Belles Lettres

  • Pour sa première mission extérieure, le capitaine Guillaume Ancel, 27 ans, débarque en mai 1992 au Cambodge, pays ravagé par vingt années de guerre. Avec les soldats de la mission de paix de l'APRONUC (Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge), il s'agit de faire appliquer les accords de Paris, en commençant par désarmer les factions. Plus facile à dire qu'à faire. Guillaume Ancel découvre un pays semé de mines et plongé dans le chaos. Le tiers de sa population a disparu, en grande partie durant le génocide perpétré par les Khmers rouges.
    Sa mission : rencontrer certains de leurs chefs pour les amener à déposer les armes. Lui, en tant que négociateur n'en porte pas. Chef de patrouille, il est à la tête de soldats de « l'armée du monde » venus de Chine, d'Amérique, du Népal, d'Italie ou d'Uruguay. Le récit de la collaboration de ces hommes, au coeur des ténèbres, est une des lumières de ce livre. Un casque bleu chez les Khmers rouges est aussi un témoignage sans concessions, comme les précédents ouvrages de l'auteur sur ses missions en ex-Yougoslavie ou au Rwanda. Guillaume Ancel ne tait ici ni les travers ni les dérives, parfois terribles, de ceux qui sont venus faire la paix.

  • À cent ans, Hubert Germain est l'un des quatre Compagnons de la Libération encore en vie. « Quand le dernier d'entre nous sera mort, la flamme s'éteindra. Mais il restera toujours des braises. Et il faut aujourd'hui en France des braises ardentes ! » C'est le message que veut laisser dans ce témoignage inédit, celui qui, à 19 ans, rallia la France libre dès les premiers jours. Lors de leur rencontre à Londres, le général de Gaulle lui dit simplement : « Je vais avoir besoin de vous. » Chevalier de la Légion d'Honneur à 21 ans, Compagnon de la libération deux ans plus tard - « Quand vous êtes reçu comme Compagnon, c'est comme si la foudre vous tombait dessus » -, il sera aussi maire, député puis ministre de Georges Pompidou. Légionnaire de la mythique 13e DBLE, il a combattu à Bir Hakeim, El Alamein, en Italie où il est blessé, puis durant toute la campagne de libération de la France. « Vous m'emmerdez avec Germain ! », rétorque le général de Gaulle alors qu'on le presse, vingt ans plus tard, d'écouter celui qu'on a envoyé rencontrer les émissaires des généraux putschistes d'Alger. Hubert Germain pardonne tout à celui qu'il considère comme son deuxième père.

  • Ils sont neuf officiers supérieurs de la Légion étrangère à avoir pris la plume pour raconter la dernière décennie de combat de cette unité de légende. Pour la première fois, le lecteur accompagne les hommes au képi blanc en Afghanistan, en Guyane, en République de Centre Afrique, au Mali.

  • 1994, RWANDA.
    La France intervient militairement dans ce petit pays d'Afrique centrale où se déroule le dernier génocide du XXe siècle, celui des Tutsis du Rwanda.
    Officier de la force d'action rapide, détaché au sein d'une unité de Légion étrangère, Guillaume Ancel est chargé de guider les frappes aériennes d'une mission qui se veut humanitaire. Comme dans un carnet d'opérations, son récit décrypte l'enchaînement des faits et le malaise grandissant qui s'installe : rien n'est mis en oeuvre contre les génocidaires ayant massacré 1 million de personnes en 100 jours. Il raconte le professionnalisme des soldats français dans ces événements dramatiques mais aussi toute l'ambiguïté de cette opération qui remet en question, depuis plus de vingt ans, le rôle joué par la France.

