Langue française

  • « En me plaçant derrière l'oeil pâle d'Odilon Redon, je remonte aux sources d'un long effacement. Je vais sous les couches mortes, non pieuses, du Figuratif. Ce n'est pas une question d'archéologie pour autant. Aimer des tableaux à travers la mort, donc à partir de la Culpabilité qui nous est infligée depuis des siècles par les empires de tout ordre (le plus dominant, à notre époque, étant celui de la mauvaise critique), aimer négativement n'a aucun sens si on se place du côté de la vie, et plus subversif encore, si on ose la traverser ! Odilon Redon n'est pas un peintre mort : c'est un éternel vivant qui m'éblouit. Ce que je m'impose de transposer, c'est sa découverte de la peinture, son regard envoûté par les nuances du domaine de Peyrelebade, son enfance à Bordeaux, les premiers fusains à l'âge de six ans, la beauté mystique des toiles de Gustave Moreau, l'élégance de son trait qui le submergea d'émotion, la profondeur de ses nuances qui équivaut à celle des théorèmes pour les mathématiciens. Je ne veux pas me pencher sur une absence, mais sur un peintre qui continue à exister malgré tout, loin des rétrospectives et des biennales snobs où on s'acharne à récupérer par le discours des oeuvres qui échappent à la Postérité de masse, le plus souvent parce que leur origine est religieuse, et ce alors même qu'elles suggèrent un bonheur sans alternative, un refus du péché comme c'est le cas dans la Babel de chair entéléchique de Rubens, un sens de la variation symbolisé par le pont Saint-Michel de Matisse, subtil trois-en-un qui passe avec une positivité comme on n'en verra jamais plus, sinon sous une forme bâtarde, de l'impressionnisme au fauvisme et du fauvisme au pré-cubisme, les pinceaux du « pôle nord » de l'art moderne (ainsi l'avait surnommé Gertrude Stein, par opposition au « pôle sud » Picasso) en ondulations de boa sur l'océan des combats délectables... Se libérer par Odilon Redon du présent, voilà le grand éclat ! Ne plus vivre dans l'immanence (où le sacré n'existe plus que sous sa forme blasphématrice) mais dans ses courbes qui n'en finissent pas, ses volumes qui sont moins dans l'ordre de la séduction et de l'éblouissement tactile que dans une pacification de la Présence, loin des paradis substitués à la Vérité consentie et rayonnante.
    Odilon Redon n'est pas juste le peintre du rêve et de la mélancolie. Ses tableaux, les moins dévots qui soient, les plus déliés de la mode contemporaine, offrent un film d'images sur la Visitation. J'espère faire sentir ce point essentiel : une oeuvre vivante parce que libérée du sentimentalisme niais et de la subversion obligatoire, tout juste située entre la naissance de Redon le 20 avril 1840 et sa mort le 6 juillet 1916, soit vingt-sept mille huit cent trente-cinq jours, ce qui à l'échelle de l'univers est assez peu finalement... » L'hommage de Julien Teyssandier à Odilon Redon dont l'art est tout autant mystique que rêve, pont entre les arts que géographie intérieure. L'hommage d'un poète à un autre poète.

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  • De mutations en révolutions, de remises en cause en renoncements, l'art académique a-t-il encore un futur, un destin ?
    Force est de constater que l'art figuratif, après plus de cinq siècles de longévité, est en proie à de grands soubresauts.
    Cependant, l'heure de la renaissance s'annonce toute proche.
    Les métamorphoses à l'oeuvre dans la nouvelle configuration sociale nous conduisent, en effet, à retrouver des structures capables de les accompagner, de les affronter et d'en témoigner. Une mission qui revient au premier titre à l''art académique, investi du pouvoir de témoigner du réel par-delà les modes et les intérêts partisans.
    Car l'éclectisme social, nourri de mélanges, de différences et de couleurs, est précisément l'occasion d'une nouvelle dynamique où la composition figurative s'enrichit des apports de l'optical art, de l'abstraction lyrique et de bien d'autres tendances.
    Nous donc voici à l'aube de la plus belle des aventures après plus de huit décennies d'égarements, de conflits et de doutes.

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  • Les artistes contemporains les plus médiatiques sont capables de tout sauf de peindre, de sculpter ou de graver. A en croire la terminologie officielle, ils "installent", "conceptualisent" et "subvertissent" ; allant jusqu'à "détourner" tous les objets du quotidien, déchets compris. De cet ensemble disparate, l'on ne retiendrait qu'un effet de mode, qu'un caprice du goût assez anodin, s'il n'obéissait à une véritable "révolution culturelle" soigneusement institutionnalisée : visant à éradiquer les arts plastiques traditionnels au motif qu'ils seraient dépassés et donc voués à disparaître.
    Aussi n'est-ce pas un hasard si les réalisations contemporaines qui "revisitent" les oeuvres majeures du patrimoine culturel en effacent systématiquement la facture d'origine. De quoi remettre en cause la thèse du déclin historique au profit du scénario rigoureusement inverse : c'est bien d'un complot planifié en haut lieu, aux puissantes motivations mercantiles, que meurent la peinture, la sculpture et la gravure.
    Tout aurait commencé voici trente ans... Trois artistes ont uni leurs efforts pour explorer le progrès d'un insidieux travail d'endoctrinement aux répercussions sans précédent sur la théorie et le marché de l'art. Une salutaire opération de dessillement.

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