Le Bec En L'air

  • Idriss, un sans-papier malien, raconte son amitié avec Ahmed, un Algérien. Leurs promenades en banlieue parisienne sont l'occasion de rendre palpables leurs solitudes.
    Tous deux clandestins, dans l'impossibilité de retourner chez eux, ils sont enfermés dehors et les émotions qu'ils taisent tournent en boucle jusqu'à ce qu'Ahmed déraille. Incarcéré après une plainte pour viol, il va se suicider en prison.
    Anissa Michalon photographie la communauté malienne de Montreuil, à mi-chemin entre un travail documentaire et esthétique. Après qu'un jeune Malien se soit donné la mort en prison, elle s'est rendue dans son village africain d'origine pour apprendre la nouvelle à sa famille. Arno Bertina transpose cette histoire vraie dans un récit fictionnel qui fait contrepoint aux photographies.

  • "Les jeunes du Clos appellent "Champ" cette réserve d'espace non affectée, indécise, entre Stains et Saint-Denis.
    Pour eux, il s'agit d'un monde en suspens, sorte d'alvéole acquise à l'imprévisibilité et au biologique : ils y sont mal à l'aise, ils n'y entrent pas comme ça, il leur faut une raison supérieure, un cas de force majeure, quelque chose à planquer ou un assaut du désir a vivre au revers d'un buisson, couchés dans l'herbe drue, toi Jane moi Tarzan." Pierre, feuille, ciseaux mais aussi îlot, parcelle, lisière.,.
    De mot en mot, au gré d'analogies et de fictions embryonnaires, apparaît un territoire composite fait de mystérieuses friches et de zones maraîchères, vestiges agricoles d'un autre temps. On y croise une vieille dame ex- chef de bande de la Cité-Jardin, une fillette qui conserve ses trésors dans une boîte à chaussures, on y, trouve des centaines de téléphones portables qui recèlent des milliers de textos, une perle noire soigneusement enfouie au tond d'une commode, un cahier de couture et d'amples chorégraphies pour rejouer son existence aux yeux du monde.
    Fidèle à son écriture puissante et aux thèmes qui la mobilisent, Mayas de Kerangal s'appuie sur les photographies de Benoît Grimbert pour construire un récit en forme de jeu de piste.

  • Très jeune, Alma a rejoint l'un des gangs qui ensanglantent quotidiennement la capitale du Guatemala. Dans les rues du bidonville de son enfance, elle a épousé le clan des plus forts, poussée par un élan vital qui lui soufflait que mieux valait infliger la violence que la subir. Alma a tué, participé à des viols et à des extorsions. Elle a connu les passages à tabac et la prison, est devenue femme au milieu d'un groupe de jeunes guerriers surarmés, tatouant son corps de signes indélébiles et gommant sa féminité. Ses choix lui ont coûté la perte d'un enfant et une tentative d'assassinat l'a laissée paraplégique quand elle a quitté le gang. Aujourd'hui, elle se sait en sursis, mais tente de mener une vie paisible, avec un compagnon, un travail et des rêves d'études.
    Alma est né du travail photographique de Miquel Dewever-Plana sur la violence au Guatemala. En écho à ses images, Isabelle Fougère donne à entendre, dans un récit polyphonique, la voix d'Alma et celles des témoins majeurs de sa vie. Son récit mêle réalisme et fiction pour souligner l'universalité du destin de la jeune femme confrontée à l'extrême brutalité d'un monde en décomposition.

  • C'est sous le voile noir de sa chambre photographique que Hermance Triay, en seulement deux images, nous entraîne dans une zone à risques où projeter ses peurs et ses fantasmes.
    D'abord l'arme du crime, classique ou effrayante : cendrier, oreiller, marteau, araignée, seringue, révolver, grenade. Ensuite le théâtre des événements : un paysage urbain, un lieu isolé ou un décor domestique dont l'inquiétante quotidienneté stimule l'imagination. La photo ne nous désigne jamais l'assassin mais nous invite à le deviner, ainsi que son mobile.
    À partir de ce dispositif, Marc Villard investit le hors-champ en vingt courts textes de fiction qui se jouent des codes du roman noir tout en plongeant dans des réalités sociales glaçantes.

  • Elisa fait le ménage la nuit dans une tour de bureaux déserte. Un matin elle se réveille avec un éclair dans le cerveau. Loin de se calmer, la douleur devient insupportable. Elle découvre que ses migraines sont dues aux ondes qu'émettent les appareils électroniques. Ne tenant plus, elle jette violemment une chaise à travers la vitre d'un bureau. Lorsque le verre se brise quelque chose se libère. Pendant une seconde, elle aperçoit un immense et mystérieux paysage. Éblouie par cette vision, elle va tenter de la retrouver en laissant monter la sou rance en elle, jusqu'au jour où elle voit le prêtre rouge. Inspirée par les étonnantes photographies de Raphaël Neal, Alice Zeniter s'empare d'une nouvelle pathologie - l'électrosensibilité - pour plonger le lecteur dans une fi ction contemporaine.

