Alexandrines

  • Le Paris de Brassens Nouv.

    « J'ai toujours aimé passionnément Paris. Si l'on pouvait se faire naturaliser parisien, je le ferais. » Si Georges Brassens est Sétois d'origine, c'est à Paris qu'il choisit de vivre dès l'âge de 18 ans dans le quatorzième arrondissement. Grâce à la bibliothèque du quartier où il passe des jours entiers, il découvre la littérature et la poésie. Réquisitionné en Allemagne en 1943, c'est dans une impasse misérable qu'il vient se réfugier pendant l'une de ses permissions, hébergé chez la fameuse Jeanne, qui deviendra l'héroïne de plusieurs de ses chansons.
    Il y reste 22 ans, les premières années dans le plus grand dénuement (J'en ai gardé un certain sens de l'inconfort, dira-t-il plus tard). C'est le temps des vaches maigres, de l'extrême pauvreté dans un Paris populaire où l'on pouvait vivre encore sans eau courante et sans électricité. Dénué de tout conformisme social, Brassens refuse tout travail salarié et se consacre à l'écriture et la lecture.
    C'est là qu'il écrit ses chansons les plus célèbres qui font désormais partie de notre patrimoine.
    En 1969, il s'installe rue Santos-Dumont...

  • Comment un jeune étranger, prononçant mal le français, épris de l'antique liberté républicaine et communaliste de sa petite île de Corse, a-t-il pu s'endurcir au point assez fou de se prendre pour Charlemagne et se faire couronner par le pape dans Notre-Dame ? Pourquoi son aventure humaine et inhumaine a-t-elle été si longtemps en Europe et ailleurs un modèle d'accomplissement viril?
    850 mètres séparent l'Ecole militaire de Paris et les Invalides : les premiers pas dans la carrière d'homme de guerre et le tombeau. Cette promenade dans Paris sur les traces de Napoléon Bonaparte sera l'occasion d'une réflexion sur les ambiguïtés de l'humanisme libéral européen. C'est à Hitler que nous devons d'avoir fait déposer les restes de l'Aiglon auprès du tombeau impérial de son père aux Invalides. De l'extrême droite à l'extrême gauche, Napoléon est vénéré..Pour célébrer le centenaire de sa mort le 5 mai 1921, la République française avait hésité entre deux lieux : les Invalides et les Champs-Élysées ; entre son tombeau et le monument le plus célèbre associé à sa gloire, l'Arc de triomphe. Que célèbre-t-on en 2021 ? Le général des armées révolutionnaires ou bien l'autocrate qui a rétabli l'esclavage et réduit les femmes au statut juridique d'éternelles mineures tutorées par pères et maris ?

  • Baudelaire à Paris, c'est d'abord l'enfant heureux de la rue Hautefeuille, où il est né en avril 1821, puis le collégien du Quartier Latin qui deviendra un jeune dandy, adepte d'une « vie libre » et fréquentant les milieux louches. En 1848, sur les barricades du carrefour de Buci et du Palais Royal, Baudelaire est un révolutionnaire exalté et parodique. Il devient, sous le Second Empire, un flâneur nostalgique - Le vieux Paris n'est plus, déclare-t-il en 1859, dans « Le Cygne », un poème des « Tableaux parisiens » - un flâneur doublé d'un observateur, qui épie les « petites vieilles » à travers les allées du jardin du Luxembourg.

    Il aimait le Paris des boulevards, des théâtres, des cafés, le Paris des « multitudes », le Paris de la vie moderne. Atteint de la « maladie du domicile », il y aura vécu sans jamais s'y établir.

