Eterotopia

  • En ce début de XXIème siècle, on découvrit dans les archives du philosophe Kostas Papaioannou un livre perdu qui gisait là, depuis plus d´un demi-siècle. Le manuscrit qui s´intitule « La Masse et l´Histoire. Théorie générale de la masse révolutionnaire », date du début des années cinquante, alors que son auteur érudit n´a même pas trente ans. En 2003 il paraît en grec sous le titre « Masse et Histoire ». Dans l´ « Histoire universelle » le jeune Papaioannou reconnaît un acteur, irréductible à tous les sujets (peuple des citoyens, prolétariat, femmes, minorités.) et les partages (le politique, le social, l´esthétique.) que nous connaissons de notre modernité, notamment la masse révolutionnaire, catégorie qualitative et non point quantitative.

  • Günter Anders était, comme il devait le rappeler lui-même, un penseur chassé de toutes les frontières et c´est à partir de cette condition que nous pouvons comprendre une vie intellectuelle inquiète qui a traversé les événements, souvent dramatiques, d´une grande partie du siècle dernier. De cette situation, Anders réussit à produire une réflexion intellectuelle très riche, fondée sur une base théorique d´une grande importance, à partir aussi d´une formation philosophique qui a vu une comparaison variée avec la phénoménologie, l´anthropologie philosophique (dont il peut être considéré comme l´un des premiers et des plus radicaux représentants), l´existentialisme, l´éthique technologique. Ce recueil de textes, notamment de jeunesse, veut permettre d´approcher la figure d´un penseur qui offre encore aujourd´hui des pistes importantes pour pouvoir réfléchir de manière critique sur la dynamique de la civilisation technologique et sur les enjeux environnementaux de plus en plus urgents.

  • Raniero Panzieri est une des figures les plus significatives du renouveau de la pensée marxiste. Par sa " posture socratique ", comme l'ont dit certains philosophes, il a contribué à un renouveau, tant théorique que pratique. Panzieri a proposé une réorientation radicale de l'analyse marxienne, sans se contenter de calquer les traditions idéologiques du mouvement ouvrier qui ont dominé le XXème siècle, et surtout l'après-guerre.
    Les textes publiés dans les Quaderni Rossi (Cahiers rouges), " Plus-value et planification. Notes de lecture en marges du Capital " et " Sur l'usage capitaliste des machines dans le néo-capitalisme ", s'avèrent, en ce sens, fondamentaux. Rassemblés dans ce recueil à côté d'autres interventions, ils permettent de reconstituer tout un pan original et inventif de la pensée marxiste, à même de rendre compte des conditions matérielles du développement capitaliste et d'en restituer la portée, en le considérant comme un processus de transition.

  • L'Office Mondial du Tourisme fanfaronne : les touristes sont de plus en plus nombreux et le cap des deux milliards sera prochainement franchit ? Que signifie qu'un Terrien sur quatre soit à un moment de l'année un touriste ? Une plus grande tolérance envers autrui ? Une ouverture d'esprit marquée par une curiosité sans limite et une disponibilité accrue envers ce qui nous est étranger ? Le tourisme n'est pas neutre. Il favorise une économie globalisée aux retombées locales minimes et banalise un néo-colonialisme de subordination généralisée... De même, croire que le hit-parade des « hauts lieux » de l'Humanité mis en place par l'Unesco stimulerait une « mémoire collective » aux fonctions éducatives se révèle un incroyable leurre. La multiplication des équipements standardisés (aérogares, hôtels, musées, fronts de mer et de fleuve, « quartiers historiques », etc.) et des coûteux « événements » (Jeux Olympiques, Expositions universelles, etc.) homogénéisent les sites, leurs temporalités et leurs spectacles. Le pic pétrolier et le dérèglement climatique appellent à une plus grande responsabilité envers le pourquoi et le comment des mobilités. Le tourisme est déjà responsable de 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre... Fautil, là aussi, décroître ? Il convient, à coup sûr, de rompre avec le tourisme massifié (et ses sous-produits que sont les tourismes sexuel, médical, équitable, durable...) et de privilégier le voyage et ses acclimatations progressives aux cultures que l'on découvre, plus lent, plus économe, plus attentif. L'être humain est relationnel, il serait aberrant de lui interdire de voyager ! Mais, compte tenu des nouvelles contraintes environnementales, il devient indispensable de repenser le proche et le lointain, ces deux aimants de toute boussole existentielle.

