Seuil

  • Quel usage le lecteur d'aujourd'hui et notamment l'architecte peuvent-ils faire à présent des traités d'architecture dont la lignée fut en Occident inaugurée par le De re aedificatoria ? Ces textes présentent-ils pour eux une valeur autre que de curiosité ? Pour ceux qui construisent notre milieu bâti, tout a désormais changé ; les matériaux, les techniques, les clients, les programmes et bien sûr, les mentalités. Cependant, le cas du De re aedificatoria reste tout à fait singulier. Ce traité concerne aujourd'hui directement tout praticien du milieu bâti, notamment parce que Alberti a été le premier penseur occidental à s'interroger sur les fondements de l'architecture. Cela ne veut pas dire que le texte d'Alberti soit dépourvu de ocnsidération, périmée ou même étrange : certaines de ses recettes nous font sourire, certains de ses « programmes » ne
    nous concernent plus, tels ceux de la villa patriarcale ou de la prison. Mais il n'en reste pas moins un observatoire priviligié d'où éclairer, étudier et reformuler les interrogations les plus actuelles des architectes.
    En rappelant à l'architecte la dignité de sa vocation, et en le rappelant aussi à la présence du monde concret, du monde vivant, le traité d'Alberti lui rend les moyens d'inventer les nouvelles formes spatiales de la proximité et de la socialité. Plus précisément le De re peut être considéré comme une des clés susceptibles de rouvrir à l'architecte d'aujourd'hui les chemins perdus de la contextualisation et de l'articulation, et de rendre ainsi sa place régalienne à cet habitacle premier : le corps humain.

  • Leon Battista Alberti (1404-1472) fut à la fois écrivain, théoricien des arts, architecte et. surprenant athlète. Son aisance en tout fut telle que J. Burckhardt vit surgir en lui le type d'« homme universel » qu'illustrera Léonard de Vinci. Mais cet homme dissimulait un être souffrant dont les écrits contiennent aussi des pages d'un profond pessimisme.

    Sa naissance illégitime dans une famille patricienne en exil explique son perpétuel désir d'excellence et de reconnaissance. Ses relations difficiles avec les humanistes et les artistes florentins furent à l'origine de ces Entretiens sur la tranquillité de l'âme, rédigés en langue toscane vers 1443 et dotés d'un titre latin : Profugiorum ab ærumna libri III.

    Alberti y rapporte des conversations tenues en sa présence, lors d'une promenade à Florence, par Agnolo Pandolfini et Nicolas de Médicis. Agnolo s'interroge sur les moyens d'éviter les tourments intérieurs ou de s'en libérer. Nourries de lectures classiques, ces réflexions se distinguent par des notes existentielles et une grande liberté de pensée.

  • Cette nouvelle traduction part du constat suivant : il y a des différences majeures entre la première édition de L'Origine des espèces, parue en 1859, et la 6e édition parue en 1872. Après avoir longtemps privilégié la dernière édition, le public anglophone lit désormais la première depuis maintenant plus d'un demi-siècle. Or, on ne dispose pas à ce jour d'une bonne traduction française de ce texte sur l'importance de laquelle les spécialistes s'accordent aujourd'hui : « la version qui a ébranlé les bases du monde », selon Ernest Mayr (1964).
    Il s'agit donc ici de la première traduction moderne de l'édition initiale de L'Origine, assortie de notes qui permettent de décoder les nombreuses références implicites de Darwin, en rendant accessible au public français une grande partie des nouvelles découvertes faites dans les manuscrits du naturaliste anglais.

  • Notre édition de ce traité célèbre (1435), considéré comme le texte fondateur de la peinture moderne en Occident, rend compte avec rigueur de la terminologie albertienne et reconstitue son réseau de concepts (perspective, grâce, historia, art et artifice, circonscription, contour).
    Elle est accompagnée de l'original latin et de la traduction italienne que l'auteur lui-même a établie par la suite à l'intention des artistes.

  • Resté inédit jusqu'en 1984, ce manuscrit se présentait initialement sans titre ni date. Il semble que Heisenberg l'ait seulement distribué, aussitôt terminé (vers Noël 1942), à quelques proches et sous le sceau du secret, en raison des critiques ouvertes qu'il contenait à l'encontre du régime nazi.