  • André Hébert est le pseudonyme d'un Français de 26 ans parti combattre l'État islamique aux côtés des Kurdes de Syrie entre juillet 2015 et avril 2016 puis de juin à décembre 2017. Dans Jusqu'à Raqqa, nom de la dernière bataille qu'il livre avec ses camarades du YPG, « les Unités de Défense du Peuple », dans la capitale des djihadistes, André Herbert livre un premier témoignage essentiel sur ce conflit. Ce journal de guerre d'un jeune parisien privilégié qui, devenu militant internationaliste, choisit en 2015 de risquer sa vie pour ses idées, est aussi un manifeste politique : « Je m'exprime en tant qu'activiste révolutionnaire, internationaliste, marxiste, soutenant la cause kurde. » Ils sont 700 volontaires venus du monde entier - dont une vingtaine de Français - à vouloir reproduire au Kurdistan syrien le combat des Brigades internationales en Espagne. Une poignée de soldats, au milieu d'une armée composée de Kurdes, d'Arabes, de Kurdes yézidis et de Turcs. Beaucoup meurent dans une guerre où les voitures piégées, les kamikazes, les mines artisanales font autant de ravages que les armes classiques. Après avoir été brièvement emprisonné à Erbil, au Kurdistan irakien, ce sont les policiers de la DGSI qui cueillent André Herbert à son domicile parisien alors qu'il va repartir en Syrie participer à l'hallali contre Daech. Déterminé, il poursuit en justice l'État français et parvient à rejoindre une deuxième fois la zone des combats. Jusqu'à Raqqa. Dans ses ruines, il participe à la dernière et furieuse bataille contre des combattants de Daech qui n'ont plus rien à perdre et vont faire payer chèrement leur défaite.

  • Joe, le pilote, vient de Caroline du Sud. Bill, le bombardier, d'Idaho, Allan, le navigateur est de l'Indiana, Al, le mitrailleur, du Middle West, Abner, le mécanicien, est californien. Au total, ils sont sept jeunes gars, la vingtaine, réunis en 1942 sur une base américaine pour apprendre, comme tant d'autres, à dompter un Boeing B-17 Flight Fortress, monstre volant avec lequel ils iront bientôt inonder de bombes l'Europe et le Pacifique.
    Dans Bombes larguées, texte inédit en France, John Steinbeck reprend l'un de ses thèmes favoris en se concentrant sur la force du groupe, sur ce que les individus peuvent accomplir quand ils travaillent ensemble.

  • Le journal de guerre d'Evelyn Waugh (1939-1945) est un texte inédit, extrait du monumental journal1 que l'écrivain britannique tint depuis l'âge de sept ans jusqu'à peu avant sa mort. Traduit pour la première fois en français, ce texte majeur permet d'éclairer cette période de la seconde guerre mondiale sur laquelle Evelyn Waugh bâtira sa célèbre trilogie romanesque Sword of Honour2 publiée à partir de 1952. Ce récit romancé de l'étrange guerre que livra le féroce contempteur de la société britannique est l'un des piliers de son oeuvre prolifique. Les quelques 300 pages de ce journal de guerre en sont la matrice.
    Âgé de 36 ans, Evelyn Waugh a dû mobiliser son riche réseau au sein de la haute société britannique pour parvenir à servir comme officier. Son expérience militaire sera variée et insolite, de l'expédition avortée de Dakar aux côtés des Français libres en passant par la désastreuse bataille de Crête jusqu'à une longue mission dans les Balkans avec Randolph Churchill, fils du Premier Ministre britannique, auprès de Tito et de ses Partisans. Humour, cynisme décapant, Waugh poursuit dans ce journal de guerre sa critique insolente de la vie sociale britannique et de son plus fier fleuron, l'armée.

  • En 1944, impatient d'aller combattre dans le Pacifique, Eugene B. Sledge s'engage comme simple soldat dans le Corps des Marines après avoir suivi une brève formation à l'école des officiers. Il livre ses premiers combats sur l'île de Peleliu, une épreuve physique et psychologique qui marquera le jeune servant de mortier à vie, et participe ensuite à la campagne d'Okinawa en 1945, l'une des batailles les plus meurtrières de la guerre du Pacifique.
    Plusieurs années après son retour à la vie civile, Sledge écrira ses mémoires, basés sur les notes qu'il avait prises et conservées dans son Nouveau Testament au coeur même des combats. Son livre With the Old Breed tient la chronique des expériences qu'il a vécues avec son unité et rend hommage au courage de ses camarades. Il raconte les horreurs de la guerre et le gâchis qu'elle est à ses yeux, décrit au jour le jour la lutte pour la survie dans un environnement hostile où règnent la peur, la saleté et la boue, tout en saluant la bravoure des soldats et leurs sacrifices. La brutalité et la solidarité, la sauvagerie et la camaraderie, l'incertitude et l'ennui, la souffrance et la mort, le banal et l'extraordinaire, Sledge raconte tout des circonstances extrêmes auxquelles sont confrontés les soldats et entraîne le lecteur avec lui dans l'enfer qu'est la guerre.

