Plon

  • Pourquoi et comment devient-on ethnologue ? comment les aventures de l'explorateur et les recherches du savant s'intègrent-elles et forment-elles l'expérience propre à l'ethnologue ? c'est à ces questions que l'auteur philosophe et moraliste autant qu'ethnographe, s'est efforcé de répondre en confrontant ses souvenirs parfois anciens, et se rapportant aussi bien à l'asie qu'à l'amérique.

    Plus encore qu'un livre de voyage, il s'agit cette fois d'un livre sur le voyage. sans renoncer aux détails pittoresques offerts par les sociétés indigènes du brésil central dont il a partagé l'existence et qui comptent parmi les plus primitives du globe, l'auteur entreprend au cours d'une autobiographie intellectuelle, de situer celle-ci dans une perspective plus vaste : rapports entre l'ancien et le nouveau monde ; place de l'homme dans la nature ; sens de la civilisatilon et du progrès.

    Claude lévi strauss souhaite ainsi renouer avec la tradition du voyage philosophique illustrée par la littérature depuis le xvie siècle jusqu'au milieu du xixe siècle, c'est à dire avant qu'une austérité scientifique mal comprise d'une part, le goût impudique du sensationnel de l'autre n'aient fait oublier qu'on court le monde, d'abord, à la recherche de soi.

  • Au royaume de la lumière Nouv.

    « C'était une vieille promesse. Confronté aux souvenirs des guerres que j'ai couvertes, j'ai voulu me rendre dans une contrée mythique et oubliée, le Mustang. Fermé aux étrangers jusqu'en 1992, ce petit royaume en Himalaya désormais rattaché au Népal est un «petit Tibet» à la culture protégée et sans la tutelle de la Chine.

    Avec deux amis, dont un aveugle, et trois Mustangais, dont un prince du pays, je me suis aventuré au-delà de l'Annapurna dans des vallées perdues, sur des montagnes isolées, dans des hameaux dépeuplés qui tutoient les cieux, dans des monastères en renaissance ou désertés. À chaque pas, le cheminement et le pèlerinage intérieur se révélaient plus importants que le sommet, le vagabondage davantage que la conquête.

    Après plusieurs semaines d'une marche souvent vertigineuse, cette quête de pureté et de la «montagne intègre» fut l'occasion de réflexions sur le temps, l'hyper-communication de nos sociétés, l'empathie et la compassion, loin du rythme effréné de nos quotidiens. »

  • On les appelle jivaros.
    Ils préfèrent se dénommer achuar, les gens du palmier d'eau. isolés dans la jungle de haute-amazonie, aux confins de l'equateur et du pérou, cette tribu légendaire fut protégée durant des siècles de l'incursion des blancs par son inquiétante réputation de chasseurs de têtes. plus qu'une condition de leur indépendance, la guerre est pour ces indiens une vertu cardinale ; elle donne du prestige, renforce la solidarité, raffermit l'identité ethnique et permet le renouvellement rituel des âmes.
    Grâce à elle, les achuar sont encore plusieurs milliers, fiers de leurs traditions et farouchement attachés à leur mode de vie. ce livre est une chronique de leur découverte et un hommage à leur résistance. l'auteur y relate au quotidien les étapes d'une intimité affective et intellectuelle croissante avec ce peuple dont il a partagé l'existence pendant près de trois années comme anthropologue. tableau des temps ordinaires comme des événements tragiques, ce récit évoque aussi un apprentissage initiatique mené à l'écoute des mythes et des chants magiques, de l'interprétation des rêves et de l'enseignement des chamanes.
    Une pensée riche et poétique s'en dégage, bouleversant nos conceptions de la connaissance, du sentiment religieux et des rapports à la nature. des fondements de la violence collective à la logique de la sorcellerie, des principes de l'autorité politique à la définition de l'identité culturelle, de la philosophie de l'échange à l'intelligence de l'environnement, ce témoignage exceptionnel sur une manière libre et presque oubliée de vivre la condition humaine tire d'une expérience singulière un enseignement pour le temps présent.

