Richard Millet

  • La gloire des Pythre

    Richard Millet

    C'est en corrèze, sur le plateau de millevaches, l'histoire de la famille de pythre, une histoire qui va de la fin du siècle dernier à nos jours.
    Au commencement, il y a andré pythre qui arrive un soir au village, venu d'un canton voisin, le bout du monde, avec une demi-idiote, sa femme ou sa domestique, on ne sait.
    André pythre est un personnage hors du commun, taciturne et mélancolique, en qui semblent se résumer des siècles de privations et d'entêtement à survivre en même temps qu'une volonté féroce de s'en sortir, d'échapper au nom impossible, au granit, à l'eau, au ciel trop bleu, à la jalousie des autres, à cette terre noire et froide qu'il faut disputer aux genêts, aux ajoncs, à la pierre. mais comment vaincre la " maudissure " qui vous suit, vous et les vôtres depuis si longtemps, comment vaincre ce qui gît en vous-même et vous entraîne vers le silence et la nuit ?

  • « J'ai vu s'éteindre, à Siom, sur les hautes terres limousines, entre les années 60 et le début de ce nouveau millénaire, le monde rural dans lequel je suis né. J'ai vu finir une civilisation qui avait duré des siècles. Ils sont tous morts, les Bugeaud comme toutes les grandes familles siomoises, et c'est pourtant parmi eux, hommes et femmes que j'ai vus vivre et que je croyais immortels, que j'erre aujourd'hui, perdu ou sauvé par l'écriture, ombre parmi les grandes ombres de Siom. »

  • Humaine comédie

    Richard Millet

    Toute ma vie j'ai eu peur. Peur de vivre, de mourir ? Non : pas même peur de moi ni de ces nuages que les vivants passent leur vie à redouter. Peut-être la peur est-elle une manière d'attendre, donc d'espoir. Je suis essentiellement un être espérant : j'ai la nostalgie de choses qui ont peut-être eu lieu tout en restant à venir. Cette phrase, j'ai beau tenter de me l'expliquer, il me semble que le langage me dicte une condition particulière, une forme d'existence si étrange qu'elle ne peut avoir lieu qu'en déployant la langue : un récit, donc, qui soit une espèce de salut, et de damnation, aussi, puisque rivé au langage. Je n'ai pas le choix : la nostalgie n'est pas le regret mais l'attente heureuse de ce dont on a perdu la mémoire.
    Depuis la longue et lente méditation funèbre en l'honneur d'un monde disparu (Ma vie parmi les ombres), à la tragédie réduite à l'épure où les passions se révèlent avec force et cruauté (Le renard dans le nom), Richard Millet n'a cessé, livre après livre, de poser des facettes supplémentaires à sa «comédie humaine» corrézienne. Ce volume, construit sur le modèle des Cent nouvelles nouvelles, où des personnages sont récurrents et d'autres de discrètes ombres, décline toute la gamme des émotions et conjugue envolées musicales et pesanteur terrienne vers une pure jouissance des mots et de la langue. Malgré la transparente référence balzacienne à une «histoire naturelle de la société» cette suite de cent «contes» laisse entrevoir un autoportrait par petites touches...

