Creaphis

  • L'écrivain Marie-Hélène Lafon propose ici des proses fragmentaires sur les paysages : " Ceux d'enfance, les autres / ceux de la terre, les minéraux, les citadins, les maritimes/ les nocturnes, les diurnes/ les arpentés, les rêvés / les paysages écrits / les paysages lus / ceux que l'on voit du train / ceux que l'on ne voit pas sur les autoroutes où des pictogrammes les signalent. " Texte poétique et singulier au sein de l'oeuvre que construit Marie-Hélène Lafon depuis une dizaine d'années.

  • Chaque langue a sa mémoire à elle qui établit son tracé à elle dans le champ du réel, tout différent de la langue voisine, en l'occurrence l'allemand. Or, dès ce moment, au début des années quarante du siècle dernier, on sait que cette langue est déjà irrémédiablement déformée par le jargon hitlérien qu'on a l'occasion d'entendre à la radio. Mais on garde aussi en soi la mémoire de la langue allemande de l'enfance, celle qui ne fut pas encore entamée par le nazisme, où la mémoire s'est faite et dont les paysages intérieurs se raccordent bientôt aux nouveaux paysages nés de la langue française. -Georges-Arthur Goldschmidt.

  • Fabrice Melquiot revient sur les lieux de son enfance et de son adolescence à travers un récit à la première personne.
    Il met en scène des personnages entre fiction et réalité dans un texte où affleurent sans cesse et s'entrecroisent poésie et écriture théâtrale. "Je suis de retour à Modane après six mois d'absence. C'est mon Ithaque. Où je reviens sans y revenir, où je suis sans y être. Au fond, comme à l'étranger, l'étranger le plus étranger à soi, quand on est ailleurs, suspendu à l'étrangeté extrême de toute perception, si étrangère qu'elle devient immédiatement intime, comme si au fond, nous n'attendions que ça : la victoire d'un soi inconnu sur le soi familier.
    Comme si dans nos lointains délibérés, voyages du bout du monde, on venait revoir sa naissance avec d'autres yeux."

  • « Tous les jours ou presque je fais quelques pas autour de la maison. Le même trajet. Pas d'écart. Il ne se passe rien. Mais ce rien frôlé de près est vibrant et vibrante sa ritournelle. Si bien que c'est ce trajet minuscule qui forme un écart, qui dessine un coude dans la journée. La plupart du temps je suis seule, le livre que je lis ou le film que j'ai vu la veille me prend par l'épaule. Ainsi épaulée, je marche dans le champ et j'écris dans la page. Le champ est circonscrit, mais pas plus que la page, il n'est borné. Il est tentant de mettre la main sur ce qui s'en échappe, sur ce qui jaillit d'entre les herbes. Je suis aux aguets, à l'espère. Tous les jours ou presque je m'exerce pour que le moment venu je ne ruine pas entièrement les couleurs de ce que je tiens par les ailes. »

empty