  • " trop pauvre que je suis pour posséder un autre animal, du moins le cheval d'orgueil aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie ".
    Ainsi parlait à l'auteur, son petit-fils, l'humble paysan alain le goff qui n'avait d'autre écurie que sa tête et d'autre terre que celle qu'il emportait malgré lui aux semelles de ses sabots de bois. " quand on est pauvre, mon fils, il faut avoir de l'honneur. les riches n'en ont pas besoin. " deux ancêtres de la famille, dit la tradition orale, ont été pendus par le duc de chaulnes après la révolte des bonnets rouges.
    Ils avaient dû écraser quelques pieds de marquis parce qu'ils ne pouvaient vraiment pas faire autrement. au pays bigouden, on ne redoute rien tant que la honte qu'on appelle ar vez. et l'honneur consiste à tenir et à faire respecter son rang. si humble soit-il. tout le reste est supportable. l'auteur a été élevé dans ce sentiment. avant d'apprendre le français et d'entrer dans la civilisation seconde qui est la sienne aujourd'hui, il a été éduqué en milieu bretonnant, dans une société qui vivait selon un code strictement établi.
    Il n'enseigne pas, il raconte minutieusement, paysannement, comment on vivait dans une " paroisse " bretonnante de l'extrême ouest armoricain au cours du premier demi-siècle. il ne veut rien prouver, sinon que la véritable histoire des paysans reste à faire et qu'il est un peu tard pour l'entreprendre. il affirme tranquillement que ceux qui jugent les paysans comme des êtres grossiers sont eux-mêmes des esprits sommaires et naïfs.
    Il ajoute que les hommes ou les régimes qui ont suscité des révoltes de paysans ont fait entrer ces derniers en jacquerie à force de mépriser leur culture. alors le cheval d'orgueil a secoué furieusement sa crinière ! l'auteur n'est pas convaincu, en passant d'une civilisation à l'autre, d'avoir humainement gagné au change. mais aujourd'hui, la grande question qui se pose est de savoir s'il existe encore des paysans, c'est-à-dire des hommes qui, avant d'être de leur temps, sont d'abord de quelque part où ils doivent se mettre à l'heure du temps qu'il fait.

  • « Le Vodou haïtien n'est pas un amalgame de croyances maléfiques où se pratique la magie noire, où on charcute des poupées à coup d'aiguilles. Il est un lieu d'apprentissage, une approche du sacré avec ses règles rigoureuses, ses cérémonies établissant une alliance féconde avec l'Invisible. Le Vodou, tel que je l'ai vu pratiquer et tel que je le pratique moi-même, est un mode de vie communautaire épanouissant, en même temps qu'une cosmogonie, une conception de l'homme en liaison avec ses origines spirituelles et sacrées.
    Un jour, je mourrai, après une bataille incessante contre des préjugés et des systèmes de vie défiant le sens commun. J'espère simplement que l'amour et l'attention avec lesquels mes initiateurs m'ont élevée me permettront de continuer ce combat qui était le leur. J'espère aussi que, grâce aux initiations que je conduirai comme ils me l'ont enseigné, je leur donnerai une nombreuse progéniture.
    Pour arriver en Haïti, mambo Assogwe, à la tête d'un péristyle, il m'a fallu faire comme Danballa, le Serpent Arc-en-ciel, ramper en silence, observer, accepter les soubresauts d'une colonne vertébrale qui défie la verticalité mais pourtant s'enroule aux arbres ou aux Potos mitan. Accepter de changer de peau au cours de mues successives, de plus en plus profondes.
    Je ne comprendrai que des années plus tard la vraie nature, la grande richesse des enseignements de Danballa et Aida Wèdo, les serpents sacrés : le combat de la force vitale contre l'adversité.
    C'est ce que je veux raconter ici. »

  • Le grand classique sur le peuple inuit, traduit en vingt langues et consacré par un film de la télévision française.
    C'est le livre qui a fondé " terre humaine ".
    Hivernage de l'auteur dans la nuit polaire et sa grande intimité avec les inuit. chasse à l'ours, au morse ; premier français à avoir atteint le pôle géomagnétique nord ; tragédies polaires, la pensée mythique ; la création d'une grande base américaine au coeur du territoire fait basculer l'histoire des hommes du pôle.
    Et après ? le combat d'un peuple pour préserver son identité.
    Les inuit de l'an 2 000 se lèvent.
    Voici enfin l'un des vraiment grands livres de voyage du xx e siècle. c'est une histoire immense racontée avec une candeur absolue.
    Ronald blythe, écrivain, londres.
    Les derniers rois de thulé est, sans aucun doute, l'un des livres les meilleurs, les plus lumineux jamais écrits sur les inuit.
    Farley mowat, écrivain, ottawa.
    Peu d'études sur le terrain réussissent à montrer une telle lucidité, vision et autorité qu'elles en deviennent des documents essentiels.