  • Ces quatre textes figurent dans l'ouvrage de Maurice Bardet, La Fin du paysage, publié en 1972 chez Anthropos avec des photographies de l'auteur. Bernard Charbonneau (1910-1996), ami de Jacques Ellul, s'intéresse très tôt au sentiment de la nature et aux dégradations que l'agriculture productiviste et l'acharnement industriel imposent aux paysages.
    Précurseur de l'écologie politique, collaborateur de La Gueule Ouverte (1973-1977) et de Combat Nature, il dénonce les « grand travaux » (autoroutes, aménagement de la côte Aquitaine, zone touristique du Languedoc...) et les enlaidissements volontaires (lotissements pavillonnaires, décharges à ciel ouvert, « boîtes » des centres commerciaux, station- service dupliquée, parcs à thème...). Il n'hésite pas à nommer les responsables (hauts fonctionnaires, élu-e-s, promoteurs, multinationales du commerce et des loisirs, exploitants d'une agriculture intensive, consommateurs béats...). Au-delà d'un cri contre ceux qui défigurent la France, l'auteur généralise son propos et explique pourquoi aucun pays ne va échapper à cette banlieuisation forcée, aux conséquences désastreuses. La banlieue totale s'accompagne d'un pouvoir total qui marchandise chaque fait et geste de chacun, ses territorialités comme ses tempolarités. Cinquante ans plus tard, cette colère reste salutaire et annonce les nôtres !

  • Jusqu'à quel point est-il possible de placer de façon prioritaire dans les champs du droit et de la loi des enjeux concernant la vie sexuelle, les rapports entre les sexes, les questions de genre ? C'est l'enjeu central de la discussion ouverte par cet essai.
    Le « mariage pour tous », les débats autour de la majorité sexuelle, la campagne contre le harcèlement sexuel, les scandales de pédophilie dans l'Eglise catholique - autant de thèmes actuels de discussion qui, aussi divers soient-ils, se trouvent placés, d'une façon toujours plus impérieuse et exclusive, dans le champ de l'instance juridique, appelée à trancher. Et ce, que ce soit sous la forme de l'établissement de nouveaux droits ou bien sous celle de la codification de nouveaux délits et de leur sanction.
    L'extension proclamée de la sphère des droits devient ici indissociable d'une accentuation de la répression frappant les inconduites sexuelles. L'accent est désormais placé avant tout sur les protections et les garanties immunitaires que les sujets individuels se voient accorder, sous ce nouveau régime de la politique et de la morale sexuelles. Ce nouveau pli contraste vivement avec d'autres topographies dans lesquelles la sexualité se trouvait étroitement associée à l'émancipation individuelle et collective, domaine d'exposition et d'expansion, associée aussi à la euête du bonheur, à l'expérimentation, inscrite dans l'horizon des plaisirs.
    A l'évidence, notre époque est celle d'une accélération en matière de changements des normes régissant la vie sexuelle et les relations entre les sexes, la codification des questions de genres. Cette évolution rapide se place ellemême spontanément sous le signe du progrès. Les choses sont-elles cependant aussi simples ? Ce sont précisément les évidences nouvelles dont sont tissés ces processus qu'examine dans une perspective critique et ouverte cet essai.

  • Dans un récit évocateur et panoramique de l'enfance urbaine, Colin Ward donne vie à la myriade de façons subtiles dont l'enfant a utilisé la rue dans le passé et le fait encore aujourd'hui.
    Dans ce contexte, il se demande s'il est vrai, comme beaucoup le croient, que quelque chose a été perdu dans la façon dont les enfants vivent leur environnement urbain ; pourquoi certains enfants font preuve d'une ingéniosité sans bornes pour exploiter ce que la ville offre alors que d'autres sont isolés et prédateurs ; et que peut-on faire, à un moment où un grand nombre d'enfants de la ville sont en guerre avec leur environnement, pour rendre les liens entre ville et enfant plus fructueux et agréables pour tous.
    Une exploration approfondie, attentive et opportune des façons dont la ville peut servir ou laisser tomber les enfants, ce livre soulève des questions urgentes pour les enseignants, les parents et les responsables des politiques.