  • Élevé dans les quartiers populaires, de l'est de Paris, à Ménilmontant puis dans le Pigalle animé des années 30, la vie de Gainsbourg à Paris suit le parcours de sa réussite qui le conduit d'abord dans les quartiers ouest les plus huppés de la capitale, avant de le voir s'installer au coeur de Saint- Germain-des-Près, 5 bis, rue de Verneuil, sa maison musée dont les fans ont transformé la façade en oeuvre d'art in progress.
    Le Paris de Gainsbourg nous invite à une balade dans le temps et la géographie parisiennes d'un des grands artistes du XXe siècle. Emmanuelle Guilcher nous fait revivre l'ambiance des cabarets de la Rive Gauche (Madame Arthur, Milord l'Arsouille), où, pianiste puis chanteur débutant, Gainsbourg débute dans les années 50 ; elle nous raconte ses rencontres avec Boris Vian, Juliette Gréco, les temps de la bohême et ceux des grandes scènes du music-hall parisien : Bobino et Le Palace. Avec elle nous arpentons le quartier sur les pas du chanteur, pour flâner dans les galeries de la rue du Bac, boire un verre au café de Flore, déjeuner chez Lipp ou dans un bistrot du coin, longer les quais pour une visite au 36 quai des orfèvres ou encore une promenade au musée du Louvre.
    Signe de son inscription éternelle dans la mémoire et la vie parisienne, une station Serge Gainsbourg sera ouverte en 2011, hommage unique pour un chanteur mais clin d'oeil que l'auteur-compositeur interprète du Poinçonneur des lilas, amoureux de l'urbanisme de la capitale aurait apprécié.
    L'auteure est allée interviewer des figures du monde du spectacle dont Michel Drucker, Pierre Arditi et ... Michel Boucher, ex patron du 36, quai des Orfèvres dont Gainsbourg était devenu un familier...

  • Si Louis-Ferdinand Destouches est né en 1894 à Courbevoie, l'écrivain Louis-Ferdinand Céline est né à Paris, en 1932, lors de la parution de Voyage au bout de la nuit. Toute sa vie, l'écrivain cultiva une dualité entre Paris où il vivait, et sa proche banlieue, où il travaillait.

    Fils de petits commerçants, la vie de Céline est intimement liée à celle de la capitale, d'abord le passage Choiseul, le fameux « passage des Bérézinas » de Mort à crédit, le théâtre de sa jeunesse. Mais Céline, c'est aussi et surtout Montmartre, la rue Lepic, la rue Girardon, l'avenue Junot où, après ses consultations, il retrouve ses amis : le peintre Gen Paul, l'écrivain Marcel Aymé, l'acteur Le Vigan... C'est aussi le Paris de l'Occupation, où Céline puise son inspiration pour ses romans d'après-guerre, n'hésitant pas à se mettre en scène après son retour d'exil au Danemark. Même à la fin de sa vie, installé à Meudon, avec sa femme et ses animaux, une vue imprenable lui permet de contempler la capitale...

  • Rimbaud, que l'on voit toujours en adolescent de Charleville, fut aussi, de 1870 à 1873, un Parisien temporaire, soucieux de montrer ses vers et de fréquenter les milieux de la poésie nouvelle. Accueilli par Verlaine qui l'aimera corps et âme, il sera dans la capitale au hasard de nombreux gîtes occasionnels durant une période des plus troublée : la France occupée, les heures de la Commune, les débuts houleux de la Troisième République.
    Habitué des cafés et des cercles artistiques (les Vilains-Bonshommes, les Zutistes), ami, devenu vite insupportable, de Charles Cros ou de l'inénarrable Cabaner, il déambula dans le Paris de l'époque où il tenta de vivre, mal nourri, mal logé, et écrivit certains de ses plus étonnants poèmes.
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  • Victor Hugo porte un regard acéré sur les gens, scandalisé sur la misère, gourmand sur les femmes, tendre sur les enfants.

  • Une découverte du Paris de la fin du XIXe siècle, du IXe arrondissement où E. Zola a grandi aux quartiers qu'il dépeignit dans son oeuvre : les halles, les collines de Passy, les faubourgs, etc. La capitale est aussi le lieu des engagements littéraires et politiques avec le naturalisme et l'affaire Dreyfus.