  • Dépêches du Vietnam rassemble la dernière série de reportages de guerre de John Steinbeck. Inédit en France, cet ouvrage reprend les chroniques écrites à partir de 1966 pour le magazine Newsday par celui qui reçut le Prix Pulitzer en 1940 pour les Raisins de la Colère et le prix Nobel de littérature en 1962.John Steinbeck, à 64 ans, est déjà un homme malade et fatigué il mourra deux ans plus tard quand il part pour couvrir le conflit qui mine l'Amérique. Mais il a beau bien connaître la guerre il a suivi les boys en Europe en 1943 pour le New York Herald Tribune et a été blessé en Afrique du Nord il est dérouté par ce qu'il découvre : une guerre qui ne comporte « ni front, ni arrières », écrit-il. Embarquant sur les vedettes qui sillonnent les deltas, volant à bord des hélicoptères Huey, il retrouve également son fils, futur écrivain lui-aussi, qui a choisi de s'engager. Est-ce l'une des raisons pour lesquelles Steinbeck, dans ses dépêches, soutient la guerre menée par l'Amérique ? S'il émettait des réserves en privé sur cette dangereuse aventure, il serre les rangs derrière la politique suivie par le président Lyndon Johnson, ce que lui reprocheront beaucoup d'intellectuels. Lui le défenseur des faibles et des opprimés, « l'écrivain social » qui en son temps fut soupçonné d'être communiste est devenu belliciste mais est surtout « désespéré que ces merveilleuses troupes n'apportent pas une victoire rapide. »Le traducteurTraducteur prolifique des grands noms de la littérature anglo-saxonne (Bret Easton Ellis, Ernest Hemingway, Jack Kerouac, Francis Scott Fitzgerald...), Pierre Guglielmina a récemment traduit aux Belles Lettres, de Francis Scott Fitzgerald, Une vie à soi (Goût des idées, 2011).

  • Carnet de guerre d'un officier en première ligne lors du siège le plus long qu'ait connu une capitale à l'époque contemporaine, Vent glacial sur Sarajevo est un témoignage sans concession sur l'ambiguïté de la politique française durant le conflit en ex-Yougoslavie.

    Cette « capitale assiégée que nous n'avons pas su protéger », Guillaume Ancel la rejoint en janvier 1995 avec un bataillon de la Légion étrangère. Sarajevo est encerclée depuis déjà trois ans et sa population soumise aux tirs quotidiens des batteries d'artillerie serbes. L'équipe du capitaine Ancel a pour mission de guider les frappes des avions de l'OTAN contre elles. Des assauts sans cesse reportés, les soldats français recevant à la dernière minute les contre-ordres nécessaires pour que les Serbes ne soient jamais inquiétés. Sur le terrain, les casques bleus français comprennent qu'on ne leur a pas tout dit de leur mission et se retrouvent pris au piège.

    « Six mois d'humiliation » résume Guillaume Ancel qui dresse un constat sévère des choix faits par le gouvernement d'alors. En témoignant de l'opération à laquelle il a participé, il raconte ces hommes, ces situations, cette confusion et le désarroi qui, jour après jour, ronge ces soldats impuissants.

  • C'est l'une des plus célèbres reporters de guerre. Martha Gellhorn découvre la fureur des combats en 1937 sur le front espagnol, qu'elle est partie couvrir avec son mari, Ernest Hemingway. N'étant pas autorisée, en tant que femme, à accompagner des unités de combat, elle invente un nouveau style de reportage qui semble parfaitement en phase avec l'évolution de la guerre moderne en Espagne. Les populations civiles devenant des objectifs militaires, Gellhorn concentre toute son attention sur les effets du conflit plutôt que sur ses causes et ses opérations. Le facteur humain, le sort de l'individu broyé par la machine de guerre, la vie quotidienne des femmes et des enfants, le destin tragique des blessés sont au centre de tous ses reportages. La dimension idéologique des conflits l'intéresse moins que l'expérience vécue des victimes et des acteurs réels de la guerre. Après la Deuxième Guerre mondiale, elle a suivi la plupart des conflits armés sur cinq continents et dans plus de cinquante pays différents. Elle est une des rares femmes écrivains au XXe siècle à avoir manifesté un intérêt aussi constant et intense pour la guerre, même si son activité littéraire a couvert bien d'autres domaines.

  • C'est un texte inédit en France : Viva Caporetto ! est le tout premier ouvrage de Curzio Malaparte. En 1921, il a 23 ans ; il s'appelle encore Kurt Erich Suckert et revient d'une année à Varsovie en tant qu'attaché d'ambassade, après quatre années de guerre sur les fronts italien et français. Médaillé des plus grandes batailles de la Première Guerre mondiale sur les deux fronts (Bligny et Col di Lana, entre autres), ce n'est pourtant pas le récit de sa geste héroïque qu'il nous livre dans Viva Caporetto !, mais celui de la guerre des millions de soldats italiens, simples fantassins, paysans pour la plupart, envoyés dans les tranchées du Karst pour défendre des territoires dont ils avaient ignoré jusqu'alors l'existence.