  • Sept ans après Cuba, les chemins du hasard , Karla Suárez et Francesco Gattoni se retrouvent pour un exercice de « dialogue à l'envers ». Dans le premier titre de la collection Collatéral, il s'agissait pour le photographe italien de raconter en images le Cuba qu'il aimait, tandis que l'auteure cubaine racontait ses souvenirs de jeunesse.
    Les voici à Rome, ville natale du premier, bien connue de la seconde. Leurs écritures mêlées invitent à une déambulation dans les rues de la ville où l'on traverse les siècles en quelques mètres.
    Tous les chemins mènent à Rome... En réalité, nous rappelle Karla Suárez, cela dépend de celui qui les emprunte. Ils peuvent aussi nous mener beaucoup plus loin, parcourir le temps en tous sens et contribuer à faire de Rome une ville éternelle.

  • Dans la lumière hivernale de la Côte d'Azur, qui redessine de manière impressionniste les plages et les paysages côtiers, Alice s'adresse à son frère, Pierre, disparu il y a presque cinquante ans pendant la Guerre d'Algérie. La violence et la vivacité mordante de ses paroles laissent deviner une relation passionnelle, interrompue brutalement. En contrepoint, les carnets de Pierre révèlent l'indicible, la violence sourde et la responsabilité du soldat face à la barbarie des actes de guerre.
    On retrouve dans ce texte la puissance et la maîtrise de l'écriture de Marcus Malte. Les photographies en couleurs de Cyrille Derouineau, silencieuses et presque fantomatiques, lui ont inspiré une fiction engagée qui nomme avec justesse, jusqu'à l'insoutenable parfois, les plaies d'un conflit colonial dont la littérature a peiné à s'emparer.

  • Ils sont deux. Deux jeunes garçons fortement liés, partageant les mêmes exaltations et le même ennui, caressant les mêmes horizons et les mêmes ténèbres. Puis la vie exige d'eux qu'ils sortent de l'adolescence, qu'ils deviennent ce que la société attend.
    L'un - le narrateur - commence à « devenir », l'autre voit son élan brisé et trouve refuge dans un hôpital. C'est cette adolescence, puis les visites à l'hôpital, qui sont racontées ici par fragments. Une histoire surgie du passé, mais restée vive dans la mémoire du narrateur.
    Pourquoi l'un et l'autre pas ? Pourquoi l'un parvient-il à se tenir debout quand l'autre, après avoir bataillé, doit y renoncer ? Arnaud Cathrine fait le récit de cette amitié sur le fil, inspiré par des photos du comédien et réalisateur Éric Caravaca.

  • Dans la pampa argentine, la ville de Tandil est célèbre pour sa Pierre Mouvante, un énorme rocher qui maintint son équilibre précaire sur une colline jusqu'au 29 février 1912, date à laquelle il chuta mystérieusement.
    A partir d'images historiques et des photographies contemporaines de Pablo Afieli, Néstor Ponce développe une intrigue qui se situe à Tandil dans les années 1870. A la mort d'une fillette, Matildita, de mystérieux râles envahissent sa chambre jusqu'à devenir insupportables, et conduisent son père, un propriétaire terrien, à faire appel à un certain Papa Dieu. Ce gaucho charismatique, qu'on dit doté de pouvoirs surnaturels, entraîne alors la communauté des péons dans une procession expiatoire sous la Pierre Mouvante de Tandil...

  • Si un voyage à bord du Transsibérien est la découverte de contrées rêvées, il est aussi une expérience sur la notion de temps. À la constante vitesse de 70 km/h, le paysage paraît identique d'un jour à l'autre. Tout change pourtant imperceptiblement: les visages s'asiatisent, les fleuves s'élargissent, la plaine se couvre de bosses, la végétation change.
    Materné par le personnel du train, livré à l'inaction et à la solitude, le voyageur traverse aussi des états intérieurs auxquels il est peu souvent confronté. Ennui, introspection, confrontation à ses obsessions, c'est peut-être là le voyage le plus surprenant.
    L'écrivain Éric Faye et le photographe Xavier Voirol ont tous deux embarqué dans le train mythique, ils croisent ici leurs impressions sur cette traversée aux temporalités multiples.

