Sciences humaines & sociales

  • Lorsque les foules emportent la Bastille le 14 juillet 1789, le sort de la « police despotique » paraît scellé. Au nom du roi, ses représentants ont enfermé des milliers de personnes. Ses espions et ses mouches sont devenus insupportables à une population en quête de liberté et de justice.
    Pourtant, la police de l'Ancien Régime ne se résume pas au seul contrôle du corps social et de l'opinion. Les archives attestent de la variété de ses tâches. Conçue comme un art de gouverner, elle régule l'approvisionnement en blés des villes, organise le travail et les échanges, veille à la santé et à l'hygiène des populations. Le XVIIIe siècle est, à bien des égards, une étape charnière au cours de laquelle la police se structure pour devenir une force incontournable de la puissance étatique.
    Fille de son siècle, perméable aux idées des Lumières, la police est aussi au coeur de nombreux débats, comme le contrôle des actes policiers par l'autorité judiciaire, la régulation de la presse ou encore l'intervention de la puissance publique dans l'économie.

    Sous la direction de Vincent Denis et Vincent Milliot, historiens, et d'Isabelle Foucher, responsable aux Archives nationales.

  • À travers une iconographie exceptionnelle étayée par des essais d'historiens des sciences, de l'art et des religions, cet ouvrage propose un regard renouvelé sur le cheminement scientifique et intellectuel de Sigmund Freud. Mettant en lumière l'importance de ses recherches dans le domaine de la neurologie, Freud, du regard à l'écoute s'attache à faire redécouvrir l'invention de la psychanalyse et son développement au-delà du cercle viennois, puis son impact sur le surréalisme alors même qu'elle se construit dans le refus de l'image, s'épanouissant dans les associations de mots et l'écoute en l'absence de toute représentation visuelle : le lisible contre le visible, le mot contre l'image. Au fil de la carrière du médecin viennois, l'ouvrage met aussi en évidence sa dette à l'égard du judaïsme, car si Freud lui-même se définit comme un «juif tout à fait sans Dieu» et souhaite défendre le caractère universel de la psychanalyse, sa pensée demeure profondément redevable à la tradition interprétative propre au judaïsme.

  • Le canal de Suez est un lieu symbolique, qui assure la jonction entre trois continents : l'Asie, l'Afrique et l'Europe. C'est une histoire égyptienne qui commence voici près de 4 000 ans. Mais c'est évidemment en même temps une histoire mondiale, compte tenu du positionnement géopolitique du canal.

    C'est aux alentours de 2000 av. J.-C., que naît l'idée de permettre à des bateaux de passer du Nil à la mer Rouge, et ainsi de relier cette dernière à la Méditerranée. De nombreux souverains attachent leur nom au projet :
    Sésostris, Nékao II, Darius, Xerxès, Ptolémée II Philadelphe, Trajan... Un premier canal est creusé, puis s'ensable, mais il est à plusieurs reprises remis en activité, notamment au début de la conquête arabe.
    Différents projets sont formulés au xixe siècle, avant que le chantier de construction du canal moderne ne soit mis en oeuvre. À la corvée qui décime un nombre important d'ouvriers égyptiens succède la mécanisation du creusement et l'ouverture aux travailleurs étrangers.
    La vie autour du canal est marquée par le caractère cosmopolite de ses villes. Mais elle est également rythmée par les conflits qui secouent le monde. Le nationalisme arabe émerge durant la Première Guerre mondiale et l'Égypte entame sa lutte pour l'indépendance.
    En 1869, le canal est inauguré en grande pompe en présence des représentants des mondes arabe et européen, dans un style qui préfigure les expositions universelles et qui reflète la volonté de modernisation de l'Égypte du xixe siècle.

    Si le canal demeure au coeur des évènements politiques de la seconde moitié du XXe siècle et notamment des guerres avec Israël en 1967 et 1973, il est pour l'Égypte un outil de développement économique majeur. En témoigne le discours de Nasser et la nationalisation de 1956. Au xxie siècle, les travaux d'extension et de doublement du canal, ainsi que les projets d'urbanisation de la future Égypte permettent à cette histoire millénaire de se tourner vers l'avenir.