    Ce que Viva Caporetto ! raconte de la guerre, c'est le sacrifice absurde de jeunes gens courageux, l'entêtement stupide d'un état-major incompétent et, surtout, le fossé entre l'horreur de la tuerie et les mensonges d'une rhétorique patriotique écoeurante.
    Le jeune Suckert parle pour ces soldats analphabètes qui ont accepté en silence une mort inutile. Contre la propagande officielle, il choisit Caporetto, gigantesque retraite des troupes italiennes sous l'avancée des armées autrichiennes, qui marque en octobre 1917 la crise militaire la plus douloureuse que l'Italie ait connue, pour emblème de l'héroïsme du soldat des tranchées et espoir de revanche d'un peuple méprisé.

    Trois fois saisi et censuré entre 1921 et 1923, Viva Caporetto ! était une charge explosive contre la jeune Italie fasciste qui s'édifiait sur la mémoire d'une Grande Guerre victorieuse. Il fallut attendre la fin du XXe siècle pour redécouvrir en Italie ce pamphlet unique et insolite, par lequel le futur Malaparte signe son entrée en littérature. Il est traduit et publié en France pour la première fois.Présenté et traduit par Stéphanie Laporte.

  • Maquisarde pendant la Seconde Guerre Mondiale, journaliste et essayiste, Oriana Fallaci a compté au nombre des grands reporters internationaux.
    Italienne, elle a été attachée à l'Europeo de Milan et a travaillé pour les principaux hebdomadaires et magazines d'Europe et d'Amérique. Ses interviews avec de nombreux chefs d'État et des personnalités internationales sont devenues célèbre. Le livre que voici, récit d'une année de sa vie, elle l'a écrit pour répondre à la question d'une enfant : « La vie qu'est-ce que c'est ? ».

  • Jorge Ricardo Masetti était un révolutionnaire, un vrai.
    Mort les armes à la main à 34 ans, dissous dans la jungle argentine. Trois ans plus tard, le 9 octobre 1967, le corps de son ami Ernesto Che Guevara sera exposé, criblé de balles, de l'autre côté de la frontière, en Bolivie. Jorge Ricardo Masetti, journaliste argentin, arrive en mars 1958 dans le Cuba du dictateur Batista et y décroche la première interview radiophonique de Fidel Castro, chef du Mouvement du 26 juillet et de son fidèle adjoint, le Che. Il basculera dans le camp révolutionnaire dont il devient un personnage incontournable, le « commandant secundo. » Avec Fidel et le Che, Jorge Ricardo Masetti livre un témoignage capital sur l'épopée castriste. Un récit saisi sur le vif, une chronique nerveuse de la révolution dont il devient le messager. Fondateur et directeur de l'agence de presse internationale Prensa Latina, le « commandant secundo » sillonne le monde mais couvre aussi les combats de la Baie des cochons en 1961. Il sera l'artisan du rapprochement avec le FLN en Algérie puis, en 1964, devient soldat. Il prend les armes pour ouvrir le second front choisi par le Che. Ce sera dans leur pays d'origine, l'Argentine, d'où la révolution doit se propager sur le continent. Il y disparait à la fin du mois de mars 1964.
    Contrairement à celui du Che, identifié le 7 juillet 1997, son corps n'a jamais été retrouvé.

  • Mai 1916. Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930) arpente les fronts anglais, français et italiens. Dès le début du conflit, il a voulu s'engager mais à 55 ans, sa demande a été rejetée. Comme de nombreux écrivains et artistes britanniques, il rejoint alors le « War Propaganda Bureau », organisme secret chargé de la manipulation de l'information, créé en septembre 1914. Le père de Sherlock Holmes retrouve ainsi le chemin de la guerre qu'il a connue durant le conflit des Boers. Fervent défenseur de l'Empire britannique, son livre magnifie l'action et le courage des soldats alliés devant l'horrible « Boche. » Propagande ou pas, la guerre peinte par l'auteur de la Compagnie blanche a de l'allure.
    Personnages forcément superbes, portraits épiques de soldats et de cités en ruines, comme à Ypres : « C'est la ville d'un rêve, cette moderne Pompéi, détruite, désertée et profanée, mais avec une dignité fière et triste qui vous poussait malgré vous à baisser la voix en passant dans ses rues en ruines. » Ces visions de la guerre, sous la plume d'un des plus fabuleux conteurs de la littérature britannique, l'emportent largement sur son parti pris.
    Cette guerre, Conan Doyle lui paiera un lourd tribut. Il y perd son frère, le général Inès Doyle, en 1918, et surtout, son fils aîné, Kingsley, grièvement blessé à la bataille de la Somme et qui mourra de maladie en octobre 1918, plongeant son père dans un désespoir dont il ne se releva jamais.