    Bruce jackson, journal of american folklore, new york.
    Un livre fascinant sur les esquimaux de thulé. le même hommage que knud rasmussen avait rendu quarante à cinquante années auparavant.
    Sermitsiaq, nuuk, groenland.

  • Au-delà de montrer et d'expliciter que le vaudou est une religion à part entière, avec ses codes, ses clergés, ses mythes et ses rituels domestiques et collectifs, on portera un regard nouveau, incisif, pragmatique et original sur cette croyance (et ses actions de sorcellerie associées) dans le territoire d'origine (Afrique sub-saharienne).
    Que va-t-on découvrir ?
    - gestes sacrés du quotidien ;
    - cérémonies des revenants (Egungun) semeurs de mort symbolique ;
    - divination Fâ par les coquillages ;
    - consécration de fétiches (avec ce qu'apporte leur examen radiologique lorsque certains ont été transportés en Occident) ;
    - fouilles archéologiques dans les palais des rois d'Abomey (permettant de retourner aux origines historiques du vaudou) ;
    - récits de l'initiation de l'auteur et des élévations successives (récit « de l'intérieur ») ;
    - cérémonies nocturnes avec chevauchement des adeptes par les divinités ;
    (« possessions ») - pèlerinages syncrétiques chrétiens/vaudou (« Saut d'eau ») - cérémonie des morts où se croisent une extrême sensualité et une fascination morbide ;
    (« Guédés »)

  • Une enfance passée en pleine montagne à rêver des loups, la découverte magique de son père dans une forêt du Mercantour, une sensibilité partagée avec les derniers bergers de l'Alpe... Tout poussait la journaliste Caroline Audibert à remonter la piste du loup parmi les derniers territoires sauvages de l'hexagone. Minutieusement, elle démêle trente ans d'une histoire commune qui rapproche les hommes de cet animal qui se joue des frontières. Le loup n'est plus le héros d'un conte pour enfants. Il fait la Une des journaux, désespère les bergers, intéresse la génétique, enthousiasme les écologistes, préoccupe les ministères... Son retour inopiné fascine ou irrite, révélant d'indépassables contradictions au sein d'une grande fresque humaine où chacun défend avec passion sa propre vision de la nature.
    Dans le contexte d'une érosion majeure de la biodiversité, l'enquête très personnelle de Caroline Audibert initie à une plus vaste idée de l'écologie, à une vision systémique des choses. Elle explore en profondeur la question du vivre-ensemble entre les hommes et le sauvage dont le loup se révèle le symbole. Serions-nous à l'aube d'un nouveau cycle ?

  • L'île de Nosy Lava, au nord-ouest de Madagascar, a abrité le dernier bagne du pays définitivement fermé en 2010.
    En 2004, malgré la sinistre réputation des lieux, Roland Vilella, un marin familier de ces eaux, débarque dans l'île que surplombe, inquiétante sentinelle de fer, un phare rouillé et sans âge.
    Il y fait la connaissance d'Albert Abolaza, un prisonnier hors du commun, condamné aux travaux forcés à perpétuité. Une forte amitié va lier les deux hommes. Mémoire vivante du bagne, Albert se fait le porte-parole de ses compagnons de misère, torturés et tués en toute impunité durant des années.
    A partir de ce témoignage exceptionnel couvrant les trente dernières années du bagne et de celui des autres bagnards, Roland Vilella restitue la mémoire de ces hommes perdus, criminels, devenus victimes de leurs gardes.
    Au fil des pages, de violences sanglantes en anecdotes poignantes, la parole des détenus que domine celle d'Albert se mêle à l'histoire de l'île et porte jusqu'à nous la voix bâillonnée du bagne de Nosy Lava.
    Une aventure et un témoignage uniques qui s'inscrivent dans la grande tradition de la collection Terre Humaine.
     

