Table Ronde

  • «L'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par coeur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.».
    Jean Anouilh.

  • « Le 26 janvier 1814, à Châlons-sur-Marne, Napoléon prend la tête de l'armée pour repousser les coalisés qui ont passé le Rhin et occupent l'Alsace, la Lorraine et le nord de la Bourgogne. Il a soixante mille soldats, majoritairement jeunes et inexpérimentés, l'ennemi cinq fois plus. Alors que son entourage pense la défaite inéluctable, Napoléon guette, provoque, exploite les erreurs de ses adversaires et enchaîne une série de victoires qui rendent possible l'incroyable. Le nombre, finalement, l'abandon des maréchaux et la défection de Marmont donneront à l'événement son issue logique. Commencée sous les neiges de janvier en Champagne, achevée dans l'aigre printemps d'avril en Île-de-France, cette dernière campagne est l'histoire d'un homme au sommet de son génie que sa puissance abandonne. Le maître de guerre observe à la lorgnette les rues de Brienne où il a grandi et qu'il va canonner. Le chef d'État continue d'administrer dans le salon d'un château, une chambre d'auberge, un presbytère, au hasard des étapes, un empire en peau de chagrin. Le cavalier sous les intempéries, au milieu de ses maigres troupes, chemine à travers une région dévastée, une population violentée, hanté par le passé et les fantômes d'une grandeur perdue. À la fin, c'est un homme seul qui, retiré dans une pièce du château de Fontainebleau, la «maison des siècles», appelle la mort en s'empoisonnant. ».
    Michel Bernard.

  • Grand jour pour lady Bird : la splendide demeure qu'elle habite avec son époux Julian s'apprête à résonner à nouveau du tumulte d'une famille au grand complet. John, l'amour de sa vie, l'aîné de ses trois enfants, est de retour de ce qu'on s'empressera d'appeler son « voyage à l'étranger » : un séjour en maison de repos.
    Pour affronter cet événement, dans une existence largement dévouée à l'entretien du jardin et à la constitution d'une garderobe à faire pâlir les plus coquettes de la capitale, lady Bird peut compter sur Eliza, une vieille amie de la famille.
    Mais peu à peu le vernis de la paisible haute société anglo-irlandaise se craquelle...

  • À soixante et un ans, Emmanuel Joyce est un dramaturge à succès. Accompagné de sa femme Lillian et de son manager dévoué Jimmy Sullivan, qui partage leur vie nomade, il s'apprête à quitter Londres le temps de repérer une comédienne pour la production de sa dernière pièce à Broadway. Alors qu'aucune candidate ne fait l'affaire, surgit l'idée de confier le rôle à Alberta, sa secrétaire de dixneuf ans, tout droit sortie du presbytère de son père dans le Dorset. Seulement, il faudra lui apprendre le métier. Ils embarquent pour l'île grecque d'Hydra où Jimmy aura six semaines pour faire répéter l'ingénue, tandis qu'Emmanuel tâchera de renouer avec l'écriture. Lillian, fragilisée par sa maladie de coeur et dévastée par la mort de leur fille survenue plusieurs années auparavant, profitera de cette parenthèse loin des mondanités du théâtre pour tenter d'exorciser ses démons. Pourtant, elle ne sait se défaire de certains tourments : et si Emmanuel s'éprenait de la délicieuse Alberta ? Le temps d'un été brûlant, la dynamique qui lie les quatre exilés prend une tournure inattendue, et la vie de chacun change de cap.
    Avec Une saison à Hydra, à la fin des années 1950, Elizabeth Jane Howard nous offre un roman poignant où quatre personnages déploient tour à tour leur histoire, et apprennent à surmonter le passé sans en effacer les souvenirs.