  • Deux rives, trois religions, vingt-trois pays riverains et une mer qui reçoit des noms divers selon les langues : Mare Nostrum pour les Romains, Mer blanche du milieu pour les Arabes, mer blanche pour les Turcs, mer du milieu des terres pour les Hébreux, les Serbes, les Berbères, les Arméniens, la Méditerranée se subdivise aussi en plusieurs mers : Adriatique, Tyrrhénienne, Egée, Ionienne. Jadis centre du monde, la Méditerranée reste un espace géographique et politique important, et le foyer de notre civilisation grâce à la Phénicie, à Jérusalem et Athènes, et bien sûr Rome. La division entre Orient et Occident tend aujourd'hui à s'estomper, à cause des migrations et de l'américanisation du monde. C'est pourquoi l'auteur préfère parler de Méditerranée au singulier, celle-ci étant envisagée dans sa dimension civilisationnelle plus que politique, et dans sa diversité toujours active.
    Il sera donc question de pays (Albanie, Macédoine.), mais plus volontiers de régions (Kabylie, Côte Vermeille, Gaza.), de villes (Beyrouth, Istanbul, Barcelone, Venise.), d'îles (Ibiza, Elbe, Malte.), de personnages mythologiques (Jason, Antigone, Didon), historiques (Alexandre le Grand, César, Zénobie.), d'écrivains (Homère, Camus, Lampedusa.), de peintres (Caravage, Gréco, Barcelo), de musiciens (Falla, Albeniz , Milhaud), de cinéastes (Fellini, Pasolini.), d'acteurs (Mastroianni, Claudia Cardinale, Trintignant), de saints (Rabi'a, Angèle de Foligno, Thérèse d'Avila), de plats, du vin, des vents, du platane et du cyprès, du oud et du komboloï, et de bien d'autres choses, à partir de souvenirs personnels, de voyages, de lectures, de femmes, ce qui explique, comme toujours en amour, ces lacunes qui reçoivent le beau nom de préférences..

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  • « On le sait depuis Montaigne : l'histoire de tout écrivain est, en grande partie, celle de ses lectures, et celles-ci le miroir, multiple, de ses origines. » Nous voici aux sources de Richard Millet. Son hommage, s'il permet de mieux mesurer la parenté de son oeuvre avec celle d'Emily Brontë, donne au lecteur une profonde envie de lire, ou de relire, Les Hauts de Hurlevent.

    Une leçon d'amour pour la littérature...

  • Au milieu des vents, des pluies et des voix sombres des bois du plateau de millevaches, dans la grande nuit corrézienne, voici l'histoire de trois femmes fières.
    Yvonne, lucie, amélie : les trois soeurs piale.
    Trois vies de femmes : l'interminable déception, les rêves qui se brisent comme de la vaisselle, un goût de vieille neige dans la bouche, et toutes ces chambres où l'on n'arrive pas à se réchauffer, l'enfance perdue, la stupeur, l'incrédulité devant le temps qui a passé, les rires blancs, l'acceptation de la mort et du recommencement, même s'il n'y a ni commencement ni fin, mais seulement ce don, ce versement de sang, cette cascade qui tombe d'être en être, interminablement.

  • L'Orient désert

    Richard Millet

    " Ce que je suis : un écrivain en route dans sa langue. C'est dans la langue qu'on chemine, autant que dans le paysage. Parfois je m'arrête en plein vent : mes mots aussitôt ravalés, comme le voile blanc sur la bouche des femmes druzes, comme un souffle d'homme sur la soie protégeant un sexe humide de femme. Je marche un peu seul sur la route de Hermel. Le chauffeur s'est endormi dans la voiture. Pas de secret à découvrir ou à livrer : je suis en mouvement sur la terre rouge de la Bekaa, entre deux chaînes de montagnes. Peut-être ne suis-je là que pour oublier ce qu'une femme a fait de moi : un être hors de lui, condamné à marcher, penser, parler seul (trois langues à la bouche et nulle envie qu'elles s'ébruitent dans l'après-midi poussiéreuse). "

  • Ce 3° Tome du Journal de Richard Millet vient après le 1° volume qui, de 1971 à 1994, montrait les années de formation littéraire, musicale et amoureuse de l'écrivain, son entrée dans l'enseignement public, et ses débuts littéraires aux éditions POL.
    Le 2° tome, paru comme le premier aux éditions Léo Scheer, allait de 1995 à 1999 : années importantes qui voient la naissance de sa première fille, le succès de ses grands romans La Gloire des Pythre et L'Amour des trois soeurs Piale, et le passage de l'enseignement à l'édition, où Millet devient directeur littéraire des éditions Balland, où il sera le premier éditeur de Philippe Claudel, notamment.
    Le 3° tome va des années 2000 à 2003. Années décisives : naissance de sa deuxième fille, rupture avec POL, fin de sa collaboration avec Balland, arrivée chez Gallimard. Millet séjourne souvent au Liban et en Syrie, et aussi dans sa Corrèze natale. Sur le plan littéraire, il publie Lauve le pur, qui manquera de peu le prix Inter, La Voix d'alto, et, surtout, on assiste à la genèse de son roman Ma vie parmi les ombres. Le journal fourmille de réflexions sans complaisance sur l'époque, d'anecdotes et de personnages, dont certains sont morts : Paul Otchakovsky- Laurens, Guillaume Dustan, Jack-Alain Léger, Dominique Noguez) et d'autres toujours actifs : Angot, Goffette, Tillinac, Sollers, Wieviorka, Finkielkraut, Camille Laurens, Alice Ferney, etc.