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  • À observer les troubles qui agitent les tribus libyennes de 2016 et persistent, hélas, à maintenir dans le pays une anarchie politique et religieuse extrêmement nocive, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître comme en miroir la Libye du tout début du XIXe siècle, celle que les premiers voyageurs occidentaux redécouvrirent, souvent au péril de leur vie, après plusieurs siècles d'effacement. Le niçois Jean-Raimond Pacho qui visita la Cyrénaïque de 1824 à 1825 est assurément le plus audacieux et le plus fiable d'entre eux.
    C'est dans son sillage que Jean-Marie Blas de Roblès nous invite à parcourir la Libye antique. Pacho, à la fois explorateur, archéologue et homme de lettres a parcouru seul le désert libyen et y a découvert les ruines des civilisations antiques abandonnées. Il a ainsi localisé des sites archéologiques tels Leptis Magna ou Apollonia qui comptent parmi les plus importants au monde. Son voyage lui aussi permis d'observer les moeurs et les langues des populations locales.
    Construit autour de larges extraits du Récit de voyage de Jean-Raimond Pacho (publié en 1827), que Jean-Marie Blas de Roblès commente et met en perspective, cet ouvrage nous conduit au coeur des racines grecques et carthaginoises de la Libye.
    Un texte littéraire à double voix, fidèle aux témoignages publiés dans la collection Terre Humaine.
     

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  • Les Libérés sont les Mémoires d'un aliéniste révolutionnaire. Conscient de la misère de la psychiatrie dans les années 1900 qui ose livrer les fous à une science sourde et aveugle, Ricciotto Canudo nous fait vivre, dans une écriture très moderne, le quotidien d'un hôpital antipsychiatrique, annonçant avec des accents visionnaires les années 1960 dont il est le précurseur ignoré.
    Dans ce phalanstère libertaire, où la sexualité et la musique participent aux pratiques thérapeutiques, s'engage une lutte de pouvoir entre le médecin aliéniste et son patient qui s'achèvera dramatiquement. Nous - les soi-disant bien portants - sommes esclaves de nos préjugés.

  • Un livre essentiel sur la pensée spirituelle de l'un des peuples les plus méconnus de l'Afrique noire : les Batãmmariba, au nord du Togo et du Bénin. Peuple fier, aux traditions de guerre et de chasse, il se reconnaît dans l'acte de construire des forteresses disséminées dans des montagnes d'une saisissante beauté. La nuit appartient aux forces de la terre qui s'incarnent dans certains arbres, pierres, sources... avec lesquelles se lient les défunts. Au cours d'un rite de deuil, chacun se met à l'écoute du silence de la nuit, comme le Voyant aux sens en éveil. La mort est conjurée, détournée, afin que le souffle du défunt acquière la force de former un nouvel enfant. C'est à de tels instants que les Batãmmariba puisent leur vitalité.
    Au cours de huit missions en solitaire au Togo, Dominique Sewane a partagé leur existence quotidienne dans des conditions extrêmes. Elle a eu le privilège d'assister à leurs cérémonies les plus secrètes et d'approcher les «maîtres du savoir». Le lecteur participe à ses doutes, ses appréhensions, mais aussi à la révélation qu'est pour un Occidental une réflexion d'une rare profondeur sur le mystère de la mort, donnant raison à cette pensée du grand philosophe russe Léon Chestov : «Tout ce qui a été créé de meilleur et de plus fort, de plus important et de plus profond dans tous les domaines de la création, prend sa source dans la méditation sur la mort et dans la frayeur qu'elle inspire.»

  • « Ce lac Tchad ressemblait à un vaste marécage. J'étais entouré de soldats nigérians et de pêcheurs locaux. J'avais mis une demi-journée pour me rendre de la capitale de l'État du Borno, Maiduguri, au lac. Un minibus, deux minibus, une mobylette et beaucoup de regards surpris plus tard, j'étais cet homme blanc au nom imprononçable qui s'était retrouvé devant un groupe de soldats dubitatifs. Je m'étais retrouvé sur les rives du lac Tchad pour comprendre la vision du monde des habitants de la région et m'intéressais particulièrement aux questions de territoire, d'espace et de frontières.
    Cette région du Borno aujourd'hui est connue dans le monde entier comme le berceau de Boko Haram. Personne ne peut oublier l'appel international #BringBackOurGirls pour libérer les 276 lycéennes capturées dans le village de Chibok le 14 avril 2014.
    L'État du Borno dont la devise bien ironique est « demeure de la paix » s'est retrouvé officiellement sur la ligne de front de la lutte contre le terrorisme islamique. Pourtant, l'histoire de la région du lac Tchad mérite bien plus qu'une simple liste des atrocités de Boko Haram. Pendant un millénaire, ses habitants ont contribué à la construction du Kanem-Borno l'un des États à la plus grande longévité en Afrique. Situé au croisement de plusieurs aires culturelles, le bassin du lac Tchad renferme un véritable patchwork de populations, langues et religions en particulier au Tchad et au Cameroun.
    Ce livre donne la parole aux Nigérians souvent caricaturés ou devenus de simples stéréotypes dans les médias occidentaux mais aussi nigérians. La victime, le pauvre, l'oublié d'un côté font face au barbu, au barbare, au terroriste d'autre part. » Vincent Hiribarren.

