivra son chemin.

    Le paysage a changé, mais d'autres problèmes ont surgi, et peut-être plus graves. La nécessité scientifique, institutionnelle et politique du travail théorique en doit être réaffirmée d'autant plus fortement. Le contexte ne semble guère favorable aux études littéraires, et nous avons à justifier nos travaux. Aussi, peut-on imaginer qu'il soit possible de se passer d'une réflexion sur le pourquoi et le comment de l'étude des textes ? Nous n'allons pas nous plaindre de cette exigence, mais une tâche difficile et urgente s'impose : contribuer à former un noyau dur des études littéraires, leur assurer un fondement solide et, en même temps, répondre aux reconversions et à la dispersion, voire à la dilution que chacun peut constater. Que cette dispersion soit l'occasion de visiter des champs culturels de toutes sortes, on le comprend aisément, mais, dans le mouvement centrifuge que nous vivons, il arrive trop souvent qu'on traverse les textes sans les voir, qu'on ne les traite plus en objets de langage et qu'on en vienne à oublier l'essentiel : leur analyse, justement, et la réflexion sur les pratiques. Une nouvelle configuration scientifique et idéologique confirme ainsi aujourd'hui plus que jamais la pleine légitimité et la pleine utilité de notre discipline. Dans une autre perspective, mais dans le même esprit, nous avons d'autres bonnes raisons de poursuivre et de progresser : il y a en effet une vertu proprement pédagogique de la poétique. Tout d'abord, elle est puissamment fédératrice : quels que soient l'objet d'étude (l'auteur, le « siècle », puisque c'est encore ainsi qu'on découpe le domaine) et la case dans laquelle chacun est supposé s'installer - ou être installé bon gré mal gré -, parler poétique, c'est décloisonner, faciliter et enrichir l'échange ; personne ne restera confiné dans son lieu particulier. Par ailleurs, elle efface le sentiment d'arbitraire ou de gratuité : c'est par et avec le travail théorique que l'on peut manifester la question essentielle des enjeux d'une recherche et, en conséquence, sa légitimité. Enfin, en se montrant capable d'interroger radicalement nos manières de lire, la théorie littéraire initie à un plaisir particulier, apprend à manier l'abstraction, à inventer des concepts, à bouleverser les préjugés, elle fait comprendre ce qu'est une hypothèse, comment en évaluer la pertinence, elle soustrait « le littéraire » à ces improbables mélanges d'impressionnisme et d'érudition qui ne satisfont finalement ni les amoureux fervents ni les savants austères.

    Poétique se caractérise non seulement par son objet, mais aussi par son fonctionnement. Les principes sont ici : favoriser l'invention - un des grands plaisirs de la réflexion théorique est la recherche d'hypothèses neuves ; privilégier la réflexivité -, il convient de contrôler autant qu'il est possible ce que l'on fait ; assurer la lisibilité - pallier la difficulté du propos théorique, le nourrir d'un travail critique et s'efforcer d'établir efficacement le socle commun dont nous avons besoin.

    Si chaque numéro, discrètement ou explicitement, fait en sorte de classer les articles reçus et de mettre en lumière des relations qui peuvent les unir, il reste que la revue accepte sans réserve d'être largement soumise au flux d'arrivée des recherches qui se font. Les programmes, qui, comme on sait, saturent l'espace institutionnel, ont sans doute l'intérêt de susciter des travaux et de favoriser les échanges, mais, à l'évidence, tout ne peut ni ne doit être programmé : le programme, la commande risquent aussi de verrouiller la recherche, il faut qu'il y ait du jeu, de l'imprévu, et d'autres champs. Poétique veut rester un espace à la marge d'un système inévitablement contraignant : que les jeunes chercheurs aussi bien que les auteurs confirmés y pensent comme à un lieu ouvert à des textes novateurs, sans restriction de corpus, écrits librement dans le cours d'un itinéraire personnel.

    Le document bibliographique qui est aujourd'hui proposé est une façon de mettre à la fois de l'ordre et du désordre dans la production de Poétique. De l'ordre, puisqu'il permet de construire des ensembles centrés sur des questions ou des oeuvres, de composer a posteriori des numéros très structurés qui n'avaient pas (encore) vu le jour et, si l'on veut, de « s'y retrouver ». Reste que, dans le même temps, un désordre d'un nouveau genre s'installe : l'ordre tout relatif, ténu, limité, mais visible des numéros réels disparaît dans l'opération au profit de listes. Les bibliothèques virtuelles n'ont-elles pas cet avantage sur les bibliothèques réelles qu'elles favorisent à l'extrême le vagabondage et l'aventure ? D'un désordre l'autre, le lecteur explorera à son gré ces cinquante années de travail.
    M. C.

