Sciences humaines & sociales

  • A travers cet intérêt, c'est toute la place des animaux de compagnie à Versailles qui se dessine sous la plume de N. Milanovic, dans cet ouvrage sans précédent. Imaginez en effet le château traversé de chats, de chiens, de magots (ces petits singes), d'oiseaux rares, jappant, miaulant, caquetant... Ils participent à l'éducation des jeunes princes et ceux-ci s'y attachent durablement. Ils se font peindre avec leur petit chien préféré dans les bras ou auprès d'un oiseau ou d'un perroquet. La princesse Palatine amuse son petit-fils en lui donnant un spectacle approprié à son âge : « Un char de triomphe où est assise une chienne nommée Adrienne. Un gros chat traîne le char, un pigeon fait le cocher, deux autres font les pages, et un chien fait le laquais... ».

    Résultat : à la fin du XVIIe siècle, les animaux sont les maîtres de Versailles ! Chiens et chats ont droit à des écuelles en porcelaine fine, à des colliers ornés de pierres précieuses ou à des niches en marqueterie de bois précieux. Ils font leur sieste sur les belles robes des courtisanes qui s'en plaignent. Un gros chat eut même l'idée de se lover au fond de la chaise percée de Louis XVI, ce qui provoqua une scène très drôle lorsque le roi voulut se soulager. Louis XV et Marie Leszczynska, eux, sont fous de leurs chats et réprimandent tous ceux qui ne les respecteraient pas !

    Mais la Princesse ira plus loin encore en éduquant les esprits et sensibilisant ainsi à la douleur de l'animal auquel on ne reconnaît plus désormais qu'une différence de degré par rapport à l'homme. Cette attention nouvelle préfigure la naissance des premières sociétés protectrices des animaux au XIXe siècle.

  • Le 23 février 1653, Alexandre Bontemps, à la veille de ses 27 ans, danse pour la première fois un ballet avec le tout jeune roi Louis XIV.
    L'année précédente, il a été reçu, en survivance de son père Jean-Baptiste, premier valet de chambre du roi. Il le demeurera près d'un demi-siècle, gardien du corps royal, maître des liturgies de cour, intermédiaire obligé même des plus puissants auprès du maître qui lui témoigne confiance et affection, au point qu'il le nomme en 1665 intendant de Versailles, désormais résidence royale. Ainsi le valet de chambre s'enrichit, accumule les charges, conduit des stratégies personnelles et familiales.
    Le parcours atypique d'un "simple" valet de chambre est aussi l'occasion de donner consistance, à travers de nombreuses anecdotes, à la vie ordinaire et extraordinaire de la cour du Roi-Soleil.

  • La marquise de La Ferté-Imbault aurait pu n'être que la fille de la célèbre salonnière " Madame Geoffrin ".
    Mais une opposition violente et irréductible de caractères allait en décider autrement. Mariée à un grand nom de l'ancienne noblesse, Mademoiselle Geoffrin va saisir l'occasion d'affirmer sa différence face à l'envahissante figure maternelle. Son mariage lui ouvre les portes de la Cour. Veuve à vingt-deux ans, elle entreprend d'y rétablir le lustre de sa belle-famille. Elle conquiert l'entourage du Dauphin et de son clan dévot, où elle fait la rencontre de Madame de Marsan, gouvernante des Enfants de France.
    Mais la Cour est aussi un terrain de manoeuvre pour la défense de ses intérêts matériels, en l'occurrence le privilège industriel de la Manufacture des glaces, pièce maîtresse d'une prospère fortune familiale. La marquise s'engage enfin dans le combat politique, en épousant la cause parlementaire et en soutenant le retour de Maurepas au pouvoir. Pourtant sa plus grande fierté sera d'être appelée à dispenser des cours de "saine philosophie" aux jeunes princesses Clotilde et Elisabeth.
    Tel est ce parcours peu banal, où l'on côtoie Madame de Pompadour - a qui elle refusera pourtant l'accès prestigieux aux " petits cabinets " -, le cardinal de Bernis, Louis XV, les ministres, le jeune Louis XVI et Marie-Antoinette, avant que la disgrâce de la vieille Cour ne l'éloigne des allées et des intrigues de Versailles.

  • Comment une jeune Picarde, inconnue et sans relation, est-elle devenue l'oreille, l'oeil et le conseil de la reine de France Marie-Antoinette et, dans son sillage, de toute l'aristocratie féminine de son temps? Le talent et l'intelligence alliés à une extraordinaire créativité expliquent cette spectaculaire ascension sociale que nous raconte avec talent Michelle Sapori. Si étonnant soit-il au pays de l'élégance et de la mode, aucune véritable biographie n'avait été consacrée à " Mademoiselle Bertin ", ainsi que l'appelaient ses contemporains. En sapant les bases de l'Ancien Régime vestimentaire, en substituant aux robes à panier une mode légère, fluide et confortable qui triomphera complètement sous l'Empire, en développant les accessoires - chapeaux et gants -, Rose Bertin a inventé une nouvelle garde-robe. Avec trente ouvrières salariées, de multiples fournisseurs et sous-traitants, son magasin le " Grand Mogol " situé près du Palais-Royal, au coeur de Paris, recevait une clientèle prestigieuse et exigeante, avec laquelle Rose Bertin entretenait des rapports ambigus, oscillant entre soumission et insolence. Nommée à la tête de la toute nouvelle corporation féminine des marchandes de modes, l"( enjoliveuse ", qualifiée aussi de " ministre femelle " ou de " mauvais génie " de Marie-Antoinette, doit émigrer à la Révolution. Restée célibataire, cette femme hors du commun, au caractère bien trempé, revient après Thermidor pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. A sa mort en 1813, Rose Bertin est déjà entrée dans la légende, aux couleurs vives et contrastées.