  • Un témoignage de plus sur la Première Guerre mondiale, par ceux qui l'ont vécue au jour le jour, alors que vient de disparaître le dernier poiluoe Non, car celui-ci est unique en son genre: c'est la guerre vue des bureaux de l'arrière, où l'on s'occupe du matériel et de la logistique des mouvements de troupe; ce qui laisse à l'auteur de ce reportage quasi quotidien - tout au moins pendant trois ans, car la dernière année se passe réellement au front - toute latitude pour observer les faiblesses de l'organisation face à la formidable machinerie allemande, les inepties, parfois criminelles, de la bureaucratie; mais aussi le comportement des appelés dans toute la diversité de ce gigantesque brassage social, les sourdes inimitiés comme la camaraderie la plus désintéressée, la couardise comme le courage. Beaucoup de temps aussi pour lire les journaux quotidiennement, s'irriter du bourrage de crâne, commenter la stratégie nationale et internationale. Ecrites au fil de la plume, sans presque aucune rature, par un de ces fils de la Ille République dont l'école permit à un jeune paysan franc-comtois de devenir un intellectuel profondément patriote et catholique engagé, très proche d'un Péguy, ces 900 pages frappent ' aussi par la qualité de l'écriture, capable de passer d'une hilarante scène de caserne aux réflexions les plus pénétrantes sur la nature du conflit, aux visions d'avenir, à la méditation sur ses propres conflits intérieurs. Saignée, ruinée, la France de 1918 a perdu, par coupable impéritie, la paix de Versailles; 1940 et son "étrange défaite" trouve là une de ses explications.

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  • " din, le maître que je me suis particulièrement choisi et qui m'a ouvert les yeux, est un guérisseur d'un quartier populaire de douala.
    Il ne savait ni lire ni écrire et ne parlait pas français. tout mon livre témoigne, au nom d'une ascèse commune, de la puissance d'introspection et de connaissance de ces nganga africains qu'on appelle improprement des sorciers, alors que, étant des guérisseurs, ils en sont les ennemis jurés. " ainsi s'exprime eric de rosny, jésuite français, qui a vécu cinq ans dans ce quartier de douala. les " maîtres de la nuit " l'ont adopté.
    Au terme de son initiation, une chèvre lui est présentée. elle doit mourir de sa propre mort, se substituant à lui pour prendre sur elle les malheurs et les sorts. elle donne au prêtre ses deux yeux afin qu'il " voie " l'invisible.
    Ce document rare raconte avec précision l'itinéraire de l'auteur qui se trouve, au cameroun,, confronté à des problèmes très actuels que les nganga s'efforcent de résoudre : tension et haines familiales, chômage, maladies, folie et mort.
    Son expérrience personnelle a été poussée à la limite du permis et du possible.

  • « Je suis entré une première fois au Népal un peu par hasard, ne sachant tout à fait ce que j'allais y chercher. Sur cette bande de terre serrée entre les deux géants de l'Asie, d'innombrables microcosmes s'étagent entre les forêts humides du Sud et les hautes montagnes qui hérissent le Nord de leur chaîne grandiose. La population qui l'habite est à l'avenant : parmi elle, les langues foisonnent, et les modes de vie peuvent diverger du tout au tout. On rencontre aussi bien le résidu de peuples nomades vivant presque comme à la préhistoire qu'une bourgeoisie cosmopolite toujours entre deux avions, tandis que la majorité, elle, vit les pieds dans la glèbe.
    J'ai vécu à de nombreuses périodes dans des villages de l'ouest du pays, à l'écoute de leurs traditions et de leurs rites. J'ai recueilli notamment des épopées, chants d'un passé lointain déclamés encore aujourd'hui par une caste de musiciens-narrateurs.
    «Ethnologue», «anthropologue», sans doute, mais il faut aussi savoir n'être qu'un passant, qu'un patient, qu'un marcheur, qu'un amant... La matière première du chercheur de terrain, ce ne sont pas des archives ou des tests de laboratoire, mais bien des personnes et des lieux.
    Le présent livre est né d'une nécessité, d'une impossibilité de plus en plus grande à servir ces rhétoriques convenues qui s'adressent à un infime lectorat de spécialistes. Le monde dont il est fait témoignage ici est à la fois le lieu d'une certaine permanence, et aussi celui où se font sentir les premiers frémissements de la crue. Ces récits sont à la charnière entre ces deux moments, derniers instants d'une société qui craquelle. » Rémi Bordes.