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  • Pourquoi se préoccuper des brouillons, de tous ces manuscrits de travail illisibles qu'ont laissés derrière eux les écrivains ? N'y a-t-il pas assez de livres à lire ? Ne posent-ils pas suffisamment de problèmes en eux-mêmes ? L'idée d'une génétique littéraire, voire d'une critique génétique fondée sur l'étude des brouillons, laisse perplexe. On se demande si une telle bizarrerie peut revendiquer sérieusement le statut d'une véritable discipline. Pour répondre à ces interrogations, ce livre propose une série de modèles, empruntés aux domaines les plus divers, de la recette des oeufs brouillés aux truffes au transfert freudien, de la bathmologie barthésienne à la sémantique des mondes possibles, qui s'efforcent de rendre compte, de manière à la fois rigoureuse et imagée, des enjeux de la genèse et des logiques qui lui sont propres - car, malgré les apparences, l'univers des brouillons n'est pas chaotique, il est régi par des logiques qui ne sont pas les mêmes que celles du texte achevé. Ces modèles sont la trace de l'expérience que représente la plongée dans les manuscrits d'écrivains, à la fois expérience vécue, dont on ressort avec un regard transformé, et pratique expérimentale d'une discipline encore neuve. C'est à partir de là qu'on peut espérer apporter une réponse à la plus difficile des questions : "à quoi bon?" et montrer ce que la dimension génétique apporte à l'expérience de la littérature et, plus généralement, de l'oeuvre d'art.

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  • La vocation du roman est de donner à penser.
    Prodigue en détails qui laissent songeur, il en dit à la fois trop et trop peu : il esquisse et esquive la pensée. Son langage consiste en idées esthétiques, non en concepts : suggestives, impossibles à circonscrire, comme ouvertes sur l'incertain. La fiction se méfie du discours de la vérité. Le XIXe siècle français représente de ce point de vue un tournant dans l'histoire du genre, le moment où se manifeste son essence : le romancier, bon gré mal gré, renonce à la pensée catégorique.
    Alors que, dans un tourbillon d'idéologies en concurrence, s'édifie le monde nouveau de la société démocratique, le roman explore " le présent qui marche ", comme dit Balzac. Il s'interroge sur la place de l'homme dans cette société mouvante, sur ses désirs et ses angoisses. Pour ce faire, il se renouvelle lui-même: apparaissent le roman intime, le roman historique, le roman réaliste. Face au discours spécialisé du savant, du psychologue, du sociologue, de l'historien (de Maine de Biran, de Tocqueville, de Michelet, par exemple), le romancier se pose en " docteur ès sciences sociales ", cherchant à saisir le réel dans sa complexité - et avouant sa perplexité.
    Le roman donne à penser, mais ne prétend plus instruire. Tel est le paradoxe de la pensée romanesque : à la fois prolixe et sceptique.

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  • Philippe Dufour Le roman est un songe Le roman ne propose pas une pensée achevée : il donne à penser. Son langage consiste en idées esthétiques opposées aux concepts : suggestives, refusant le fin mot ? même si le romancier peut incliner vers le roman à thèse.

    Pour comprendre les mécanismes de cette pensée singulière, l'auteur considère le roman français du XIXe siècle (avec un retour sur le roman philosophique du XVIIIe, quelques incursions dans le roman européen et le XXe siècle). Celui-ci correspond à un tournant dans l'histoire du genre: de nouvelles formes apparaissent (romans historique, réaliste, intime) qui tentent de cerner le monde venant de surgir et s'emploient à mettre en images « le présent qui marche » selon l'expression de Balzac.

    Ce livre se veut donc une esthétique de la pensée romanesque, dont il détermine et étudie les grandes sources : le cadre spatio-temporel, les personnages et leurs dialogues. Ce nouvel espace romanesque qu'est la rue, par exemple, décrit non un espace figé, mais un milieu révélateur d'un moment historique. La vie intérieure des personnages donne à penser une psychologie moins fixiste que le roman classique. Leurs dialogues, leurs relations suggèrent une ethnologie. Enfin, la composition même du roman, troisième source, élabore une « morale dramatique », nullement univoque, qui s'interroge sur la place de l'homme dans la société.