  • Depuis des années, les théories urbaines marxistes et les courants anticoloniaux ont démontré le rôle central de l´aménagement du territoire et des politiques coloniales dans le développement du capitalisme. Le défi de Stefan Kipfer est de montrer comment ces deux dynamiques s´articulent et s´incarnent dans les stratégies étatiques «contre-révolutionnaires» et les processus d´urbanisation globale, fracturée, hétérogène et avec des temporalités plurielles. Ce livre, composé de textes modifiés et actualisés datant de la période entre 2004 et 2018, propose un dialogue entre les critiques de Henri Lefebvre et celles de Frantz Fanon. Ce dialogue veut contribuer à l´analyse des aspects néocoloniaux des processus d´urbanisation, qu´il s´agisse des espaces métropolitains (Paris) ou bien des réseaux et des infrastructures qui lient d´autres espaces urbanisés dans le monde (Les Antilles françaises et les périphéries canadiennes). L´auteur s´interroge aussi comment les interventions urbaines post

  • Théoricien de la critique de la vie quotidienne, Henri Lefebvre (1901-1991), s'intéresse aussi bien aux habitudes, à la routine, aux rites calendaires qu'aux rythmes individuels et sociaux, qui donnent là chacun, comme à toute société, son tempo. L'ordinaire entrelace mille et un rythmes et combine aussi bien des moments répétitifs, comme dans l'usine taylorisée, que des ruptures festives ou cultuelles.
    Avec l'urbanisation les temporalités se modifient, le temps vécu se distingue à la fois du temps représenté et du temps rêvé. Pas de territorialité sans ses temporalités, d'où une rythmanalyse que Bachelard avec esquissée et que Lefebvre élabore en recherche. Publiés en 1992, ces Éléments de rythmanalyse. Introduction à la connaissance des rythmes, augmentée d'« Essai de rythmanalyse des villes méditerranéennes » rédigé avec Catherine Régulier, n'étaient plus disponibles, d'où cette réédition complétée par trois articles : « Musique et sémiologie » (1971) ; « La musique et la ville » (1976) et « Le projet rythmanalytique » (avec Catherine Régulier, 1985). Cet ensemble de textes constitue un précieux et indispensable corpus lefebvrien pour qui souhaite, non seulement approfondir sa connaissance d'un penseur exceptionnel, mais aussi prolonger ses réflexions sur les rythmes.

  • Dans les années 1881-1882, Marx développe un intérêt particulier pour les sociétés pré-capitalistes (parmi lesquelles notamment les communautés rurales russes) ainsi que pour des pays comme l'Égypte, l'Algérie ou l'Inde, où s'engagent alors des luttes contre la domination capitaliste. On fait souvent de Marx le principal connaisseur, et théoricien, du prolétariat d'usine. Cette assertion, sans doute légitime, mérite pourtant d'être précisée, car l'étude des communautés paysannes constitue également une partie très importante de son oeuvre, et elle la traverse en quelque sorte dans son intégralité - jusqu'aux célèbres propos, décisifs et bouleversants, qu'il tiendra sur la Russie. De telles réflexions sont développées dans une lettre à Véra Zassoulitch, figure éminente du populisme révolutionnaire, et surtout dans les nombreuses versions préparatoires de celle-ci. Maximilien Rubel verra dans ces manuscrits le véritable « testament politique » de Marx.
    On y trouve un refus de l'idée, partagée par la majorité des marxistes russes et calquée sur un modèle occidental, selon laquelle il s'agit d'en passer par un développement du capitalisme en Russie. En rejetant la conception évolutionniste et linéaire du « progrès », Marx s'intéresse à une forme sociale « archaïque » - mot par lequel, à son avis, « il ne faut pas trop se laisser effrayer ». Le socialisme de l'avenir en représenterait une manifestation supérieure, qui y mêle certains acquis de la modernité. Marx reprend des analyses présentes dans les Grundrisse, et notamment dans les cahiers publiés sous le titre de Formen, die der kapitalistischen Produktion vorhergehen, axés sur les différentes formes communautaires qui précèdent le surgissement du mode de production capitaliste. Un ensemble composite de « communautés naturelles » où la forme sociale dominante, la commune, « n'apparaît pas comme résultat mais comme présupposé de l'appropriation (temporaire) et de l'utilisation collective du sol ».

