Littérature traduite

  • Les voix

    Claudio Magris

    27 65 04, oui, c'est le bon numéro.
    Le 32 64 29, c'est peut-être encore mieux, comment ça peut-être ? Sûrement oui ! Aucune comparaison possible avec cette intonation ironique et douce, profonde comme la neige, une neige chaude, moelleuse, une couverture douillette qu'on rabat sur sa tête, les chiens de traîneau font comme ça et ils sont très bien là-dessous, dans cette tiédeur... Mais chaque chose en son temps. Avec les voix aussi, il faut savoir respecter le moment et les circonstances.
    Surtout avec les voix, autrement si l'une d'entre elles ouvre la bouche au mauvais moment, fût-elle la plus belle, c'est un désastre, c'est comme accorder un violoncelle au bistrot, pendant qu'à la table voisine, on joue de l'accordéon et on chante des chansons paillardes... Mais voici venir l'heure du 27 65 04. Voilà, les trois sonneries, puis la musique...

  • Un docker paresseux au sexe infibulé de coquillages, une initiation à l'étreinte contre le tronc d'un palmier royal, le " mauvais oeil " qui foudroie un enfant qu'on aura trop contemplé, les aventures de Lili à Cuba ressemblent à des fantasmes.
    Au pays de la magie yoruba et du désir non censuré sévit une Betty Boop espiègle, tendrement sensible au machisme blessé et aux difficultés à vivre dans un Cuba castriste. Ces " contes cubains " sont l'aboutissement d'une démarche anthropologique, d'une étude approfondie des rapports entre les sexes, dans une île où la permissivité et l'émancipation précoce de la femme ont créé un univers à la fois rafraîchissant et âpre.

  • " Paris est le paradis d'un personnage fantasque qu'on appelle le flâneur.
    " Avec érudition, l'écrivain polonais Krzysztof Rutkowski devient ce flâneur pour observer la scène littéraire et artistique parisienne, des libertins jusqu'aux postmodernes. A la recherche de ses compatriotes Mickiewicz et Gombrowicz, il entraîne le lecteur dans un parcours ironique à travers passages, labyrinthes et autres réseaux intellectuels qui ont fait - et peut-être font encore - de Paris une construction unique au monde.

    Aux côtés de Walter Benjamin, il décrypte les grandes mythologies de la capitale : l'absinthe, les cafés, les maisons closes, les bains-douches... mais son regard se fait plus critique lorsqu'il aborde l'avenir : " et si par hasard Mlle Utopie frappait à nouveau aux portes de la ville ? Hélas, personne n'a encore attrapé par les cheveux la nouvelle demoiselle Utopie en cette fin de siècle. On ne trouve pas d'idées nouvelles à Paris.
    Il semble que ce ne soit pas mieux au Mexique. En est-il de même à Cracovie ? "

    Sur commande
  • Comme un héros de la tragédie grecque, le capitalisme a vécu son épopée.
    La qualité qui l'a fait triompher est la même que celle qui a amené sa dissolution.
    Le mouvement d'accumulation et de réinvestissement, à la recherche des meilleurs taux de profit, a conduit à un maximum de concentration entre les mains d'une centaine d'hyper-conglomérats multinationaux. ceux-ci, grâce à la robotisation, à l'informatique et aux biotechnologies, sont chaque jour moins dépendants du travail humain, et réalisent progressivement un profit plus important en écrasant la concurrence, en baissant les coûts et en perfectionnant constamment les marchandises.

    Cette logique de concentration a cependant pour effet que le marché de consommation pour acquérir ces produits est chaque fois plus restreint, et qu'un volume toujours moindre de revenus est distribué sous forme de salaire. ceci engendre une multitude d'exclus, dont le potentiel de travail ne s'intéresse déjà plus au capital.
    Le capitalisme est ainsi en train de créer les conditions de son propre dépassement.

  • La technologie est au centre de tous nos problèmes.
    De l'économie mondialisée jusqu'au plus intime de notre vie quotidienne, elle a pris possession de la planète en même temps que de nos existences... et pourtant tout se passe comme s'il ne se passait rien !
    Langdon Winner est révolté par la faiblesse des analyses courantes de la technologie et il avertit : notre civilisation, si elle demeure incapable de penser des limites à la technologie, est en situation de perte de contrôle.
    Que faire ? D'abord accepter l'idée que désormais rien n'est plus politique que la technologie, qui pourtant échappe à la démocratie et se joue des institutions.
    Ensuite renoncer à toutes les utopies totalement inefficaces ou terriblement contre-productives, et ne plus se laisser abuser par tous ces mots qui nous donnent l'impression de penser mais qui ne résistent pas à l'analyse : " nature ", " valeurs ", " progrès ", évaluation du " risque ", " effets secondaires "...
    Puis se poser à nouveau la question : le monde dans lequel nous vivons ressemble-t-il à ce que nous voulons ? En un mot : reprendre nos esprits.
    L'auteur appuie sa réflexion sur des exemples concrets qu'il analyse avec beaucoup d'humour. Ce livre percutant est aux États-Unis un classique de la philosophie de la technologie.

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