Livres en VO

  • Si...

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    • Seghers
    • 8 Novembre 2018

    Chacun a en mémoire Le Livre de la Jungle, Histoires comme ça ou Kim : adaptés en dessins animés, illustrés à de nombreuses reprises, ces textes appartiennent au panthéon éternel de la littérature jeunesse. Pour autant, « If », extrait de Reward and Fairies et publié en 1910, est appris par coeur par des générations d'enfants anglais. Comment expliquer une telle ferveur ? Kipling a composé, en trente-deux vers, un véritable hymne à la sagesse, à la droiture, à la tempérance, à la probité. Il prône, avec une grande force et une tendresse infinie, des valeurs profondément humanistes, absolument inaltérables. Relire ce texte aujourd'hui, dans cette nouvelle traduction de Françoise Morvan qui lui rend tout son éclat et sa modernité, montre qu'à l'heure où l'on s'interroge sur la meilleure manière d'éduquer les garçons, Kipling offre, cette fois encore, la réponse - qui pourrait tout aussi bien s'appliquer aux filles... Gaëtan Dorémus s'est longuement interrogé sur la meilleure façon d'illustrer ce poème mythique et propose ici une aventure sans parole, dans un format en fausse-italienne, avec des personnages drôles et particulièrement attachants. Un album à lire avec les parents à partir de 6 ans et à lire seul dès 8 ans.

  • Qui aurait pu se douter que Virginia Woolf, cette figure emblématique de la littérature moderniste britannique, cet écrivain féministe et bisexuelle, aurait pu écrire un conte pour enfants ? Nurse Lugton's curtain, cette histoire merveilleuse écrite pour sa nièce en 1924, a été trouvée parmi les pages manuscrites de son Mrs Dalloway et préfigure les thèmes qu'elle développera quelques années plus tard dans son essai intitulé Une Chambre à soi. Dans une vieille demeure victorienne, Mrs Lugton est en train de coudre à la lumière d'un lampadaire, auprès d'une cheminée éteinte : elle a promis à Mme Gigham un rideau pour son salon. Tandis qu'elle est à son ouvrage, un monde onirique attend patiemment, emprisonné dans le motif du tissu. Quand, enfin, elle sombre dans un sommeil profond et que résonnent ses premiers ronflements, les animaux qui ornent le rideau ouvrent grands leurs yeux. Mais attention, Mrs Lugton peut s'éveiller à tout instant et les figer à nouveau dans les plis et replis de l'étoffe... À travers un univers foisonnant, aux couleurs franches et vives, Magali Attiogbé déploie un exotisme joyeux, tout droit sorti de nos rêves d'enfants. Un album à lire avec les parents à partir de 5 ans et à lire seul dès 7 ans.

  • La Ménagerie de verre, Un tramway nommé Désir, La Chatte sur un toit brûlant, La Nuit de l'iguane. Tout le monde connaît l'oeuvre de dramaturge de Tennessee Williams, exaltée, lyrique, très largement adaptée au grand écran avec la postérité que l'on sait. Pourtant, en privé, l'homme se définissait comme un poète avant tout, un poète solitaire et torturé, inspiré de la lecture de Keats, Shakespeare, Rilke et Rimbaud. Il publia Dans l'hiver des villes en 1956, mais sa célébrité en tant qu'auteur dramatique était déjà telle à l'époque qu'elle ne pouvait qu'éclipser son oeuvre poétique. Aujourd'hui, trente ans après sa mort, on comprend à la lecture de ce recueil combien ses vers et son sens poétique abreuvent tout son travail d'écriture, destiné ou non à être mis en scène. Aussi, ses poèmes sont-ils, à l'image de ses pièces, caractérisés par l'intensité de son expression, sa passion de la sincérité, son sentiment de solitude et sa compassion envers les marginaux. À une nuance près : ils apparaissent dans une certaine mesure comme une confession. Contrairement à son théâtre qui se voulait exempt de toute thématique ouvertement homosexuelle, il parvient ici, au moyen de conventions poétiques ou de formes libres, à rendre acceptable le récit de ses expériences avec les hommes, ou de son amour pour Frank Merlo - son compagnon de longue date. « Orphée sous les tropiques », Tennessee Williams écrivit ces poèmes dans le but d'exprimer sa sexualité propre, ce que le théâtre lui interdisait. « Quand les poètes deviennent délibérément des hommes de lettres, nous nous mettons à les lire avec davantage de respect que de plaisir », écrivait-il. La lecture de ce recueil, traduit avec talent par Jacques Demarcq, vient le contredire avec bonheur.

  • Les poèmes que rassemble "Je te" menace d'une colombe blanche ont la fraîcheur des matins d'avril, l'ingénuité frémissante de la sensualité, la transparence heureuse des amours juvéniles. Mais une ombre les menace, celle des premières blessures, de la trahison, de la séparation, de l'exil qui tient aujourd'hui encore Maram al-Masri loin de sa terre natale. Peu d'images dans cette poésie, dont Adonis, Salah Stétié ou de grands poètes français ont salué la beauté, mais la calligraphie, nette et déliée, des émois d'une femme qui vient à nous "en habitante de la Terre".