  • Du temps des mythes au IXe siècle aux Compagnons de la Libération, en passant par les chevaliers médiévaux, les révolutionnaires, les corsaires et les aventuriers dans les colonies, le projet de 1200 ans de solitude est de raconter l'histoire d'une famille, sur la très longue distance. De rappeler les faits, les personnages, ceux qu'on connaît et ceux qu'on a oubliés, de tenter de reconstituer la vie quotidienne, les joies et les peines des uns et des autres, de comprendre ce qui n'est plus, d'essayer de trouver ce qui demeure. Et à travers l'histoire de cette famille, de relire l'histoire du monde.
    En récompense de ses services, un excellent chevalier, Ugo Colonna, aurait reçu de Charlemagne la Corse en fief. Peu importe l'authenticité des faits qui fondent cette origine ; la légende est indissolublement liée à l'histoire de cette famille. Au fil des âges, les Colonna vont tenter de s'illustrer, s'efforçant chacun de prendre le meilleur de son époque : une ribambelle de seigneurs au Moyen-âge puis deux vice-rois de Corse, aux siècles suivants des gentilshommes et hobereaux. A l'époque contemporaine, on trouve une foule de gens honorables, convenablement ambitieux, qui, vaille que vaille, essayent de prendre leur place dans le train du monde. Avec, depuis deux cents ans, quelques personnages saillants : un évêque, des collections d'officiers, magistrats, artistes, médecins, avocats, et notamment deux compagnons de la Libération.
    A travers l'histoire de la famille Colonna, c'est toute celle de la Corse et des Corses qui nous est contée ici.

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  • C'est en 1936, à vingt-sept ans, que james agee a écrit ce livre exceptionnel sur la misère su sud des etats-unis.

    " louons maintenant les grands hommes " est un de ces grands textes qui marquent une génération. au premier rang des lettres américaines, sa publication en france ne manquera pas d'influencer sensiblement certains modes d'observer et d'écrire. le souffle d'agee, son regard de cinéaste, l'intensité de sa vision, - presque anormale - surprennent et vous emportent dans un flux verbal.
    Agee est comme habité et son livre dicté par des forces telluriques.
    Jamais un pays, une condition de classe, une très banale vie quotidienne de paysans n'ont été pareillement décrits. cette minutie dans le détail, une férocité de ne rien laisser dans l'ombre - objets, corps, paroles et soupirs, pensées cachées - déroutent puis émeuvent et convainquent. jamais, incantation lyrique aussi intérieure n'a inspiré de tels documents.
    James agee, d'une famille anglicane du sud, après avoir fait ses études à harvard, a été chargé par le groupe de presse time-life d'un reportage de six semaines sur les blancs pauvres de l'alabama.
    Accompagné du photographe evans, comme deux espions, ils vont au sein de trois familles, tenter d'approcher la vérité. l'intention première est donc un compte rendu. mais la personnalité fiévreuse d'agee, la transparence poétique qu'il donne à tout ce qu'il regarde vont tirer de la vie la plus humble son expression la plus haute.
    C'est une protestation contre la réalité, une déchirure, une brûlure intérieure qui inspirent ces portraits dont la tonalité est des plus singulières dans notre littérature.
    Les ricketts, les gudger, les woods, tous pauvres petits métayers, oui tous ! comment ce que j'ai vu ou pressenti, comment en vérité cette pauvreté sans retour et ses détresses intérieures sont-elles possibles ?
    Dense de tout vouloir dire, écrit comme pour être entendu à haute voix, ce livre universel atteint une hauteur et une vérité de visionnaire encore inégalées.

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