  • Venu à Paris en 1922, à l'âge de dix-neuf ans, Georges Simenon y réside dix ans, durant lesquels il mène une vie trépidante et emmagasine mille impressions et émotions. Sur les quelque deux cents ouvrages qu'il signe de son patronyme, il situe à Paris l'intrigue d'une centaine de romans et évoque très largement la ville dans ses écrits autobiographiques, en particulier dans ses vingt et unes dictées. Mais le plus extraordinaire est que l'immense majorité de ces romans parisiens seront écrits en dehors de Paris, tantôt aux Etats-Unis, tantôt en Suisse où il vécut de 1957 à sa mort. Quel est le Paris de Simenon ? Cet ouvrage montre comment un écrivain de génie s'attache à ses souvenirs et en fait la matière même, la chair et le sang de ses livres.

  • "J'erre à travers mon beau Paris sans avoir le coeur d'y mourir" chante Guillaume Apollinaire dans sa célèbre complainte du Mal aimé.

    Paris, à l'époque d'Apollinaire, est le creuset d'une formidable épopée littéraire et artistique dont il sera le chantre, le précurseur, l'arrangeur. Il y est poète bien sûr, mais aussi chroniqueur, critique d'art, patron de presse. C'est là qu'il travaille, c'est là qu'il aime vivre entouré de ses amis, c'est là qu'il encense l'existence.

  • Colette à Paris, c'est d'abord l'histoire d'une provinciale issue du fin fond de l'Yonne qui, peu à peu, par la grâce imprévue d'un mariage avec une célébrité du temps, le journaliste Willy, devient, elle aussi, une figure bien parisienne : une actrice et une artiste du music-hall, mais aussi une journaliste et surtout le grand écrivain que l'on sait - autant que la résidente successive de zones variées de Paris, et une virtuose du déménagement.

    Colette est avant tout un écrivain de la rive droite, indifférente au monde des intellectuels et des politiques, et à celui des rassemblements "militants". Un écrivain qui sait retrouver cet art du flâneur métropolitain et de l'observateur, né avec Rétif de la Bretonne, Balzac et Baudelaire, et qui trouve dans la ville majeure un contrepoint et un contrepoids, narratifs et volontiers fictionnels, à ce village natal de Saint-Sauveur en Puisaye dont elle construit l'improbable mythe dans ses textes autobiographiques.

  • Suisse, cosmopolite et baroudeur, Blaise Cendrars a beaucoup voyagé - au propre et en imagination ! Mais Paris, c'est SA ville, celle qu'il a choisie entre toutes, qui l'a rendu célèbre et dont il apprécie les sublimités comme les verrues. Comme l'a dit Soupault en une formule aussi poétique que chimique : « Il révélait Paris. » La capitale forme la matière de nombre de ses poèmes, romans, chroniques ou « mémoires qui ne sont pas des mémoires ». Il la traverse de quais en bars, passant des cafés anarchistes (avec la bande à Bonnot) aux salons (presque) mondains, faisant station à la Ruche, à La Rotonde, Chez Francis, au Boeuf sur le toit... changeant d'hôtel et de mansarde, seul ou en compagnie de voyous, de magnats de la presse ou encore de ses amis, Modigliani, Chagall, Miller ou Léger... Cendrars a fait de chacune de ses journées parisiennes une odyssée.

  • "J'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même / Et plus qu'en mon soleil en toi Paris j'ai cru." De sa naissance, qu'il situera en forme de plaisanterie "sur l'esplanade des Invalides", au petit appartement de la rue de la Sourdière, et jusqu'à sa mort, rue de Varenne, Aragon n'aura quitté Paris que quelques mois, toujours sous la contrainte de l'Histoire. L'explorateur surréaliste de l'insolite urbain, le "paysan" de Paris, sera celui aussi de tous les lieux et milieux : des Beaux quartiers à l'est ouvrier de la capitale, des frénésies des années 1920 aux cortèges militants, jusqu'au quartier des Halles du noctambule des années 1970. Il n'est pas de lieu qu'il n'ait observé, de "gris de Paris" qu'il n'ait saisi et chanté. La vie et l'oeuvre, ici nouées, constituent le guide de la redécouverte d'une capitale indissociable de son poète : "Arrachez-moi le coeur vous y verrez Paris."