  • « «La faim de l'argent n'est jamais chez un homme que le signe, l'apparence d'une autre faim : l'amour de l'argent n'est jamais que le signe d'une autre exigence. Faim de puissance, de dépassement, de certitude, amour de soi-même que l'on veut sauver, du surhomme, de survie et d'éternité. Et quel moyen meilleur que la richesse pour atteindre jusque-là ? Dans cette recherche hallucinée, haletante, ce n'est pas seulement la jouissance que cherche l'homme, mais l'éternité, obscurément.» En 1989, cinq années avant la mort de Jacques Ellul, la chute du mur de Berlin a brusquement libéré le système capitaliste de la nécessité qui l'avait obligé après-guerre à respecter certaines normes de décence. Partout dans le monde, l'homme s'est retrouvé seul face à la puissance de l'argent. À cet instant, les analyses de Jacques Ellul sur l'exploitation des richesses de la planète et leur distribution inéquitable sont apparues plus prophétiques que jamais. Mais attention. Dans la tradition biblique, le prophète n'est pas celui qui prédit l'avenir. C'est un homme d'intimité avec Dieu qui sait L'écouter et qui voit. Et Jacques Ellul avait vu. ».

    Extrait de la préface de Sébastien Lapaque.

  • Vivonne

    Jérôme Leroy

    Alors qu'un typhon dévaste l'Île-de-France, l'éditeur Alexandre Garnier contemple le cataclysme meurtrier depuis son bureau, rue de l'Odéon : une rivière de boue coule sous ses fenêtres, des rats surgissent des égouts. Le passé aussi remonte à la surface. Devant ce spectacle de fin du monde, Garnier se souvient de sa jeunesse et surtout de son ami, le poète Adrien Vivonne, auteur entre autres de Danser dans les ruines en évitant les balles. Garnier a publié ses livres avant que celui-ci ne disparaisse mysté rieusement en 2008, il y a presque vingt ans.
    Qu'est devenu Vivonne ? Partout en Europe, la « balkanisation climatique » sévit et les milices s'affrontent tandis que la multi plication des cyberattaques fait craindre une Grande Panne. Lancé à la poursuite de Vivonne, Garnier essaie de le retrouver avant que tout ne s'effondre. Est-il possible, comme semblent le croire de plus en plus de lecteurs dans le chaos ambiant, que Vivonne ait trouvé un passage vers un monde plus apaisé et que la solution soit au coeur de ses poèmes ?

  • Carnets du Nil blanc Nouv.

    Tous deux fraîchement diplômés de Princeton, John et Joe sont davantage affamés de littérature que de nourritures terrestres, et ils ont la ferme intention de tourner le dos à tout ce qu'on attend d'eux aux États- Unis : un mariage, un bon job, une visite hebdomadaire aux parents. Ainsi s'embarquent-ils pour un long voyage qui les mènera de Munich à Nairobi sur une moto BMW immaculée, baptisée en l'honneur du périple : le Nil Blanc.
    Objet littéraire singulier, ces carnets de voyage constituent un roman de formation itinérant. En même temps qu'ils arpentent champs de ruines gréco-romaines, villages de Bédouins ou capitales du tiers-monde, les deux amis font l'apprentissage de l'altérité, de la solitude, et, aussi, des inévitables désillusions au détour du chemin. L'opulente nature africaine est ici magnifiée sous une plume d'une fougue et d'une franchise irrésistibles qui ont le charme de ses vingt ans.
    Les Carnets du Nil blanc sont le premier volume de la série de carnets écrits par John Hopkins au cours de ses voyages. Lui succèderont les Carnets de Tanger (1962-1979) et les Carnets d'Amérique du Sud (1972-1973).

  • 1960. Cécile vit à Paris, mais son amant vit en Suisse. C'est là-bas qu'elle l'a rencontré, quand tous deux travaillaient pour Radio Lausanne, et là-bas qu'elle continue de le retrouver. De chambres d'hôtel en gares de province, elle fume ses Du Maurier, avale de l'Alka-Seltzer comme de l'eau en écoutant les silences de Franck, qui se ferme comme une huître dès que l'on évoque le passé. Leur séjour dans une station thermale désaffectée avec Richard, un vieil ami, n'échappe pas à la règle : au bout de quelques jours, Franck s'absente, laissant un mot des plus vague. Richard ne sait pas plus que Cécile quand il reviendra, ni pourquoi il est parti. Malgré tout, il croit pouvoir éclairer Cécile sur l'histoire de Franck. Il faut remonter au temps de la guerre, traverser de nouveau la frontière, vers le Paris occupé. Dans la station déserte, guidée par la voix de Richard, Cécile entreprend ce voyage à rebours, du silence enneigé des montagnes suisses à celui, plus inquiétant, d'une radio qui n'émet plus . ..