  • La Borne SOS 77 est un court roman composé de deux voix qui se succèdent en alternance : celle de Ghetto, un sans domicile fixe vivant au bord du périphérique parisien, et celle d'un agent de la Préfecture de police affecté à la vidéosurveillance de ce même périphérique. Ce dernier, habitué à voir le monde à travers des écrans et des caméras fixes, découvre un jour - à la limite du hors-champ - une forme noire qui semble s'être installée sur une langue de béton, à la hauteur des voitures. Obsédé par le désir de réduire toutes les fractures, il va se rendre sur place et tenter de se rapprocher de ce SDF qui fouille les poubelles.
    La Borne SOS 77 est née à partir du travail photographique de Ludovic Michaux sur les dispositifs mis en place pour empêcher les sans-abris de s'installer sur les trottoirs ou sous les porches des immeubles (pics, grillages, plots.). Les deux écritures, photographiques et littéraires, soulignent une réalité sociale glaçante, bien que peu perceptible.

  • Initiateur du projet, le photographe Cyrille Derouineau a déjà collaboré avec des écrivains pour des publications où se croisent littérature et photographie : Corps de Ballet avec Michel Quint (Estuaire, 2006) ou Sur le quai avec Jean-Bernard Pouy (Terre de Brume, 2002).
    Sa série de 30 photographies en couleurs, réalisées dans la ville belge d'Ostende, a été proposée à six écrivains français complices de son univers : Didier Daeninckx, Marcus Malte, Marc Villard, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy et Michel Quint. Chacun rédige une nouvelle, guidé par les images de cette ville située « au bout de l'Est ».

  • Dans un hôpital psychiatrique résonnent les vies éclatées de Luce, Monique, Paco, Boris, madame R. , et bien d'autres. Patients, soignants, membres du personnel, visiteurs, chacun leur langue, leurs préoccupations et leur solitude. Leurs histoires dessinent un portrait foisonnant, vif et nuancé, d'une institution dont on sait finalement peu de choses.
    Tatiana Arfel a écrit ce texte suite à une résidence artistique de plusieurs mois dans un centre hospitalier. Pour décrire ce "dedans du dedans", elle a choisi délibérément la fiction.
    Elle donne corps et voix à des mondes intérieurs qui s'enrichissent de l'étonnant travail plastique de Julien Cordier, où dessin et photographie fusionnent.

  • Un homme assiste au déménagement de l'appartement de sa mère qui vient de mourir.
    Peu à peu, les agissements et les commentaires des déménageurs le replongent dans le passé et convoquent des souvenirs précis. que faut-il garder? que faut-il jeter? a mesure que l'appartement se vide, la mémoire du narrateur se met en marche jusqu'au moment oú il se retrouve seul, un appareil photo chargé d'une pellicule 24 poses à la main. a partir des photographies de frédéric ledoux, réalisées dans l'intimité de l'appartement de sa grand-mère à bruxelles, ingrid thobois a imaginé un texte de fiction comme une mise en abyme poétique.

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  • A travers le récit d'un pèlerinage en bus sur les routes du myanmar, ma thanegi dresse un portrait tout en finesse de son pays et de ses habitants.
    Longtemps engagée aux côtés d'aung san suu kyi, leader de l'opposition et prix nobel de la paix, elle porte ici un autre regard sur la birmanie, oú l'actualité politique, sans être occultée, passe au second plan. avec un sens de l'humour avéré et un art consommé du détail, elle raconte un peuple empreint au quotidien de spiritualité bouddhiste, et qui aspire à la paix et à l'harmonie. en contrepoint, les photos de tiane doan na champassak nous ramènent à la réalité d'un pays pauvre sous le joug de la dictature militaire.

  • Un adolescent de 13 ans fugue et, quittant Paris, se retrouve à Tanger au terme d'un long voyage. Au gré de trois rencontres déterminantes avec des adultes, il y fait l'expérience d'une nouvelle vie avant de connaître le sort des enfants des rues. Ce conte noir dit la réalité d'une ville d'Afrique du Nord qui concentre aujourd'hui la plupart des enjeux contemporains entre le monde arabe et l'Europe. C'est aussi un récit sur la fragilité universelle de l'enfance, cet âge du « mentir-vrai » où le manque d'expérience et l'innocence altèrent la perception du danger mais ouvrent en même temps le champ de tous les possibles. L'écriture, dense et parfois brutale, s'appuie sur les photographies qui offrent par contraste une douce immersion dans la profondeur de la ville.