  • Les liens réels et imaginaires entre Paris, la littérature et la transgression sexuelle sont anciens. C'est un Parisien, Baudelaire, qui invente le terme de « lesbienne ». Ce sont des Parisiennes de naissance ou « adoptives » comme Colette et Renée Vivien qui, les premières, mettent en scène l'homosexualité féminine dans leurs écrits. C'est un Parisien, Marcel Proust, qui, également le premier, met l'homosexualité masculine au coeur de l'une des oeuvres littéraires les plus importantes du xxe siècle. Plus tard, lors du mouvement de libération « gay et lesbien », des auteurs de très grand talent ne manqueront pas à l'appel pour décrire et théoriser la transformation des mentalités et des comportements que connaît un monde homosexuel essentiellement parisien.
    Ce livre, qui n'est pas une encyclopédie d'écrvain(e)s « gays et lesbiens » qui ont résidé à Paris, se propose de décrire les moments les plus forts, les plus emblématiques, voire les plus inattendus, entre la Ville Lumière et ses auteurs homosexuels français et étrangers dont le rayonnement s'étend le plus souvent bien au-delà d'une audience « gay et lesbienne » pour atteindre une portée universelle.
    Parution le 20 novembre 2015

  • George Sand est communément présentée comme la "bonne dame de Nohant". C'est oublier qu'elle est née à Paris dans le 3e arrondissement et qu'elle y a passé les premières années de son existence.

    Après avoir incarné l'âge d'or de son enfance, la capitale sera synonyme, pour cette jeune provinciale mal mariée, de liberté et d'émancipation.

    Pour autant, George Sand ne sera jamais une "vraie" parisienne, car elle rêve d'un Paris qui n'existe pas : un Paris à la campagne. George Sand et Paris, une longue histoire d'amour et de désamour...

  • Si Françoise Sagan, née Quoirez, a toujours rappelé qu'elle était originaire du Lot, elle a néanmoins incarné dès sa jeunesse la vraie Parisienne, par son élégance discrète, sa liberté de pensée et l'impertinence de son esprit. Véritable phénomène de la littérature, depuis son fameux Bonjour Tristesse qui lui valut une renommée mondiale, elle a le plus souvent vécu à Paris, élargissant même l'influence de la capitale et ses modes de vie à Saint-Tropez et à la Normandie.
    Si elle a cantonné Paris à quelques lieux iconiques (le boulevard Malesherbes, Saint-Germain-des-Prés, la rue du Cherche-Midi, les boîtes de nuit de la rive droite, et l'avenue Foch), elle a reconnu cette ville comme le centre le plus ardent, le plus foisonnant, le plus inventif du monde. C'est à Paris qu'elle se sentait profondément au plus juste d'elle-même, parce que le génie de la capitale correspondait à sa façon de vivre, indépendante, émancipée, bohème.
    Elle aimait la beauté de Paris, préférant les beaux quartiers aux quartiers populaires, le Faubourg Saint-Honoré, la place Vendôme et les palaces à la banlieue. Anti-Simone de Beauvoir et anti- Duras, reine distante de l'underground parisien, elle hanta ses boites de nuit sans conviction, n'aimant guère danser, aimant la paresse de la Seine à laquelle elle voulait ressembler. Nonchalante et distraite, dépensière et futile, mais aussi grave et secrète, elle voyait en Paris, à l'instar de Colette à laquelle on la compara souvent, un lieu d'inspiration et de liberté sereine qui était pour elle le plus "vivable".

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