  • Quat'saisons Nouv.

    « Au fil d'une année, les voitures des quat' saisons proposent sur les marchées un fouillis de primeurs contrastées en volumes et en couleurs. Il arrive pourtant qu'un oeil sensible découvre une harmonie sous ces disparates : pommes de terre nouvelles, carottes nouvelles, tomates nouvelles... L'auteur de ce livre, à l'éventaire duquel on ne trouve que des nouvelles, tout court, ne souhaite pas autre chose. Il a choisi de remonter le cours des quatre saisons, de l'hiver au printemps, parce qu'ayant été cueilli à froid, il a essayé de terminer sur un coup de grâce. ».

    Ainsi Antoine Blondin présentait-il Quat' saisons, couronné du Prix Goncourt de la nouvelle en 1975. Le présent recueil est augmenté de six nouvelles parues en 2004 dans Premières et dernières nouvelles.

  • L'orangeraie

    Larry Tremblay

    Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi.

    Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à lombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre sempare de leur enfance et sépare leurs destins. Des hommes viennent réclamer vengeance pour le sang versé.

    Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Et tous payeront le tribut des martyrs, les morts comme ceux qui restent.

    Larry Tremblay frappe encore un grand coup, mais vise cette fois le cur, laissant au lecteur le soin de départager les âmes pures des fourbes, les fanatiques des héros. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies et le lyrisme des légendes du désert.

  • C'est aux alentours de 2015 qu'un phénomène inexpliqué et encore tenu caché s'empare de la société et affole le pouvoir. On l'appelle, faute de mieux, l'Eclipse. Des milliers de personnes, du ministre à l'infirmière, de la mère de famille au grand patron, décident du jour au lendemain de tout abandonner, de lâcher prise, de laisser tomber, de disparaître. Guillaume Trimbert, la cinquantaine fatiguée, écrivain en bout de course, est-il lui aussi sans le savoir candidat à l'Eclipse alors que la France et l'Europe, entre terrorisme et révolte sociale, sombrent dans le chaos ? C'est ce que pense Agnès Delvaux, jeune capitaine des services secrets.
    Mais est-ce seulement pour cette raison qu'elle espionne ainsi Trimbert, jusqu'au coeur de son intimité, en désobéissant à ses propres chefs ? Dix-sept ans plus tard, dans un recoin du Gers où règne une nouvelle civilisation, la Douceur, Agnès observe sa fille Ada et revient sur son histoire avec Trimbert qui a changé sa vie au moment où changeait le monde.

  • Qui était Jean Parvulesco (1929-2010) ? De ce mystérieux écrivain d'origine roumaine, auteur de plus de cinquante livres, on ne sait presque rien. Les cinéphiles se souviennent que, dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard, il est incarné l'espace d'une scène par Jean-Pierre Melville. Chapeau, lunettes noires, il descend d'un avion. Sur le tarmac, il est assailli par les journalistes. À la question de savoir quelle est sa plus grande ambition dans la vie, il répond : « Devenir immortel, et mourir. ».
    Christophe Bourseiller a bien connu Godard, pour lequel il a tourné plusieurs fois quand il était enfant. Des années plus tard, il a rencontré Parvulesco. L'énigme est restée entière. Il a relu son oeuvre fantôme, mené l'enquête sur ce personnage de l'ombre qui fut tour à tour un passager clandestin de la Nouvelle Vague et l'ami intime d'Éric Rohmer, un dandy fascisant et un poète ésotérique. L'inclassable Parvulesco est mort depuis dix ans. Son immortalité commencerait-elle maintenant ?