  • Il s'agit d'un des livres les plus célèbres de la littérature grecque moderne. Publié à Mytilène en 1924, réédité à Athènes en 1930 et remanié plusieurs fois par l'auteur jusqu'en 1956, La Vie dans la tombe a été traduit dans une dizaine de pays, dont la France (1933). Cette première version française, intitulée De Profundis, établie d'après l'une des premières éditions grecques et amputée de plusieurs chapitres ne rendant pas compte de cette oeuvre majeure, une nouvelle version, fidèle au dernier état du texte, s'imposait.
    La « vie dans la tombe » est, dans la liturgie orthodoxe, l'hymne du Vendredi saint, déploration funèbre dans l'attente de la Résurrection. Pour Myrivilis, c'est l'Enfer des tranchées durant la Grande Guerre, au-delà même de son expérience personnelle.
    Le livre se présente comme le journal intime d'un jeune Grec de Mytilène (Lesbos), Antonis Cotsoulas, engagé volontaire sur le Front d'Orient dans la Division de l'Archipel (les îles libérées du joug turc à l'issue des Guerres balkaniques). Il retrace ses épreuves et son évolution intérieure, de l'élan juvénile initial à la désillusion d'un patriotisme lucide teinté d'antimilitarisme, entre son départ de Lesbos en 1917 et sa mort au cours d'une grande offensive alliée contre les positions germano-bulgares de Macédoine, aux environs de Monastir. Bien que le lieu ne soit pas expressément nommé, cet épisode final peut être identifié avec la seconde bataille du Skra di Legen (mai 1918), victoire remportée par les Alliés au prix d'un lourd tribut grec (près de 3 000 tués ou blessés) et prélude à la percée qui allait déterminer le renversement du rapport des forces. Si l'auteur, pour ménager sa liberté d'expression, recourt aux artifices de la fiction, il n'emploie jamais le mot « roman ». Son livre est avant tout un témoignage d'un réalisme extrême sur la vie quotidienne dans les tranchées. Les 55 tableaux qui jalonnent ce chemin de croix forment une unité narrative autonome, à la progression dramatique rigoureuse. On y trouve tous les ingrédients des classiques récits de guerre, marches harassantes, corvées quotidiennes mais aussi scènes d'horreur et d'apocalypse. On y croise tous les desservants de cet « abattoir international en folie » (Céline), gradés arrogants ou humbles héros, déserteurs ou victimes résignées dont la vie intime est dévoilée sans complaisance. Ce Monde d'En Bas a pour contrepoint rêvé le Paradis Perdu de Mytilène, avec sa lumière, les parfums de sa flore, ses couleurs et ses rivages. Imprégné de traditions ancestrales, Myrivilis fait alterner le réalisme le plus cru avec le lyrisme le plus délicat. Le ton de l'épopée ne lui est pas non plus étranger. Il fait sentir avec éloquence le déchaînement des forces guerrières. Au service de son oeuvre il forge une langue neuve, un « démotique » proche de la langue orale, ponctué de régionalismes expressifs, de créations verbales pures qui, par son sens du rythme, s'élève à la hauteur d'une prose d'art. Cet irrécusable document est aussi un manifeste littéraire.