  • Tout au long de sa vie et au gré de ses amours tumultueuses, le génial Edward Estlin Cummings a composé des poèmes érotiques dans l'intimité de son étude. Comme pour l'ensemble de son oeuvre, ces textes sont marqués par une approche très novatrice, moderne, de l'écriture : les conventions syntaxiques sont bousculées, les règles typographiques bouleversées et les formes poétiques réinventées. Loin d'en faire un poète hermétique, le style de Cummings est le reflet d'une indépendance et d'une liberté de ton tout à fait remarquable pour son temps. Il n'a pas été facile pour lui de trouver des éditeurs prêts à publier la plupart des poèmes réunis ici. Chez Cummings, la chair n'est pas triste, bien au contraire : la langue est érotisée à son paroxysme, suggérant des étreintes, des ébats et des cris. Le sens et les sensations sont invoqués. La crudité des corps et de la jouissance se présentent au coeur de l'aventure poétique.
    Cette anthologie couvre quarante ans de la vie de Cummings, des années 1920 aux années 1960, reflétant les expériences du poète qui sera marié rien moins que trois fois. Aussi, après les poèmes des bas-fonds des années de jeunesse, écrits depuis les boites de strip-tease de Boston ou à l'arrière du front en France, ses textes s'adressent à ses trois épouses : Elaine, Anne et Marion. Des érotiques très différentes se dégagent donc des poèmes rassemblés dans ce volume, passant de rencontres fugitives, de rapports tarifés parfois très crus comme ceux avec la " sauvage Marj ", à d'autres plus émus, comme stupéfiés avec la " timide et luxurieuse " Elaine, ou encore mystiques et rageurs avec Marion, la femme qui l'accompagnera dans ses vieux jours. Toutefois, en dépit de la variété de sentiments que chacune lui inspire, jamais les femmes ne sont réduites à de simples objets de désir chez Cummings. Dans son oeuvre, l'érotisme apparaît comme une esthétique du partage, une communion avec la nature et ses cycles, une fenêtre ouverte sur le mystère de la vie.

  • Paris

    Edward Estlin Cummings

    • Seghers
    • 6 Mars 2014

    Toute sa vie durant, E. E. Cummings a noué une relation d'amour authentique avec Paris. C'est en 1917, tandis qu'il rejoint l'Ambulance Service, qu'il découvre la ville pour la première fois - et c'est l'éblouissement -, puis il y séjourne plus longuement au début des années 1920, pour y revenir par la suite chaque fois qu'il le peut, en solitaire ou en compagnie d'une femme. Lettres, articles, poèmes : une quarantaine de textes racontent son Paris, celui où se rencontrent, loin des sites indiqués dans le Baedeker, ses sujets favoris - des scènes publiques ou intimes, jamais tout à fait séparées de l'amour, des cycles naturels du jour et des saisons, de l'atmosphère sociale et politique, de l'art et des spectacles.
    Ces textes nous offrent une introduction parfaite à son approche de la vie comme à la diversité de ses écritures, car il a côtoyé dans le Paris de l'entre-deux-guerres toutes les avant-gardes littéraires et artistiques, et a sondé les profondes mutations politiques qui secouent la vieille Europe. A travers ces textes, ce sont des instantanés qui apparaissent sous nos yeux : le scandale de Joséphine Baker aux Folies Bergère, deux précieuses discutant mode au Café du Père Tranquille, la fête du Lion de Belfort, place Denfert-Rochereau avec ses manèges et acrobates, ou la Foire au pain d'épice, cours de Vincennes, où l'on entend résonner un orgue de barbarie...
    Derrière le côté carte postale, Paris a été une alternative à tout ce qu'il déteste aux Etats-Unis : le puritanisme mais surtout l'importance accordée à l'argent, au luxe qu'il procure, en plus des distinctions sociales et culturelles qui en résultent. Paris ne le déçoit, rarement, que lorsqu'il cède à des accès de violence sectaire, ou quand les hommes d'affaires américains discutent " money ", indifférents à la beauté de la lumière sur Notre-Dame.

  • Oeuvre sur l'eau

    Erri De Luca

    • Seghers
    • 7 Mars 2002

    J'attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, à la fraise, la mouche.
    J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles. j'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s'est pas épargné, à deux vieux qui s'aiment. j'attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd'hui vaut encore peu de chose [. ]. ainsi commence valeur, l'un des poèmes rassemblés dans ce volume, le premier livre de poésie d'erri de luca, à qui les proses ont assuré une notoriété qui ne cesse de croître (tu mio, une fois, un jour, trois chevaux, montedidio).
    Ici, comme l'auteur le confie dans une note liminaire, " à cinquante ans un homme se, sent obligé de se détacher de la terre ferme pour s'en aller au large. pour celui qui écrit des histoires au sec de la prose, l'aventure des vers est une pleine mer ".

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