  • Jean Dorseuil a quinze ans quand il est envoyé dans un pensionnat militaire, le Prytanée de La Flèche. Il y découvre la camaraderie avec Frémiot, Rival, Tanguy, mais aussi la promiscuité grossière, la comédie des rapports de force, la violence absurde du règlement. Il s'en détourne, s'enferme la nuit dans la bibliothèque, et la devise de Descartes - ancien pensionnaire du Prytanée - devient la sienne : «Je m'avance masqué».

  • La rencontre de William Cliff avec Dante remonte à ses années universitaires : il est encore capable de réciter les premiers vers de L'Enfer en italien, entendus en cours de philologie romane. Difficile, ensuite, de retrouver dans les traductions françaises de l'oeuvre du poète ce qu'il avait encore à l'oreille. S'y essayant lui-même, William Cliff n'est parvenu à satisfaction qu'en adoptant la contrainte du décasyllabe, et il a aujourd'hui le sentiment d'avoir donné une lecture contemporaine de La Divine Comédie : non seulement en vers réguliers, mais avec le souci constant d'une clarté évidente, afin que le lecteur comprenne, sans aucune note, le sens du texte.

  • Le Bon Coeur est le roman d'une voix, celle d'une paysanne de dix-sept ans qui retint le royaume de France sur le bord de l'abîme, le sauva et en mourut. Elle changea le cours de l'Histoire en réveillant dans le coeur usé des hommes la force de croire et d'aimer.

  • Médée

    Jean Anouilh

    "Médée, terrible Médée ! Femme révoltée qui trahit son père, tua son frère pour l'amour de Jason et la conquête de la Toison d'or. Dix ans après, Jason se déprend de Médée et s'apprête à épouser la fille de Créon, roi de Corinthe. Refusant la fuite et le "bonheur, le pauvre bonheur", Médée va continuer à semer le feu... Je t'ai aimée, Médée. J'ai aimé notre vie forcenée. J'ai aimé le crime et l'aventure avec toi.
    Et nos étreintes, nos sales luttes de chiffonniers, et cette entente de complices que nous retrouvions le soir, sur la paillasse, dans un coin de notre roulotte, après nos coups. J'ai aimé ton monde noir, ton audace, ta révolte, ta connivence avec l'horreur et la mort, ta rage de tout détruire. J'ai cru avec toi qu'il fallait toujours prendre et se battre et que tout était permis", Jean Anouilh.

  • «Offrir un vrai poème dont la marche n'est en rien entravée» : telle est l'ambition de cette nouvelle traduction de L'Enfer. Afin de rendre au plus près le rythme de l'oeuvre de Dante, William Cliff a pris le parti de suivre le «chiffre» du décasyllabe original. Sur le fond, il n'a pas hésité à supprimer des noms et des références qu'il jugeait inutiles ou fastidieux. Loin de trahir le poète florentin, le poète belge l'accompagne. La richesse de sa traduction tient à cela : il se glisse sur ses pas, telle une ombre, dans les cercles infernaux.
    Cliff, comme Dante, est un poète en marche.

  • Le charme singulier de Maurice Genevoix joue ici, plus puissamment encore que dans aucun de ses livres. D'une enfance sur les bords de la Loire au secrétariat perpétuel de l'Académie française, en passant - surtout - par l'effrayante déchirure de la Grande Guerre, ces pages retracent neuf décennies de fidélité à soi-même. Qu'il évoque une marche au brame dans les forêts de Sologne, le regard des compagnons massacrés dans la boue des Éparges ou les premières terreurs d'un enfant découvrant la mort, Maurice Genevoix témoigne de la même douceur obstinée, de la même «justesse» au sens fort qui nous font complice fraternel de sa mémoire. Il y a dans ces Trente mille jours paisiblement restitués l'illustration - et l'explication - du «mystère Genevoix».

  • « Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa dis- parition, confirma à l'État le don des Nymphéas, pour qu'ils soient installés à l'Orangerie selon ses indica- tions, il y mit une ultime condition : l'achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu'il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l'histoire d'amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l'Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu'au bout. » Michel Bernard.

  • Spleen en Corrèze Nouv.

    «Le soir je hantais les bars pour distraire ma solitude. Elle m'attendait entre les quatre murs de ma chambre. Alors, j'écrivais en écoutant Elvis qui n'était pas mort. Les nuits sont longues en province. Ma plume dessinait sur le blanc d'un cahier de brouillon la valse grise des émotions qui meublent les jours d'un localier, et quelquefois le submergent. C'est une manière de journal intime, une humble brocante où des bonheurs sans suite côtoyaient des désenchantements, des exaspérations vaines, des accès de rage métaphysique. Elvis chantait For the Good Times, la pluie tombait, la ville dormait. Elle avait le sommeil lourd.».
    Denis Tillinac.

  • Jusqu'ici, n'avaient été publiées, et de manière éparse, que quelques lettres de Jean-Patrick Manchette ; cet épais volume en rassemble plus de deux cents - dont un tiers traduites de l'anglais -, pour l'essentiel inédites. La correspondance couvre ainsi les années 1977-95, du moment où Manchette commence d'archiver méthodiquement ses lettres jusqu'à sa mort.
    Cette période, qui semblait coïncider avec un retrait progressif (plus de roman publié après 1981 et La Position du tireur couché) nous est enfin rendue, grâce à ces lettres, dans tout son bouillonnement. Souvent reclus mais jamais indifférent, l'écrivain cherche et trouve enfin la voie d'un renouvellement créatif ; dans une sorte d'art poétique en fragments, il cause, parfois avec humour et toujours avec énormément de soin, du style, du polar, de la traduction, de l'économie du livre, du cinéma, de l'art et de la marchandise... ; il s'entretient avec de grands auteurs - tels Pierre Siniac, Jean Echenoz, Robin Cook, ou les Américains qu'il aime et parfois traduit, de Donald Westlake à James Ellroy en passant par Ross Thomas - mais se montre aussi attentif et précis lorsqu'il s'agit de répondre à ses lecteurs, alors même qu'il refuse régulièrement (et parfois vertement !) contributions et invitations officielles. Ainsi, la correspondance laisse percevoir les voies singulières par où Manchette communiquait sa « fraternité contenue », en même temps qu'elle fait entendre les échos d'une époque, ses controverses politiques aussi bien que ses déflagrations violentes, des soubresauts du terrorisme aux premières émeutes de banlieue.
    Pour accompagner ces lettres, des notes, sans viser à l'érudition, permettent une rapide contextualisation biographique ou historique. Ou encore suggèrent un lien avec d'autres textes (critiques ou romanesques) de Manchette : activité d'écriture capitale à ses yeux, la Correspondance constitue en définitive un élément essentiel de son oeuvre, par quoi l'écrivain cherche et finit par trouver cette « grande forme » qu'il convoite.

  • Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l'épaule d'un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d'hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n'a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots ?
    Les gendarmes l'embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.
    Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d'un cochon, à l'image de ceux qu'on intentait aux animaux jusqu'à la fin du xviiie siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Divisé en quatre parties, le texte retrace d'abord Le Crime, puis Le Procès, écrit comme une pièce de théâtre dans laquelle interviennent tour à tour les avocats des deux parties, la famille de la victime, les témoins et experts consultés, le public et les jurés, et le cochon, comme il peut, comme vous verrez, avant que le Président ne rende sa sentence : la pendaison. Viennent ensuite L'Attente, où chacun se prépare à la mort du porc ; Jean, le bourreau, Louis, le tout jeune officier chargé de mener l'accusé, le père Paul, en route pour confesser la bête, la famille éplorée, et le cochon que Le Supplice viendra libérer. D'une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane nous ramène des siècles en arrière pour fouiller les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l'empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaîtra dans l'animal le porc qu'il voudra.

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