  • « Je suis un pacifiste extrême, je hais jouer au soldat. » En août 1916, à 50 ans, Herbert George Wells part pourtant faire « le tour du Front. » Comme la majorité des grands écrivains britanniques - Rudyard Kipling, Sir Arthur Conan Doyle, Ford Madox Ford -, il a répondu à l'appel du War Propaganda Bureau (WPB) fondé dans les premières semaines de la guerre et chargé de la manipulation de l'opinion. « Ainsi nous passons, la plupart du temps en automobiles qui bondissent sur les routes de la guerre, comme un nuage de témoins, chacun témoignant à sa propre manière », écrit-il dans La Guerre et l'Avenir, livre qui n'avait pas été réédité depuis sa première publication à la fin de 1916. Le périple guerrier du grand écrivain britannique débute par l'Italie et le terrible front de l'Isonzo avec ses âpres combats de montagnes. Puis c'est la France, dévastée, avec ses villages « qui ne sont plus que des déserts de trous d'obus. » Écrivain politique fasciné par le progrès technique, inventeur de la science fiction (La machine à remonter le temps, La Guerre des Mondes, L'homme invisible), H. G Wells livre un récit de reporter de guerre où se mêlent portraits de guerriers, ravages des batailles, mais aussi armes futuristes et visions d'avenir sur l'organisation du monde, quand le fracas des armes aura cessé.

  • Pour la première fois, un officier français ayant combattu en Libye et en Afghanistan livre son témoignage sur ces deux conflits. Le capitaine Brice Erbland, chef de mission et pilote d'hélicoptère de combat Tigre, machine ultra sophistiquée à la puissance de feu dévastatrice, dévoile dans ce livre son journal de guerre. Dans les griffes du Tigre nous emmène des montagnes d'Afghanistan aux missions de destruction des forces kadhafistes sur le littoral libyen. Engagé à la pointe des combats sur ces deux théâtres d'opérations de l'armée française, les sentiments de Brice Erbland ne sont pas différents de ceux des autres auteurs que Les Belles Lettres ont choisi de publier dans la collection "Mémoires de guerre": il y a la peur, le courage, la douleur de perdre des camarades, celle de quitter les siens mais aussi le terrible moment où du haut du ciel, on tue sa cible quand elle s'encadre dans la lumière verte du viseur, avant que les flammes du canon ne la détruisent.

    Brice Erbland est âgé de 32 ans. Saint-Cyrien, pilote d'hélicoptère d'attaque dans l'Aviation légère de l'Armée de terre, il est tout d'abord engagé en Afrique puis part en Afghanistan et en Libye au cours de l'année 2011. Deux fois décoré pour les combats qu'il a livrés sur ces théâtres, il a également été fait chevalier de la Légion d'honneur pour son action en Libye. Marié et père de quatre enfants, il est passionné d'art et de musique.

  • « J'étais fatigué du monde des renseignements, j'avais raté la guerre en Indochine, je pensais en savoir assez sur les insurrections et je voulais tester certaines de mes théories. » Le 1er août 1956, le capitaine David Galula, 37 ans, prend le commandement d'une compagnie en Kabylie. Pacification en Algérie, texte inédit en France, est le récit de sa subtile conquête du terrain et des populations, dans une zone infestée par le FLN. Il y reconstitue de mémoire l'histoire détaillée de son brillant commandement, et expose ses théories de contre-insurrection et de pacification, qui, selon lui, vaudraient dans la plupart des cas. Il ne prétend pas traiter systématiquement ou analyser les aspects politiques plus larges de la guerre d'Algérie, ni juger de la valeur des problèmes ou de leur résolution à Alger et à Paris. Son point de vue est exclusivement celui d'un commandant dans un secteur particulier au cours d'une guerre où le gouvernement français et ses armées étaient décidés à vaincre militairement les rebelles. Les problèmes qu'il rencontra, les méthodes qu'il mit en oeuvre pour y répondre, sa description du comportement des officiers et des hommes envers la population locale et envers les rebelles et leurs partisans n'étaient pas tout à fait les mêmes que ceux des autres commandants. Galula envisageait la pacification de manière personnelle et créative, en tirant de sa méthode des résultats particulièrement efficaces. C'est pourquoi son récit nous est précieux.
    Longtemps oubliés, les travaux de ce théoricien majeur seront redécouverts par l'État-major américain en 2004, au moment des guerres d'Afghanistan et d'Irak. Galula a été qualifié de « Clausewitz de la contre-insurrection » par le général David Petraeus, chef des expéditions militaires américaines en Afghanistan et en Irak dans la préface de la réédition de son célèbre essai Contreinsurrection : Théorie et pratique.