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  • PHILIPPE HAMON.
    Le roman vrai à l'âge de l'ersatz.


    RAPHAËL BARONI.
    Pour une narratologie transmédiale.

    CHRISTINE NOILLE.
    Le montage d'un roman.


    JEAN-FRANÇOIS PERRIN.
    Portrait de l'artiste en intellectuel.

    JEAN-FRANÇOIS LOUETTE.
    « Les Âmes fortes », miroir de sorcière ou machine à coudre ?

    INÈS EL SÉRAFI.
    D'un Moi l'autre.


    FRANK WAGNER « Marbot » à l'épreuve de la relecture.

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  • MICHEL JEANNERET.

    Quand le sens passe par les sens.

    NORMAND DOIRON.

    La contrainte de cour.

    JEAN-FRANÇOIS PERRIN.

    Ce que sait une oeuvre.

    COLETTE GRYNER.

    Le temps lyrique.

    ...

    POÉTIQUES DU QUOTIDIEN.

    ANTONIA ZAGAMÉ.

    Sur l'imitation sérieuse du quotidien (Auerbach).

    SHELLY CHARLES.

    Les prodiges de l'écriture au présent.

    MARIE-ASTRID CHARLIER.

    Langueur quotidienne et longueur descriptive.

    ...

    Relecture.

    FRANK WAGNER.

    Troubles dans la relation de personne.

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  • Pourquoi se préoccuper des brouillons, de tous ces manuscrits de travail illisibles qu'ont laissés derrière eux les écrivains ? N'y a-t-il pas assez de livres à lire ? Ne posent-ils pas suffisamment de problèmes en eux-mêmes ? L'idée d'une génétique littéraire, voire d'une critique génétique fondée sur l'étude des brouillons, laisse perplexe. On se demande si une telle bizarrerie peut revendiquer sérieusement le statut d'une véritable discipline. Pour répondre à ces interrogations, ce livre propose une série de modèles, empruntés aux domaines les plus divers, de la recette des oeufs brouillés aux truffes au transfert freudien, de la bathmologie barthésienne à la sémantique des mondes possibles, qui s'efforcent de rendre compte, de manière à la fois rigoureuse et imagée, des enjeux de la genèse et des logiques qui lui sont propres - car, malgré les apparences, l'univers des brouillons n'est pas chaotique, il est régi par des logiques qui ne sont pas les mêmes que celles du texte achevé. Ces modèles sont la trace de l'expérience que représente la plongée dans les manuscrits d'écrivains, à la fois expérience vécue, dont on ressort avec un regard transformé, et pratique expérimentale d'une discipline encore neuve. C'est à partir de là qu'on peut espérer apporter une réponse à la plus difficile des questions : "à quoi bon ?" et montrer ce que la dimension génétique apporte à l'expérience de la littérature et, plus généralement, de l'oeuvre d'art.

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  • Quelle sorte d'enfance Sherlock Holmes a-t-il eue ? Que devient vraiment Blanche Neige après son mariage avec le Prince Charmant ? Que se seraient dit Charles Bovary et M. de Rênal si leurs chemins s'étaient croisés ? Ces questions, il arrive que des écrivains s'essaient à y répondre dans des oeuvres qui donnent un supplément d'existence à des personnages - les leurs ou ceux des autres. C'est à cette pratique, qu'on propose d'appeler transfictionnalité, que cet ouvrage est consacré. S'il s'interroge sur son étendue, s'il en répertorie les formes et les ramifications, c'est, chaque fois, pour examiner les enjeux d'un phénomène qui a quelque chose de proliférant. Une fiction est-elle bornée par le récit qui l'instaure ? Qu'advient-il de l'autorité d'un auteur sur "ses" personnages lorsque des continuateurs s'aventurent dans les interstices de leurs histoires, jettent sur eux un nouvel éclairage ou réinventent leurs destins ? Les récits transfictionnels ne répondent pas à ces questions mais, les faisant surgir, nous enjoignent de reconnaître à quel point l'exercice de la fiction nous confronte à des contradictions inextricables et fertiles.

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