Actes Sud

  • "mon premier lien avec l'histoire que ce livre raconte (comme c'est le cas chaque fois que les événements ne sont pas de la fiction) est le fruit du hasard.
    Un soir de mars ou d'avril 1966, dans un train qui allait vers la bolivie, je fis la connaissance de blanca galeano que les journaux appelaient "la concubine" du voyou nommé mereles. elle avait seize ans mais avait l'air d'une femme de trente ans et elle fuyait. elle me raconta une histoire trèsétrange que je crus à moitié. durant les longues heures de ce voyage qui dura deux jours, elle me raconta qu'elle venait de sortir de prison, qu'elle avait fait six mois pour association de malfaiteurs avec les voleurs de la banque de san fernando et qu'elle s'exilait à la paz.
    ( . ) et moi je l'écoutai comme si je m'étais trouvé en présence de la version argentine d'une tragédie grecque. ( . ) deux villes (buenos aires et montevideo) furent le théâtre de ces faits, entre le 27 septembre et le 6 novembre 1965. j'ai respecté la continuité de l'action et (dans la mesure du possible) le langage de ses protagonistes et des témoins de l'histoire. les dialogues et les opinions ne correspondent pas toujours au lieu oú ils furent énoncés mais j'ai systématiquement reconstitué avec des matériaux authentiques les dires et les actions des personnages.
    J'ai tenté de respecter, tout au long du livre, le registre stylistique et le "geste métaphorique" (comme l'appelait brecht) des récits sociaux qui traitent de la violence illégale. " ricardo piglia.

  • Le manège, c'est le nom que les policiers de flores (le quartier de buenos aires oú vit maxi, le culturiste au coeur pur, et oú vit également son auteur, césar aira) ont donné au gigantesque bidonville circulaire qui a poussé tout au bout de l'avenue bonorino.
    C'est aussi, soir après soir, l'itinéraire minutieux et misérable des "cartonniers" et autres "recycleurs", accompagnés de leur "géant bienfaiteur". c'est encore le rituel auquel se livrent les trafiquants de drogue et leurs clients - et, lorsque tout bascule, la course frénétique des télévisions, entre fable et tragédie. ce sont enfin les vies entrecroisées, inoubliables et fragiles, de quelques personnages dont le destin se joue au beau milieu d'un orage de fin du monde.

  • "mon homme perdu est un homme perdu parce qu'il est bon, celui qui a refusé de croire au conventionnel, celui qui n'a pas cédé devant la nausée que lui inspire la lutte pour une vie sordide et frileuse, celui qui au lieu de ce qui est comme il faut, hiérarchisé, préfère l'informe, la pure rafale d'observations, d'hallucinations et de feuilles mortes qui traversent les pages du livre, âpre et audacieux confessionnal de la vie.
    Mon homme perdu est une multitude incalculable d'hommes perdus qui avaient besoin de ce livre qui n'est pas une farce mais la lecture que réclamaient de toute urgence ceux qui, ne pouvant lire d'autres livres, exigeaient celui-ci en compensation de l'amertume et de l'aboulie de l'état d'apathie où les a plongés ce monde stupide et fallacieux. peut-être aurai-je réussi à me mettre à l'unisson de ces âmes exténuées qu'ont refusé de prendre en compte les romanciers dogmatiques.
    Je voudrais les apaiser un peu avec mon remède spécifique, ma nébulosine corticale. ".

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