Vanessa Doutreleau

  • «?Maintenant la lande n'existe plus. Au désert magnifique, enchantement des aïeux, déroulant sous le désert du ciel sa nudité des premiers âges, à l'étendue plane, sans limites, où l'oeil avait le perpétuel éblouissement du vide, où l'âme, élargie, enivrée, tantôt débordait de joies neuves et enfantines, tantôt s'abîmait dans d'ineffables et si chères tristesses, a succédé la forêt, la forêt industrielle !

    Avec toutes ses laideurs [...], dont l'étouffant rideau, partout étendu où régnait tant de sereine et radieuse clarté, borne implacablement la vue, hébète la pensée, en abolit tout essor. » Félix Arnaudin Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la plantation des pins bouleverse rapidement le paysage de la lande, son économie et les modes de vie des habitants.

    Convaincu qu'une grande civilisation agro-pastorale est en train de disparaître sous ses yeux, Félix Arnaudin, né en 1844, décide, à l'approche de ses trente ans, de consacrer sa vie à la collecte du patrimoine oral et à la constitution d'une mémoire visuelle : projet colossal. Cette « Grande-Lande », il la parcourt inlassablement en quête d'images, de contes, de légendes, de chants, de proverbes, d'histoire locale et d'histoires naturelles, de croyances, d'usages, et de mots de la langue gasconne.

    Ses champs d'exploration photographique s'organisent selon quatre grands centres d'intérêt : les espaces infinis de la lande, l'architecture vernaculaire et son environnement, les portraits, les scènes de la vie quotidienne. Félix Arnaudin en donne une représentation construite, longuement réfléchie.

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  • Surtsey est une île volcanique créée par des éruptions qui ont eu lieu de 1963 à 1967, située à environ 32 km au sud de la côte islandaise. Cet événement géo-volcanique révèle la personnalité géo-morphologique de l'Islande, située au milieu de l'Atlantique nord entre Europe et Amérique sur une sorte de charnière dorsale des plaques tectoniques. Plus de 100 volcans et des failles d'éruption sont actifs dans cette zone ce qui provoque des phénomènes bien connus comme les sources thermales et les geysers (mot issu de la langue islandaise).
    Protégée dès sa naissance par un consensus international et par le gouvernement, Surtsey fournit au monde un laboratoire naturel remarquable. Libre de toute présence humaine, Surtsey est un lieu unique qui permet une observation continue : la colonisation d'une nouvelle terre par la vie végétale et animale. Elle est classée au Patrimoine mondial de l'Unesco en 2008. Elle est interdite à l'homme depuis 1964, à l'exception des quelques expéditions annuelles conduites par les géologues, ornithologues, botanistes ou entomologistes :

    Les scientifiques ont vu l'arrivée de graines transportées par les courants marins puis par des oiseaux nicheurs, l'apparition de moisissures, de bactéries et de champignons. A suivi, en 1965, une première plante vasculaire, bientôt rejointe par d'autres. Dix espèces se sont établies pendant la première décennie. En 2004, on en dénombrait 60, avec 75 bryophytes, 71 lichens et 24 champignons. On a répertorié à ce jour 89 espèces d'oiseaux à Surtsey, dont 57 se reproduisent aussi ailleurs en Islande. Les 141 ha de l'île servent également d'habitat à 335 espèces d'invertébrés.