  • L'urbanisation du monde est elle irréversible? Pourquoi faudrait-il l'arrêter, l' « air de la ville » rend libre, n'est-ce pas ?
    Effectivement, il fut un temps où il permettait de s'affranchir du fief, puis quand aller chercher un salaire à l'usine libérait de la fatigue des champs. Mais aujourd'hui, la ville, cette terre promise, n'est plus qu'un mirage.
    Le plus grand exode de l'histoire de l'humanité est à l'oeuvre : d'une part vers l'hyper-espace télématique, assujetti à la domination des réseaux globaux et, d'autre part vers les mega-cities ou méga-régions de dizaines de millions d'habitants du Sud et de l'Est du monde.
    En 2050, sur 9 milliards d'habitants 6,4 seront des urbains selon l'ONU. Mais les protagonistes de ce méga-exode n'arrivent plus « en ville », ils arrivent dans des urbanisations démesurées et sans fin.. Ces produits exponentiels des processus de déterritorialisation ont déjà gagné les banlieues de la ville-usine occidentale et ils se traduisent par la rupture des relations culturelles et environnementales avec les lieux et avec la terre, la perte des liens sociaux, la dissolution de l'espace public, des conditions d'habitat dé-contextualisées et homogènes, et la croissance de nouvelles pauvretés.
    Dans la civilisation des machines, ce "royaume" du post-urbain, et du post-rural s'est construit par la rupture des relations de co-évolution entre les établissements humains, la nature et le travail, qui caractérisaient, avec leurs bienfaits et leurs méfaits, les civilisations précédentes. La voie de la déterritorialisation sans retour a été ouverte par l'enclosure des commons, la privatisation et la marchandisation progressives des biens communs naturels (la terre, d'abord, puis l'eau, l'air, les sources d'énergie naturelle, les forêts, les rivières, les lacs, les mers, etc) et des biens communs territoriaux (les villes et les infrastructures historiques, les systèmes agro-forestiers, les paysages, les ouvrages hydrauliques, l'assainissement, les ports, les installations de production énergétique). Cette déterritorialisation a transformé les habitants en consommateurs individuels, en clients d'un marché, et les lieux en sites voués à des fonctions qui servent la logique des réseaux globaux. L'urbanisation de la planète qui engendre ce processus est catastrophique. Elle conduit à la fin de la ville par la mutation anthropologique qu'elle produit. Plus encore, elle est éco-catastrophique par ses effets sur le climat, sur la consommation de sol fertile, sur les écosystèmes, liés à son ampleur, sa vitesse et ses formes.
    Si cette urbanisation n'est pas la terre promise, inous pouvons l faut alors aller à la recherche des formes due contre-exode. Les lieux périphériques et marginaux font preuve d'une résistance accrue à leur extinction crépuscule et à leur enfrichement. Des nouveaux agriculteurs favorisent leur repeuplement, alliés à des citoyens soucieux de construire une nouvelle civilisation urbaine et rurale. Le contre-exode est à la fois matériel et culturel.
    Il est un « retour au territoire en tant que bien commun », pour ré-animer des lieux, retrouver la mesure des villes et des établissements humains. Cela demande de faire grandir la « conscience des lieux », pour reconstruire des relations de synergies entre les établissements humains et l'environnement; pour promouvoir de nouvelles façons conviviales et sobres d'habiter et de produire, ; pour valoriser une citoyenneté active, des réseaux civiques et des formes d'auto-gestion des biens communs capables de fabriquer une richesse durable en chaque lieu du monde.
    L'outil conceptuel et opérationnel que nous proposons pour initier ce «retour au territoire» est la biorégion urbaine. C'est un moyen de redessiner, à contre courant, les relations entre les établissements humains et l'environnement , en choisissant et en mettant en oeuvre, comme dans la construction d'une maison, les « éléments constructifs » du projet de territoire. Ces matériaux de construction sont, à l'échelle du territoire:
    - les cultures et les savoirs locaux contextuels et experts, capables de réactiver l'ars aedificandi;
    - les équilibres hydrogéomorphologiques et la qualité des réseaux écologiques, conditions préalables à l'établissement humain;
    - les centralités urbaines polycentriques et leurs espaces publics (villes de villages, réseaux de villes) dont la reconstruction implique l'abandon du modèle opposant centre et périphérie lèeééet la reconstruction de centralités urbaines polycentriques et de leurs espaces publics (villes de villages, réseaux de villes;
    Des systèmes économiques locaux dont le développement tient compte de l'augmentation de la valeur des biens patrimoniaux ;
    - les ressources énergétiques locales dont la valorisation intégrée soutient l'autoreproduction de la biorégion - les espaces agro-forestiers à vocation multi fonctionnelle pour la requalification des relations ville-campagne et la réduction de l'empreinte écologique;
    - le développement de systèmes économiques locaux tenant compte de l'augmentation de la valeur des biens patrimoniauxla valorisation intégrée des ressources énergétiques locales pour l'auto-reproduction de la biorégionla vocation multifonctionnelle des espaces agro-forestiers pour la requalification des relations ville-campagne et la réduction de l'empreinte écologiqueles institutions de démocratie participative et les formes de gestion sociale des biens communs territoriaux pour un autogouvernement de la biorégion.
    Le projet de biorégion fait référence à des expériences en cours dans des régions d'Europe où l'urbanisation a déjà atteint un seuil critique. Elles nous indiquent des voies à suivre pour contenir le grand exode vers la mégacity, en opposant la vision d'une planète fourmillant de biorégions en réseau, et pour une « mondialisation par le bas » fondée en chaque lieu sur la gestion collective du territoire, ce bien commun.

