Andre Dimanche

  • Ubu roi

    Alfred Jarry

    Le personnage d'Ubu, né d'une pièce créée par des lycéens, est devenu le symbole universel de l'absurdité du pouvoir, du despotisme, de la cruauté. Jarry en montre le ridicule, lui oppose l'arme que les faibles gardent face aux tyrans, la formidable liberté intérieure que donne le rire. Le sens du comique et de l'humour change le tyran en marionnette, en ballon gonflé d'air.

  • La gana

    Fred Deux

    L'auteur s'est laissé mener par l'enfant qu'il a sans doute été et c'est pourquoi la gana baigne tout entière dans cette poésie cruelle et violente qui est celle de l'enfance aux prises avec des mystères trop grands pour elle.
    Cette poésie transforme le sordide en objet d'art. elle permet de substituer au dégoût ou à l'apitoiement facile la révolte. elle entraîne un ouvrage qui aurait pu n'être que remarquable, et en marge, dans les grandes eaux d'une littérature qui aide à vivre. maurice nadeau.

  • Banjo

    Claude Mckay

    Écrit en 1928, ce roman d'un écrivain de la "Harlem Renaissance" est devenu, aujourd'hui, un classique aux États-Unis. Il valut à Mc Kay une réputation internationale et incita la génération de Senghor, Césaire à une revendication plus entière de sa négritude. Cendrars admirait Banjo dont l'action se passe à la fin des années 20 dans les vieux quartiers du port de Marseille avec sa misère, son soleil, ses "boutiques d'amour", ses cafés, ses clochards et ses bagarres. Et où l'on entendait nuit et jour les accents du jazz. Le roman raconte l'histoire de Banjo et de sa bande de potes, tous clodos célestes, traîne-savates au grand coeur qui vivent de l'air du temps, de la manche, boivent, gueulent, pleurent. Le livre se déroule comme un long morceau de jazz dont émergent à intervalles réguliers des solos, ou disons, le visage et la voix de tel ou tel personnage. On pense aux vignettes sur le Mississipi des premiers ouvrages de Faulkner et au regard observateur de Dos Passos.

  • Un livre événement dans lequel pour la première fois sont reproduites en grand format et en couleur les 23 Constellations (gouaches peintes par Miró en 1940, 1941 en France puis en Espagne) - le sommet de son art- accompagnées des textes d'André Breton en face de chacune des images et d'une introduction jamais reprise intégralement à ce jour. Ces textes écrits à la demande de Pierre Matisse, fi ls du peintre, marchand de Miró à New-York, furent publiés dans une édition de luxe en 1958 à très peu d'exemplaires. Georges Raillard, interlocuteur de Miró avec lequel il eut des entretiens (publiés au Seuil en 1977) était le mieux placé pour analyser la rencontre entre les fi gures du peintre et les images du poète et faire apparaitre le parcours érotique et poétique de la suite des Constellations.

  • Dans une chambre de Carcassonne aux fenêtres closes dont les murs étaient recouverts de tableaux surréalistes de Max Ernst, Dali, Magritte, Masson ou Dubuffet, Fautrier, Klee, vivait couché depuis une terrible blessure de guerre, le 27 mai 1918, le poète Joë Bousquet. Il y demeura près de trente ans, jusqu'à sa mort, le 28 septembre 1950. Son impressionnante collection, sans cesse enrichie, enchanta ses rêves et ses jours consacrés à l'écriture et à l'amour. Évoquer cette collection, aujourd'hui dispersée, mais dont les photos des oeuvres majeures sont réunies dans ce livre, c'est écrire l'histoire de leurs découvertes à travers l'amitié et la complicité des peintres. Certains vinrent le voir, ainsi Dali, précédé par sa femme Gala alors épouse d'Eluard, Malkine, Max Ernst l'ami le plus proche dont Bousquet eut vingt-huit magnifiques tableaux, Yves Tanguy l'autre grand favori, Magritte venu de Belgique, Bellmer d'Allemagne avec sa bouleversante "Poupée", Miro, Arp, Chirico, mais aussi Fautrier, Michaux. Dubuffet qui rend visite au poète en 1945 exécutera trois portraits de lui et l'initiera à l'art brut. Grâce à Jean Paulhan, son ami, conseiller et éditeur, avec qui il échangea près de cinq mille lettres, Bousquet découvrit peu avant sa mort Victor Brauner et Wols.