    Depuis sa naissance, l'île Surtsey ne cesse de rétrécir, rongée par l'océan et les vents violents qui balaient ces régions de l'Atlantique nord. Sa superficie est passée de 2,65 km2 à 1,41 km2. Sa hauteur maximale est de 173 mètres d'altitude.
    Le livre est une enquête passionnante sur cette histoire en train de se faire. Nous suivons pas à pas l'anthropologue et le photographe. Les auteurs questionnent la forme d'une île et sa capacité à produire un imaginaire en relation avec un légendaire historique et littéraire en partie « localiste » (le légendaire des « sagas islandaises » et un imaginaire scientifique et environnemental universel au coeur d'une actualité de la planète).
    Le livre Surtsey, la forme d'une île joue donc sur ces deux tableaux (avec le double sens du terme « création ») et mêle autant les récits de l'île, réels et imaginaires, que les regards scientifiques et esthétiques d'un lieu interdit aux humains. Le livre invite ainsi à une rêverie sur les lieux inhabités où l'évolution d'une terre en formation peut se lire à la fois sur le terrain (en court séjour) et en laboratoire pour l'examen, la description et l'analyse des données collectées.
    Au-delà de la dimension profondément poétique de l'île, il s'agit ainsi pour les auteurs de cerner la dimension humaine et sensible d'un lieu sanctuarisé, érigé en laboratoire de la création. L'histoire humaine de ce lieu n'a jamais été écrite ni même pensée, puisqu'il s'agit d'un lieu inhabité. Pourtant, une ethnographie de l'inhabité est possible du fait tant des usages scientifiques que profanes, que des représentations portées sur l'île par les Islandais, et notamment de ceux vivant sur l'île voisine d'Heimaey.
    Plus encore, Surtsey interroge la notion d'appropriation d'une terre, aussi éphémère soit-elle, tant d'un point de vue physique que symbolique, et de sa mise en patrimoine. C'est aussi et surtout une relation au lieu dont il est question ici ; de l'île, objet de désir, de convoitises, de surprises, avec les hommes et femmes qui l'ont approchée, de près ou de loin, y compris les auteurs de ce livre.

  • Itinéraires de bergers. Transhumances entre Pyrénées et plaines de Gascogne retrace une histoire venue de la nuit des temps et toujours d'actualité, la " course " à l'herbe... En effet, la transhumance est fondée sur la migration saisonnière de troupeaux (bovins, ovins, équidés ou encore abeilles) afin d'en assurer leur survie. Ce livre est le prolongement de l'exposition du même nom à l'Eco musée de Marquèze, un projet issu de la coopération entre le Parc National des Pyrénées et Le Parc naturel régional des Landes de Gascogne. Un livre sur des parcours de vie, des paroles de bergers d'hier et d'aujourd'hui.

  • Patreksfjôrâur,Tàlknafjôrdur, Grundarfjôrôur, Fàskruâsfjôr8ur, Skeibarksandur...des noms qui ont marqué l'histoire de la Grande Pêche en Islande ; certains comme lieux fréquentés par les pêcheurs bretons et du nord de la France, d'autres pour avoir été le théâtre de naufrages et échouages. Des noms auxquels répondent ceux de Manon, Saint Paul, Lieutenant Boyau, Aurore, Camille, comme autant de navires qui se sont un jour accrochés à l'Islande; autant de liens inscrits à jamais entre les communes islandaises de Paimpol, Ploubazlanec, Gravelines, Dunkerque et " l'île blanche " du lointain nord...
    De cette histoire, il ne reste guère que quelques traces : cimetières marins, tombes éparses, anciens hôpitaux français, maisons des oeuvres de mer, ou encore, objets provenant d'échanges et plus souvent de naufrages.
    Telle une invitation à remonter le temps, ces objets nous parlent d'échanges culturels et techniques, et plus souvent, des rivages où ils sont nés en tant qu'objets échoués, enfantés par une mer devenue un jour monstrueuse. Ces humbles vestiges témoignent aussi des relations qui unirent, le temps d'une à plusieurs saisons de pêche, un peuple à un autre, les Islandais aux pêcheurs d'Islande, que l'on appelait aussi les « Islandais ».
    Les paysages et récits d'objets choisis par les auteurs, Vanessa Doutreleau, ethnologue, et Hervé jézéquel, photographe, témoignent de cette émouvante histoire, souvent racontée depuis les côtes françaises mais rarement depuis les rivages islandais. Un récit raconté à travers des monuments de peu qui se mettent à parler une autre langue, mis en lumière dans un dialogue incessant entre photographies et histoires.

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