  • " Sire, c'est à Versailles qu'il faut être malade ! " C'est par cette rude injonction que, le 29 avril 1774, Louis XV, chambré au Petit Trianon, est rappelé à ses devoirs par le chirurgien La Martinière. Le médecin restera aux côtés du souverain jusqu'à sa mort, quinze jours plus tard. A la Cour, " premier chirurgien de Sa Majesté " est un titre prestigieux. Son titulaire n'est jamais loin du roi, prévenant le moindre incident de santé. Il est de tous les secrets de famille... François Iselin retrace ici l'extraordinaire aventure de Germain Pichault de La Martinière, qui fit ses débuts de chirurgien-barbier au service de Charles de Lorraine, grand écuyer de France. Fait La Martinière, il occupe la fonction de premier chirurgien du Roi auprès de Louis XV pendant trente ans. Il sert ensuite Louis XVI pendant les neuf premières années de son règne. Cette intimité avec les rois ne doit pas occulter le réformateur qu'il fut. Sous sa férule, la chirurgie deviendra une spécialité à part entière, exercée par des docteurs de l'Université. Les traces de son oeuvre sont encore présentes: il est à l'origine de la création de l'Académie de chirurgie et de l'Ecole de chirurgie; on lui doit également des réformes du Service de santé des Armées, toujours en vigueur.

  • Versailles, 15 février 1710.
    " C'est un prince ", annonce le chirurgien Clément à Louis XIV. De ce jour, commence la carrière de Marie-Madeleine Mercier. Les contraintes de sa charge sont rigoureuses : interdiction de voir son mari pendant deux ans, obligation de conserver sa santé et de protéger celle du futur Louis XV En dérivant la vie quotidienne de Mme Mercier, l'auteur apporte nombre d'informations sur les usages du temps - mesures d'hygiène et pratiques parfois étonnantes, présence du père à l'accouchement, changement de couches (ou " remuer ") en public, vie monacale dans l' " hôtel des nourrices ".
    Les récompenses sont à la mesure du sacrifice : louis d'or et bijoux à la percée de la première dent, don du mobilier et de la layette de l'enfant à son sevrage, titre de femme de chambre du prince jusqu'à son passage " aux hommes " à l'âge de sept ans. L'histoire de la nourrice royale est aussi celle de l'ascension sociale exceptionnelle d'une femme : Marie-Madeleine deviendra première femme de chambre de Marie Leszczynska, tandis que M.
    Mercier recevra la charge de contrôleur de la Maison de la Reine. Le récit d'Odile Caffin-Carcy nous introduit dans les lieux privés de Versailles, donne a comprendre les moments les plus intimes de l'éducation des princes et porte sur certains aspects méconnus de la Cour des éclairages inédits.

  • Pour le bon plaisir du roi, rien n'était impossible.
    D'origine italienne, Carlo Vigarani, dont le père était déjà l'architecte de Mazarin, s'est employé sa vie durant à divertir Sa Majesté. En retour, il fut l'un de ses artistes préférés et bénéficia jusqu'à sa mort de la protection royale. Vigarani, c'est en 1664 le principal créateur des Plaisirs de l'Ile enchantée dont on grave les scènes pour les diffuser dans l'Europe entière. Architecte, " metteur en scène ", décorateur, Carlo Vigarani a mené de front plusieurs carrières : à Paris, il travaille pour les Théatins, tout en étant l'associé de Lully à la direction de l'Opéra ; à Saint-Germain-en-Laye, il est chargé de monter de grandes tragédies en musique ; à Versailles, enfin, il apporte son concours aux fêtes les plus brillantes du règne de Louis XIV.
    A partir d'une documentation souvent inédite, Jérôme de La Gorce retrace ici la vie et la carrière de cet artiste méconnu, dont l'oeuvre révélé par des dessins et des plans annotés de sa main permet de mieux apprécier son exceptionnelle personnalité.


  • en 1662, le jeune maître jardinier henry dupuis arrive à versailles.
    quarante années durant, il va exécuter les travaux voulus par louis xiv sous les ordres d'andré le nôtre, son illustre parent, transformant ces jardins de fêtes en véritable jardin de roi : tracer les parterres, aligner les allées, planter les milliers d'arbres qui manquent à ce lieu, créer des salons de verdure, creuser le grand canal, aménager l'orangerie. il observe la cour et accueille les visiteurs étrangers.
    a sa mort en 1703, il est gouverneur de l'orangerie, chargé du parc et du pourtour du canal. cet homme qui n'était qu'un nom dans des registres de paiements est un témoin de premier ordre.

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