  • La princesse printemps règne sur une minuscule île paradisiaque, au large du panamà.
    Pour subvenir à ses modestes besoins, elle traduit avec ardeur des romans médiocres, que publient des éditeurs pirates. mais un jour, un nuage noir apparaît à l'horizon, annonciateur de la pire des catastrophes. ce conte de fées surréaliste, hanté par la momie d'un pianiste célèbre et par quelques autres créatures aussi inattendues que monstrueuses, nous livre une nouvelle facette du talent irrésistible de césar aira.
    Cette fiction, qui est aussi un roman d'aventures et un manifeste poétique, signe les adieux de son auteur à la traduction, qu'il a pratiquée quotidiennement pendant plus de trente ans.

  • On peut dire que tout ce qu'aura écrit cet auteur est autobiographique.
    Fred deux fait remonter sa vie, il la tire, il la porte, en s'aidant d'outils dont les artistes savent faire usage : il dessine, tout en prenant des notes, bouts flottants, dérivants.
    Terre mère est le noeud solidement serré autour du paquet de vie qu'il nous donne à lire. c'est l'homme qui parle, qui dit que sa détresse est, au fond, tendre avec lui. elle l'accompagne tout au long de ce ruban déroulé.

  • Giacometti

    David Sylvester

    Quatrième de couverture L'oeuvre d'Alberto Giacometti (1901-1961), très remarquée dès ses débuts dans la mouvance surréaliste, a semblé tourner le dos aux avant-gardes en se consacrant exclusivement à la copie de la réalité. Elle y a gagné une profondeur et une densité dont l'aura ne cesse de grandir.
    David Sylvester (1924-2001, est connu pour ses travaux sur Henry Moore et Magritte ainsi que pour ses entretiens avec Francis Bacon. Pendant les vingt dernières années de la vie de Giacometti, il a développé avec lui une connivence profonde, posant pour lui, recueillant ses propos, préparant des expositions, respirant l'atmosphère de l'atelier de la rue Hippolyte-Maindron et des bistrots de Montparnasse où vivait Giacometti.
    Son texte n'est pas le produit d'une théorie sur l'art mais le relevé d'une expérience unique: regarder les peintures et les sculptures se faire en écoutant ce qu'en dit celui qui les fait. Il a partagé cette émouvante quête de la perfection minée par l'obsession de l'échec qu'il relate avec brio.
    Clair, concis, scrupuleusement documenté, ce livre est l'admirable portrait d'un génie constamment rongé par le doute.

  • Lorsque parut ce roman, plus d'un lecteur américain crut trouver, dans l'assassinat de Harry Ames par la CIA, la réponse aux rumeurs qui avaient suivi la mort soudaine de Richard Wright à Paris et, dans le Plan King Alfred, la révélation des mesures envisagées pour mater une éventuelle révolte noire.
    Tant il est vrai que la politique-fiction rejoint parfois la réalité. Mais la valeur de cette oeuvre complexe vient de son écriture, à la fois brillante, sensible et lucide, autant que de la carrière mouvementée du protagoniste, le journaliste Max Reddick, qui se meurt d'un cancer. Cet écrivain ressemble à Williams comme un frère. Et, à travers lui, nous découvrons tout ce que signifiait, tout ce qu'impliquait la carrière d'un intellectuel noir américain engagé, marié à une Blanche, entre la Seconde Guerre mondiale et les années soixante, où la discrimination n'avait pas cessé de triompher.
    Nous transportant d'un bord à l'autre de l'Atlantique - de New York à Paris, Accra, Amsterdam et l'Italie - au fil des impressions d'un homme qui se penche sur son passé, ce récit sur fond de tendresse garde tout le suspens d'un policier aux dimensions intercontinentales qui met en scène, après l'Amérique de Truman et de McCarthy, celle de Kennedy, Martin Luther King et Malcolm X.