  • Michel Foucault inaugure avec ses « reportages d'idées » sur le soulèvement iranien contre le Shah (1978- 1979) une approche du présent et un mode d'écriture situés au point de rencontre de la philosophie et du journalisme.
    Il s'y interroge sur ce qui, dans cet événement, fait époque, en tant qu'il signale la fin de l'ère des révolutions et se trouve placé sous le signe énigmatique du soulèvement d'un peuple tout entier contre un pouvoir despotique.
    Au coeur de sa réflexion s'identifie une réflexion sur la spiritualité politique qui anime les masses iraniennes - ce mélange inextricable d'inspiration religieuse et d'aspiration à la dignité, l'égalité, la liberté.
    Ce qui le fascine dans ces événements, c'est la puissance mobilisatrice de la religion (l'Islam dans sa version chiite, ici) non pas au service de l'obscurantisme et de l'asservissement, mais de la lutte pour l'émancipation - comment, avant l'établissement de la théocratie de Khomeiny, la foi religieuse comme le terreau commun de la « volonté de tous » d'un peuple en lutte pour son émancipation.
    Ces reportages, dans la mesure même où il ont suscité à l'époque de leur publication des discussions acharnées et sont encore aujourd'hui susceptibles d'être discutés, dessinent une ligne de force qui conduit à toutes les discussions en litige dans le présent, à propos des relations entre politique et religion, du rôle de l'Islam dans les sociétés modernes, des luttes des peuples contre la violence du pouvoir.

  • Le géographe anglais Matthew Gandy a défini l'ensemble des groupes qui résistent à l'anéantissement de la richesse écologique « alliances hétérotopiques ». Une telle formulation découle d'un étude sur l'Abney Park de Londres. Abney Park fait partie des « magnifiques sept » cimetières de Londres érigés à la moitié du XIXème siècle pour faire face à la rapide augmentation de la population. Quand, à cause de sa surpopulation, le cimetière fut fermé, une longue période de décadence commença. Ce déclin était toutefois seulement apparent. À cause de l'abandon, à la ruine suivit, en effet, une incroyable histoire de croissance écologique. Le cimetière prit de plus en plus les apparences d'un parc, dont les bénéficiaires étaient les catégories humaines/sociales les plus radicales du quartier. Dans Écologie Queer, Gandy suggère que la présence d'une énergie omniprésente toujours capable de réinventer les vies, même dans une période de choc socio-économique comme l'actuelle. « Le parc devient donc le théâtre d'un nouvel horizon relationnel entre corps et nature, ainsi qu'entre des sexualités non conventionnelles. Un horizon qui est humain ou pas : queer, justement. » Qu'est ce que l'Écologie Queer ?