    A cette époque, Heisenberg est engagé dans un travail fondamental dans le domaine de la théorie des particules élémentaires et il participe au programme atomique allemand. Il est aussi impliqué, depuis 1933, dans une lutte violente avec certains idéologues du régime nazi, que lui valent ses prises de position publiques en faveur de la «physique juive».

    Toutefois, comme on le verra, cet arrière-plan particulièrement sombre et tendu ne fait que rendre d'autant plus admirable la sérénité, la netteté et la concision avec lesquelles Heisenberg expose ici sa philosophie, et la nouvelle «position à l'égard de la réalité» qu'induisent les sciences contemporaines.

  • Le livre de Norbert Wiener, Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine, bouscula durablement le monde des idées, traversant la pensée scientifique et philosophique de la deuxième moitié du XXe siècle, dont il est à ce titre, un des grands penseurs. Voici cet ouvrage enfin traduit en français.
    En fondant la cybernétique, Wiener introduit en science la notion de feedback (rétroaction), qui a profondément influencé les domaines de l'ingénierie, de l'informatique, de la biologie, de la psychologie, de la philosophie et de l'organisation de la société.

  • Géométrie

    Albrecht Dürer

    Pourquoi un peintre aussi renommé que Dürer forme-t-il et réalise-t-il le projet de rédiger un manuel de géométrie ? Pourquoi un artiste maniant avec une maîtrise achevée le pinceau et le burin cherche-t-il à traduire en mots des gestes familiers aux hommes de métier, mais difficiles à décrire dans l'allemand un peu fruste qu'il avait seul à sa disposition ?
    Dürer veut d'abord transmettre à ses compagnons artistes ou artisans les connaissances géométriques qu'il a pu recueillir pendant un quart de siècle dans les ateliers, dans les livres anciens et dans les traités des théoriciens italiens. Il sait aussi qu'en fondant les arts sur des règles géométriques, il contribue à les libéraliser, et donc à améliorer le statut de l'artiste comme il l'a si orgueilleusement exprimé dans l'un de ses autoportraits, aujourd'hui à Munich.
    Fournir une source de formes construites exactement et indéfiniment reproductibles, où chacun pourra puiser selon ses goûts et ses besoins, tel est le but visé par Dürer. Livre de modèles par la place attribuée aux représentations graphiques, géométrie pratique par la division ternaire (en lignes, surfaces et solides) et traité érudit par ses références à Euclide, à Platon et à Vitruve, l'Underweysung der messung est surtout une vaste encyclopédie géométrique pour les peintres et « tous ceux dont l'art repose sur la mesure ». Des résultats originaux, des méthodes artisanales appliquées à des objets mathématiques abstraits et un exposé des règles de la perspective centrale en font une contribution théorique capitale à la culture de la Renaissance.

    Afin de permettre au lecteur d'apprécier la singulière originalité de ce livre, Jeanne Peiffer a fait précéder sa traduction par une remarquable présentation qui replace le texte de Dürer dans le contexte de son époque et dessine sa perspective historique.

  • Ce livre est le premier (1632) et le plus célèbre des livres de physique. Au fil d'une aimable conversation entre l'honnête Sagredo, l'aristotélicien Simplicio et le subtil Salviati, Galilée y développe trois thèmes majeurs. Il cherche d'abord à montrer " que toutes les expériences qu'on peut faire sur la Terre sont insuffisantes pour conclure à sa mobilité " - en d'autres termes que la Terre peut aussi bien être en mouvement (thèse copernicienne) qu'au repos (thèse " officielle "). Il examine ensuite les phénomènes célestes - taches sur le Soleil et montagnes de la Lune - pour assurer une " victoire " définitive aux idées de Copernic. Il propose enfin une théorie (erronée) des marées. Surtout, le dialogue qu'il a choisi de mettre en scène " laisse place à des digressions qui parfois ne sont pas moins intéressantes que le sujet principal ", et fait constamment référence à des situations familières : le principe de l'inertie est introduit grâce à des mouches et à des poissons dans un bocal. C'est sans doute de ce mélange intime entre les raisonnements les plus abstraits et les opinions les plus ordinaires que ce Dialogue tire son éternelle jeunesse.

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