  • Dévorations

    Richard Millet

    « Je suis descendue ouvrir la porte que faisait trembler un semi-remorque chargé de rondins, tremblant moi aussi devant cet homme d'une cinquantaine d'années, un peu plus grand que ne le sont les hommes des hautes terres : quelqu'un d'épuisé, ou qui revient de loin, ou encore un homme revenu de tout ; un homme qui ne s'aimait pas, c'était visible, ma mère m'avait appris à les reconnaître, les plus dangereux, selon elle, car ils exigent tout d'une femme, sans contrepartie, parfois même jusqu'au sacrifice suprême. » Estelle, la narratrice, est serveuse dans un routier, à Saint-Andiau, dans le haut Limousin. Sa vie, à la monotonie désespérante, bascule avec l'arrivée d'un écrivain, qui, après avoir tant attendu de l'écriture, a renoué avec son métier d'instituteur. Elle va projeter sur « le maître » son désir, son dévorant besoin d'amour...

  • Lauve le pur

    Richard Millet

    Il est professeur dans une banlieue difficile de paris.
    Mais ses racines plongent dans le limousin, au coeur de la province française. dans ses classes, les élèves sont durs, violents. peut-être d'autant plus qu'il est, lui, resté un enfant, l'enfant soumis d'un père tyrannique, l'enfant abandonné d'une mère trop tôt enfuie et qu'il recherche dans chaque femme.
    Lauve, lauve le pur, est à jamais du côté de ceux qui ont tout perdu, qui ont toujours tort, ni là ni ailleurs : intellectuel pour les paysans, provincial chez les parisiens, faible parmi les forts, innocent avec les innocents.

  • Le renard dans le nom

    Richard Millet

    «Je songe à cette très jeune fille assassinée au début des années 60, à Siom, sur les hautes terres limousines.
    Je songe à celui qui l'a peut-être tuée, et qui se cachait dans son nom propre, Lavolps, comme un renard en son terrier.
    Tous deux sont morts, et seule l'écriture peut aujourd'hui les rendre à leur innocence».
    Richard Millet.

  • « - Si vous voulez, je peux faire l'amour... Lundi... Vous donnerez juste un peu plus d'argent... » Sa voix restait aussi fermée que son visage, et tout aussi terne que lorsqu'elle évoquait la Transnistrie. Sans doute avait-elle deviné dans quelle solitude je vivais, depuis ma sortie de l'hôpital, ou Léonore lui en avait-elle parlé pour la décider à travailler chez moi. Elle ne me proposait rien de plus qu'un complément de service : elle était de ces femmes qui, nées dans un pays arriéré, comme on disait à Siom, où les meilleurs d'entre nous considéraient cette arriération sans amertume, comme une fatalité historique, ont très tôt appris que savoir satisfaire un homme est le plus sûr moyen d'accéder, faute de bonheur, à une forme de tranquillité. Pour Yelizeveta, il s'agissait d'améliorer le fruit de son travail. Léonore m'avait dit qu'elle avait été mariée à un homme brutal, qu'elle avait divorcé et vivait, dans une lointaine banlieue, avec un fils âgé d'une quinzaine d'années pour lequel elle avait les faiblesses d'une mère seule et se sacrifiait, avait-elle ajouté en usant d'un verbe qui me paraît caractériser la femme tout entière - cette dimension sacrificielle étant particulièrement sensible dans le domaine sexuel, où la nature de l'appareil génital féminin rend possible sa soumission au temps sexuel de l'homme, pourtant infiniment moins vaste et riche en sensations que celui de la femme, l'homme n'étant, sous cet aspect comme en bien d'autres domaines, qu'un roi au sceptre en forme de hochet. (...) Nulle femme ne m'a pourtant mieux compris, intuitivement, sans pour autant s'intéresser à moi, à mon histoire, à ma qualité d'écrivain, ma maladie seule paraissant la soucier (...)»