    «Queer Ecology» c'est une façon d'explorer la matérialité urbaine et le ro^le des métaphores dans la théorie qui s'interroge sur les transformations des territoires à partir de la compréhension des extrêmes variations que ceux-ci décrivent.
    La théorie représentée par la «Queer Ecology» sert à élargir la portée conceptuelle et matérielle de deux champs : d'un co^té le domaine de l'écologie politique et les recherches de la pensée du posthumanisme, et de l'autre les nouvelles conceptions de la complexité croissante au sein de la science de l'écologie elle-même.

    L'écologie queer serait donc une critique à l'homologation des sexualités, ainsi que de la façon d'habiter et de vivre l'urbain contemporain et les territoires. L'écologie queer surmonte la contradiction du capitalisme actuel en y ajoutant le principe de précaution et la primauté du vivant sur la science, reconnaissant ainsi une séparation irrémédiable entre l'être et le savoir qui doit retenir toute notre attention.

  • Au moment où les questions écologiques et environnementales prenaient place dans la culture de masse et les politiques institutionnelles, Alexander Langer a proposé une forme d'écologie politique contredisant la rhétorique de la « décroissance heureuse ». Il opposait un mouvement de « contraction » à une certaine vision de l'écologie qui laissait présager le technicisme normatif qui arriva ensuite. Son parcours est souvent taxé de « contradictoire » ; Langer traverse le christianisme social et les mouvements de la gauche militante en Italie entre la fin des années soixante et les années quatre-vingt dix. Dans ce contexte, l'écologie politique de Langer se définit comme une « bâtisseuse de ponts », comme recherche d'une politique de coexistence dans des années de guerre. Face à la sensation d'une catastrophe imminente, qui à partir des problématiques environnementales s'intégrerait vite à l'imaginaire de l'urgence de ce siècle, la nécessité de redéfinir la sensibilité commune devait

  • Ce livre interroge les mutations, qui à travers les processus de domestication et de sélection, dessinent les paysages du troisième millénaire. Les corps mutants sont les corps humaines mais aussi des territoires et des vivants qui sont sont appelées à faire face à une transformation extraordinaire et accélérée. Les corps, les territoires et les espèces partagent aujourd´hui une condition particulière et commune: celle d´un devenir suspendu entre la persistance du passé et les sollicitations d´un présent-futur marqué par les nouvelles technologies. Cette analyse concerne principalement les « lignes de fuite » et les métamorphoses dans leur capacité à envisager des chemins de création et de liberté dans une période particulièrement violent. Le livre s´articule en six chapitres intitulés géographies ; chaque chapitre est introduit d'un récit qui essaie de construire une sorte de leitmotiv accompagnant tout le texte.
    L'imagination est l'une des composantes de l'innovation continue des processus de changement. Elle est avant tout stimulée, mise à l'épreuve, par les environnements qui incitent les différentes pratiques de l'emploi de la créativité. Pour les créatures mutantes, cela implique un mouvement constant de discussion des limites assignées, et, il serait plus approprié de dire, politiquement assignées, pour tenter de réguler les poussées centripètes de l'atomisation, qui pourraient perturber le contexte social. Cependant, ces poussées ou impulsions restent actives, prêtes à s'introduire alors que certains phénomènes sont perçus comme menaçants, non seulement pour la « masse », mais aussi pour les individus qui parviennent à créer un corps commun, à condition que les exigences réglementaires se vérifient. En bref, le mouvement de l'imagination (comme l'envisageait Gilles Deleuze) rencontre continuellement ses limites et son conflit dans le déploiement des pratiques de sélection et de contrôle.