  • Qu'y a-t-il derrière les plaques commémoratives, derrière tous ces noms, ces mots et ces phrases taillés dans la pierre ? Des actes de courage, des destins tragiques ou des vies sacrifi ées, mais parfois aussi les souvenirs d'une enfance... C'est pour apporter sa pierre à l'histoire de sa famille comme à celle des Enfants de Paris, victimes de la guerre, de l'Occupation et de la Libération, que Philippe Apeloig a réuni ici toutes les plaques de cette période. Habitée par leur beauté, la diversité de leurs compositions typographiques, des tailles et des matériaux, cette oeuvre graphique livre ainsi une vision inédite et insolite de l'histoire récente de la capitale, en même temps que son récit : une grande aventure de la mémoire qui continuera de se transmettre aux générations de demain...

  • 1712-2012 : le tricentenaire de sa naissance est l'occasion de découvrir en Rousseau notre contemporain, que nous voulions repenser notre rapport à la nature, la singularité de chaque subjectivité, ou le lien nécessaire entre liberté politique et égalité sociale.
    Cet ouvrage - qui accompagne une exposition qui se tiendra à l'Assemblée nationale - entend souligner, en évoquant ce moment fondateur que fut la Révolution française, le rôle joué par Rousseau dans la formation de l'idée moderne de démocratie. La Révolution affirme, dans la tourmente et les conflits, les principes indissociables de la souveraineté du peuple et des droits de l'homme : il n'y a de société légitime que celle qui se donne ses propres lois, qui ont pour objet de promouvoir et garantir les droits dont chaque homme doit jouir comme être libre.
    Ces principes s'étaient frayé leur voie de la Renaissance aux Lumières. Les révolutionnaires les ont reçus de Rousseau, avec l'idée qu'une révolution, parfois, permet à un peuple de " renaître de ses cendres ". Les révolutionnaires ont vu en Rousseau " un des premiers auteurs de la Révolution ". Une sorte de culte se développe, à fois populaire et officiel, dont le point d'orgue est sa panthéonisation, décidée par les Montagnards et mise en oeuvre par les Thermidoriens.
    La première partie de l'ouvrage montre comment Rousseau a été constitué en figure tutélaire de la Révolution. Mais - comme le montre la seconde partie - une autorité reconnue peut être disputée : chaque parti veut mettre Rousseau à son service pour défendre, sur la souveraineté, les institutions, l'éducation, les moeurs, la religion, des positions opposées. Plus qu'un maître à penser ou une icône consensuelle, le Rousseau de la Révolution est objet de débat.
    C'est dans ce contexte que se comprend l'étonnante quête de ses manuscrits dans laquelle s'est engagée la Convention, qui a réuni un ensemble unique de manuscrits, notamment de la Nouvelle Héloïse, de l'Emile, des Confessions, et des Dialogues (où Rousseau juge de Jean-Jacques). Issue du fonds de l'Assemblée, ainsi que de prêts consentis par la BNF, le musée Carnavalet, l'Institut de France (abbaye de Chaalis), le musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency, une riche iconographie permet de restituer toutes ces dimensions, qu'étudient une série d'articles dus à des spécialistes reconnus.

  • Poète, artiste, marxiste révolutionnaire, initiateur de l'Internationale lettriste (1952-1957), puis de l'Internationale situationniste (1957-1972), directeur de revue et cinéaste, Guy Debord (1931-1994) a développé dans ses oeuvres, écrites ou filmées, les armes théoriques d'une critique radicale de la société moderne qui, par leur puissance corrosive mais aussi par leur humour, ont fortement influencé les mouvements contestataires et la culture de la seconde moitié du XXe siècle.
    Cet ouvrage invite à découvrir la richesse la diversité iconographique des archives de Guy Debord, classées trésor national en janvier 2009 et entrées à la BnF en 2011 : correspondance, coupures de presse, carnets et fiches de lecture, objets personnels nous renseignent sur ses lectures, sur ses projets inachevés, enfin sur l'histoire du mouvement situationniste et le rôle joué par ses «compagnons d'armes», auquel le livre rend hommage à travers une galerie de portraits.

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