  • Une jeune femme hérite du lit de sa grand-mère, Louise, qui vient de mourir. Mais pas n'importe quel lit puisqu'il s'agit d'un modèle haut de gamme, aux secrets de fabrication bien gardés.
    Comme souvent, Joy Sorman s'est d'abord inspirée de la réalité du monde du travail en s'immergeant plusieurs semaines au sein d'une prestigieuse entreprise de literie dont le décor photogénique a stimulé l'objectif de Frédéric Lecloux. Elle choisit la fiction pour traduire cette expérience, l'héritage du lit devenant prétexte à une curieuse digression sur le sommeil qui nous rappelle que ce meuble millénaire peut conduire à bien des états : rêve, insomnie, plaisir ou cauchemar.
    Un double récit, littéraire et photographique, à l'issue duquel il est probable qu'on regarde son lit d'un oeil nouveau.


  • " elle marchait sous les platanes de l'avenue.
    il arrivait en sens inverse. ils allaient se croiser quand soudain elle s'est approchée, a tendu le bras et a dit â°pardon monsieur, est-ce que je peux vous toucher ? " vingt ans plus tard, et sans que cette question n'ait cessé de les hanter, ils vont se revoir pour obtenir la réponse. les mots de claude bleton font écho aux photos de catherine izzo, dans une résonance sensuelle et troublante. leurs écritures intimistes - écriture dense et concise pour claude bleton, images oniriques en noir et blanc pour catherine izzo - se répondent ici avec justesse.



  • " le soleil était au zénith à présent, qui écrasait les bâtisses et ne dessinait aucune ombre au sol.
    l'espace semblait figé. ils longèrent le jardin d'essai et très vite le dépassèrent sans que naghem l. ne puisse réagir. c'est à peine s'il avait eu le temps d'apercevoir la masse vert pâle des arbres et le portique d'entrée. il se retourna, clignant des yeux pour s'accoutumer à la trop forte lumière. " le 21 juin 2003, un mois après le terrible tremblement de terre qui frappa les environs d'alger, naghem l.
    , jeune paysagiste, vient évaluer les dégâts occasionnés au célèbre jardin d'essai. de retour après dix ans d'absence dans son pays natal, il traverse une ville meurtrie. sa mission botanique prend rapidement la tournure d'une enquête. policière, pour remonter jusqu'à la racine d'un vaste projet d'implantation coloniale camouflé dans les allées de ce " si parfait jardin " a travers les photographies de michel denancé, perce l'obscure lumière d'une nature sauvage et artificielle dont le personnage de sofiane hadjadj tente de dénouer l'histoire.


  • C'est à partir d'un impressionnant travail sur les archives que Jean-Baptiste Gendarme évoque la Première Guerre mondiale. Inspiré par les noms gravés sur des monuments aux morts, il s'est plongé dans les journaux officiels de bataille pour retracer les dernières heures des soldats, livrant dans une écriture contemporaine les stratégies militaires et le récit des combats. Tous les personnages ont existé mais le romancier a pris la liberté d'inventer ce qu'ils ressentaient. Au fil des pages, apparaît l'intensité tragique d'un conflit démesurément meurtrier qui modifia l'équilibre mondial. Pour tisser des liens avec notre siècle, le photographe Olivier Placet a promené son regard sur les monuments aux morts, ces objets de mémoire devenus communs, à tel point qu'on oublie leur présence.
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  • En 1972, un avion explosa en plein vol, et la seule survivante fut une hôtesse de l'air yougoslave du nom de Vesna Vulovic, qui fit une chute de dix mille mètres et s'en sortit presque indemne.
    On a supposé par la suite qu'il s'agissait d'une fabulation politique pour détourner l'attention du public, mais peu importe. Avec une écriture qui explore les confins de la mémoire jusqu'à la dilater en des jeux typographiques, Claro raconte la chute de cette femme, son voyage vertical, son expérience mystérieuse entre ciel et terre. Michel Denancé lui répond à travers des photographies urbaines, réalisées en Seine-Saint-Denis, dans un décalage ludique qui stimule les imaginations.

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  • 'Tu es, Havane, les corps de tes gens, la chaleur sur l'épiderme, la caresse d'une main, les regards lascifs. Tu es cette envie de rire tout le temps, même de nous-mêmes. Tu es le type assis au bord du trottoir, attendant qu'une femme passe pour lui lancer : ' Hé ! la fille, on va te faire ta fête ! ' Tu es le sourire de la femme, les déhanchements de son corps. Le vieux qui chante en marchant. La vieille qui fume sous le porche. Les ombres de tes arbres. La musique qui fuse aux fenêtres. Le bruit. Le voisin qui invoque les saints afro-cubains, que Changó nous protège et qu'Elegguá nous ouvre les chemins.'
    Sans nostalgie, à travers des chroniques sensibles et autobiographiques, Karla Suárez raconte Cuba et dialogue avec les photos de l'Italien Francesco Gattoni dans un voyage à la fois drôle et imprévisible. Ses souvenirs, racontés avec un détachement joyeux, constituent un prolongement littéraire insolite à la découverte de son pays.

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