  • À partir de visites à Gaston Chaissac dont il était le très jeune voisin, l'auteur retrace la situation où se trouvait cet artiste hors du commun dans la Vendée des années cinquante. Cela suscite de nouvelles interrogations aujourd'hui : le regard sur les artistes en marge a-t-il vraiment changé en un demi-siècle ? Quelle est la part de légende souvent créée par Chaissac lui-même dont le public reste friand ?
    En quoi ne relève-t-il guère de l'art brut auquel Jean Dubuffet l'avait d'abord associé ? Et, d'ailleurs, qu'est-ce que l'art brut ? N'y entre-t-il pas des choses très disparates ?...
    Tour à tour pondérées ou agacées, mêlant l'humour et l'humeur, ces réflexions en viennent à mettre en doute la validité des étiquettes que l'on applique trop commodément aux artistes : beaux-arts, art naïf, art brut, art des aliénés, des enfants... N'est-ce pas l'art, l'art sans qualificatif ni précision catégorielle qui importe ?

  • La Plata, nouvelle ville promise à un destin grandiose sur les bords du fleuve, devient entre 1882 et 1896 un des joyaux de l'Argentine avec son architecture moderne, ses parcs et ses diagonales qui interrompent le tracé rectiligne des avenues. Elle attire des foules de promeneurs et de fonctionnaires venus de Buenos Aires y habiter. Pourtant, une série de faits troublants, ainsi qu'un meurtrier aux habitudes étranges, semblent la gangrener et compromettre son avenir. Dans un climat de suspicion et de haine, un flic et un politique se livrent à une étrange enquête. La presse, les syndicats, tout le monde s'en mêle. Au-delà du roman policier, d'une enquête sur les traces d'un serial killer, Néstor Ponce évoque l'Argentine de la fin du XIXe siècle en pleine expansion, riche de ses pionniers, ses indigènes et ses immigrants venus de la vieille Europe. Cependant, si l'écriture de Néstor Ponce, sobre et élégante, l'intelligence de l'analyse, la couleur locale et le suspense pourraient suffire à en faire un livre passionnant, son plus grand mérite est de s'ancrer dans la tradition du roman policier argentin. Dans la ligne de Sarmiento pour qui la politique constitue le rêve délirant de la civilisation, de Macedonio Fernández et sa théorie de l'État, de Roberto Arlt qui voit dans le crime l'essence du pouvoir, à la suite de La Fête du Monstre de Bioy Casares et Borges, de celle de Ricardo Piglia pour qui «la littérature travaille le politique, cette grande machine paranoïaque et fictionnelle», La Bête des diagonales jette un nouveau voile de suspicion sur la nature du pouvoir.

  • Coffret de 8 CD contenant des enregistrements des oeuvres de S. Beckett.
    Pièces radiophoniques : Tous ceux qui tombent (1h15), Cendres (40 mn), traduites de l'anglais par Robert Pinget et interprétées par Roger Blin, Delphine Seyrig, Jean Martin.
    OEuvre théâtrale : En attendant Godot, Comédie Française (2h00). Nouvelles : textes lus par Roger Blin. Le huitième CD contient des témoignages et interviews.
    Un livret avec des témoignages sur Beckett accompagnera les CD.