  • Ce bref essai part d'une constatation biographique : Isabelle Huppert est née le 16 mars 1953, soit 15 jours avant Richard Millet. Autant dire qu'elle représente une sorte de miroir dans lequel l'écrivain scrute sa propre figure autant que celle d'une actrice dont la filmographie a quelque chose de très français en même temps que d'universel.
    Ainsi les films majeurs dans lesquels elle a tourné, Des Valseuses à Elle, en passant par Chabrol, Cimino, Losey, Godard, Haneke, Téchiné, Trier, sont-ils aussi des moments importants de la vie de l'écrivain, l'actrice et l'écrivain s'inscrivant chacun à façon dans leur époque. On verra ici pourquoi, loin de toute fascination mais non sans une certaine ambiguïté, puisqu'il s'agit d'une femme.
    Avec Huppert et moi, Millet clôt une trilogie constituée par Le corps politique de Gérard Depardieu (Pierre-Guillaume de Roux, 2014) et Pour Bernard Menez (Léo Scheer, 2017).

  • " On m'avait assez répété que j'étais laid : il me fallait le devenir, et j'avais, à quinze ans, assez de jugeote pour deviner que tout se jouerait dans le domaine amoureux, à tout le moins sexuel, puisque, je le savais déjà, j'étais de ceux à qui l'amour est refusé, et qui, par conséquent, doivent séparer ce sentiment du désir qui en est la dimension incendiaire, et consolatrice. " À travers la confession déroutante d'un homme qui, dès l'enfance, a grandi persuadé que sa mère le trouvait laid, Richard Millet cerne au plus près les tourments de la dissonance et de la solitude, et livre, dans une langue superbe, une singulière éducation sentimentale.

  • Rouge-gorge

    Richard Millet

    Tout le premier, il avait tenu cet or dans sa paume ; puis il était descendu dans le fleuve au bord duquel les hommes rient ou gémissent en oubliant ce qu'ils sont, disait-il, sans tenir compte, lui, qu'il était mon cadet de deux ans et que je n'avais pas atteint ma dixième année. Il était trop petit pour soutenir ce qu'il avançait. Il prétendait pourtant n'être pas tout à fait ce que les mots font de nous, ni tel que les autres nous songent. Il sentait la fougère, la myrtille, la tourbe, et y voyait à travers les halliers et les ronces. Il parlait comme les arbres qui remuent dans le vent du soir.
    On le comprenait sans tout à fait l'entendre. Ses mots semblaient des oiseaux tombant sous la nuée.
    Il avait, selon ma soeur, l'âge de la joie, du silence et de l'ombre.
    Richard Millet phrase encore ici ce «temps chanté» de Siom, village imaginaire et miroir littéraire de Viam en Corrèze, lieu natal de l'auteur, où la polyphonie des voix de son enfance, que l'on entend comme un choeur antique, hante ce récit - ou long poème en prose - où s'appréhendent ensemble la vie, dans sa structure la plus secrète, le temps et la mort.

  • A la fin du XIXe siècle, dans le haut Limousin, territoire disgracié de la France rurale, un jeune homme, fils naturel d'une simple d'esprit et d'un inconnu, affligé d'un pied bot, pauvre de surcroît, découvre les gestes et la technique qui feront de lui un photographe ambulant. Il est né en 1866 et se suicide en 1910. Retrouvées dans le grenier de la mairie d'Aix-la-Marsalouse, ses plaques témoignent d'un singulier souci de donner à voir ce qui n'avait pour ainsi dire pas d'image une population appelée à disparaître dans les décennies à venir. L'art du bref n'est pas une biographie d'Antoine Coudert, ce photographe dont on ne sait presque rien et dont l'existence tragique a quelque chose des héros de Faulkner. Parler de lui, c'est se vouer peu ou prou à la fiction. C'est entrer dans un songe noir pour y chercher de la clarté. C'est enfin réfléchir sur la photographie, laquelle n'est peut-être pas un art - ou alors un art par défaut, un art modeste, un art du bref. R.M.