  • Carlo Salsa (1893-1962) est envoyé au front sur le Karst dès l'entrée en guerre de l'Italie en 1915. Il y reste quinze mois, avant d'être blessé puis retenu prisonnier par les Autrichiens.
    Trincee [Tranchées] est le récit de son expérience au front : journal d'un soldat de première ligne, dénonciation implacable de la conduite de la guerre par un homme du « troupeau », c'est un document historique qui ne cède ni à la rhétorique nationaliste des années de guerre, ni à sa récupération par le fascisme naissant. Dès sa parution en Italie, en 1924, le livre est censuré.
    Redécouvert à la fin du XXe siècle, à la faveur de nouvelles recherches historiographiques sur la Grande Guerre, il a connu depuis plusieurs rééditions jusqu'à aujourd'hui.
    La réception de cet ouvrage, tardive en Italie, fort discrète en Europe, reste très étonnante. Car non seulement Trincee est un récit d'une grande qualité littéraire, mais c'est aussi un livre d'une justesse historique remarquable. Aucun épisode de la tragédie ne manque et la spécificité de la guerre italienne convainc rapidement le lecteur : des combats en montagne avec des positions autrichiennes avantageuses, le manque de moyens et d'armes de l'armée italienne, des choix tactiques inadaptés à la guerre de tranchées et au terrain alpin, le mépris de l'état-major pour les soldats, les épisodes de fraternisation, la pratique de la décimation, une rhétorique aussi meurtrière que les armes, les milliers de prisonniers qui meurent de faim dans les camps autrichiens.
    La force de Trincee tient autant à la puissance du récit qu'à son authenticité : Carlo Salsa a vécu tous les événements qu'il raconte ; son témoignage est saisissant. Sa traduction en France pourra lui donner la place qu'il mérite au sein de la meilleure littérature européenne sur la Grande Guerre aux côtés de Erich Maria Remarque, de Andreas Latzko et de son compatriote Emilio Lussu (auteur des Hommes contre, traduction française 1995).

  • « Si quelqu'un veut savoir pourquoi nous sommes morts, / Dites-leur : parce que nos pères ont menti. » Cette phrase de Rudyard Kipling (1865-1936), écrite en 1918, résume l'écrasante culpabilité d'un homme. John Kipling, fils unique du plus célèbre écrivain de l'Empire, a été porté disparu, à 18 ans, en septembre 1915 devant Loos, dans les Ardennes. Son père, fervent patriote, l'avait poussé à s'engager malgré sa myopie. Rudyard Kipling le sait aussi :
    Par ses écrits, il a contribué à ce que des centaines de milliers de jeunes gens connaissent les horreurs de la Grande Guerre. Comme de nombreux écrivains britanniques, parmi lesquels Sir Arthur Conan Doyle (dont les Belles Lettres publient également Une visite sur les trois fronts) H.G Wells ou Thomas Hardy, Rudyard Kipling a rejoint le « War Propaganda Bureau », chargé de manipuler l'opinion et de pousser l'Amérique à entrer dans le conflit.
    En 1915, Rudyard Kipling publie La France en guerre, portrait de ce pays qu'il connait et admire, mobilisé contre les « Boches. » « France, bien-aimée de toute âme qui aime son prochain ! » écrit Kipling dans ce texte militant, mais pendant indispensable, comme les dizaines de pamphlets du « War Propaganda Bureau », de la littérature des tranchées. Ce serait une grave erreur que de limiter la connaissance de la première guerre mondiale aux seuls récits de combattants. Un grand nombre d'écrivains, d'intellectuels et d'artistes ont participé activement au conflit, avec grand talent, pour alimenter cette propagande devenue une arme redoutable dans l'arsenal des pays en guerre.

  • " J'aurais dû détester ce pays, mais c'est mon pays natal, j'aurais dû haïr ces bourreaux, mais ils étaient mes voisins, j'aurais dû haïr leurs enfants mais c'est avec eux que je jouais à cache-cache, ce sont eux qui m'apprenaient à sauter à la corde ." "Votre courage et votre force pour tuer plus d'un million de Tutsi en seulement cent jours, c'est ce même courage que j'ai pour dire au monde le diable que j'ai croisé dans mon pays. C'est ce même courage qui me donne l'envie de vivre après avoir embrassé la mort. Je dois vivre pour moi et pour les morts." Avril 1994. 50 membres de la famille d'Élise Rida Musomandera, 10 ans, disparaissent lors du génocide qui ravage le Rwanda et elle-même échappe à la mort par miracle. De cette fureur meurtrière, Élise Rida Musomandera livre aujourd'hui un témoignage sans concession : « Je n'ai pas survécu pour vivre, mais plutôt pour témoigner, pour dire leur vie à eux, vous dire ce qu'ils avaient comme rêves, et pour dire leur mort atroce », écrit-elle. Ce récit bouleversant d'une enfance fracassée par la haine dans le pays des mille collines, écrit en collaboration avec Anne Delyon, résonne comme un cri de colère. Mais l'auteur va au-delà de cette mort qu'elle nomme sa « meilleure amie » car celle-ci a choisi de l'épargner. Elle raconte ainsi les vingt années qui se sont écoulées depuis ce 6 avril 1994, date du début des massacres. Préfacé par Laure Coret et Alexandre Dauge-Roth, Le Livre d'Élise est celui de la lente reconstruction d'une femme, d'un pays, d'un peuple dans le souvenir obsédant de l'un des pires drames du XXe siècle.

