Arts et spectacles

  • « J'ai longtemps préféré le pays maternel, son aspect closier, ses fées, ses garous et ses sorts, et surtout ces écrans des haies, comme des coulisses de théâtre ouvrant sur des mystères, ou dessinant capricieusement, selon les saisons, les limites et les lieux, et que l'humidité enveloppait d'un voile.
    Plus tard, c'est le pays paternel que j'ai aimé, parce qu'à l'inverse, il dépliait l'horizon, l'étirait et le haussait jusqu'aux monts du Morvan, sur les flancs desquels ne poussaient guère que des chênes - et des digitales pourprées.
    J'ai dû composer avec ces deux origines, sans trop trahir l'une ou l'autre, et sans rien mépriser d'aucune. »
    J. C.

  • Peintre et sculpteur, Paul Rebeyrolle (1926-2005) a laissé une oeuvre majeure mais relativement méconnue. Solitaire obstiné, il n'a cessé de crier sa révolte. Michel C. Thomas se fait ici l'ardent défenseur d'une peinture qu'il estime « plus intelligente que son auteur », dont il met en lumière l'originalité profonde et la créativité foisonnante.

  • Dès ses débuts en peinture il peint ce qu'il voit : figures et paysages ; ses proches, les environs. Et si c'est l'enfer qu'il voit, c'est l'enfer qu'il peint. Quand il explorera l'esthétique symboliste ce sera autant comme peintre qu'à la façon dont chacun dévale un jour ou l'autre, tenant un pinceau ou un stylo, les marches erronées du néant, yeux grands ouverts vers le dedans, glissant et trébuchant sur les pavés inégaux de la dépression, se heurtant aux à-valoir de la mort, aux impayés du ressassement, aux dettes ouvertes par le deuil, à la façon dont chacun se voit intimé d'y plonger une bonne fois afin d'en avoir le coeur net, sec.

  • Le livre s'ouvre par un portrait au vitriol de Michelangelo di Ludovico Buonarroti Simoni, dit Michel-Ange : « coléreux, jaloux, cupide, menteur, avare, méprisant, fourbe, vaniteux ». A cela il faut ajouter malhonnête (il refuse de verser leurs salaires à ses aides, enterre des statues pour les revendre comme antiques), sordide (il vit dans la crasse, dort sur un grabat au-dessus d'un coffre rempli d'or), quasi paranoïaque. C'est pourtant à cet homme impossible que le pape Jules II va, précisément, demander l'impossible : alors que Michel-Ange est sculpteur, il lui ordonne de peindre à fresque dans les plus brefs délais la voûte de la chapelle Sixtine : plus de 1 200 mètres carrés de plafond à 20 mètres du sol. Nous sommes en 1506, Michel-Ange a 33 ans. Il ne sait pas qu'il lui faudra six ans de travail acharné, douloureux, avant de pouvoir poser ses pinceaux, quitter son échafaudage pour pouvoir enfin donner à voir l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'art. Michel-Ange n'en a pas fini d'affronter les murs nus : en 1533, un nouveau pape, Paul III, lui commande d'orner le choeur de la Sixtine. L'artiste imagine alors un Jugement dernier, qu'il lui faudra cette fois encore six ans pour terminer. Et puis, beaucoup plus tard, il y aura un autre mur nu, que Michel-Ange, cette fois, ne pourra surmonter. Plus que le récit de la genèse d'un chef-d'oeuvre, ce livre est le portrait en action d'un homme monstrueux aux yeux des hommes ordinaires, mais capable de beauté monstre, tout entier dévoré par la passion de créer, secoué d'une immense puissance vitale, et par moment d'une étonnante humanité, comme en témoignent certains vers traversés d'un humour grinçant.

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