  • " Il était de ces êtres, si incompréhensibles aujourd'hui, qui ont le goût de la solitude : une solitude qui était plus un accomplissement que de la misanthropie ou la contestation de l'ordre social qu'elle est devenue dans une société qui a fait du vivre-ensemble, de la transparence, du festif, de la convivialité, une des figures de la démocratie où les solitaires sont suspects aux vertueux hédonistes du nouvel ordre moral.
    Mais s'il aimait autant la solitude, c'était qu'il pouvait ainsi laisser libre cours à ce qu'il faut bien appeler son originalité ou ses bizarreries. "

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  • Jours de lenteur

    Richard Millet

    Mes parents, eux, ne supportaient donc ni les filles ni les livres ; et quand j'en ai eu possédé plus de trente, ils m'ont sommé de choisir entre les livres et eux, tout comme pour les filles que j'amenais chez eux dans la rue Haute, me faisaient-ils comprendre sans autre forme de procès, ma mère nous toisant avec son visage de porcelaine, sans doute parce qu'ils ne voulaient pas que je me multiplie, comme les livres, le chiendent, les mouches du printemps.
    A l'instar de Ma vie parmi les ombres, ce texte inédit de Richard Millet possède un fort écho autobiographique. C'est à Siom, nom d'emprunt pour la ville corrézienne de Viam qui l'a vu naître, que prennent place les nouvelles qui composent ces Jours de lenteur. Les mots y coulent naturellement, malgré le titre, comme les eaux vives d'une rivière.

  • Journal 1971-1994 t.1

    Richard Millet

    À mesure que paraissent, dans La Revue littéraire, les pages du Journal, Richard Millet brûle les cahiers qui les rassemblent. Cette destruction est la condition pour qu'il accepte de livrer les traces de ce qui constitue une trajectoire : celle d'un écrivain qui a longtemps eu du mal à se dire tel, taisant des expériences fondamentales (découverte tardive de la sexualité, expérience de la ruralité, travail en usine, rencontre avec le Démon), en effaçant d'autres, comme la guerre du Liban, pour des raisons sur lesquelles il reviendra un jour.
    Ce journal commence en 1971, et se poursuit jusqu'en 1994 : c'est un texte en mouvement vers un horizon de vie et d'écriture, dans l'espoir de sortir de la forteresse intérieure à quoi le condamnait une forme d'autisme. La guerre, la sexualité, la solitude, l'amour, la maladie, la musique, la littérature, la distance entretenue avec un monde que l'écriture apprend à aborder de biais, en constituent les grands thèmes.
    On n'aura cependant pas là les « coulisses » d'une oeuvre, ni le « making off » d'une trajectoire d'écrivain ; ce qu'on lira, dans ce texte, c'est le récit d'une expérience qui fait du journal une tentative pour exister non pas littérairement, mais dans ce dehors absolu qu'on appelle la vie.

  • Sous la nuée

    Richard Millet

    Rêver est, après tout, une manière de vivre, pensais-je en me trouvant, somme toute, heureux d'avoir été le lieu d'un rêve prophétique, moi qui renonçais de plus en plus souvent aux berges de la rationalité commune pour me donner à des signes qui sont le chant du divin dans la vie matérielle.

    Comme les cinq actes d'un drame brutal, les cinq parties de ce court récit se situent loin des terres limousines ancestrales auxquelles Richard Millet nous a habitué ; nous sommes tout près de Paris. Un homme, en proie à ses rêves, se lève avant l'aube. La journée sera ponctuée de visions et d'événéments étranges, probables signes prophétiques, nous maintenant sous tension, comme sous une nuée menaçante, jusqu'à la nuit, fatale.