  • Traditionnellement, le concept d'environnement a été marqué par l'emploi qu'en ont fait d'abord la géographie et par la suite les diverses sciences sociales. L'environnement est cependant une dimension, un horizon, un plan bien plus ample qui, loin d'être homogène, prévoit une infinité d'espaces et de modalités qui forgent inlassablement l'existence. L'environnement concerne la vie, les corps qui la constituent, et les transformations qui le traversent.
    Le gouvernement du territoire tout comme le gouvernement des corps doit être exploré comme un environnement, un tissu pluriel et complexe traversé par des relations infinies et changeantes.C'est pourquoi dans le présent projet, on n'entend explorer que quelques-unes de ces zones-crise. Le premier chapitre se réfère essentiellement à la métamorphose de l'urbain en relation à la révolution cybernétique et aux nouvelles hiérarchies générées par le processus contradictoire de dématérialisation en cours. Le deuxième se consacre surtout à l'analyse du mythologème de la technique et à la façon dont celui-ci tente de modifier les styles et les pratiques du quotidien.
    Le troisième chapitre circonscrit l'analyse à l'apparition de ce que l'on définit actuellement comme les nouvelles peurs métropolitaines qui posent le plan de l'existence et de la vie comme espace de risque. Un tel risque détermine toute une série de considérations qui y sont enchaînées: systèmes de sécurité, systèmes d'assurance, organisation de nouveaux dispositifs de contrôle.
    Dans le quatrième et dernier chapitre, on veut rassembler les arguments présentés ci-dessus au sein de cette confrontation entre la géophilosophie et la géopolitique, les «espaces autres» à ceux du contrôle total et de l'homologation.
    Entendre le territoire dans son expression charnelle permet ainsi d'identifier quelque noeuds centraux qui ne peuvent faire abstraction de tous ces processus de subjectivation qui en constituent la géographie et non pas le catalogage.

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  • Ce volume réunit, pour la première fois en français, l'intégralité des travaux préparatoires de Friedrich Nietzsche, alors âgé de 24 ans, pour une thèse de doctorat intitulée Le concept de l'organique depuis Kant. À l'époque où il envisageait cette thèse, en 1868, Nietzsche achevait sa formation universitaire à Leipzig et était déjà reconnu comme un spécialiste de la philologie classique. L'interruption de ses recherches au profit du service militaire obligatoire, son éloignement consécutif du milieu des philologues et, non des moindres, les premières manifestations de la maladie, firent rejaillir avec force sa vocation pour la pensée philosophique, concrétisée en ces pages pour la toute première fois. Nous y découvrons une réflexion différente, moins connue que les thèmes les plus discutés, où Nietzsche fait non seulement preuve de sensibilité à l'égard de la tradition philosophique, mais s'intéresse aussi au débat scientifique de son temps. Imprégnés de ce dernier, les écrits que nous publions aujourd'hui laissent transparaître une vision profondément matérialiste : l'organisme est une « pluralité » de « forces aveugles » qui combattent entre elles. Confirmées plus tard par ses lectures sur les mécaniques du développement - désormais appelées « embryologie expérimentale » -, ces thèses s'étendront au domaine de l'inorganique et fourniront la base du célèbre concept de « volonté de puissance ». Cet ouvrage s'avère indispensable à tous ceux qui souhaitent approfondir la pensée de l'un des philosophes les plus commentés du monde moderne, et essentiel pour sa capacité à remettre en question des positions encore largement débattues.

  • « La belle âme ne se contente pas de l'état de nature ; elle rêve avec tendresse aux relations humaines » écrivait Gilles Deleuze en 1962, dans la revue Arts, à propos du 250ème anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. C'est cette idée qui a guidé notre lecture présente des Rêveries. Moins que la méditation d'un solitaire, clos dans une rancoeur souvent outrancière contre le monde, moins que la recherche de soi ; toutes choses, au demeurant qui en suivent le fil, nous avons préféré y voir une promenade à travers la ville et autour d'elle. Un parcours fertile en rencontres, actuelles ou réactivées dans le souvenir.
    Misanthrope, en vérité, mais à cent lieues de l'égoïste replié sur soi. Ouvert, ainsi que dira Charles Fourier de lui-même, sur un unitéisme cette « passion foyère » venant se substituer, dans le rêve fécond de l'utopiste, à un culte du moi qui corrode la Civilisation. L'unitéisme étant la transmutation des valeurs trompeuses de l'égoïsme dans une Harmonie universelle instaurée.
    Une telle rupture avec l'égoïsme, une telle aspiration unanimiste est-il exagéré de les découvrir en Rousseau, déjà ?
    Notre préface tend à justifier cette perspective qui, s'il en est besoin, aimerait accompagner la nouvelle édition d'un ouvrage qui a ouvert les chemins, tant du romantisme que de notre modernité.

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