  • Soutine

    Xavier Girard

    «.Le sort réservé à Soutine est aujourd'hui encore, en dépit d'un revival récent, des plus contradictoires. Si on lui concède une place dans l'ombre des maîtres de la modernité, c'est pour mieux le rejeter dans la catégorie inclassable des «.indépendants.» quand ce n'est pas pour faire de lui une sorte de juif errant de la peinture, moitié expressionniste moitié «.rappel à l'ordre.». Déçus par les historiens, les exégètes donnent une fausse importance à la petite histoire et à la pathologie. Le sang, la maladie, la mort et la folie toute proche font de lui un peintre maudit non moins fréquentable que Van Gogh ou Modigliani. Or ce récit trop souvent nous détourne de la peinture, brouille notre relation aux oeuvres et nous empêche de voir.
    J'ai écrit ce livre au plus près des tableaux non pour ajouter à la légende mais pour aider à la compréhension des mécanismes de l'expérience picturale chez Soutine. Les grandes aires du portrait, du paysage et de la nature morte nous découvrent l'espace d'une sensibilité, ses antagonismes internes, ses obstacles et ses cassures. Ce sont elles que j'interroge ici en m'attachant à décrire à travers couleurs, matières, formes, mouvements, accessoires, arrangements d'objets, postures et fi gures privilégiées, la relation au bouleversement du monde qui fut celle de Soutine, sans négliger, dans cette quête d'une unité fulgurante, le rôle que la culture juive du peintre joua tout au long de son parcours.

  • Ceccarelli

    Valabregue/Frederic

    Depuis plus de quarante ans, l'oeuvre de Jean-Jacques Ceccarelli étend les définitions et les techniques inhérentes à la pratique du dessin.
    Pour cet artiste foisonnant et volubile, le dessin n'est pas un outil de vérification ni un terrain d'essai. Il n'est pas une note ni une esquisse. Il constitue le corps et le centre de l'oeuvre. Il est une pensée et une activité globales dans la mesure où il entraîne des genres auxquels il est habituellement inféodé : peintures, objets, installations. Alors qu'entend-on par dessin qui serait si spécifique ? Ce ne sont pas les matériaux qui le qualifient.
    Ce serait plutôt une façon de donner à lire les formes plutôt que de les incarner, de constituer un récit de leurs agencements et de leurs métamorphoses plutôt que de les imposer. Le dessin est un récit au long cours, une histoire de coureur de fond. C'est surtout un fil maintenu. Ce livre déroule une continuité. Il dégage, à travers les périodes issues des différents ateliers, non pas un raisonnement mais un enchaînement de déclics.
    Il suit la façon dont le visible se tresse au lisible. Enfin, il rend compte, série après série, d'une extension, d'une façon de pousser sur les limites qui ferait de l'ensemble des dessins de Ceccarelli une immense bande passante transformant l'atelier en un paysage peuplé de figures gigognes, de migrations de formes qui s'abîment et se régénèrent. Frédéric Valabrègue.

  • En janvier 1990, phèdre fut créée à bhopal, en inde, par la troupe du rangmandal bharat bhavan, dans une mise en scène de georges lavaudant.
    Associé dès le départ à cette expérience singulière de translation, jean-christophe bailly la relate sous la forme d'un journal de bord qui tresse ensemble la découverte de l'inde et la fabrication du spectacle, tout se passant comme si les deux enjeux se rejoignaient. au jour le jour, à travers des réflexions sur le tragique, la langue, la traduction, la religion, à travers aussi l'évocation constante du paysage et de ceux qui y vivent, se configure un livre qui tente de pénétrer en douceur la frange extensible du contact entre les civilisations.

  • Raconte jour après jour les rencontres amoureuses, la vie mondaine et artistique, l'effervescence de l'entre-deux-guerres à Paris et à Berlin, l'histoire vraie de Jules et Jim.

  • Les larmes

    César Aira

    " Tous les chemins de l'ombre conduisent à cette certitude atroce : il m'est arrivé ce dont j'avais le plus peur.
    " Course effrénée contre l'ironie du destin et la douleur de la séparation. Jeu particulièrement retors avec le temps et l'espace, fable fantastique, politique et philosophique, Les Larmes peut aussi être lu comme le manifeste poétique d'un écrivain déjà considérable. Un terroriste japonais, une sensuelle vedette de télévision, un improbable Premier ministre argentin, un chien parlant nommé Rintintin dont un couple divorcé organise obsessionnellement la garde, tels sont quelques-uns des personnages qui traversent ce court roman irrésistible de folie et de sagesse.

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