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  • « L'Estonie est un petit pays du nord de l'Europe. Voilà pour l'ignorance générale, dont la mienne, il y a peu. Au mieux mettais-je l'Estonie dans le sac balte, à peine détaché du grand corps soviétique, les trois noms d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie composant un poème perdu que seule la rime fait tenir ensemble, et encore est-ce dans un désordre qu'accroissent les anciens noms de ces provinces de la Ligue hanséatique : la Livonie, la Courlande, l'Ostrobothnie, et même la Poméranie, dont la beauté étend ces régions aux frontières du songe, sachant que l'incertitude frontalière, voire l'inexistence, fut longtemps le lots des pays dits baltes. Je m'en remets à l'absence de clichés, à la pure altérité de l'inconnu, celui-ci se donnât-il l'apparence d'une femme ». À la manière de Michaux dans Un barbare en Asie, Richard Millet nous convie à ce périple à travers « l'Eesti » (l'Estonie, en langue estonienne), en réalité un récit de voyage intérieur et géographique, qui mêle les notations sensorielles à propos des villes telles que Tallin ou encore Tartu, des campagnes peuplées de bouleaux et de sapins aux rencontres nombreuses avec des écrivains et des musiciens locaux. Le ton est souvent ironique et le propos salubre. La méditation esthétique et politique au sens large, à défaut de devenir estonien, offre à l'auteur un miroir à sa lassitude d'être français.

  • La confession négative

    Richard Millet

    « Ce n'était plus la guerre fantomatique à quoi, depuis mon arrivée à Beyrouth, je m'étais habitué et qui ne venait pas ; ce n'était plus du roman devenu vague rêverie au fond de l'ennui ; c'était l'essence même de toute littérature : la guerre, violente, exigeante, dangereuse, enivrante, aussi, car j'y ai retrouvé les gestes qui étaient les miens, enfant dans les bois de Siom, quand je jouais à la guerre et que je mourais ou tuais avec une ivresse qui me laissait croire que j'étais la proie d'autre chose que de la fièvre du jeu.
    Mais à Beyrouth, cette nuit-là, au premier étage du magasin que nous devions tenir, dans le bruit des armes, les éclats, l'odeur de poudre, d'huile et de métal chaud, je sentais les autres miliciens bien plus proches de moi que mes anciens compagnons de jeu.
    Tout ça me plaisait dans une dimension inquiétante, voire terrifiante du plaisir : celle qu'on connaît dans les très grandes amours. »

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  • Composé à la manière d'un sermon en trois points, cette réflexion de Richard Millet sur la mort ne s'intéresse pas à ses conséquences métaphysiques comme on pourrait s'y attendre. Il est ici question de la mort du monde vivant : de la mort de la foi chrétienne, la mort de la culture occidentale, la mort de la langue. Monde où chacun, vidé de toute substance, se retrouve seul.
    Et le prédicateur de ce sermon n'échappe pas à cette règle, soumis à l'opprobre général que lui a valu le scandale lié à son essai littéraire sur Anders Behring Breivik. Mais c'est avec un plaisir malsain, comme empli d'une lucidité morbide, que l'on se délecte de cette fin de monde annoncée et de ce désespoir hargneux que l'on trouve chez les grands penseurs tels Emile Cioran ou Léon Bloy.

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  • La nouvelle Dolores

    Richard Millet

    À Paris, un écrivain qui approche de la soixantaine tombe amoureux d'une cantatrice russe beaucoup plus jeune. Rencontre entre un homme de l'ombre et une diva ; rencontre difficile, dans laquelle intervient aussi la fille de la soprano, Dolores, 16 ans, venue d'Amérique. Nouvelle Lolita ou adolescente en quête de parents, la jeune fille les amènera devant leurs propres gouffres.
    On retrouve ici le personnage de Pascal Bugeaud, double de l'auteur, cette fois placé devant une interrogation inédite : la cantatrice est-elle sa dernière passion, ou Dolores une autre figure amoureuse ? Est-ce pour lui la fin de l'écriture, ou bien, grâce à la musique, le début d'une nouvelle vie ?

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