  • Automne 1917. Trois cents officiers et sous-officiers français débarquent à New York. Les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Allemagne et ces vétérans des tranchées ont pour mission de former leur jeune armée, encore inexistante mais qui, bientôt, dominera le monde. C'est l'aventure de ces hommes, méconnue en France comme aux États-Unis, qui est racontée ici.
    Jean Giraudoux, Joseph Kessel, Jean Norton Cru sont les témoins de cette épopée. Le commandant Jean Malye, grand-père de l'auteur, fait partie de ces soldats. Professeur et écrivain, il a été secrétaire de Maurice Barrès et, par passion pour l'Irlande, membre du Sinn Fein. Ce sont ses traces et celles de ses camarades que l'auteur a suivies jusqu'en Amérique.
    À la tête d'un groupe de sept hommes, Jean Malye rejoint la Louisiane et son principal centre d'entraînement, Camp Beauregard, encore en construction, où il découvre vingt mille de ces jeunes sammies, férus de charges héroïques mais qui comprennent mal les raffinements techniques de la guerre de tranchées qu'on est venu leur apprendre. La mission de ces combattants chevronnés n'est pas seulement d'instruire les soldats du corps expéditionnaire américain. Ils doivent aussi, d'un bout à l'autre de l'Amérique, porter haut la parole de la France et recueillir des informations sur cette armée qui va aller se forger sur les champs de bataille du continent. Mais aucun d'entre eux n'aurait pu imaginer ce qui va se passer au Camp Beauregard.

  • Le 18 août 2008, dix soldats trouvent la mort dans l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan et les Français prennent conscience qu'ils sont en guerre. 90 morts, 700 blessés, 70 000 hommes engagés depuis 2001. Le terrain afghan ravive les mauvais souvenirs de la guerre d'Algérie : les insurgés se cachent parmi la population. Un homme qui vous salue un soir peut vous tirer dessus le lendemain. La menace est permanente : embuscades répétées, mines artisanales, tirs de roquettes jusque dans les bases militaires de la coalition.
    Cette année-là, Pauline Maucort commence à recueillir les histoires de militaires qui rentrent d'Afghanistan. Elle rencontre des jeunes hommes qui roulent dans de grosses cylindrées rutilantes payées avec leurs primes de risque, mais qui n'ont aucun projet d'avenir. Beaucoup disent s'être engagés spécialement pour "faire l'Afgha" , parce qu'ils imaginaient que ce serait comme "World of Warcraft" .
    Ils reviennent déçus, amers, et ont le sentiment que personne ne veut entendre ce qu'ils ont vécu au nom de la France. Ils parlent de leur dégoût pour l'odeur de viande grillée, de leurs cauchemars, de leur addiction à l'alcool, puis disparaissent sans donner de nouvelles. Pauline Maucort insiste et veut savoir ce qui motive ces jeunes volontaires à s'engager alors que le service militaire obligatoire est supprimé depuis 1997.
    Beaucoup parlent de cette intensité inouïe partagée entre camarades sur le front qui donne envie de repartir dès le retour en France, du dépassement de soi, de l'engagement pour la cause, du besoin d'amour, de la camaraderie, de la jalousie, des fous rires, des colères noires, de la fatigue extrême, des doutes et de l'espoir... Comme un miroir grossissant la guerre révèle le meilleur et le pire de l'âme humaine.
    D'un côté, ce sentiment d'être pleinement vivant au combat, de l'autre, les syndromes de stress post-traumatiques et les suicides. Que se passe-t-il entre le front et le retour ? Puisque l'armée française se tait, Pauline Maucort donne la parole à ses soldats, malgré leurs réticences, leur peur de choquer, d'être jugés. Ces hommes ont vu la mort de trop près, effrayés même à l'idée d'en parler. Elle attend.
    Elle revient. Elle écoute ces revenants buter sur les mots qu'elle recueille un à un. Ils donnent des détails, elle les assemble, cela donne une mosaïque.

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